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HISTORIQUE

Nous avons exposé, il y a peu d’années, les diverses particularités relatives à l’histoire de la thrombose dite cachectique. Cette étude comportait un travail d’ensemble dont il nous faudrait aujourd’hui extraire ce qui se rapporte à la phlébite des membres. Mais, comme la question de la thrombose spontanée a pendant longtemps et presque exclusivement occupé les cliniciens et les anatomo-pathologistes, il est impossible de la distraire de celle de la phlébite à laquelle elle a été si intimement liée. Cet historique, pour être complet, comprendra trois périodes que l’on peut dénommer de la manière suivante :

1° Période antérieure à Cruveilhier:

2° Période de Cruveilhier à Virchow;

5° Période moderne.

1 Période antérieure à Cruveilhier.

Van Swieten, au siècle dernier, signala le premier, d’une façon certaine, l’existence de coagulations spontanées apparaissant du vivant môme du malade. Il montra, de plus, que des caillots migrateurs, nés de ces coagulations, pouvaient être transportés au loin ; mais on ne peut reconnaître dans ces observations, pas plus que dans celles de Legroux, au commencement du siècle, rien de ce qui caractérise une découverte scientifique, c’est-à-dire des conclusions logiques tirées de faits rigoureusement observés.

En 1825 et 1824, parurent deux mémoires d’une grande importance au point de vue de l’histoire de la phlébite. Dans l’un, Davis'

1. Ail essay on lhe proximale cause of the diseuse called phlegmatia dolens. Davis, 1823.

publiait ses recherches sur la phlegmatia des accouchées; dans l’autre, Bouillaud1 rapportait des cas d’hydropisie partielle chez les cancéreux, les tuberculeux, les typhiques.

La phlegmatia des accouchées n’était pas inconnue à cette époque, les observations de Mauriceau, de Puzos, de White (1784) avaient déjà attiré l'attention sur ses modalités cliniques. Peu de temps après, Guthrie (1826), Robert Lee commencèrent l’étude anatomique de la lésion; ce dernier auteur alla même plus loin, car, trouvant de l’analogie entre la phlegmatia des accouchées et la phlébite des opérés, si bien étudiée d’autre part par Guthrie, il proposa de faire de la première une variété anatomique de la seconde. Pour lui, pour David Davis, pour Dance, l’œdème des femmes en couches, le dépôt laiteux des nouvelles accouchées n’étaient d’ordinaire qu’une phlébite crurale.

Quant à la phlébite des cachectiques, elle venait à peine d’être tirée de l’ombre par Bouillaud et aucune idée pathogénique ne pouvait être émise sur sa nature.

Cruveilhier, en 1854, se crut eu droit de fixer les diverses lésions de la phlébite et d’en soupçonner les causes.

2e Période de Cruveilhier à Virchow.

Si l’on veut bien voir quel était, relativement à la question de la phlébite, l’état des esprits au moment des travaux de Cruveilhier, on se rendra compte sans peine que les conclusions que cet auteur se crut en droit d’adopter et que nous allons rapporter n’étaient rien moins que conformes aux idées régnantes.

En effet, à côté des mémoires déjà nombreux qui avaient paru sur cette phlébite nouvelle, propre aux accouchées, et à laquelle llull* avait donné le nom spécial de phlegmatia alba dolens , des travaux non moins considérables avaient étudié sous toutes ses formes la phlébite chirurgicale ; il nous suffira de rappeler ici les noms de Hunter, de Bresehet (1818), de Hogdson, de Sédillot et de Velpeau. Il n’y avait donc rien d’étonnant à ce que des hommes comme Robert Lee, comme Dance, assimilassent la phlébite des

1. Bouillaud, De .l’oblitérât ion des veines et de son inlluence sur la formation des hydropisies partielles; considérations sur les hvdropisies passives en général. [Arch. gén. de médecine , II, 1825, 188. 2° mémoire, 'ni.. IV, 1824. 94.

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