‹ Clotilde de Lusignan ou, Le beau juifChapitre 7 sur 23 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Sire , glace ! grâce !

{ Opéra du Condamne. )

Allons , donne-moi ton or !

( Shakespeare. )

L'amour, par tyrannie, obtient ce qn'il demande; S'il parle , il faut ce'der ; obéir s'il commande ; Et ce dieu , tout aveugle et tout enfant qu'il est , Dispose de nos cœurs , quand et comme il lui plaît. (CoRKEiLLE, Trag.)

Jusqu'ici, lecteur, l'usage e'tant de se ranger du côté de la majorité , nous sommes forcés de laisser le beau Juif à la colline des Amans , et de suivre les sept personnages qui s'en retournent au château.

La belle princesse e'tait pensive, et la route se serait achevée en silence , si le guerroyant e'véque n'eût dit à Monestan :

— Je prétendais donc que rien n'est plus facile que de reprendre l'île de Chypre , et voici comme...

Alors il s'engagea une conversation très-animée, dont le lecteur doit savoir le résultat, c'est-à-dire, que Nicosie ne fut pas reprise , malgré la cavalerie de Réfalein , les trente mille hommes de l'évéque, et les étendards que Monestan faisait bénir par le Saint-Père.

La princesse , toujours préoccupée, ne disait nitot, et tant qu'elle fut sur la route , elle marcha très-len-

BELUS/GNAN. yS

tement , sans toutefois se retourner.

Arrivée près de l'avenue , elle s'arrangea pour pouvoir, en y entrant , donner un coup d'œil sur l'endroit où était Nephtaly. Josette se trouva par malheur h ses côtés...

Jamais la pauvre soubrette ne sut comment Clotilde avait pu faire un faux pas sur un sable uni comme une glace; et surtout pourquoi la princesse , en s'appujant sur elle , la poussa avec tant de violence.

Quoiqu'alors la fille de Jean H n'ait lancé sur le Juif qu'une fugitive œillade , elle n'en vît pas moins ce dernier embrasser un gland détaché de sa tunique et le mettre dans son sein

Ce que la vérité historique force à dire , c'est que du moment qu'il fut impossible à la princesse d'apercevoir Nephtaly, elle s'avança vers le château avec trop de rapidité pour que Monestan, l'évèque et le connétable , pussent la suivre.

Sa course s'interrompit par un obstacle. Cet obstacle était la rencontre d'un petit homme gros et court , dontle centre , c'est-à-dire le ventre , se présentait avant l'homme même , tant cette partie semblait , par son volume, faire un être à part. 11 sortit de cette machine vêtue de noir, une petite voix clairette comme celle d'un flageolet.

— Madame , la colonne d'air at-

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mosphërique aurait - elle attaque' votre système nerveux? je vous trouve la figure altérée ! Ah î vous aurez trop pensé. Je le répète pourtant assez, les émotions du cœur et de l'esprit sont les plus grands fléaux de la santé; moi , par exemple , si je me porte bien , c'est que je ne pense jamais... La vie est tout , et chacun la gaspille. . .

— Mais je vous assure, maître Trousse, que mon système nerveux, répondit- elle en souriant, n'a pas souffert de ma promenade.

— Alors , madame , mes fonctions de médecin cessent, et je vais m'acquitter de celles d'huissier du roi , en vous prévenant, qu'il m'en-

voie savoir quel accident vous retarde si long-temps dans votre promenade : etj comme on ne sait ni qui vit ni qui meurt, je m'étais chargé de mes instrumens de chirurgie, en cas de malheur; car, jnoi, je prévois tout et j'opère fort bien, et c'est bien naturel, j'ai étudié à Grenade.. .

Cette observation fît marcher Clotilde encore plus vite : elle laissa son cortège en chemin. Josette, Castriot et la noumce, seuls , la suivirent.-— Au moment où elle entra , l'Albanais voulut s'esquiver. Ayant fourré dans sa cervelle , pendant la route , qu'il commettait un crime de lèsemajesté,en laissant vivre un Juif

vénitien , coupable d'avoir regai de la princesse avec concupiscence, il courait le tuer. Castriot, semblable à cette bête féroce apprivoisée par Androclès , ne connaissait que Clotilde et son père ; il eût assassiné Monestan, tout le premier, s'il se fût imaginé que le prince en était mécontent. La princesse le rappela, il vint à pas lents et la tête baissée.

