‹ Clinique médicale de l'Hotel-Dieu de Paris [electronic resource]Chapitre 39 sur 122 · XLII. — NÉVRALGIE ÉPILEPTIFORME · texte numérisé non relu

XLII. — NÉVRALGIE ÉPILEPTIFORME

A son siège ordinaire dans les branches du nerf ti ifacial. — Est accompagnée le plus souvent de convulsions partielles. — Est à peu près incurable. — Analogie avec l'aura épileptique. — Diffère de l'épilepsie. — S'observe quelquefois chez les épi— leptiques. — Est soulagée par la section du nerf douloureux. — Par de hautes doses d'opium.

Messieurs,

La névralgie épilepliforme présente deux variétés. L'une, et c'est la plus commune, est caractérisée par des douleurs névralgiques non accompagnées de mouvements convulsifs.

L'autre est accompagnée de mouvements convulsifs. Je la désigne sous le nom de tic, et je l'appelle tic douloureux, pour la distinguer de ce qu'on entend ordinairement et de ce qu'on entend avec raison par tic. Celui-ci, espèce de chorée, très distincte d'ailleurs de la danse de Saint- Guy, est une affection convulsive non douloureuse que vous avez eu bien souvent occasion de rencontrer. Elle consiste en des mouvements involontaires passagers, rapides, qui se passent soit dans la face, soit dans le cou, soit dans les membres, et qui varient à l'ifini. Le lie douloureux, aussi bien que la névralgie épileptiforme non douleureuse, occupe toujours le même siège; du moins, jusqu'ici, je ne les ai jamais observés l'une et l'autre que dans les branches de la cinquième paire.

Un individu qui, un instant auparavant, n'éprouvait aucune sensation extraordinaire, et témoignait hautement de l'absence totale de souffrance, est tout à coup pris d'une horrible douleur au moment où il vous parle. Vous le voyez porter la main à son visage, qu'il presse avec une force extrême, qu'il frictionne avec une énergie extraordinaire, au point que ces frictions répétées finissent par détruire complètement le système pileux du côté malade. (Je fais ici allusion, entre autres exemples, à cet homme qui depuis si longtemps est dans les salles de la Clinique, et dont je vous rappellerai l'observation. ) Il balance sa tète entre ses mains en poussant des gémissements étouffés. Cette scène dure dix, quinze secondes, une minute au plus, et le tout est fini sans convulsions. L'individu reprend son discours interrompu, jusqu'au moment où il vous rendra témoin d'un paroxysme nouveau. Voilà la névralgie épileptiforme simple.

Ou bien au moment où la douleur commencera, vous verrez tous les muscles dn côté du visage agités de mouvements convulsifs rapides et l'attaque, comme pour le malade précédent, sera accomplie en une

NÉVRALGIE ÉiHLEPTIFORME. \ij

minute au plus : voilà la névralgie épileptiforme convulsive, le tic douloureux.

Ainsi que tout le monde, j'avais confondu les névralgies épileptiformes avec toutes les douleurs qui, occupant le trajet des nerfs de la cinquième paire, sont comprises sous la dénomination commune de névralgies faciales ; mais il m'a fallu peu d'années de pratique pour en reconnaître la nature. Tandis que celles-ci n'avaient en général aucune gravité, et cédaient, les unes spontanément, après quelques heures, quelques jours, les autres obéissent à un traitement général ou topique convenablement dirigé, j'ai bien vite appris que celles-là résistaient avec une opiniâtreté désespérante à tous les efforts de la thérapeutique; à ce point qu'aujourd'hui encore, depuis plus de trente-six ans que j'ai commencé ma pratique médicale, je ne Vai pas encore vue guérir une seule fois sans retour.

Je n'ai pas tardé à m'apercevoir que cette forme, rebelle à toute médication, avait les allures du vertige ou de l'aura épileptique, qu'elle en avait la soudaineté, la durée, qu'elle en avait surtout la presque kicurabiji.té. En la comparant aux vertiges épileptiques accompagnés ou non d'une aura douloureuse, aux attaques du mal caduc, commençant par un membre et y restant bornées, en la comparant à l'angine de poitrine, je ne pouvais pas ne pas être frappé de l'analogie, de la ressemblance de toutes ces névroses.

Le premier individu que j'ai vu, ou plutôt le premier sur lequel j'ai étudié cette névralgie bizarre dont nous nous occupons ici, était placé, en 1831, dans notre même salle Saint-Bernard, où je remplaçais alors mon illustre maître le professeur Récamier; j'avais l'honneur d'avoir pour interne A. Bonnet (de Lyon). Le pauvre malade, qui avait été employé subalterne à l'hôpital Saint-Antoiue de Paris, était atteint de la névralgie couvulsive depuis longues années. Ses accès duraient tantôt quelques secondes seulement, tantôt jusqu'à une minute; ils se reproduisaient dès que le patient parlait, buvait, mangeait, dès que l'on touchait avec le doigt les quelques dents qui lui restaient; la douleur siégeait dans toutes les branches du nerf Irifacial d'un côté, mais surtout dans la branche sous-orbitaire. Déjà il avait subi la section de plusieurs cordons nerveux avec un soulagement temporaire, et le mal était toujours opiniâtrérnent revenu après quelques semaines, quelques mois de répit. L'avulsion de ce qui lui restait de dents ne donna aucun soulagement; les applications longtemps continuées d'une solution de cyanure de potassium firent du bien; mais le mal restait toujours là, horrible, insupportable, et je résolus de faire faire la section de la branche sousorbitaire au point d'émergence. Bonnet pratiqua très habilement cette opération; le malade, à l'instant soulagé, fut guéri pendant quelques mois. L'année suivante, je le revis, souffrant de la même façon dans un

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