ACTE III, SCÈNE II
Quel ministre plus sûr , plus adroit qu'un Romain , Est mieux fait pour guider ce Sicambre hautain? Son barbare génie est vide de science :
Sa règle est ma sagesse et. mon expérience :
Ce maître impérieux , qui croit tout dominer , Au gré de mes penchans se laisse gouverner ; Ma souplesse. Tenchaine ; et l'Europe qu'il brave Fléchit sous un tyran qui n'est que mon esclave. •• Mais, es-tu moins le sien? L'oserais-tu quitter, Aurelle, et t'affranchîr, quoiqu'il pût te dicter? De tous ses attentats tu suivis la carrière ; L'intérêt commença ta dépendance entière :
Par tes actes sanglans tu t'es trop fait haïr Pour cesser de le suivre , et lui désobéir.
Marche avec lui sans peur où le destin l'entraîne. •« Mais si l'horreur de tous rend sa chute prochaine , Faut-il en ses dangers lui prêtant mon appui , Me piquer de l'orgueil d'être écrasé sous lui ?... ïion , non , il sera temps ^ au jour de la tempête , De prévoir sa ruine et de sauver ma tête.
Ses âls , ses vainqueurs même , auront le soin prudent D'attirer de Clovîs l'habile confident :
Mon adresse auprès d'eux me sera^plus utile Que l'altière roideur d'une vertu stérile.... La vertu , songe vain , nous nuit dans tous les rangs ; Rebelle aux yeux des rois , funeste aux yeux des grands, Opposant à leurs vœux mille refus sinistres , Sa chimère sans cesse arrête leurs ministres : Idole du vulgaire, il faut la mépriser.
Amoureux de son joug qu'il eût craint de briser , Sigcbert d'un cœur droit l'a constamment suivie ,
On Tarrache du trône , on attente à sa vie \ Proscrit , il la défend par de tristes efforts , Et Clovis criminel triomphe sans remords.
Plus ce monde vieillit , et plus on le contemple , Du malheur des vertus plus on y voit Texemple.
Taperçois Glodoric... sans doute un bon destin Veut raffermir mes pas en leur premier chemin , Et Famène k Finstadt de peur que je n'hésite A pousser son courage au but 'que je médite.