‹ Clovis, tragedie en cinq actes;Chapitre 64 sur 74 · ACTE V, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE VII

SYAGRIUS

Laisse agir son courroux ; sa clémence funeste Me rendrait plus affreux le jour que je déteste.

Ils sont tombés sur moi les maux que j’ai prévus.

Les Gaulois sont aux mains , et Césaire n’est plus.

Veux - tu que je m’allie au bras qui l’assassine ?

Veux - tu que mon hymen insulte à leur ruine ,

* Que ne puis- je obtenir d’un vainqueur généreux

* L’honneur de les rejoindre et de mourir pour eux !

EUDOM1RE.

* Toi , qui voulais fléchir leurs fureurs sanguinaires ,

* Qui blamais leurs complots....

SYAGRIUS

J’ignorais leurs misères.

* C’est peu qu’au jour terrible où nous fûmes domptés,

* Fondant comme un fléau sur nos champs dévastés ,

* Les Francs aient de nos biens , acquis par le pillage ,

* Au gré de leur caprice ordonné le partage.

* Ces comtes et ces ducs , ces magistrats armés ,

* Qu'on donna pour refuge aux Gaulois opprimés ,

* Sont des tyrans nouveaux , dont l’impie avarice

* Ne leur vend qu’à prix d’or une lente justice.

* Ils défendent les champs qu’ils ont reçus des cieux ,

* Les forêts , les tombeaux , les toits de leurs aïeux ,

* Le sol qui les nourrit , l’air même qu’ils respirent ,

* Cette patrie enfin que les Francs leur ravirent. * Pardonne, Dieu de paix , si j’ai pu les trahir ;

En épargnant leur sang je croyais t’obéir.

Aux cris des deux partis , à leur aveugle rage ,

J’ai d’un médiateur opposé le langage.

7 S CLOVIS

J’espérais les fléchir ; et , pour prix de mes vœux ,

J’ai recueilli la haine et le mépris des deux.

EÜDOMIRE.

Non , non , tu n’as rien fait dont la vertu rougisse.

Des cœurs nés pour la gloire attends plus de justice» Ouvre les yeux , reviens de ton égarement.

Que t’importe l’hommage ou le ressentiment De quelques factieux , dont l’orgueil et l’audace Sont venus se briser au pied de cette place.

Entends ces cris ; les dieux viennent de prononcer. Clovis est triomphant ; on court me l’annoncer.

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