MÉROVÉE
la protection d'Aétius. Celui-ci l'adopta pour fils, le combla de. présents et l'envoya à Rome auprès de l'empereur pour qu'il en fît son allié. Priscus déclare avoir vu ce prince dans la Ville éternelle, jeune encore et imberbe, et il se souvient de la longue chevelure qui flottait sur les épaules (kl prétendant barbare (1).
Dans ce fils adoptif d'Aétius, plusieurs historiens ont voulu reconnaître Mérovée (2), qui serait ainsi devenu le roi de son peuple grâce au patronage impérial. L'hypothèse est séduisante, mais trop hardie pour qu'on puisse l'enregistrer comme une probabilité historique. A supposer même qu'il n'y eût à cette époque qu'un seul royaume salien, il y avait incontestablement plusieurs royaumes francs, et en particulier celui des Francs Ripuaires, et celui des Francs de la Haute- Germanie, alors établis sur le Neckar. Lequel de ces royaumes se trouvait sans souverain au moment où Attila préparait son expédition en Gaule? Ce n'était pas celui des Francs Saliens, dont le souverain combattit à Mauriac, et qui avait déjà un enfant d'un certain âge ; il ne répond en rien, celui-là, au portrait de l'adolescent imberbe rencontré par Priscus dans la. capitale de l'Empire. D'autre part, nous voyons que l'itinéraire suivi par Attila laisse de côté les Francs Saliens, et que l'envahisseur passe le Rhin à proximité du royaume du Neckar. N'est-ce pas à ce dernier qu'il faut, en conséquence, abandonner les deux jeunes compétiteurs dont parle l'historien byzantin (3) ?
(i) Priscus, Fragmenta, viii, p. 152 (Bonn^.
(2) Entre autres Fréret, o, c, p. 79, et Pèiïgny, Études, H, p. 107. Fauliel, Hist.[de la Gaule mérki., \, pp. 217 et suiv., qui combat fortement ridentin«ati..n proposée, ne se prononce pas sur la nationalité du jeune prince dont parle Priscus, et de même fait M. A. de Barthélémy {Revue des questions historiques, t, VIII (1870), p. 379.
(3) L'opinion que je défends est celle de Dubos, Histoire critique etc., Il, p. 83. et d'Am. Thierry, Histoire d'Attila, I, p. 130.
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Mérovée continue donc d'échapper à nos investigations. Et cependant, si obscure que soit pour nous sa carrière, elle a été mêlée aux événements les plus grandioses de son temps, et lui-même y a joué un rôle qui aurait dû lui valoir la reconnaissance de la postérité. C'était au moment où s ouvrait pour la civilisation occidentale l'ère la plus terrible qu'elle eût jamais traversée. .-Vttila s'avançait vers elle, et le seul bruit de ses pas dans l'Europe silencieuse Klaçait les peuples de terreur. On savait ce que ce farouche destructeur réservait au monde; on n'ignorait pas ce que valaient les hordes bestiales qu'il traînait à sa suite. Ce n était plus ici une invasion de barbares germaniques, grossiers, mais capables de culture, sanguinaires, mais accessibles à des sentiments généreux, habitués au surplus, depuis des siècles, à voir de près le tableau d un régime civilisé, et à en apprécier les bienfaits dans une certaine mesure. Les Huns n'étaient pas des barbares, mais des sauvages. C'est à peine s'il y avait quelque chose d'humain dans ces êtres hideux, dont la vie semblait un éternel défi aux aspirations les plus nobles de l'humanite. Etrangers à la pitié, à la pudeur, à toute culture morale et intellectuelle, ils se promenaient par le monde comme les génies de la destruction. On eût dit de ces vols de sauterelles qui s'abattent sur les moissons avec l'irrésistible impétuosité d'une force de la nature, et contre lesquels toutes les ressources du génie sont vaines. Où ils avaient passé, le sol était rasé, l'herbe ne repoussait plus et le concert harmonieux des mille voix de la civilisation expirait dans le grand silence de la mort.
Heureusement pour l'Oc.ident, Aétius lui restait. Cet homme de génie fit alors des prodiges d'énergie et d'habileté pour grouper contre le fléau de Dieu toutes les forces de la civilisation et toutes celles de la barbarie II sem-
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blerait que ce dut être une tâche facile, car civilisés et barbares avaient les mêmes intérêts à défendre contre les immondes cohortes d'Attila. Mais les hommes qu'il fallait o-rouper sous les bannières romaines aujourd'hui, c'étaient ceux-là mêmes qu'en vingt rencontres récentes Aétius avait humiliés et écrasés. Nous savons par les contemporains au prix de quels efforts multipliés il réussit à triompher des hésitations des Visigoths, qui, dans le début, semblaient vouloir attendre Attila chez eux et abandonner l'empire romain à ses destinées (1). Nous aimerions surtout de savoir quelles furent à cette occasion ses négociations avec les Francs. Si, comme nous Pavons supposé précédemment, il avait traité avec eux à la suite de sa guerre contre Clodion, il put se borner à leur rappeler leurs engagements : sa force de persuasion et la conscience du danger commun auront fait le reste. Quoi qu'il en soit, nous voyons qu'au jour de la lutte décisive, les Saliens et les Ripuaires se retrouvaient sous les drapeaux impériaux à côté des Alains, des Burgondes, des Visigoths et de tous les autres barbares qui vivaient à l'ombre de l'ancienne paix romaine. Tous ces groupes, réunis aux légions, formaient dans la main d 'Aétius une armée compacte et résolue, qui avait la conscience de défendre contre un ennemi sans entrailles les suprêmes biens de l'existence. Il passait comme un souffle de christianisme dans ses bannières diverses, dont plus d'une portait les emblèmes des divinités païennes. La religion avait prêté son concours tout-puissant à l'organisation de la défense : en arrière d'Aétius, les évêques de la Gaule faisaient de chaque ville lépiscopale un solide boulevard contre l'envahisseur.
Attila, de son côté, n'avait pas laissé dormir ces éton-
(1) Sidoine Apollinaire, Cann,, VII, 329 et suiv. ; Jordanes, c. 36.
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nantes facultés de diplomate et d'organisateur qui contrastent si étrangement, dans sa physionomie, avec sa violence et sa brutalité de sauvage. Longtemps il y avait eu entre Aétius et lui comme une lutte de génialité : c'était à qui déjouerait les plans de Tautre, et le terrifierait par les coups les plus foudroyants. Aétius Tavait finalement emporté auprès des barbares de la Gaule ; mais qu'Attila restait redoutable, et quelle armée il traînait à sa suite lorsqu'il apparut sur les bords du Rhin! Depuis le jour où Xerxès franchit THellespont à la tête de ces légions innombrables où étaient représentés tous les peuples de l'Orient, jamais le monde civilisé n'avait assisté à un pareil défilé de nations. Le Nord tout entier, dit un contemporain, avait été versé sur la Gaule. Outre les Huns et les autres tribus scythiques, telles que les Massagètes, qui formaient le noyau de l'armée d'Attila, on y rencontrait des multitudes de peuplades slaves ou germaniques : des Ruges, des Gelons, des Scyres, des Gépides, des Burgondes, des Bastarnes, des Thuringiens, des Bructères et des Francs du Neckar (1). Tous ces peuples étaient venus sous la conduite de leurs chefs nationaux, dont les humbles royautés tournaient comme des satellites autour du grand roi de la destruction. Dans cette immense armée, Odoacre put rencontrer Oreste, qu'il devait détrôner, et lui-même combattit peut-être coude à coude avec le père et les oncles de Théodoric, sous les coups duquel il devait périr trente années plus tard (2). Comme si les deux tendances contradictoires qui la possédaient l'avaient disloquée, la barbarie se trouvait partagée ce jour en deux camps. Les Goths d'Espagne allaient combattre contre des frèrerf qui se souvenaient d'avoir vécu avec eux sous l'autorité
(1) Sidoine Apollinaire, Carm., VU, 321 et suiv. K% A m. Thierry, Histoire d'Attila, t. I, p. 235.
du vieux Hermanaric, dans le pays de la mer Noire, les Francs Saliens et Ripuaires allaient échanger des coups avec les alliés dont ils avaient si souvent serré la main au troisième et au quatrième siècle, lors des luttes communes contre TEmpire. Ce n'était pas une guerre de races ni de nationalités qui mettait aux prises les deux moitiés du monde ; il s'agissait de savoir si l'Occident resterait un pays civilisé ou s'il retomberait dans le néant.
