‹ Clytemnestre, tragédie en cinq actesChapitre 9 sur 53 · ACTE I, SCÈNE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV. i

Si lu savais quel songe est venu me troubler. ...

ELECTRE

Celte nuit ?

Celle nuit. Il le fera trembler :

C'était l'heure où le jour lutte avec les ténèbres; Le cœur préoccupé d'images moins funèbres , Il me semblait qu'admise aux pieds des Immortels D'Apollon désarmé j'encensais les autels. Vers les derniers parvis de la demeure sainte Je m'avance. .Un jeune homme en occupait l'enceintej Suppliant comme moi, comme moi criminel, Il demandait aux dieux un pardon solennel. Un long voile de deuil me cachait son visage ; Il portait dans ses mains , selon l'antique usage , Le rameau de cyprès d'un lin pur couronné ; Il me montrait le sang dont il était baigné , Et tenait embrassé, plein d'une crainte amère , Le trépied redoutable en s'écriant : Ma mère.... ! Sous quelqu'arrél fatal ce jeune homme accablé M'inspirait un amour d'un peu d'effroi mêlé. En le voyant frappé du châtiment suprême , Electre , j'oubliais de prier pour moi-même , Et je lui souhaitais des dieux moins ennemis , Sans savoir quel forfait ses mains avaient commis. Il fallait qu'il fût grand ,* peut-être sans exemple. Les déesses du Styx l'attendaient hors du temple , Et n'osaient le poursuivre en ces lieux redoutés; Lorsqu'une femme, une ombre aux bras ensanglantés,

i6 CLYTEMISESÏRE.

Menaçanie , apparaît dans l'enceinte immorielle : (( Déesses! l'assassin vous échappe , dil-elle; » Réveillez vos fureurs , suivez cet inhumain , )) A la trace du sang qui coule de sa main. » L'empreinte de ce sang ne peut être lavée ; » Rendez-moi , rendez-moi ma victime enlevée ; » Qu'Apollon le rejette,* et du temple vomi )) Qu'il rencontre partout votre autel ennemi ! » Ainsi parlait de loin cette ombre courroucée , Et moi , pour la fléchir, sur ses pas élancée, J'embrassais ses genoux, palpitante d'effroi.

Ce spectre cette femme , Electre — C'était moi !

J'ai reconnu mes traits, défigurés, terribles.

Je portais dans mes flancs deux blessures horribles;

J'appelais, j'excitais les pâles déités,

Je pressais d'aiguilldhs leurs serpens irrités,

Et l'horreur qu'inspirait leur foule meurtrière

Au cœur du suppliant éteignait la prière.

Quel spectacle , ma fille! et quel présage affreux!

ELECTRE

Désarmez , rappelez votre fils malheureux ; Qu'entre un barbare et lui votre remords décide ; Arrêtez dans son cœur l'oracle parricide ,* Rassemblez , rassemblez , contre de tels malheurs , Entre le ciel et vous votre famille en pleurs. Réconciliez- vous avec l'auguste cendre ; Faites mentir l'horrevir du décret de Cassandre. D'un sort épouvantable il vous menace ici; Mais le cœur d'une mère à son oracle aussi !

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