— Castriot, dit-elle, jurez, par ma vie, que vous respecterez celle de Nephtaly- Jaffa. L'Albanais, comme un renard pris au piège , prononçale serment en rechiguant.

Ce serment était solemnel pour lui, il le tenait avec la même fidélité que

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les dieux d'Homère , celui du Styx Ainsi rassurée , la belle Clotilde traversa les cours, aux sons du cor, et au milieu de la haie respectueuse forme'e par la foule des domestiques et des Cypriotes de la maison .

Son passage peu fre'quent donnait lieu à des acclamations et à des cris de joie. Plusieurs lui parlèrent ; contre son oi'dinaire , elle ne leur répondit rien , et ces pauvres gens furent étonnés de ne pas entendre sa douce voix et les mots pleins de bienveillance qu'elle leur adressait toujours.

Parvenue à la dernière cour et au corps-de-logis dont la façade donnait sur le bord de la mer, elle

monta avec empressemeut aux appartemens du Roi.

Jean de Lusignan ayant choisi pour demeure , le premier de cette somptueuse façade , s'y trouvait entouré d'une magnificence royale.

Une vaste salle des gardes , bâtie par Guy pour contenir ses chevaliers , en impose par son air guerrier. Elle est ornée de trophées , d'armures et de tous les portraits des rois de Chypre sauvés du pillage de Nicosie par Kéfalein; le salon d'audience vient après , il est décoré par les étoffes précieuses du Levant , et un dais rouge et le trône y brillent malgré les autres meubles précieux qui les garnissent, la ba-

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lnstra<le du trône est en or pur. Le cabinet royal est ensuite; puis, la chambre du monarque se trouve la dernière : elle est orne'e d'un tapis de Perse et d'un mobilier gothique, mais e'clatant par un rare travail. La chaise grossière de la fameuse Mélusine Ibrme par sa pre'sence un contraste assez singulier.

Le prince , vêtu d'une dalniatique garnie de menu-vair, mais encore mieux décoré par ses vénérables clieveux blancs, qui rendaient plus touchant l'air de bonté répandu sur son visage , était alors dans cette chambre. Rassemblant les forces de sa vue éteipte , il fatiguait ses yeux paralysés en cherchant à dé^

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couvrir sa fille, dans le groupe qu'iî entrevoyait , comme une masse , dans les cours.

Tout à coup le vieillard quille sa fenêtre, prête l'oreille, et comptant sur son reste de vue, se dirige vers la porte , en heurtant tous les meubles qu'il rencontre. Clotilde n'est encore que dans le salon rouge, et de'jà ce bon père, entend les pas légers de sa fille. Sa figure presque morte s'anime de tout l'incarnat qui pcal nuancer la pâleur de la vieillesse , et lorsque Clotilde entre , elle trouve son père qui lui tend les bras.

— C'est vous, ma fi^lle, je ne vous ai pas encore vue d'aujour-

d'hui!... et levieillardrembrassasur le front, sans se tromper. — Vous êtes émue , car j'entends battre votre cœur, qu'avez-vous?.... Est-ce le bonheur ou d'autres infortunes qui causent votre trouble? y a-t-il de mauvaises nouvelles?. . . . Enguerry aurait-il connaissance de

nos tre'sors? Ces derniers mots

furent prononce's à voix basse.

— Non, mon bien-aimé père; si je suis émue , c'est que je viens implorer la bonté du roi, sans être sure de réussir.

— Vous êtes donc du complot, ma fille ? L'on veut me faire croire que je règne toijjours ! . . . .

— Hélas, mon père, je vous pré-

sente la requête d'un pauvre Juif...

— Un Juif ! . . . s'écria le Monarque, ma fille, un Juif vous aurait-il approchée?... Il s'en trouverait dans mon royaume!... que

dis-je? dans mon domaine! —

Oubliez-vous que Henri I". a péri de la main d'un de ces ennemis du Sauveur?...

Clotilde fut presque heureuse de ce que son père ne put voir la rougeur de son front.

— O mon père , reprit-elle en caressant le vieillard et en prenant les plus douces inflexions de sa voix, si vous connaissiez ses malheurs , vous en seriez touché. Enguerry-le- Mëcréant a brûlé , ce matin , sa de-

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meure , il est sans asile , et ne demande que d'habiter votre domaine.

Voici la première fois que je vous implore !.... me refuserez-vous ?...

— Petite syrène , un rocher s'attendrirait à votre voix ! . . . . où estil ce prote'gé ?

— A la colline des Amans!.... Il y est peut-être encore!.... ajoutât-elle entre ses dents.

