ACTE V, SCÈNE IX
Renverse et foule aux pieds son corps ensanglanté. Ce triomphe , ou plutôt cet instant de carnage ,
* Enlève aux assaillans leur frivole avantage ;
Et chassés des remparts qu’ils ont jonchés de morts , Ils font pour y rentrer d’inutiles efforts.
En vain contre les murs les échelles dressées Reproduisent encor leurs bandes insensées :
La hache les attend , et , partout prévenus ,
Ils sont du haut des murs l’un sur l’autre abattus. Leurs assauts impuissans enfin se ralentissent ;
Des cris de leurs blessés les airs au loin gémissent -, Et les bois reprenant leurs drapeaux fugitifs ,
11 ne reste en ces lieux qu’un ramas de captifs. Dont la mort, par les Francs justement réclamée, Doit servir dès demain de spectacle à l’armée.
SYAGRIUS
Non , je cours me jeter aux pieds de leur vainqueur Je vais offrir mon sang pour racheter le leur.
EÜDOMIRE.
Où vas-tu, malheureux ?
SYAGRIUS
Terminer ma misère.
EÜDOMIRE.
Ah ! donne-moi le temps de fléchir sa colère.
SYAGRIUS
L’honneur est inflexible.
EÜDOMIRE.
Il ne veut point ta mort.
Permets que, devenant l’arbitre de ton sort ,
So CLOVIS,
Ton épouse t’arrache au coup qui te menace ;
Que je parle à Clovis, que ('obtienne ta grâce.
Tu vivras , je le veux , et tu xivras pour u»oi.
SYAGR1U9.
Je ne puis être à vous. Je vous rends votre foi.
( Des Gaulois enchaînés traversent le théâtre.)
Les voilà ces captifs qu’à perdus raa faiblesse ! Voulez-vous qu’étouffant le remords qui m’oppresse , Paré de leur défaite et bravant leurs mépris ,
De mon lâche abandon je reçoive le prix;
Que je m’offre à leurs yeux sur les marches fumantes D’un trône que ceindront leurs dépouilles sanglantes ? Leur présence m’accable , et je me fais horreur.
La patrie à jamais vous bannit de mon cœur.
Le malheur des Gaulois pour jamais nous sépare. J’attends comme un bienfait la mort qu’on me prépare. J’y cours ; et si vos soins en détournaient les coups ,
Ma main , ma propre main m’arracherait à vous.