‹ Clytemnestre, tragédie en cinq actesChapitre 24 sur 53 · ACTE III , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE II

Apporter ses regrets, bien moins que ses remords.

Se soutenant à peine , incertaine , agitée ,

Aux marches de l'autel elle s'est arrêtée.

La lampe qui veillait, dans ce lieu de douleur ,

De ses traits convulsifs éclairait la pâleur.

Elle pressait l'autel de ses mains suppliantes,

La prière expirait sur ses lèvres tremblantes ;

Et du fond de son sein, de momens en momens.

Sortaient des cris plaintifs , de longs gémissemens.

Pilade, à cet aspect ma raison s'est troublée ,

J'ai cru voir, dieux ! J'ai vu de la terre ébranlée.

Aux bruits sourds du Tartare , aux lueurs des éclairs, Monter, entre elle et moi, les filles des enfers. « Frappe, m'ont-elles dit, frappe, voilà taïuère....» Oui, ma mère....! Soudain le spectre de mon père S'est élancé vers elle, et, retenant ses pas. Cherchait à l'entraîner aux gouffres du trépas. Et moi, moi digne fils d'Atrée et de Tantale, Témoin impatient de la lutte fatale.

J'éprouvais dans mon cœur, lassé d^étre innocent, Je ne sais quel besoin de répandre du sang. D'un transport inconnu je ressentais l'atteinte , Et j'allais.... : sur l'autel la lampe s'est éteinte ; Les déesses du Styx ont caché leur flambeau. Mes pas se sont perdus dans ce vaste tombeau ,• Une voix m'a crié : « Souviens -toi de ton père ! » Il t'attend cette nuit à l'autel funéraire : » Clytemneslre y sera. » Cette effrayante voix Dans l'enceinte funèbre a retenti trois fois. J'en suis sorti muet, glacé, plein d'épouvante.

4a CLYTEMNESTRE,

Et ce prodige affreux, cette femme expirante. Ces infernales sœurs , ce spectre furieux , Me poursuivent encore...; ils sont devant mes yeux 1 Je succombe....

PILADE

Revois Pilade et la lumière; Reprends et ta constance et ta force première ; Reviens à toi, défends tes sens épouvantés De ces songes cruels par eux-mêmes enfantés . Ah! ta seule douleur est le dieu qui t'opprime; Ta grande âme s'égare au souvenir du crime ; Et pour justifier ses transports odieux. Rêve un malheur plus grand que le courroux des dieux. Sois homme , affranchis-toi de ces vaines alarmes , Egyste dans tes yeux surprendra-t-il des larmes ? 11 va venir.

ORESTE

Egyste... !

PILADE

Ah! commande à tes sens.

ORESTE

Egyste !

PILADE

Qu'attends-tu de ces cris impuissaus?

Aux yeux de tout Argos , qu'il tombe, qu'il périsse ! Viens, Pilade....

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