TREMBLEMENT SÉNILE ET PARALYS/S AGI TANS
en connaître pour votre part des exemples. A ce litre, l'épithète de sénile appliquée à cette espèce de tremblement est aussi vicieuse que lorsqu'on l'applique à la gangrène qui reconnaît pour cause une oblitération artérielle, cette gangrène dite sénile pouvant se montrer à toutes les époques delà vie, en n'épargnant pas même les enfants.
Quoi qu'il en soit, cette espèce de chorée que je devais vous signaler est mal connue des pathologistes. bien qu'elle se présente assez souvent encore à notre observation. Ce qu'on sait, toutefois, c'est que c'est une affection essentiellement incurable.
Si le tremblement sénile ne doit pas être confondu avec la danse de Saint Guy, il faut bien éviter aussi de le confondre avec luparalysis agitans dont une malade couchée au n° 2 de la salle Saint-Bernard nous offre en ce moment un exemple. C'est une femme âgée de soixante ans, exerçant le métier de femme de ménage. Elle raconte que le début de son affection remonte à deux ans; que depuis cetle époque, mais encore plus depuis six mois, elle s'est aperçue d'une diminution rapide de ses forces physiques. Depuis lors aussi, elle a été prise d'un tremblement qui, d'abord faible, a acquis une intensité telle, qu'il y a quatre mois elle s'est vue forcée de renoncer à ses travaux habituels, dans l'impossibilité où elle se trouvait de se servir de ses mains.
Ce tremblement devenant plus général, a envahi la face; vous l'avez vue, la mâchoire inférieure convulsivement agitée, ne pouvant plus fermer la bouche, de façon qu'il y a un écoulement continuel de salive.
Elle a conservé toute son intelligence ; et si elle se plaint de la gêne qu'elle éprouve par suite de ces mouvements perpétuels qu'elle ne peut modérer, elle n'accuse aucune sensation douloureuse que celle d'une extrême fatigue après les paroxysmes de tremblement.
Ce tremblement est plus prononcé du côté droit que du côté gauche. A droite, les forces, essayées au dynanomètre, nous ont donné, par la pression de la main de la malade, 7 à 8 kilogrammes seulement; à gauche, beaucoup moins encore, 2 ou 3 kilogrammes. La sensibilité des téguments est d'ailleurs parfaitement intacte. Malgré cette diminution notable de la force de pression, il n'y a pas de paralysie à proprement parler. Ainsi, lorsque cherchant à plier ou à étendre les jambes ou les bras du sujet, nous lui recommandions de nous résister, elle le faisait avec une énergie que nous avions une certaine peine à vaincre.
J'ai encore appelé votre attention sur la conformation delà main de la malheureuse femme ; ses quatre doigts, déviés de leur direction normale et inclinés vers le bord cubital, forment avec Tavant-bras un angle d'environ 25 degrés.
11 s'est produit ainsi une demi-luxation métacarpo-phalangienne. Messieurs, cette paralysis agitans, commme le tremblement sénile, §' observe principalement dans le décours de la vie; néammoins elle se
TREMBLEMENT SÉNILE ET PARALYSIS AGITANS.
rencontre encore dans l'âge viril, et je l'ai vue chez un jeune homme de vingt-sept ans. La maladie se présente quelquefois sous une autre forme qu'il est essentiel de connaîlre.
Le 16 octobre 1863, j'ai reçu dans mon cabinet un avocat âgé (le cinquante-huit ans, homme d'une rare intelligence et qui, depuis quatre ans, à la suite de vives émotions, avait contracté la singulière névrose que je vais me charger de décrire, et qui, pour moi, n'était qu'une forme de la paralysisagitans. Quand il passa delà salle d'attente dans mon cabinet, il monta le corps en avant, en précipitant son allure, le bras droit demifléchi et appuyé contre le corps. Il y avait dans le bras droit un très léger tremblement. Il s'assit avec quelque dilficulté, et comme s'il avait eu de laroideur dans le tronc et dans les jambes. Il me raconta alors son histoire. En 1858 il avait, durant une année, donné les soins les plus assidus à sa femme qu'il aimait tendrement et qu'il avait perdue. Le chagrin, les veilles, l'avaient épuisé. Il avait alors une telle excitabilité nerveuse qu'il ne pouvait entendre sonner les cloches ; le moindre bruit, la moindre contrariété, l'ébranlaient outre mesure. 11 lui sembla bientôt que le bras était agité de légers tremblements, et que les mouvements du membre tout entier, et surtout de la main, devenaient de plus en plus difficiles. Bientôt la jambe du même côté s'embarrassa. Les choses allèrent en empirant sans qu'aucune médication pût enrayer un instant les phénomènes morbides.
Puis le malade cessa d'écrire, et c'est avec une grande lenteur, une extrême difficulté, qu'il signe aujourd'hui son nom.
A le voir, c'est un paralytique ; si maintenant on arrive à un examen plus approfondi, on ne tarde pas à se convaincre que la paralysie n'est qu'apparente, et qu'il se passe là quelque chose de fort étrange, dont l'explication nous échappe. En effet, si je mets dans la main prélendue paralysée le dynamomètre de Burq, le malade obtient par sa pression 50 kilogrammes, beaucoup plus que je n'obtiendrais moi-même. Du côté gauche, qui est sain, il obtient 42 kilogrammes seulement, 8 de moins que du côté qui semble paralysé. Si maintenant, faisant fléchir le bras, je commande au malade de résister à l'extension, il le fait avec une extrême énergie ; il en est de même pour les mouvements de flexion, d'adduction et d'abduction. J'ajoute qu'il n'y a aucune roideur. Lorsque la volonté n'intervient pas, le membre est d'une parfaite souplesse et je puis le faire mouvoir dans tous les sens.
Que se passe-t-il donc ici ? La force musculaire est conservée et pourtant la fonction exécutée parles muscles est presque abolie. Essayons d'analyser cet étrange phénomène. Lorsque l'intelligence commande, les muscles obéissent à l'instant, sans qu'un intervalle appréciable sépare l'acte de la volonté de l'acte musculaire. Le mouvement peut être répété dix, quinze, vingt, cent, mille fois de suite, comme dans la marche, par