‹ Coco, Coco & Toto. Illus. de A. BarrèreChapitre 4 sur 67 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

La chambre à coucher coniugalc. Un (il de jour sous le rideau clos.

monsieur, qui consulte sa montre.

Oli ! sapristi, huit heures ! Et Tolo-

( 'on/* d'œil sur Madame qui dort à son côté, dans Vépaisseur des

oreillers. Charmante, Madame :

vingt-cinq ans, brune comme lais.

Du nuage léger de la chemisette où serpente un ruban vieil or. jailli* seul d'aimables blancheurs.

<|i iilli

• •-I femme ù me In un relard de dix nous.

ciif ! Vvcc ça qu'elle

iscr ù la porto | i

minutes !... Ilûtons

// hésite, se pcih he, se redresse. Brusquement :

Alun bon, sois raisonnable. Tu es sur

le point de prendre... la parole, ne gaspille pas ton souffle en vains interviews. Ménage ta faible éloquence.

Il glisse une ïambe hors du lit.

madame, qui s'étire.

Tu te lèves ?

lui, à part.

Pincé.

Haut.

Tu vois.

elle, languis sammenl.

Oh ! pas encore, dis !

lui, très tendre.

V me donne donc pas, mon amour, plus de regrets que je n'en ;ii déjà ! Si lu crois que je ne sois pas navré !... A telle un liras !

// baise le bras.

A i elle une épaule !

// baise l'épaule.

A-t-elle un petit signe !

// baise le pelil signe. .1 part :

Lève-toi, mon garçon. Il n'est que temps.

ELLE

Reste encore un peu.

i.i i. hésitant.

Un petil peu '.'

ELLE

Oui.

LUI

Eh bien... — Vrai, tu ne peux pas te douter à quel point tu as le réveil ravissant ! Eh bien... — C'est ta bouche, sur-

tout, qui est A part.

Eh bi

Prenons garde ! Méfiance ! Attention à

l'extinction d< Eh bien !

voix :

ELLE

Eh bien...

Résolument.

Non ! Je ne peux pas ; j'ai un rendez-vous.

elle, câline.

Reste donc, voyons : reste doue ! 11 y aurait dos raisons... spéciales pour qne lu restes.

lui, [ougueux.

Ah ! grand Dieu ! s'il y en aurait !... // se penche. Silence. Long baiser.

La pendule sonne la demie.

La demie ! ! !

// saule du lit.

ELLE

lui, qui en[ile son pantalon.

Non ! Ne me demande pas L'impossible.

.1 part.

Jamais je ne serai ù neuf heures chez Tolochc. Ça va en être une, de scène !

ELLE

< -'csl bien. Tu l'en repentiras.

i.i i. avec une pointe d'impatience.

Eh ! j'ai mes affaires, que diable ! Tu es étonnante, Coco !

i.ii i . retombant dm;* Vorciller.

Laisse faire, je te dis. Tu verras.

Monsieur s'habille en hâte cl [ile.

« Oi 0, l 0C0 ET TOTO

si i.m'. m

Onze heures du soir. - Le boula ard.

i [ i. arpentant le trottoir, une i igarelle aux h ; res, \ in \ c ce malin chez Tolochc a\ ce un retard de \ ingl minutes, il est advenu ce que je prévoyais : elle m'a laissé sur le carré. Vprès avoir carillonné et rccaril

lonneras lu, feint des hurlements de désespoir '•! mugi des explications, ■ — le loul à Iravers la porte, — je me suis décidé ;i regagner mon home. Ma femme chu! levée. • Fâcheux.

J'ai passé une journée insupportable :

dans l'étal d'esprit du monsieur qui, ayant conçu un bon mol. n'en a pas trouvé !<• placement. Aussi, m' me suisjc pas attardé a mon cercle. Il esl onze heures. I >ans dix minutes, < !oco sera au dodo. Il n'en sera pas fâché...

S< IAK III

Mflmc (lèi <>)■ ,ju',i In S1 ène premièi e. mais / m de nuit. Madame, le i oude dans /'m

reïller, lit un roman de l'uni Bourget. L'abat jour, sur son épaule nue. eni mm' /c reflet rose d'un dessous d'aile d'uni.

lui, entrant.

Bonsoir, mon loulou.

elle, sans lever les paupières.

... soir.

LUI

I lein ! lu ne dira- pas qu'il est laid '.'

ELLE

... on.

i.ii, qui se <lél><>!le.

Tu n'as vu personne ?

ELLE

... sonne.

lui, à part.

Elle boude... Chère enfant ! Nous allons y mettre bon ordre.

Il gagne lu ruelle du lil el se glisse sous les couvertures.

Ah ! qu'on est bien chez soi ! Qu'on esl bien auprès de sa petite femme aimée ! Silence.

elle, sursautant.

Ah ! laisse-moi tranquille !

lui, interloqué.

Mais...

ELLE

Fiche-moi la paix, je le dis.

LUI

Voyons, lu ne vas pas faire la mauvaise tête, peut être '.' elle, qui ferme rageusement sou livre.

Non, pardon. Ce malin, lu axais tes n/fuires ?