— Comment savez -vous qu'il y est resté, reprit Jean II dont l'ouïe; par sa finesse, compensait la cécité.

Clotilde embarrassée garda le silence.

— De quel pays est-il?

— De Venise', répondit - elle en Iremblant.

— Orna fille! c'est admettre

un serpent ! s'écria le méfiant vieillard; Venise, continua -t- il avec cette chaleur guerrière, apanage des Lusignans; Venise ; ne l'a-t-elle pas chargé de détruire une dynastie qui, tant qu'elle existera, ne la laissera pas tranquille dans sa possession ? Je ne tremble que pour

vous, ma fille!... UnLusignan,trop vieux pour reconquérir le trône qu'il a perdu, peut se regarder dans la tombe!....

— Il mourra donc , l'infortuné ! . . .

Le vieillard s'émut. — Le Mécréant le fera périr! ajouta

la jeune fille. — Alors le Monarque chercha sur sa table d'ébène son sifflet d'or ; l'empressée Clo-

tilde l'eût bientôt poussé sous sa main, et Jean remua la tête, en signe de mécontentement, pendant qu'il siffla deux coups. — Bientôt l'on entendit les pas pesans de maître Trousse.

— Faites venir Hercule Bombaus.

L'intendant ne tarda pas à montrer sa figure soucieuse. Si l'avarice n'y avait pas éclaté, par les protubérances si savamment décrites par Gall , ses habits hors d'âge l'eussent certainement indiquée. Toutes les fois qu'il paraissait devant le prince, sa visible anxiété n'annonçait pasune consience très-nette. Il se rassura donc en entendant ces paroles.

— Allez à la colline des AmanS;

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VOUS y trouverez un Juif: dites-lui, que Jean de Lusignan lui accorde un asile , à la condition qu'il n'approchera jamais du château ; si on le trouve à dix pieds de distance il sera pendu... L'intendant frémit involontairement à ce mot.

— Avertissez, continua le prince, Castriot et les gens de cette circonstance. Bombans sortit.

— Etes-vous contente ? dit le vieillard à sa fille.

Pour toute réponse, elle embrassa ses yeux privés de lumière ; elle tint compagnie au bon vieillard; joua du luth toute la soirée; chanta des romances du temps, en choissisant de préférence celles

qui parlaient d'amour; enfin elle donna mille petits signes d'une joie intéi'ieure , dont Lusiguan ne comprit pas le motif... Je le crois, la jeune fille l'ignorait encore! . . . mais elle était contente !

L'intendant, monté sur un vieux cheval qui lai fut donné par un fermier arriéré, s'empressa d'exécuter les ordres du Roi , en essayant de faire trotter le pauvre animal vers la colline des Amans , et par habitude il regardait autour de lui , comme s'il eût craint les voleurs

Au milieu de l'avenue, il se mit à réfléchir , combien il devenait de plus en plus difficile de faire les

comptes ; qu'il serait prudent de mettre en sûreté son petit trésor , en quittant le service du prince ; ...

n'avait-il pas , lui Bombans , gagné loyalement son argent? 11

est vrai qu'il interpréta toujours les choses en sa faveur; mais le système interprétatif n'est -il pas

admis? L'argent que j'ai en ma

possession, tant qu'on ne me prouve pas qu'il n'est pas à moi , est à moi?... Il le comptait et recomptait déjà dans sa pensée, lorsqu'une voix retentissante , des cris de guerre et le pas d'une cavalerie se font entendre.

— Chargez ki, ki , mes amis,

courage, voilà l'ennemi?.

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A ces mots terribles , l'intendant ne doute pasqu'Enguerry ne soit en embuscade. 11 s'écrie : « Monseigneur, ayez pitié de moi ! . . . J^ avais bien dit qu'il m' arriverait malheur !... Grâce !

— Ferme! ki ki, ki!

— Hé bien , continua Bombans, je vous donnerai mille besans de rançon. Hélas, ils ne sont pas à

moi, je n'ai rien à moi mais je

les emprunterai

— Ri, ki, allez mes amis , ferme en selle...

L'intendant, abattu par la peur, se coule à bas de son cheval et se met à genoux ': Grâce ! reprit-il...

Sa frayeur fut vive mais courte ,

car il vit passer Réfalein qui, monté sur Vol-au-vent, faisait manœuvrer sept à huit chevaux, afin de créer au prince une cavalerie provençale.

— Hé bien, Borabans, ce n'est pas l'heure de matines...

— Monseigneur, je suis tombé de cheval.