Tout fait croire que les Francs se rendirent compte de la gravité des intérêts en jeu, le jour où, sous la conduite de leur jeune souverain, ils quittèrent les bords de l'Escaut, et qu'à marches forcées ils allèrent prendre part à la grande bataille des nations. On a conjecturé que dans leur itinéraire ils se heurtèrent aune partie de l'armée d'Attila, et que dans cette rencontre la femme et l'enfant de leur roi tombèrent dans les mains de l'ennemi (i). Faisant un pas de plus dans la voie des conjectures, d'autres ont supposé qu'il fallait rattacher à la campagne d'Attila, en 451, les atrocités commises en pays franc, au dire d'une tradition épique, par les Thuringiens d'outre-Rhin. Après s'être fait livrer des otages comme des gens qui veulent la paix, ils les auraient mis à mort et se seraient ensuite déchaînés
(1) A cela se rattacherait la légende racontée par Frédégaire, m, 11 : Wiomadus Francus fidelissimus ceteris Childerico, qui eum cum a Chunis cum matre captivus duc^retur, fugaciter liberaverat... On y peut rattacher également une curieuse notice faisant partie d'une interpolation du xi« siècle dans plusieurs manuscrits du Liber historiœ, c. 5 : Eo tempore Huni in istas partes citra Renum cum grandi exercitu hostile pervenerunt, vastantes terram. Fvgntoque Meroveo rege, usque Aurelianis civitatem pervenerunt. {Scripf, lier. Merovinr/., t. II, p. 247.) M. A. de Barthélémy (/feywe rfes^tf estions historiques, t. Vlll (1870, p. 380) pense qu'un parti de Huns aurait profité du départ de Mérovée pour pousser une pointe dans le royaume des Saliens ; mais le texte du chroniqueur de Saint-Hubert, sur lequel il s'appuie, est une légende sans autorité, (V. G. Kurth, Les premiers siècles de l'abbaye de Saint-Hubert) et l'argument tiré de la vie de sainte Geneviève prouverait aussi bien que les Huns ne sont jamais arrivés dans le pays de Paris.
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sur la contrée avec une véritable sauvagerie. Ils auraient pendu les jeunes gens aux arbres parles nerfs des cuisses; ils auraient attaché plus de deux cents jeunes fdles au cou de chevaux sauvages lancés à travers la campagne; d'autres auraient été étendues à terre, liées à des pieux, et leurs bourreaux auraient fait passer de lourds chariots sur leurs corps (1). Voilà ce que, longtemps après, on racontait aux guerriers francs quand on voulait les entraîner à la guerre Je Thuringe. Mais on ne sait ce qu'il faut croire de pareils récits, et dans l'histoire de ces temps obscurs il faut renoncer à une précision qui ne s'obtiendrait qu'au prix de l'exactitude.
La monstrueuse avalanche de peuples continuait de s*écrouler sur la Gaule. Après avoir franchi le Rhin sur plusieurs points à la fois, au moyen de radeaux construits avec les arbres de la forêt Hercynienne, elle était arrivée devant Metz, qui succomba le jour du samedi saint ; puis elle avait continué son itinéraire dévastateur. Il est difficile d'en marquer les étapes ; dans le souvenir qu'en ont gardé les générations, cette invasion a toujours été confondue avec celle de 406, qui ne fut pas moins meurtrière. Nous voyons toutefois que les Parisiens tremblaient de la voir passer par leur ville, et que, dans leur épouvante, ils se préparaient à se réfugier avec leurs biens dans des localités plus sûres, lorsqu'une jeune fille du nom de Geneviève parvint à les détourner de ce projet : « Ces villes que vous croyez mieux à l'abri que la vôtre, leur dit-elle, ce sont précisément celles qui tomberont sous les coups des Huns ; quant à Paris, il sera sauvé par la protection du Christ (2). » La prophétie de la sainte fille
(1) Grégoire de Tours, m, 7. Cf. Amédée Thierry, Histoire d'Attila, t. I, p. 138.
(2> Vîla s. Gemvefae, {ScHpt. Rer. MeroiL t. 111, p. 219).
se réalisa. De Metz, le roi des Huns gagna la Champagne, et de là il déboucha dans la vallée de la Seine. Arrêté sous les murs d'Orléans par l'héroïsme de saint Aignan, et obligé de se retirer de cette ville à l'approche d'Aétius, il rebroussa chemin, et il vint chercher à Mauriac un champ de bataille où il pût se déployer à l'aise avec sa nombreuse cavalerie. C'est là qu'Aétius, qui marchait sur ses pas, Tatteignit et le força d'accepter la bataille.
Les Francs de Mérovée eurent l'honneur de commencer le terrible engagement qui allait décider les destinées du monde (1). La nuit qui précéda la bataille, ils se heurtèrent aux Gépides, commandés par leur roi Ardaric, qui semblent avoir formé l'arrière-garde d'Attila, et une lutte furieuse éclata dans les ténèbres entre ces deux nations. Cette première rencontre coûta quinze mille hommes : large et cruelle saignée pratiquée sur la vaillante nation franque, qui dut laisser sur le carreau la fleur de sa jeunesse (2). Mais qu'était-ce au regard de Tellroyable tuerie du lendemain, pour la description de laquelle les historiens ont épuisé toutes les formules de l'horreur ? « Ce fut, dit l'un d'eux, une lutte atroce, multiple, monstrueuse, acharnée. L'antiquité n'a rien de comparable à nous raconter, et celui qui n'a pas été témoin de ce merveilleux spectacle ne rencontrera plus rien qui le surpasse dans sa vie (3) ». Si l'on en peut croire la tradition, un petit ruisseau qui passait sur le champ de bataille fut telle-
(1) Le plus ancien écrivain qui ait parlé de la présence de Mérovée à Mauriac est l'auteur d'une Vie de saint Loup de Troyes, écrite au ix" siècle: Postremo Aurelianis eis (se. Hunnis) obsidentibus, ad subsidium Galliaruni advolavit patricius Romanorum Etius, fultus et ipse Theoderici Wisigothorum et Merovei Francorum régis aliarumque gentium copiis militaribus. Acta Sanctorum des BoUandistes, 29 juillet, t. VII, p. 77 E.
(2j Jordanes, c. 41.
(3) Jordanes, c. 40.
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ment grossi par les flots de sang, qu'il se changea en torrent impétueux (1). Le lendemain, au dire du même narrateur, cent soixante mille cadavres jonchaient la plaine de Mauriac, et les soldats d'Aétius, plongés dans la stupeur, reconnaissaient leur victoire au sinistre silence que gardait Tarmée d'Attila, enfermée derrière son retranchement de chariots (2). On n'osa pas l'y inquiéter, et le roi des Huns, obligé de se retirer, le fit à la manière du lion blessé, qui reste la terreur de son ennemi. Toutefois FEurope était sauvée. Aétius se trouva assez fort pour se passer du dangereux concours des Visigoths, et pour surveiller seul la retraite des Huns. Une relation nous apprend qu'il s'adjoignit les Francs (3), et Ton peut admettre que ce peuple, qui avait après la victoire le plus grand intérêt à refouler l'ennemi de ses frontières, ait été associé à la dernière tâche de la campagne (4). Mérovée aura donc terminé cette lutte de même qu'il l'avait inaugurée, et c'est l'épée des Francs que les Huns fugitifs auront eue constamment dans les reins, pendant qu'ils reculaient de Mauriac jusqu'aux confins de la Thuringe, où Aétius les reconduisit à la tête de ses soldats victorieux. La victoire de Mauriac avait été le triomphe du génie militaire sur la force brutale du nombre, et la gloire en doit être laissée au grand général romain. Mais les barbares qui avaient servi sous ses ordres dans cette journée n'entendirent pas qu'elle leur fût disputée : c'était, à les en croire, leur triomphe national à eux ; chacun voulait avoir
(3) A|W?ciiis vero com <wi*. cliam Fnincos sccuiii habens, posl ter^m dinîxit dumonmi, qiios usqae Thoringia a longe prosecutos est. Frédé-
§ùre, n, 53.
(4) WiclCTslieiiii, Getckieàte der VoeUstrmmmdenmS^ ^ édiUon. t. II,
vaincu les Huns à lui seul. Les Visigoths allèrent plus loin : ils mirent en circulation une légende d'après laquelle Aétius, pour s'attribuer les honneurs du triomphe et conserverie champ de bataille, en aurait écarté par la ruse d'une part Attila, de l'autre le roi des Visigoths (1). Colportée chez les Francs, cette légende y reçut un complément inévitable : le roi de cette nation, dit-on, avait été éloigné (2) grâce au même artifice. C'est ainsi que de toutes parts la vanité barbare s'attachait à diminuer l'auréole que mettait autour de la tête d'Aétius son incomparable triomphe de 451. Elle n'y est point parvenue ; l'histoire a oublié les traditions épiques des foules, et elle a retenu les paroles des annalistes. Nous n'avons donc pas à nous en occuper davantage, non plus que des traditions locales sur le passage d'Attila en Gaule, à l'aller et au retour. Elles ne contiennent que des récits fallacieux, et ce n'est pas la peine d'en remplir l'imagination du lecteur, puisqu'il faut, au nom d'une bonne critique, les biffer de l'histoire (3).
Quelques années après le grand triomphe qui avait fait de lui le sauveur de l'Empire, Aétius tombait assassiné par un empereur du nom de Valentinien III, qui n'est connu dans l'histoire que par cet exploit. Aétius disparu, il n'y eut plus d'Empire. Pendant qu'au fond de l'Italie des ombres d'empereur se disputaient le trône et se renversaient mutuellement, la Gaule, sans maître, restait en
(1) Fréd^ire, /. c.
(2) Grégoire de Tours, n. 1.
