‹ Clytemnestre, tragédie en cinq actesChapitre 40 sur 53 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Pourquoi s'attachait- il aux traces d'un banni? Plystliène est mort.... ce n'est qu'un assassin puni.

ÉGYSTE.

Je n'immole personne aux mânes de Plysthène, Et la victime encor reste entière à ma haine. Cette haine avait eu trop besoin d'éclater Pour que la mort, d'un fils y pût rien ajouter.

Quoi ! ce pur sang des dieux , tu l'oserais répandre ?

ÉGYSTE.

Est-ce un droit où vous seule ici puissiez prétendre?* Est-il depuis quinze ans devenu plus sacré? Ne puis-je joindre Oresle à son père e xpiré? Ce sang, n'est-ce qu'à moi que le ciel le dénie ^^ L'Aulide vit jadis périr Iphigénie ; L'ordre même d'un père à l'yutel l'appela.

Oui, mais qu'est devenu celui qui l'immola....? N'accroissons plus l'horreur du nom des Pélopides ; Rompons, rompons le cours de ces grands homicides, Et cette chaîne enfin de malheurs odieux , Dont le premier anneau remonte jusqu'aux dieux, Quand j'osai t'accueillir , toi , le fils de l'inceste , Toi quon avait chassé, même de chez Thyeste, Quand , pour premier forfait te voyant sans courroux, Je t'offris un amour qui les prédisait tous; Quand je forçai la Grèce, en épousant tes haines, D'avoir, deux Ménélas et Léda deux Hélènes,

Rcservas-tu, cruel, ce prix à mes bienfaits? ]\'avons-nous fait tous deux qu'échanger des forfaits? Crains Argos, de ce jour crains les suites anièrèsj Crains , au trépas d'un fîk, de rencontrer des mère. Pour y placer son cœur sous le couteau mortel , Ipliigénie en pleurs fut traînée à l'autel. Dois-je voir de mon sang tous mes époux avides? L'un l'immole à la gloire et l'autre aux Euménides , Et tous deux, contre moi, semblent se réunir. Ou pour suivre un oracle, ou pour le prévenir. Ah dieux... ! Cette douleur en Aulide éprouvée Ta fureur dans Argos me Taurait réservée? Je verrais tout mon sang subir le même sort....? Mon sein n'aurait été fécond que pour la mort.... Non , tu sais trop comment je venge ma famille ; Non , le trépas sanglant du bourreau de ma fdle Détournera le fer que tu tiens suspendu ; Mon horrible forfait ne sera point perdu. Tu me rendras le fils que demandent mes larmes , J'irai de son exil partager les alarmes. Je supporterai tout, besoins, douleurs, mépris; Ma patrie est partout où l'on sauve mon fils ! Partout où je pourrai, de remords poursuivie , Chérir, soigner, défendre, environner sa vie!

ÉGYSTE.

Quoi! madame , en vos bras vous verriez sans horreur Ce tigre épouvanté de sa propre fureur ? Vous oseriez vous joindre à ses sinistres guides ? Vous iriez prendre place auprès des Euménides ?

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