ACTE V, SCÈNE T. 8i
( A soUméme. ) Plus envers Clodoric j^affecie' dlndulgence , Moins on soupçonnera le eoup de ma vengeance. Mon salut me contraint à ne plus l'épargner : S'il m'eût livré son père, il aurait pu régner. Mais jusqu'où t'emporta le désir de me plaire^ Âurelle , de mes vœux organe téméraire ?
Le parricide arrêt à ce prince annoncé , Mes lèvres seulement Tont-elles prononcé ?
S'il est vrai qu'en mon sein je le conçus d'avance , De ton œil dangereux quelle est donc la science ? Es-tu si pénétrant que d'avoir pu saisir Dans le fond de mon cœur mon plus secret désic? Subtil observateur de tout ce qui m*anime, • S'il suffit d'un regard pour te pousser au crime , En mes desseins cbangeans combien dois-je trembler De trop laisser mes yeux ou mon front te parler ! Trop prompt à suivre un vœu plus prompt à se détruire , Aujourd'hui tu me sers , demain tu peux me nuire , Et tu cours le péril d'un juste châtiment En trompant mes désirs par tant d'empressement. Tu t'expliques trop tôt ma volonté muette :
Sois mon ministre , Âurelle , et non mon interprète. Que dis-je ? ces forfaits , sitôt exécutés , Comment sans me flétrir les aurais -je dictés? Les rois sont trop heureux que d'habiles esclaves Ignorent de l'honneur les pesantes entraves , Et qu'une lâche adresse épargne à leur pudeur De commander le meurtre utile à leur grandeur : Ainsi d'un attentat, sorti de leur pensée , La honte après le coup loin d'eux est repoussée;
Et quand de Sîgebert je triomphe auiourd^hui ,
Les hommes abusés ne noirciront que lui.
Qui sur tant cle degrés éleva ma puisaanoe ?
L'intérêt des flatteurs et leur obéissance...
Ah ! cachons mes ressorts â la postérité
Sous un noble appareil de magnanimité...
Quoi ? d'où vient qu'une voix me dit qu'à la mémoire
Mille témoins vivans accuseront ma gloire ,
Et que le sang des rois que j'immole en ces lieux
Souille à jamais mon nom qu'on porte en Vain aux oieux?
Que me sert donc un trône , usurpé pour ma honte,
Si le dégoût mortel me saisit quand j'y monte ,
Et si de mes travaux corrompant tous les fruits
Mon orgueil ne parvient qu'à combler mes ennuis !