(3) Lire sur la bataille de Mauriac rexcellente étndc critique de IL A. de Barthélémy, intitulée : la Campagne «T Attila. Intwnon de» Hun* dan» la Gaule en 4-"l (iferue des question» historique», L VIII), et le mémoire de G. KanTmann, Ue&er die Hunnenschlachl de» Jahres 431 {Forsc/iungen zur Deulscken Geschic/Ue, L VIIIj, ainsi que les chapitres awrespondants d'A. Thierry, Histoire d'Attila, et de Wietersheim, Gesekiehte der Voetkencanderung.
ment grossi par les flots de sang, qu'il se changea en torrent impétueux (i). Le lendemain, au dire du même narrateur, cent soixante mille cadavres jonchaient la plaine de Mauriac, et les soldats d' Aétius, plongés dans la stupeur, reconnaissaient leur victoire au sinistre silence que gardait Farmée d'Attila, enfermée derrière son retranchement de chariots (2). On n'osa pas Vy inquiéter, et le roi des Huns, obligé de se retirer, le fit à la manière du lion blessé, qui reste la terreur de son ennemi. ToutefoisFEurope était sauvée. Aétius se trouva assez fort pour se passer du dangereux concours des Visigoths, et pour surveiller seul la retraite des Huns. Une relation nous apprend qu'il s'adjoignit les Francs (3), et Ton peut admettre que ce peuple, qui avait après la victoire le plus grand intérêt à refouler Fenncmi de ses frontières, ait été associé à la dernière tâche de la campagne (4). Mérovéc aura donc terminé cette lutte de même qu'il l'avait inaugurée, et c'est l'épée des Francs que les Huns fugitifs auront eue constamment dans les reins, pendant qu'ils reculaient de Mauriac jusqu'aux confins de la Thuringe, où Aétius les reconduisit à la tête de ses soldats victorieux. La victoire de Mauriac avait été le triomphe du génie militaire sur la force brutale du nombre, et la gloire en doit être laissée au grand général romain. Mais les barbares qui avaient servi sous ses ordres dans cette journée n'entendirent pas qu'elle leur fût disputée : c'était, à les en croire, leur triomphe national à eux; chacun voulait avoir
(1) Id., l c.
(2) /rf., l. c. . » . 4
(3) A^eciiis vero cnm suis, rtiam Fraii.os seciiiu liabcns, post lergmn dîrexit Chunorum, quos iisque Thoriufe'ia a longe prosecutus est. Frtuh-
ffaire, ii, 53. , ,. . , ,,
(4) Wietersheim, Geschichte der Voelkerwanderung, 2' édition, t. Il,
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vaincu les Hunsàlui seul. Les Visigoths allèrent plus loin : ils mirent en circulation une légende d'après laquelle Aétius, pour s'attribuer les honneurs du triomphe et conserverie champ de bataille, en aurait écarté par la ruse d'une part Attila, de l'autre le roi des Visigoths (1). Colportée chez les Francs, cette légende y reçut un complément inévitable : le roi de cette nation, dit-on, avait été éloigné (2) grâce au même artifice. C'est ainsi que de toutes parts la vanité barbare s'attachait à diminuer l'auréole que mettait autour de la tête d'Aétius son incomparable triomphe de 451. Elle n'y est point parvenue ; l'histoire a oublié les traditions épiques des foules, et elle a retenu les paroles des annalistes. Nous n'avons donc pas à nous en occuper davantage, non plus que des traditions locales sur le passage d'Attila en Gaule, à l'aller et au retour. Elles ne contiennent que des récits fallacieux, et ce n'est pas la peine d'en remplir limagination du lecteur, puisqu'il faut, au nom d'une bonne critique, les biffer de l'histoire (3).
()uolquos années après le grand triomphe qui avait fait de lui le sauveur de l'Empire, Aétius tombait assassiné par un empereur du nom de Valentinien III, qui n'est connu dans l'histoire que par cet exploit. Aétius disparu, il n'y eut plus d'Empire. Pendant qu'au fond de l'Italie des ombres d'empereur se disputaient le trône et se renversaient mutuellement, la Gaule, sans maître, restait en
(1) Frédépairc, /. c.
(2) Grégoire do Tours, n. 7.
(3) Lire sur la Jjataille de Mauriac l'excellente étude critique de M. A. de Barthélémy, intitulée: la Campagne d'Attila, [twasion des Hum dans la Gaule en ^H {Revue des fjupsfiuns historiques, t. VIII), et le mé" in(3ire de G. Kaufniann, Veber die Ilunnenschlacht des Jahres 431 {Forschungen zur Deulschen Geschichte, t. VIlIj, ainsi que les chapitres correspondants d'A. Thierry, Histoire d'Attila, et de Wietersheim, Geschichte der Voelkerwanderung.
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proie au premier envahisseur venu. Les barbares comprirent que leur heure venait de sonner, et de toutes parts, ic semblables à des loups affamés qui flairent Fodeur des grasses étables (1) », ils se ruèrent sur les provinces occidentales. Les Saxons, montés dans leurs canots de peaux, reparurent sur les rivages de la mer du Nord ; les Chattes ou Francs duNeckar se jetèrent sur la première Germanie, et les Francs Saliens reprirent leurs courses victorieuses à travers la deuxième Belgique (2). L'œuvre de Glodion, interrompue par Tintervention décisive d'Aétius, était maintenant continuée par son successeur. Jusqu où Mérovée poussa-t-il ses conquêtes, c'est ce que nous sommes réduits à ignorer. Il est toutefois bien difficile de croire que dès lors une bonne partie de la France septentrionale et de la Belgique méridionale ne soit pas tombée définitivement au pouvoir du peuple franc. On nous dit, il est vrai, que la nomination d'Avitus en qualité de maître des milices de la Gaule mit un terme aux ravages des barbares, que les Alamans firent amende honorable, que les Chattes se laissèrent confiner dans leurs domaines (3). Mais celui qui parle ainsi, c'est le gendre d'Avitus, et il ne convient pas d'attacher beaucoup d'importance aux assertions d'un panégyriste. Somme toute, la campagne franque de 455 coûta à l'Empire un nouveau lambeau de la Gaule, qui ne devait jamais lui être rendu.
Mérovée doit avoir disparu de la scène peu après ces événements. Dès 457, nous le voyons remplacé par son fils Childéric. Tout fait croire qu'il mourut jeune, comme d'ailleurs presque tous les princes de sa lignée.
(1) Sidoine Apollinaire, Carm., VII, 363.
(2) Francus Germanum prinium Belfjamque secundum Slcrnel)iit... Sidoine Apollinaire, Cann,, VU, 372.
(3) Sidoine Apollinaire, Cann., VII, 388 et suiv.
CHILDERIC
Les ténèbres épaisses qui couvrent le règne de Clodion et celui de Mérovée commencent à se dissiper au moment où nous abordons celui de leur successeur Childéric. L'histoire de ce prince ressemble à ces paysages de montagnes dont certaines parties sont baignées dans l'éclatante lumière du jour, tandis que d'autres disparaissent sous le voile d'un brouillard opaque. La moitié du tableau qui va passer devant nos yeux nous est garantie par le témoignage positif et contemporain des annalistes de la Gaule, reproduit de bonne heure par Grégoire de Tours, et offrant tous les caractères de certitude. L'autre, au contraire, est obscurcie par tant de fictions, qu'il est impossible d'y faire le départ de la légende et de la réalité. Ce sont deux domaines opposés, dont l'un appartient à l'histoire et l'autre à la
poésie.
Malheureusement, comme il arrive d'ordinaire, le domaine qui reste à l'histoire est sec et aride, et ne contient que la mention sommaire de quelques faits d'ordre public.
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CHÏLDÉRIC
Celui de la légentle, au contraire, est plein (ranimatioii et de couleur; un intérêt dramatique en vivifie toutes les scènes, et Téblouissante lumière de la fiction, versée à flots sur ses héros, concentre la curiosité et la sympathie sur leurs traits. Aussi, quoi d'étonnant si le Childéric de Thistoire est demeuré presque un inconnu, alors que celui de la légende, comme un prototype de Henri IV, est reste dans toutes les mémoires. 11 peut y avoir de rinconvénient à vouloir remanier un type arrêté, à ce qu'il pîirait, dès le milieu du sixième siècle. Dîins les traits qui constituent h\ physionomie du Childéric légendaire, il s'en trouve peutêtre plus d'un qui aura été fourni par l'histoire ; les biffer tous indistinctement serait une entreprise téméraire et décevante. D'ailleurs la légende; elle-même méritera toujours, dans les récits les plus austères, une place proportionnée à l'intérêt que lui ont donné les siècles. Et lorsqu'elle nous apparaît, comme ici, à peu près contemponiine du héros qu'elle glorifie, n'a-t-clle pas droit à notre attention presque au même titre que l'histoire elle-même ? Celleci nous fait connaître la réalité, celle-là nous montre l'impression que la réalité a produite en son temps sur l'ame des peuples, et les formes idéales dont l'a revêtue à la longue le travail inconscient de l'imagination nationale.
Le Childéric de la légende prendra donc place, dans notre récit, à cùté du Childéric de l'histoire. Nous avons déjà rencontré le premier, dont les aventures extraordinaires commencent dès l'enfance. Tombé avec sa mère, nous dit la tradition (1), au pouvoir des redoutables cavaliers d'Atila, il avait vu de près les horreurs de la captivité et peut-être les apprêts de sa mort. Mais le dévouement d'un fidèle, auquel la tradition donne le nom de Wiomad,
(1) V. ci-dessus, p. iOt.
sauva les jours de l'enfant menacé. On ne nous dit pas de quelle manière eut lieu l'enlèvement : ce fut sans doute une de ces fuites dramatiques, savamment préparées et réalisées au travers des plus terribles dangers, comme Fhistoire et l'épopée de ces époques nous en ont raconté phisieurs (1). Mais les péripéties nous en sont restées ignorées, et nous sommes hors d'état de dire la part qui revient à l'histoire dans ce premier épisode de la carrière poétique du héros franc.