— Mauvais écuyer ! A ces

mots prononcés avec le ton du plus souverain mépris , le connétable s'éloigna au grand galop.

L'intendant remonta sur sa pauvre bête et continua son chemin.

Une idée vint l'illuminer d'un trait de feu , et s'applaudissant de son génie, il pressa son cheval et fut bientôt près du Juif. On va voir

si Hercule Bombans s'entendait en finance.

— Etes-vous Juif?demanda-t-il brusquement à un homme, dont les yeux étaient attaches sur les tours de Casin-Gratvdes.

— Hélas oui !... répondit Nephtalj de sa douce voix.

— Eh bien, misérable ennemi du Sauveur , le prince t'accorde un asile à deux conditions : la première, (\ae tu n'approcheras jamais à plus de dix pieds du château ; si l'on te trouve à neuf, tu seras immédiatement pendu. Ici la voix de Bombans s'altéra, car jamais il ne pronotiçait ce mot bien distinctement. La seconde condi-

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tîon, reprit-il, est que tu vas lui payer par les mains de son intendant, et ce, sans quittance aucune, mille livres tournois , pour son secours et sa protection qui ne te manqueront jamais... Paie et entre sur nos terres?

— Comment les donnerais-je ? . .

repondit le Juif d'un ton lamentable, j'ai été pillé ce matin, et je n'ai plus rien !....

— Sang-sue , veux-tu vite le^

compter! Ce ne sera qu'une

restitution de tes usures... Ce n'est

pas que je condamne l'usure?

mais, vous autres Juifs, vous en prenez trop et gâtez le métier Ainsi

paie ?...

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— Il faut donc quitter ces lieux! . . .

Et Nephtaly fît un pas.

L'intendant , embarrassé par les ordres du Prince , et craignant qu'il ne s'en allât, s'efforça de le retenir par ces terribles, paroles :

(c Tu veux donc mourir en prison ?

Monseigneur m'a ordonné de t'y mettre, en cas de refus, ettu auras toujours un asile préférable à celui d'Enguerry ; car il te tuera sans rémission au lieu de t'écouter. »

— O Salomon! .r.^. Le juif s'arracha les cheveux Israël !

Dieu de Jacob ! .... on me tue ! . . . . l'on m'assassine !...

— Jure, mais paie et la

figure de Bombans s'épanouit en

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entendant l'Israélite continuer ses imprécations , ce qui annonçait

que sa bourse allait se délier En

elTet, Nephtaly, comme saisi d'un trait de lumière , défit lestement (ce qui est un miracle pour un Juif") la doublure de son manteau et il présenta un billet à Bombans-

— Tenez? je n'ai que cinq cents

livres , dit-il d'un ton piteux , c'est un billet sur îe trésorier du roi René-le-Bon, comte de Provence.

— Scélérat, paye mille francs....

— Je ne les ai pas !

— Paieras-tu?

— Je ne les ai pas ! * . .

— Je m'en vais prendre ton man-

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teau! s'ëcria Bombacs d'une voix terrible.

— Tenez, le voici ! dit l'Israélite.

Cette manœuvre hardie en imposa à l'intendant; il ne crut pas un homme capable de céder son trésor avec un tel sang- froid. Nephtaly lui paraissait comme impatienté^ et la soumission juive l'abandonnait déjà.

Alors Hercule Bombaiis se contenta des cinq cents livres en ajoutant, moitié souriant de ce qu'il touchait et moitié chagrin de ce qu'il croyait perdre :

— Tu solderas le reste plus tard !

Ici le juif fixant ses beaux yeux

noirs sur l'intendant lui dit :

— C est mon tour 1 — M*, inteadant, je pais faire savoir au prince que , vous , qui êtes parti de Chypre nu comme un ver, possédez maintenant pour cent mille livres de biens dans le Dauphiné, sur les terres du comte Gaston le fils du roi René.... Vous avez bombé vos comptes, M. Bombans.

L'intendant consterné ne souffla mot , sa triste figure indiqua le plus violent combat qui se soit livré dans le corps d'un avare : nul doute que ces paroles tendaient à lui faire opérer une restitution

— J avais bien dit qu* il m arriverait malheur ! . . . . Nephtaly devina la pensée de l'intendant.

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~ Rassurez vous Bombans^ lui dit- il avec des yeux briilans de désirs, je vous abandonne les cinq cents livres, si vous voulez m'indiquer, en quel endroit donnent les croisées de la chambre on repose la princesse Clo tilde....

