ACTE V, SCÈNE I
Armez mon bras, guidez mes pas désespérés, Porlons sur l'assassin des coups plus assurés. Vous m'aimez, ei l'infâme ordonne mon supplice..! En serez- vous témoin.'* eh serez-vous complice? N'offrirez-vous au ciel qu'un remords impuissant.^ Ne savez-vous verser que le sang innocent ^ Satisfaites des dieux la justice éternelle; C'est Egyste, c'est lui qui vous fit criminelle; De son noir ascendant tous nos maux sont l'effet. Cet exécrable Egyste eut besoin qu'un forfait Rabaissât jusqu'à lui Clytemnestre égarée. Vous étiez mère, épouse, heureuse, vénérée, Qu'a-t-il fait succéder à ces jours triomphans ? Le meurtre d'un époux , la mort de vos enfans. Ah ! je saurai mourir, et je lui livre Oreste ; Mais ma plaintive sœur, mais l'ami qui me reste, Vous-même... Il n'osa pas frapper un roi vainqueur; Le meurtre d'une femme est digne de son cœur. Il viendra vous punir de protéger ma vie. Qu'il meure... de nos dieux la haine est assouvie. Plus d'enfans immolés , plus de noirs châtimens , Pkis de morts réveillés au fond desmonumens, Plus de rêves vengeurs , d'égaremens impies , Et je ne serai plus l'Oreste des furies.... Livrez-moi l'artisan du forfait odieux ; Armez- vous d'un remords qui fléchisse les dieux. CLYTEMNESTRE.
Jamais, jamais
ORESTE
Ma mère; ah! par pitié, par grâce,
Par ce sacré tombeau, par vos pieds que j'embrassff, Par mes pleurs, par ces jours que vous me conservez. Par Electre qui meurt, si vous ne la sauvez î
Jamais. Cette victime à son tour m'est trop chère...
ORESTE
Ah ! c'est le même cœur qui me priva d'un père ; Le mien se trouble, dieux !
Entends ces cris affreux; C'est Égyste en fureur; c'est lui , fuis, malheureux ; Fuis, Oreste, mon sang dans mes veines se glace. Electre, ô ciel!