Au dire du chroniqueur du huitième siècle, c'est en 457 que Childéric succéda à son père (2). Admettons cette date, bien que l'exactitude des calculs chronologiques de cet écrivain soit loin d'être établie. Toutefois le nom de Cliildéric n'est pas prononcé dans nos annales avant 403. Nous ignorons ce ciuiUit pendant les six premières années d(; son règne; mais la'légende le sait, et elle nous en trace un récit des [dus animés. Laissons donc ici la parole aux |,oètes populaires ; le tour des annalistes viendra ensuite.
A peine monté sur le trône, le jeune prince se livra a tout l'ardeur d'un tempérament qui ne connaissait pas de frein. Indignés de lui voir débaucher leurs filles, les Francs le déposèrent et projetèrent même de le tuer. Ce fut encore une fois le fidèle Wiomad qui vint au secours de son maître : il lui conseilla de fuir, et promit de s'employer pendant son absence à lui ramener les cœurs de ses guerriers. <c Emportez, lui dit-il, la moitié de cette pièce d'or que je viens de casser en deux; lorsque je vous enverrai celle que je garde, ce sera le signe que vous pourrez revenir en toute sécurité. » Childéric se retira en Thunnge,
(1) J'ai reproduit le récit de quelques-unes dans ï Histoire poétique des Mérovinoiens, au chapitre intitulé : la Jeunesse de Clùldéric, pp. lbl-178.
(2; Librr h'isloriu', c. 0.
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auprès du roi Basin et de la reine Basine (1). Pendant ce temps, les Francs mettaient à leur tête le comte iEgidius, maître des milices de la Gaule.
La domination d'iEgidius sur les Francs et Texil du roi Childéric durèrent huit années. Wiomadles employa, avec une rare ténacité, à aigrir les Francs contre le maître qu'ils s'étaient donné. Pour cela il s'insinua dans sa confiance, et lorsqu'il s'en fut emparé complètement, il poussa le Romain à prendre des mesures qui devaient bientôt le rendre impopulaire. Un premier impôt d'un sou d'or par tète, qu'il leva sur eux, fut payé sans protestation. Alors, sur l'instigation de Wiomad, ^gidius tripla l'impôt. Les Francs s'exécutèrent encore et dirent entre eux : « Mieux vaut payer trois sous d'or que de supporter les vexations de Childéric. » Mais toujours poussé par l'homme qui s'était fait son mauvais génie, iEgidius alla plus loin : il fit arrêter un certain nombre de Francs, et les lit mettre à mort. « iNe vous suffisait-il pas, dit alors Wiomad au peuple, de payer des impôts écrasants, et laisserez-vous maintenant égorger les vôtres comme des troupeaux? — Non, lui répondirent-ils, et si nous savions où est Childéric, volontiers nous le replacerions à notre tète, car avec lui sans doute nous serions délivrés de ces tourments. » Wiomad n'attendait que cette parole : il renvoya aussitôt à Childéric la moitié de la pièce d'or qu'ils avaient partagée ensemble. Childéric comprit ce langage muet, et rentra dans son pays, où il fut reçu comme un libérateur (2).
(1) Plusieurs savants, en dernier lieu M. W. Schultze, o. c. p. 51, se demandent si nos sources entendent parlerjci des Thuringiens cisrhénans, c'est-à-dire des Tongres (sur leur identité cf. ci-dessus p. 159) ou des Thuringiens d'Allemagne. 11 n'est pas douteux qu'il s'agisse de ces derniers, puisque ces mêmes sources nomment ici Basin ou Bisin, le roi historique et non légendaire de ce peuple.
(2) Grégoire de Tours, ii, 12; Frédégaire, m, 11 ; Liber histoviœ, 6-7. La
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A peine avait-il repris possession du trône de ses pères, qu'il i^çutune visite inattendue. Basine, la reine de Thurin^^e, n'était pas restée insensible aux charmes qui avaient rendu autrefois Childéric si redoutable aux ménages de ses guerriers : entraînée par l'amour, elle quitta son mari et vint rejoindre l'hôte aimé. Celui-ci lui ayant témoigné son étonnement du long voyage qu elle s'était imposé : « C'est, dit-elle, que je connais ta valeur. Sache que si j'en avais connu un plus vaillant qui demeurât outre-mer, je n'aurais pas hésité à faire la traversée pour aller demeurer avec lui. » Il n'y avait rien à répondre à de pareilles déclarations : Childéric en fut charmé, dit la légende, et fit de Basine sa femme (1).
C'était, chez les barbares germaniques, une croyance fort populaire que, si l'on passait dans la continence la nuit des noces, on avait des visions prophétiques de Tavenir. Basine, en digne sœur des devineresses de son pays, voulut plonger un regard dans les destinées mystérieuses de la dynastie qui devait sortir de ses flancs. « Cette nuit, dit-elle à son époux, nous nous abstiendrons de relations conjugales. Lève-toi en secret, et viens dire à ta servante ce que tu auras vu devant la porte du palais. » Childéric, s'étant levé, vit comme des lions, des rhinocéros et des léopards qui cheminaient dans les ténèbres. Il revint et raconta sa vision à sa femme. « Retourne voir encore, seigneur, lui dit-elle, et viens redire à ta servante ce que tu auras vu. » Childéric obéit, et cette fois il vit circuler des bêtes comme des ours et des loups. Une troisième fois.
combinaison que j'ai faite, dans le texte, du récit de ces trois auteurs, me semble représenter la version primitive de la légende. Pour la justification de ce point de vue, je renvoie à ÏUisloire poétique des Mérovingiens,
pp. 170-187.
(1) Grégoire de Tours, n, 12 ; Frédégaire, ni, 12; Liber kisloriœ, c. 7.
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Basine l'envoya avec le même message. Celte fois, Ghildéric vil des betes de pelite taille comme des chiens, avec d'autres animaux inférieurs, qui se roulaient et s'entredéclîiraienl. Il raconta tout cela à Biisine, et les deux époux achevèrent la nuit dans la continence. Lorsqu'ils se levèrent le lendemain, Basine dit à Ghildéric : « Ce que tu as vu représente des choses réelles, et en voici la signification. Il naîtra de nous un fils qui aura le courage et la force du lion. Ses fils sont représentés par le léopard et le rhinocéros; ils auront eux-mêmes des fils qui, par la vigueur et par l'avidité, rappelleront les ours et les loups. Ceux que tu as vus en troisième lieu sont les colonnes de ce royaume ; ils régneront comme des chiens sur des animaux inférieurs, et ils auront un courage en proportion. Les bêtes de petite taille que tu as vues en grand nombre se déchirer et se rouler sont remblème des peii[)les qui, ne craignant plus leurs rois, se détruiront mutuellement (1). »
Ainsi parla la reine Basine. Elle venait de tracer, en quelques lignes prophétiques, l'histoire de la grandeur et de la décadence de la maison mérovingienne, telle qu'elle apparaissait aux yeux du chroniqueur du septième siècle qui nous a conservé cet intéressant récit. Peu de temps après, la première partie de la vision de Childéric recevait son accomplissement. Basine donna le jour à un fils qui reçut le nom de Chlodovich, et que l'histoire connaît sous le nom de Clovis; ce fut, ajoute la légende, un grand roi et un puissant guerrier (2).
Nous n'avons pas voulu interrompre ni alanguir, par nos commentaires, le poétiq'ie récit des chroniqueurs; toutefois, avant de passer outre, il convient de le caractériser rapidement. Il se partage en deux parties assez dis-
(1) Frédégaire, m. 12.
(2) Grégoire de Tours, lu 12 : Hic fuit magnus et pugiiutor egregius.
tinctes, contenant l'une l'histoire politique, et l'autre rhistoire matrimoniale de Childéric. De cette dernière, il suffira de dire qu'elle est fabuleuse d'un bout à l'autre, et qu elle renferme tout au plus un seul trait réel : c'est que la mère de Clovis s'appelait Basine. C'est d'ailleurs ce nom, identique à celui que portait le roi des Thuringiens, fjui est devenu le point d'attache de toute la légende (1).
L'histoire de l'exil et du retour de Childéric contient peut-être un fond de vérité plus substantiel, mais il est bien de le déterminer. La royauté franque d'^Egidius, difficile dans les conditions où elle se présente, n'est peut-être que la forme poétique sous laquelle l'amour-propre national des Francs se sera résigné à raconter les événements qui ont forcé Childéric à fuir devant JSgidius, et qui ont ramené une dernière fois les aigles romaines sur les bords de l'Escaut. D'après cela, il faudrait croire que les Francs, qui, comme nous l'avons vu, s'étaient révoltés après la mort d'Aétius, avaient été mis à la raison par le maître des milices des Gaules, qui avait le gouvernement militaire du pays, et que Childéric lui avait fait sa soumission sous la forme ordinaire, c'est-à-dire en s'engageant à lui fournir des troupes en cas de guerre. Ces relations très naturelles, et que nous avons retrouvées à toutes les pages de l'histoire des Francs, auraient été altérées par la légende, qui, ne comprenant rien aux raisons politiques, et cherchant partout des mobiles individuels, aurait fait intervenir ici l'éternel mythe des femmes outragées, seule explication qu'elle donne, si je puis ainsi parler, de tous les problèmes de l'histoire (2) !