Une femme entre son devoir et son plaisir; un auteur entre l'argent sans gloire, et la gloire sans argent; un gastronome entre deux plats; un ministre forcé de chanter la palinodie , n'éprouvent pas un choc aussi violent que Bombans, . . Mal-r gré la pensée que ce Juif pouvait avoir de mauvais desseins , d'après le ton impérieux qu'il prenait en ce moment, le démon de l'avarice

l'emporta , et il répondit avec une espèce de rage.

— Oui !.,. et il piqua des deux.

Mais Nepbtalj arrêtant par la bride la pauvre bête (je veux dire le cheval), s'écria d'une voix menaçante : u Hé bien?... » — L'intendant, faisant la grimace, répondit :

— La chambre de la princesse fait l'angle de la façade du côté de la mer, une de ses fenêtres donne sur la Coquette , et l'autre sur le bord de l'eau!....

Ayatït dit ces mots, avec une rapidité qui permet de croire qu'il craignait d'user sa langue, Bombans serra fort attentivement le billet, tout en s'enfuyant comme s'il eût

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commis un crime. . . « Au surplus, se dit-il, du diable s il peut m'en ar-^ river malheurTLa. Coquette est dans cet endroit comme une muraille de cinquante pieds de haut i . . . c'est inabordable!... et puis , s'il en approche?... on le pend! Ayant ainsi rassuré sa conscience, l'intendant

poursuivit sa route (i)

j*- Jt- * * *

Le soir vint .... Clotilde se retira chez elle , Josette fit son service accoutumé; et lorsqu''après avoir allumé une lampe d'huile parfumée , la jolie fille de Bombans se fut éloi-

j] Les lacunes que l'on rencontrera {quelquefois, sont (Jans le manuscrit des R. P. Camaldules. {Note de V Éditeur. )

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guée , la princesse , au lieu de se coucher, se mit à la fenêtre du bord de la mer , pour contempler la beauté de la nuit.... A l'aspect de l'immensité' de cette mer alors silencieuse, et de la muette éloquence du ciel étoile, ont la lumière vive et scintillante contrastait avec le terne de la mer et ses pâles reflets , la princesse resta long-temps plongée dans une tendre mélancolie dont , jusqu'alors , elle avait ignoré le charme... Des pensers inconnus vinrent agiter son cœur!.... Un léger bruit la tira de cette douce rêverie... ce bruit partait de la Coquette.. Le cœur de la jeune fille battit avec force.... non

qu'elle eût peur, mais ce bruit avait quelque chose de soyeux et de délicat... enfin, il coïncidait tellement avec sa pensée, qu*elle courut à Fau- Ire fenêtre; et, tirant brusquement deux riches rideaux verts fabrique's en Perse , et que ie commerce des Vénitiens répandait etï Europe, elle aperçut!... le Jaif,suspendu sur l'abîme par une pointe de rocher de trois pieds de large , qui se trouvait au milieu de la muraille formée par la Coquette.... Il lui parut incompréhensible, qu un homme eût assez de courage pour aller se placer sur cette faible inégalité d'un roc droit x:omme le mur d'un bastion... «Et dans quel motif?» se

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dit-elle ... Au milieu de l'effroi dont elle élait saisie, je ne sais qael sentiment involontaire lui fît adnïirer ce beau Juif, couché dans une position pleine de tant de grâce, qu on l'aurait crue un effet médité par Phidias... La douce clarté de la lune l'entourait d'un léger nuage de lumière , qui domiait un charme extraordinaire à ses attraits .Clotilde vit briller un bijou sur son sein...

Elle reconnut le gland de sa tunique!... Nephtaly, presqu'à deux doigts du bord de l'inégalité du rocher, contemplait la croisée de la princesse avec des yeux pleins d'ivresse et de bonheur, et le calme de sa belle figure annonçait la douce

harmonie de ses pensées.... Une heure s'écoula, rapide comme un songe, et sans son horloge d'eau, Clotilde aurait cru n'avoir passé qu'un léger instant. S'arrachant alors à cette fatale contemplation, la princesse sortit de sa rêverie, et songeant aux paroles de son père , elle s'écria tout bas : « 11 est trop beau pour être criminel!... »

La jeune fille , émue au dernier point, s'endormit au milieu du murmure gracieux des flots , et de rin> portune agitation de la raison sévère... Au moment où le sommeil s'empara de ses sens, elle voyait encore l'ovale délicat, la blancheur et la beauté des traits de cette figuitî juive

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