SCÈNE V
CLYTEMNESTRE, seule (i).
^ Non !
Nous fléchirions plutôt l'ombre d'Agamemnon ! La fléchir... et pourquoi demanderais-je grâce? Pour épargner un crime à son affreuse race ? Ah ! je bénis Oreste, il m'ôte mes remords ; Je les lui laisse tous en fuyant chez les morts. Mourons... un fils cruel assassine sa mère; Mon crime désormais n'est qu'un crime ordinaire ; Mon fils va m'en absoudre en me perçant le sein : Mourons..., et que mon ombre autour de l'assassin,
(i) Madciuoiselli; Duchesnois supprime, à la représentation, plusieurs vers de ce monologue. Le beau talent de cette grande actrice doit cependant rcmpêcher de craindre que le public trouve des longueurs dans une scène où elle montre une si profonde énergie.
Telle qu'un songe affreux me l'a représentée , Des flambeaux à la main s'agite ensanglantée, Et prenne à ses côtés dans ces momens d'effroi La place que son père occupait près de moi. Oui, mourons... la voilà cette mort redoutable, La mort que m'annonça l'oracle épouvantable; Au fond de cette tombe Oreste descendra; Atrée , Agamemnon, tout l'enfer y sera. Appuyant sur mon sein le glaive parricide , Mon fils me traînera jusqu'à l'autel d'Atride , Invoquera son père , et d'un bras irrité Déchirera mes flancs,... les flancs qui l'ont porté. Son effrayante voix devrait se faire entendre, Pour frapper mon époux je me fis moins attendre.
( Oreste derrière le tombeau.)
Agamemnon. T.!
C'est lui...
( Oreste toujours dcrricpt Je tombeau. )
Mânes d' Agamemnon... !
De son père dans l'ombre il invoque le nom. L'arrêt est prononcé, son bras vengeur se lève. Une invisible main m'entraîne sous son glaive ; Je cède , et la victime offerte au coup mortel Pour apaiser le Dieu va tomber sur l'autel.