Voilà tout ce que l'on peut, à la rigueur, considérer comme historique dans la tradition relative à l'exil du roi
(1) Histoire poétique des Mcrovinf/iens. pp. 196 et suivantes.
(2) Cf. Pétigny, Études, 11, p. 129.
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franc : pour le reste, loin d'avoir chassé iEgidius des terres des Salions, il fut, depuis 463 jusqu a la mort de ce général, survenue peu après, le plus fidèle de ses alliés. La légende et Thistoire se contredisent donc ici de la manière la plus formelle. N'essayons pas de les concilier ; mais, après avoir nettement séparé leurs domaines, hâtons-nous de mettre le pied sur le terrain plus solide de Thistoire,
On ne sait pas au juste en quelle année Childéric succéda à son père ; mais, Mérovée étant mort jeune, son ills devait être jeune lui-même lorsqu'il devint roi des Francs de Tournai. Ses premières années nous sont entièrement inconnues, et nous n'entreprendrons pas d'en deviner remploi. Les annales qui nous ont gardé quelques rares souvenirs de cette époque ne jettent les yfeux sur lui qu'à partir du jour où il se mêla, comme un acteur important, aux débats entre les peuples qui se disputaient alors la Gaule. Il y apparut en qualité d'allié de Rome, conformément à une tradition salienne que les exploits de Clodion et de Mérovée avaient interrompue sans l'éteindre, mais à laquelle, si nos conjectures sont fondées, Aétius et ^gidus n'avaient pas eu trop de peine à ramener les Francs.
La civilisation romaine était alors représentée par un homme dont le moment est venu de faire la connaissance. iEgidius appartenait à une grande famille de la Gaule orientale, peut-être à ces illustres Syagrius dont Lyon était la patrie (1). 11 avait l'âme romaine, et il semble
(1) Lire sur .Egidius l'intéressante étude de Tamussia, intitulée : Eifulio e Siagno {Rivista stovica italiana, t. II, 1882}. - Rien ne prouve qu'il faille l'identifier, comme fait Pétigny, avec le Syagrius que Sidoine Apollinaire {Episf., V, 5) appelle le Solon des Hurgondes, et qu'il félicite, en termes d'une ironie voilée, de la manière dont il sait la langue des barbares. 11 y avait à cette époque plus d'un membre de la famille Syagrius ;
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avoir pris à tâche de se faire en Gaule le continuateur d* Aétius, que la tradition populaire a plus d'une fois confondu avec lui. La conservation de ce qui restait du patrimoine de l'Empire, et le maintien de l'union de la Gaule avec l'Italie, centre du monde civilisé, telle semble avoir été la double cause à laquelle ^Egidius consacra sa laborieuse carrière. Il y a dans l'unité de cette vie une grandeur indéniable. En un temps où chacun ne travaillait plus que pour soi, et où quiconque dépassait le niveau de la foule aspirait à ceindre le diadème impérial, un homme qui luttait pour une idée et non pour le pouvoir était une glorieuse exception. ^Egidius eut d'ailleurs le bonheur de débuter sous un souverain qui était digne d'être égalé aux meilleurs, mais qui fut trahi par une époque incapable de supporter la vertu sur le trône : c'était Majorien. Pourquoi refuserait-on d'admettre, avec un historien, que c'est le prestige personnel de l'empereur qui a gagné ^Egidius à la cause de l'Empire, et qui a fait de lui ce qu'il est resté jusqu'à la fin, le champion de la civilisation aux abois (1) ? Devenu maître des milices, ^Egidus se consacra tout entier à la Gaule, et nous le retrouvons partout où il s'agit (lo tenir této aux barbares. En 459, il protège la ville d'Arles contre les Visigoths. En 460, il accompagne Majorien en Espagne pour prendre part à l'expédition projetée contre les Vandales. Lorsque, victime de toutes les trahisons, Tempereur eut succombé (460), ^Egidius, dont le point d'appui était la Gaule, projeta d'aller le venger en Italie môme. Et il l'aurait fait, si Ricimer n'avait eu Fart de jeter sur lui les Visigoths, qui l'occupèrent dans
Sidoine liii-mônie [Ep'tsl-, viii, 8' nous en fait connaître un. jeune encore, et auquel il reproche un goût trop exclusif pour la vie des champs.
(1) Sidoine Apollinaire, Cann., V, 553 ; VUa sancti Lupicini dans les Acla Sanclorum des Bollandistes, 21 mars; Grégoire de Tours, ii, 11 ; Idacius, 218 (Mommsen).
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son propre pays. ^Egidius leur tint vaillamment tête ; mais un autre traître, le comte Agrippinus, de connivence peut-ôire avec Ricimer, leur livra la ville de Narbonne (1). Ce fut un coup sensible pour le patriote romain. Il se vit obligé d'évacuer toute la Gaule méridionale, et de se retirer sur la Loire, laissant le Midi à Tinduence barbare, et coupé de ses communications avec la Ville éternelle.
Sa destinée était fixée désormais, et celle de la Gaule ultérieure également. Lui, il cessait d'être le général do Rome pour n'être plus que le défenseur d'une province. Celle-ci était définitivement détachée de l'Empire, et commençait, au travers de mille épreuves, le cours de son existence désormais séparée.
iEgidius ne resta pas longtemps en repos. Les Visigotlis le poursuivirent jusque dans la vallée de la Loire, bien décidés, paraît-il, à en finir avec le seul homme qui mît obstacle à Taccomplissement de leurs plans. Mais le sort des armes leur fut contraire. Frédéric, le frère de leur roi, périt dans une sanglante défaite que lui infiigea le général romain entre la Loire et le Loiret, en avant d'Orléans menacé (2). Cette victoire assura pour une génération encore l'indépendance de la Gaule centrale, devenue au milieu du déluge de la barbarie le dernier îlot de la vie romaine.
Or, c'est dans la bataille d*Orléans que nous retrouvons Childéric, combattant à titre d'allié dans les rangs de l'armée d'^Egidius. Etait-ce la première fois qu'il y apparaissait à la tête de son peuple, ou n'avait-il pas participé aux campagnes antérieures du général romain ? Ce n'est certes pas sa jeunesse qui l'en eût empêché. Il n'avait
(1) Idactus, 217 (Mommsen) ; Isidore, Chronicon Gothorvm. VA. le Vita léUpicini,
(2) Idacius, 218 (Mommsen).
cTuère qu'une vingtaine d'années, mais l'âge de la majorité sonnait tôt pour les barbares, et chez les Saliens, dès douze ans on portait la framée. C'avait été un trait d'habileté d'iEgidius que d'attacher à sa fortune le jeune roi des Francs ; en cela encore il continuait la tradition politique d'Aétius. Le secours de Childéric lui venait d'autant plus à point qu'un nouvel ennemi venait d'entrer en scène : c'étaient les Saxons.
Il s'en fallut de peu que ce peuple, prévenant les Francs ses rivaux, ne fît lui-même la conquête de la Gaule. A partir du troisième siècle, on les vit sur tous ses rivages, depuis l'Escaut jusqu'à la Seine, et on les y rencontrait si souvent, que la côte avait fini par s'appeler la côte saxonne (liitus saxonicum). Un de leurs groupes s'était fixé de bonne heure, on l'a vu, dans le pays de Boulogne ; un second avait pris possession des environs de Bayeux en Normandie ; un troisième s'était emparé des îles boisées qui remplissaient le lit de la Loire, près de son embouchure (1). Ils écumaient la mer, ils ravageaient la terre ; ils étaient dès lors, pour la civilisation expirante, le fléau que furent les Normands pour la jeune société du neuvième siècle. Ce fut sans doute à l'instigation de Ricimer (ju'ils vinrent se jeter dans les flancs d'^gidius, et menacer, avec leur chef Odoacre, l'importante position d'Angers (463). ^gidius voulut parer le coup. Par-dessus la tète de Ricimer, il ouvrit des négociations avec Genséric, à qui sa situation exceptionnelle donnait dans tous les débats européens le rôle d'un arbitre tout-puissant. Il dut en coûter à l'ancien fidèle de Majorien de tendre la main à
(1) Sur remplacement de ces îles, voir Pétigny, Etudes, II, p. 237; Longnon, Geof/rapliie de la Gaule au VI' siècle, p. 173 ; Monod, p. 15, note 1 «le sa traduction de Junghans. Ce dernier hésite ; quant à Lœbell, Greffor von Tours, p. 548, il pense aux îles situées au sud de la Bretagne.
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ces mêmes ennemis qui avaient brisé le cœur de son maître avant qu'il succombât sous le poignard d'un assassin. Mais la politique a ses lois impérieuses, qui ne tiennent pas compte des sentiments. La mort, d'ailleurs, dispensa ^Egidius d'aller jusqu'au bout de son sacrifice et de devenir l'ami de Genséric. Une maladie contagieuse, qui se déclara au milieu de ces contrées empestées par les champs de bataille, l'emporta au mois d'octobre de l'année 464, et quand ses ambassadeurs revinrent d'Afrique avec la réponse du roi des Vandales, ils ne le trouvèrent plus (l). Les siens le pleurèrent : ils vantaient, avec ses talents militaires, sa piété et les bonnes œuvres qui le rendaient agréable à Dieu (2), et ils se souvenaient que saint Martin lui-môme, invoqué par lui, était venu un Jour mettre en fuite les ennemis qui l'assiégeaient (3).
On connaîtrait mal le rôle d'^Egidius et on se ferait une idée bien insuffisante de la situation, si on se le figurait comme le défenseur de la Gaule ralliée tout entière autour de lui. Il y avait longtemps que la Gaule était désabusée du rêve impérial. Tout le monde avait le sentiment qu'il ne fallait plus attendre de l'Empire le salut de ce pays. On revenait d'instinct au gouvernement local, à l'organisation spontanée de la défense des intérêts par les intéressés. Partout s'ébauchaient des états municipaux visant à l'in-
(i) Ma^na lune lues populum devastavit. Mortuiis est autcm ifigidius. Grégoire de Tours, ii, 18. — Jîgidius inorilur. alii dicunt insidiis, alii veneno dcceptus. Idaeius, 228 (Monunscn). Il faut remar«|iicr que Grégoire de Tours, qui probablement a reproduit iei des Annales d'Anyers, est beaucoup mieux renseigné quMdacius. Ge dernier écrit à distance et d'après la rumeur populaire ; ralternative même qu'il formule montre le vague de ses renseignements.
(2) Idacius, Chronic, 218 : virum et fama commendatum et Deo bonis operibus complacentera.
(3) S. Paulin de Noie, Vila S. Martini, vi 114, et d'après lui Grégoire de Tours, Virt, Mart., i, 2.
dépendance, et qui semblaient devoir aboutir à une espèce de fédération défensive des provinces gauloises. Le mouvement séparatiste de 409, apaisé en 416, avait repris de plus belle en 435, à la voix d'un agitateur nommé Tibaton, qui avait ressuscité les jacqueries du troisième siècle (1). Ce mouvement fut réprimé parla défaite et la mort de l'agitateur; mais, peu après, les cités du nord de la Loire recommencèrent à se remuer.
Aétius, dans son désespoir de porter remède à ces troubles toujours renaissants, ne trouva rien de mieux que de confier la répression des rebelles aux Alains, peuplade féroce qu'il établit dans la vallée de la Loire, sur les confins de l'Anjou. On vit alors, à la voix du généralissime des Gaules, ces hordes barbares s'ébranler sous leur roi Eucharic pour le pillage et le massacre des populations gauloises. La terreur fut grande dans les villes menacées de l'Entre-Seine-et-Loire. Elles s'adressèrent à saint Germain d'Auxerre, qui jouissait d'un ascendant immense, et qui parvint à arrêter pour quelque temps la répression. On se souvint longtemps, en Gaule, de ce vieux prêtre qui traversa les rangs de la cavalerie alaine en marche pour sa mission sanglante, et qui alla saisir par la bride le cheval d'Eucharic. Le barbare céda aux supplications (hi saint vieillard, mais en réservant la ratification d'Aétius ou de l'empereur, et le pontife partit aussitôt pour aller chercher cette ratification à Ravenne. Mais, dans l'intervalle, un nouveau soulèvement des villes gauloises vint mettre fin aux bonnes dispositions qu'il avait rencontrées à la cour, et Germain mourut à Ravenne sans avoir eu la satisfaction de faire signer une paix durable (448) (2).
(1) Prospcr.
(2) Sur tout cet épisode, lire la Vie de saint Germain d'Auxerre, écrite au V siècle par le prêtre Constance ; elle est dans les Boilandistes au. t. VIÏ
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Le grand danger qiiohi (iaule courut de la part d'Attila, en 451, ne put la rallier tout entière contre le roi des Huns. Peut-être même avait-il un parti parmi les Gaulois, car, vers cette époque, un médecin du nom d'Eudoxius, ayant ourdi un complot ([ui échoua (on ignore lequel), se réfugia chez les Huns (l). Ce qui confirme cette supposition, c'est Texcommunication fulminée, en 453, par le concile d'Angers, contre tous ceux qui avaient livré des villes à rennemi(2). Quel ennemi, si ce n'est Attila? quelles villes, si ce n'est celles qui jalonnaient son itinéraire de Metz jusqu'à Orléans, ou d'autres qui se levèrent pour rappeler ?
iEgidius lui-même, on l'a vu, avait rencontré la trahison sur son chemin, dans la personne de cet Agrippinus qui livra Narbonne aux Visigoths. Mais le plus étonnant symptôme de la décomposition n'était-il pas Arvandus, qui avait occupé la plus haute dignité civile de l'Empire, celle de préfet du prétoire, et qui écrivit à Euric pour lui proposer un partage de la Gaule entre les Visigoths et les Burgondes (3) ? Qu'on le remarque bien : Arvandus ne rougissait pas de ces négociations, il les avouait hautement, et il avait plus d'un partisan dans les rangs de l'aristocratie gallo-romaine. On se trom'pnrait gravement si l'on ne voulait voir dans ces hommes autre chose que des traîtres. Les contemporains eux-mêmes étaient loin de s'accorder sur cette question. Si les uns, légitimistes convaincus, identifiaient le patriotisme avec le culte de
de juillet (29 juillet); le passage que nous analysons se trouve pp. 2tfi
et 217.
(1) Prosper Tiro.
(2) Si qui tradendis vel capiendis civitatibus fuerint interfuisse detc<ii. non solum a communione habeantur alieni sed nec convivioruin admittantur esse participes. Sirraond, Concilia Galliœ^ t. I, p. 117.
(3) Sidoine Apollinaire. Epist., i, 7.
fempereur de Ravenne, les autres ne se croyaient pas moins bons patriotes en cherchant dans l'alliance ou dans l'amitié des barbares germaniques une protection qu'on ne pouvait plus attendre de l'Italie. Les prétendus traîtres étaient en réalité des désabusés qui ne croyaient plus à la félicité romaine : leur trahison consistait à dire tout haut ce qu'ils pensaient, et à agir conformément à leur opinion.
Si de pareilles dispositions se rencontraient dans la Viennoise et dans la Narbonnaise, terres que tout semblait rattacher à l'Italie, on peut bien penser qu'elles étaient plus prononcées encore outre Loire. Il y avait longtemps que les populations de ces contrées, tout en appréciant les bienfaits de la civilisation romaine, s'étaient persuadé que le gouvernement de cette civilisation ne devait pas nécessairement être fixé à Rome. L'empire gaulois de Postumus et de ses successeurs avait eu sa capitale à Cologne ; plus tard, sous les princes de la maison flavienne, Trêves était devenue la capitale de tout l'empire d'Occident. Les Gallo- Romains étaient donc habitués à trouver dans leur propre pays le centre de leur vie politique, et ils regardaient avec défiance toutes les tentatives de le ramener à Rome ou en Italie. Aussi ^Egidius eut-il à compter plus d'une fois avec les répugnances des populations parmi lesquelles il voulait maintenir l'autorité de l'Empire. Un écrivain du sixième siècle nous le montre assiégeant les habitants de la Touraine dans le château de Chinon, et saint Mesme, enfermé dans cette ville, obtenant par ses prières une pluie abondante qui soulagea les assiégés torturés par la soif, ^gidius fut obligé de se retirer, et le souvenir de cette libération miraculeuse vécut longtemps parmi les habitants de Chinon. Un siècle plus tard, ils racontaient encore à Grégoire de Tours comment ils avaient été dé-
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barrasses, par une protection suriuiturelle, de leurs injustes ennemis [\\
Ce n'est donc pus la (;aide entière qui plciuîi .Kgidiiis ; c'est le parti romain, c'est son armée, ce sont ses alliés. Sa disparition fut un coup dont \w se releva [)lus la cause de FEmpire : elle découragea l(;s fidèles, elle enhardit les ennemis. Dès qu'il eut ferni*' les yeux, les Ooths se jetèrent sur les provinces, sur la deuxième Aquitaine en particulier. Plusieurs villes s'émancipèrent dans l'Entre-Loireet-Seine. Angers, qui parait avoir résisté jusque-là aux Saxons, se Mta de leur livrer des otages (2). La situation des derniers défenseurs de l'Empire fut donc amoindrie encore. Ils tinrent bon cependant, et /Egidius eut un continuateur de sa tâche. Ce ne fut pas son fds, mais un certain comte Paul, que l'histoire ne désigne pas autrement, et qui apparaît à la tète de la résistance à partir de 462 (3). De même qu'^Egidius avait été une réduction d'Aétius, de môme Paul fut comme un iEgidius en raccourci. Les proportions des acteurs diminuaient avec celles de leur théâtre, à moins qu'il ne faille croire que celui-ci leur prêtait les siennes.
Paul n'hérita pas de la dignité de maître des milices qu'avait eue son prédécesseur, et l'on ne sait pas en quelle qualité au juste il prit en mains la conduite de la guerre.
(1) Grégoire de Tours, De Glona Confessonun, 2J. Quod caslrum mm ab Kgîdio obscderetiir, et populus pagi illius ibidem essct inclusus... Cum antedictus Dei famulus» qui lune cum reliquis infra castri umnitioncm conclusus erat..., videret populum consumi sitis injuria, orationem nortr tola fudit ad Dominum, ut respicicns populum bosles improbos cITugarct . — Ce passage montre à suffisance Terreur d'Ade Valois, lieriim Frnncicanim I, p. 195, et de Pétigny, Éludes, 11, p. 194, qui se sont persuade que les ennemis assiégés par ifigidius à Chinon étaient des Visigotbs. Dubos, 11, p. 72, a établi l'inanité de cette opinion.
(2) Grégoire de Tours, ii, 18; W ietersbeim, GescIUchle der Voelkei-vmnderungy II, p. 314.
(3) Grégoire de Tours, ii, 18.
On voit du moins qu'il no resta pas inactif. Il sut conserver l'alliance des Francs, malgré l'intérêt manifeste qu'ils avaient à conquérir pour leur propre compte, et il est probable que sa main est dans les négociations qui permirent à Home de jeter sur les Yisigoths les Bretons (•arrq^és près de Bourges. Ces insulaires y avaient été établis au nombre de douze mille sous leur chef Riothamus, par iVrnpereur Anthémius, avec la mission principale de défendre le pays contre les Yisigoths. Euric ne dédaigna pas (l(î les combattre lui-même : il leur infligea à Déols une fléfaite qui fut un véritable désastre pour Rome (4G9) (1). l\inl, de son côté, remporta quelques succès. Grâce à un annaliste de cette époque qui vivait à Angers, et qui nous a iap[)orté les faits les plus mémorables dont sa ville avait v\v. le théâtre depuis un demi-siècle (2), nous sommes en état d'apporter un peu de précision dans le récit de ces événements.
crest à cette occasion aussi que nous retrouvons le roi Cliildéric, dont nous avions perdu les traces depuis longtemps. En 408, comme en 463, il est au service des généraux romains, (;t il remplit consciencieusement son devoir (Fallié. Vainqueurs des Yisigoths, les Romains avaient cru pouvoir tourner leurs armes contre les Saxons. Leur chef Odoacre, apprenant qu'il était menacé, était accouru à Angers, pour défendre cette ville qui lui servait d'avantpnste. Mais Ghildéric y arriva sur ses pas dès le lendemain, et peu après le comte Paul fit sa jonction avec son allié barbare. Il s'engagea alors, sous les murs et jusque dans les rues d'Angers, un combat opiniâtre dans lequel
(1 Sur celle colonie militaire de Bretons, voir .lordanes, c. 44 et 4."i ; (iréf^oirc de Tours, ii, 13. Sur Riothamus, v. Sidoine Apolinaire, Episf., iri, î).
(2) Sur cet annaliste, voir l'Appendice.
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un incendie, allumé on ne Bîiit par laquelle des deuxarmées, consuma Téglise de la ville. Le comte Paul succomba dans la lutte, mais Cliildéric la continua et resta maître du terrain (1).
Les vainqueurs ne perdirent pas de temps, et surent tirer parti de leur victoire. Sous la conduite de Childérie, — du moins les annales ne nomment que lui, — Romains et Francs poursuivirent les Saxons l'épée dans les reins, en massacrèrent un grand nombre, et leur donnèrent la chasse jusque dans leurs îles (2). Cette diflicile conquête affranchissait la navigation romaine sur la Loire, et mettait les Romains de la Gaule en possession exclusive d'une ligne de défense de premier ordre. Le roi franc avait eu seul la gloire d'un si grand résultat. Continuateur d'Aétius, d'iEgidius et de Paul, il était légitime qu'il finît quelque jour par être leur héritier.
Combien il serait important, pour l'intelligence de l'histoire franque, de pouvoir suivre Childéric pendant les années qui vont de ses combats sur la Loire jusqu'à sa mort! C'est là qu'on surprendrait h» secret des origines de la royauté gauloise de Clovis. MalhiMinMisemenl l'annaliste d'Angers perd de vue Childéric à [lartir de 467 : son horizon s'arrête aux murs de sa ville, et quand les héros l'ont quittée, ils disparaissent de son regard. Tout au plus peut-il encore nous apprendre que, réconcilié avec Odoacre
(1) l)vib«)<. 1. m, ch. Xï, essaye en vain «IVlahlir i[uc iVst Odoacre r|iJ est resté maître de la ville; -^os raisonnements sont in^'énieux. mais m* prouvent rien. I/interprétation correcte du passade de (irégoiir r<l dan- Pétigny, ÊfudeSy 11, p. 23('>. .le ne saurais me rallier aux ron<-lusiniis présentées par M. Lair [Anunaire-hullt^tin de la Société de lUisfoirr ilr France i. XXXV, 1898.) qui soumet à un nouvel examen les chapitres 18 et 19 du livre H de Grégoire de Tours et qui a la nuiuvaise idée de \oii loir interpréter cet auteur par Frédégaire, par le Liber Bisloriœ, par Aimoin et même par Koricon « trop décrié par les critiques modernes ! »»
(2) Sur ces îles, voir p. 207.
i;r ses Saxons, il alla, de concert avec eux, subjuguer les Alamans qui venaient de piller l'Italie (1).
Ce dernier renseignement est trop vague pour que Thisfoire en puisse tirer quelque chose. Faut-il croire que les deux rois barbares passèrent les Alpes pour aller combattre leurs compatriotes germaniques, et qu'ils tombèrent sur eux au moment où ceux-ci revenaient de leur expédition ? Ou bien la guerre eut-elle lieu aux confins de la première Belgique, où les barbares avaient déjà pris plusieurs villes, et où ils devenaient des ennemis redoutables pour le reste de la Gaule ? Nous sommes réduits à n'en rien savoir (2).
Tout fait supposer cependant qu'après la mort d'^Egidius et de Paul, Childéric, entouré de l'éclat de la victoire L'I disposant d'une armée éprouvée, garda assez longtemps dans la Gaule romaine une situation prépondérante. Y exerça-t-il les importantes fonctions de maître des milices (3), qui mettaient dans la main de leur titulaire toute la force publique, ou tenait-il simplement de son épée une autorité de fait, reconnue à l'égal d'une mission officielle ? 11 n'est pas facile de le dire. Mais, si le doute est possible qnnnt à la modalité de son pouvoir, on ne peut pas en con-
(1) Grégoire de Tours, ii, 19.
(2| Wieterslieim, (ie.schichle der Voelkerwanderurtff, H, p. 15, pense mi'il faut corriger Akunnnorum en Manorum dans le texte de Grégoire de Tours, et qu'il sa^nl d'une invasi(»n d'Alainsen Italie à la date de 464 (Cf. iMareellin, Cassiodore, .lordanes, c. \:\,. Il est certain que la confusion des deux noms Alamannl et Alani est un fait ordinaire dans l'historiographie de rép(»(pie.
(3) Comme le croient Dubos, II, p. 494, et après lui Pétigny, II, pp. 239 et suiv., s'appuyant principalement sur le texte corrompu de la première lettre de saint Rémi à Clovis, où il est écrit : Rumor ad nos pervenit adiiiinisfrationem vos secundum rei belUcœ suscepisse. Mais le texte rectifié de cette lettre (voir l'Appendice) enlève toute base à cette supposition, qui ;ivait d'ailleurs été réfutée déjà par Montesquieu, Esprit des lois, I. XXX,
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tester l'existence. Non seulement les vraisemblances historiques la supposent, mais les témoignages de Thistoriographie civile et religieuse l'affirment. Nous voyons le roi Euric traiter avec ce barbare du Wahal comme avec le vrai monarque de la Gaule septentrionale (1), et un hagiographe, confirmant ces données d'un contemporain, nous le montre commandant en souverain dans la ville de Paris (2). Ce barbare savait faire accepter par les populations Fautorité qu'il exerçait sur elles. Ce n'était pas l'autorité d'un usurpateur : c'était celle d'un protecteur phitôt que d'un maître, et, à tout prendre, elle était bienfaisante. Païen, il se montrait plein de déférence pour l'Église catholique. Il n'est pas prouvé qu'il lui ait accordé des immunités pour ses sanctuaires et pour son clergé (3) ; mais on voit que celui-ci a gardé un bon souvenir du père de Clovis (4), et la seule fois qu'il soit mentionné dans l'hagiographie, c'est en termes respectueux. Souvent, nous apprend-on, sainte Geneviève lui arracha la grâce des
(1) Sidoine Apollinaire, écrivant à Léon de Xarbonne. dit: Sepone pauxillulum conclamatissimas declamationes, qu.is cris regii vice conflcis, quibus ipse rex inclitus modo corda terrilirat genliiun transinarinaruni,' modo de superiore cum barbaris ad Vachalin trementibus fœdus victor innodat, modo per promota» limitem sortis ut populos sub armis, sic frenat arma sub legibus. Episf., vni, 3.
(2) Viia sanctœ, Genovefœ, vi, 2:i (Kohler).
(3) Pour qu'il fût visé dans ledit du roi Clotaire, disant, c. II : Ecclesia» vel clericis nullam requirant agentes publici functionom, ((ui avi vel genetoris [aut germani] nostri imniunitatem meruerunt (Boretius, CapifuL, 1, p. 19), 11 faudrait rpie ce Clotaire fût Clotaire I- et non Clotaire II. La question serait tranchée si les mots auf yermani étaient authentiques car alors il ne pourrait s'agir que de Clotaire 1-: malheureusement, le dernier éditeur, Boretius, les tient pour apocryphes, ne les rencontrant pas dans le meilleur manuscrit. 11 ne reste donc plus que des arguments internes à invoquer ; aussi le débat n'est-il pas clos.
(4) C'est à lui principalement que saint Hemi pensait lorsqu'il écrivait à Clovis, à l'occasion de son avènement : Non est novum ut cœperis esse quod parentes tui semper fuerunt. M. G, //. Epislolœ Merovingicl et Karo- Uni aRvi, p. 113.
condamnés à mort. Un jour, pour se dérober aux instances de la sainte fille, il était rentré à Paris en faisant fermer derrière lui les portes de la cité. Mais Geneviève s'étant mise en prière, les portes s'ouvrirent d'elles-mêmes, et, rejoint malgré lui par l'infatigable, suppliante, le roi ne put lui disputer plus longtemps la vie des malheureux pour qui elle l'implorait (1).
Et toutefois cet homme si puissant, cet arbitre des destinées de la Gaule, ce chef d'armée dont les victoires eurent pour théâtre Orléans et Angers, disparait brusquement de la scène à partir de 468, et le silence gardé sur lui par les annalistes n'est plus une seule fois interrompu. Il revient terminer obscurément sa carrière à Tournai, dans cette ville qui fut la première conquête de son grandpère Clodion, comme si une destinée ironique lui avait fait refaire, en sens inverse, toutes les brillantes étapes qui l'avaient mené, par le chemin de la gloire, des bords de l'Escaut à ceux de la Seine, puis à ceux de la Loire ! Que s'est-il donc passé pour qu'il ait tout reperdu, et que Clovis soit obligé de reconquérir pied à pied le domaine où avait gouverné son père ? Sur ce point comme sur tant d'autres, l'historiographie n'a rien à répondre, mais la conjecture n'est pas interdite. Si l'on se souvient que Childéric n'avait en Gaule qu'une autorité de fait, et que la famille d'^gidius y était entourée d'une grande popularité, on se figurera facilement comment les choses ont pu se passer. yEgidius laissait un fils, qui était peut-être en bas âge au moment de sa mort, mais à qui le père léguait l'héritage de sa gloire et de son influence. Après être resté dans l'ombre pendant les premières années, Syagrius aura profité de la mort du comte Paul pour dresser en face du gé-
(1) Vita sanctœ Genovefœ^ vi, 24 (Kohler).
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néral barbare Fautorité d'un civilisé, d'un Romain, d'un fils d'iËgidius. Nous ne savons pas s'il y eut une lutte formelle entre les deux rivaux, mais on serait porté aie croire. En effet, lorsque les premières années du règne de Clovis nous montreront de nouveau le roi des Francs et le roi des Romains en présence, l'un apparaîtra refoulé jusqu'aux extrémités de la Gaule franque, l'autre, installé en face de lui, à Soissons, semblera vouloir observer de là son redoutable adversaire. On dirait les positions stratégiques des deux armées ennemies au lendemain d'une bataille inégale, mais non décisive. Et l'on est tenté de croire que la lutte devait avoir laissé de singulières animosités du côté des vaincus, puisque Clovis, après avoir remporté un éclatant triomphe sur le vieil ennemi, se fait livrer le malheureux fugitif au mépris des droits de l'hospitalité, et n'est satisfait que lorsqu'il a vu rouler sa tête sous la hache du bourreau. S'il en est ainsi, la tradition qui fait fuir Childéric devant un rival romain ne serait pas tout à fait dénuée de vraisemblance : il suffirait d'y remplacer le nom d'^Egidius par celui de son fils. Les treize années qui s'écoulent de 468 à 481 offrent un espace de temps assez long pour embrasser tous les revirement racontés par la légende. Les historiens qui tiennent à raconter quelque chose de celle-ci seraient donc bien inspirés s'ils en cherchaient l'origine dans les relations hostiles que Childéric doit avoir eues avec le comte Syagrius. Mais nous n'insisterons pas sur ces hypothèses, qui peuvent être considérées tout au plus comme des demi-probabilités. Lorsque Childéric descendit dans la tombe, il y avait longtemps que ces combats avaient pris fin, et que le peuple des Francs jouissait des bienfaits de la paix (1).
(1) Gentem Franconim prisca aetate residem féliciter in novaprœlificoncitastis. écrit Théodoric à Clovis dans Cassiodoiv. Vnnar:, II. il Manda-
Rentré au pays natal, dans son palais près des flots tranquilles c^ l'Escaut, Childéric n'eut pas la satisfaction de vieillir auprès de sa famille. Basine lui avait donné plusieurs enfants. Clovis, à ce qu'il paraît, fut son fils unique ; mais il avait trois filles, peut-être les aînées de ce prince, qui s'appelaient Lanthilde, Alboflède et Aldoflède, et que nous retrouverons dans la suite de cette histoire. Childéric fut enlevé aux siens par une mort prématurée : il mourut à Tournai en 481. Il ne devait avoir guère plus de quarante ans, puisqu'il était encore enfant lors de la terrible invasion de 451. Son père Mérovée n'avait pas eu une existence plus longue, et celle de ses descendants fut tranchée en général par une fin plus brusque encore. Le dieu qui, au dire de la tradition franque, était Fauteur de cette race royale, ne lui avait pas même légué la vitalité moyenne des autres mortels : tant qu'elle dura, ses rejetons semblèrent pressés de passer du berceau sur le trône, et du trône au tombeau.
On fit à Childéric des funérailles royales. Selon les prescriptions de la loi romaine, sa tombe fut creusée hors ville, dans le cimetière qui longeait la chaussée publique sur la rive droite de l'Escaut, et qui sans doute abritait depuis longtemps la population de Tournai. Toute la pompe du rite barbare paraît avoir été déployée dans la funèbre cérémonie. Il fut revêtu d'habits de soie brochée d'or, et drapé dans les larges plis d'un manteau de pourpre semé d'abeilles d'or sans nombre. A son ceinturon, garni de clous de même métal, on suspendit une bourse contenant plus de trois cents monnaies d'or et d'argent aux effigies des empereurs romains. On lui mit au cou un collier formé de médailles, au bras un bracelet, au doigt sa bague nup-
mus ut gentes quœ sub parentibus vestris longa pace floruetmnt, subita pon debeant concussione vastari. Le même au même, ibid , m, 4.
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tiale et son anneau sigillaire, dont le chaton était orné de son image gravée en creux, avec cette légende : Childirici régis. Ses armes prirent place à côté de lui comme des compagnes inséparables : c'étaient, d'une part, la framée ou lance royale, qui était comme le sceptre du roi germain ; de l'autre, sa grande épée et la francisque ou hache d'armes, l'instrument national du peuple qu^il gouvernait. Conformément à Tusage barbare, il reçut pour compagnon dans le tombeau son fidèle cheval de bataille, qui descendit à côté de lui harnaché et revêtu du masque bizarre qui faisait ressembler sa tête à une tête de taureau. Puis la terre se referma et Toubli descendit peu à peu sur le dernier roi païen des Francs. Lorsque les destinées de la nation eurent arraché la dynastie à son berceau et le peuple franc à la religion de ses pères, nul ne se souvint plus de la tombe solitaire où le père de Glovis dormait son dernier sommeil aux portes d'une capitale abandonnée. On ne savait pas môme où il était mort, et un historien du dixième siècle pouvait écrire que c'était à Amiens (1). Près de douze siècles s'étaient passés lorsqu'un jour, — le 27 mai 1653, — en creusant pour faire les fondations d'un bâtiment près de l'église Saint-Brice à Tournai, des ouvriers mirent à nu la sépulture royale. Reconnue aussitôt, grâce à l'inscription de l'anneau, elle dut restituer aux archéologues tout le trésor qui lui avait été confié par les ancêtres barbares. Cette précieuse découverte a permis d'achever l'histoire de Childéric, et jette sur les funérailles du héros une lumière que la fortune a refusée à sa vie (2). Tel est le Childéric de l'histoire, celui qui a jeté les bases
(1) RorU-on, dans dom Kouquut, III, p. o.
(2) Lire, sur le tombeau de Childéric, J.-J. Chiflet, Anas/asis Childenci l Francoium régis, etc., Anvers, 1655. - Abbé Cochet, le Tombeau île Childéric /•^ Paris, 1859,
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du trône de son fils. S'il est juste d'appeler Clovis un nouveau Constantin, comme l'ont fait les hommes de son temps, Childéric méritera d'être comparé à Constance Chlore. C'est la large bienveillance, c'est la sympathie instinctive du père pour l'idée chrétienne et son respect pour ses représentants, qui ont créé entre les populations et la famille mérovingienne un lien d'affection et de confiance anticipées. Si les habitants de la Gaule accueillirent Clovis avec un abandon que l'on ne remarque nulle part ailleurs, c'est en bonne partie peut-être à cause du bon souvenir qu'ils ont gardé de Childéric. Leur reconnaissance semble lui avoir créé une espèce de légitimité, et le patriarche religieux de la Gaule, saint Rémi de Reims, ne craignit pas d'écrire à Clovis, lors de son avènement au trône : « Vous prenez en mains le gouvernement de la Gaule Belgique : il n'y a rien de nouveau à cela ; vous êtes ce qu'ont été vos pères (1). »
(1) M. G. H. Epislolœ Merovingici el Karolini œvi, p. 113.