( lui.

Kh h

El ii:

• soir, j'ai mes occupa-

Elle tourne le boulon de la lampe.

Nuit ( omplèle.

LiE PO^flOC^APHE

Se/il heures du soir. On est à table. Voulez vous me passer les sardines '.' —

madame poisvi rt Vous disiez ?

\ la fin, mon cendre, il ï; [lie je . . madame poisveiu

vous dise ce que ['ai sur le cœur el dé •''' disais que votre conduite n'a pas

verse le trop plein de mon indignation. de nom cl que si je ne me retenais pas,

monsieur je vous mettrais à la porte de celte

Déversez, belle-maman, déversez. — table.

MONSIEl I!

\ la porte de celle lablc, bon Dieu ! El pourquoi '.'

M VDAME POIS\ l li l. 'il 'ce <;< lai.

Parce que vous êtes un pornogra-

phe : : :

MONSIEUR

Moi ?

MADAME POISVEnT

\e jouez donc pas l'élonnement. Le journal auquel vous collaborez csl une I dégoûlalion.

MONSIEUR

Permettez...

MADAME POISVERT

Une pure dégoûlalion, vous clis-je ; on n'y écril que dos cochonneries !

MONSIEUR

Pardon ! C'est pour moi que vous dites ça ?

MADAME POISVERT

Sans doute, c'est pour vous.

monsieur, conciliant .

Voyons, belle-maman, raisonnablement, comment pourrais-je, même si je le voulais, écrire des cochonneries ? Je fais la chronique des poids et mesures !

MADAME POISVERT

Et il ne manquerai! plus, à cette heure, que vous écrivissiez des horreurs, vous aussi, à l'instar de tous les goujats qui sont vos confrères el amis !

MONSIEl H

Alors de quoi vous plaignez-vous ?

MADAME POISVERT

Je me plains, monsieur, que vous ne sachiez faire respc< ter ni la pure et chaste jeune femme qui est la compagne de votre \ ie, ni moi même, à qui vous dc\ cz le jour...

monsii i i!. stupéfait.

.1" vous dois le jour ".' '! '.'

\i \h\\n: pi HS'N i n I

I aissez moi achever... Le jour, béni entre tous, où vous avez pu tenir entre

vos bras un trésor d'innocent I de

poésie !

MONSII i u

Ne vous mêlez donc pas des questions d'alcôve.

MADAME l'oi-A ERT

C'esl une honte à vous, monsieur, de supporter que journellement on insulte votre femme, el il faut vraiment que ma lille soil de bonne composition pour ne vous avoir pas, vingt l'ois, mis à la porte de son lit. Tenez, ce malin, si je vous eusse tenu, je vous eusse craché à la figure, ma parole d'honneur.

MONSIEl n

A cause ?

MADAME l-oi-\ ERT

A cause de cet ignoble article intitulé : Une drôle de lorgnette ; que c'était à en faire rougir des gendarmes, et que j'en suis restée suffoquée. Oui, suffoquée !

malade d'écœurement et de dégoût ! Que c'est donc joli, et que c'est propre, cette lorgnette qui s'allonge ! qui s'allonge ! qui s'allonge !... Ah ! il faut que vous soyez bien bas et bien vil, pour en être tombé à un tel excès de turpitude ! Pornographe, va ! Sale pornographe !

monsieur, exaspéré.

Mais quand je vous dis, nom de Dieu, que je fais les poids et mesures !

MADAME POISVERT

C'est cela ; jurez maintenant.

MONSIEUR

Vous me mettez hors de moi, aussi, avec vos absurdes reproches. Si les autres écrivent des saletés, qu'est-ce que cous voulez que j'y fasse?

MADAME POISVERT

Ce que vous devriez faire, monsieur ?

Je vais vous le dire, puisque vous manque/ de sens moral au point de ne le pas saA oie. Vous dc\ rie/, descendre chez votre directeur, cl là, devanl toute la rédaction assemblée, abattre sur la table de furieux coups de poing en criant : « Ah ça, estce qu'on n'a pas fini de manquer de respect à ma femme el à ma seconde mère ! Je défends, entendez-vous bien, je détend- que l'on continue à mettre sous les yeux de ces dames des tableaux qui les scandaliscnl el qui blessenl leur honnêteté ! I eue/, vous le pour dit. Le premier qui se permettra d'écrire encore une histoire de lorgnette aura affaire à moi ! »

( in o, i 0(0 ET TOTO

Voilà ce que vous devriez faire, mon que si je faisais une chose pareille, je me

sieur, si vous aviez seulemenl pour deux ferais flanquer à la porte à grands coups

sons de propreté. 'I'' pied 'Lui- I- derrière ?

MONSIEI H MADAME POISVERT

FaUl .1 M"- vous soyez assez bête, Lc ,M.a|( malheur j

belle maman, de dire de pareilles âne

Tranquillenu ni.

Vous entreriez à la Revue des Deux- Mondes.

M MiWII. l'olM II! I

Goujal ! Malappris ! Bi ■ !

monsiei r \\«\-\\ i n

Alors non? Vous ne comprenez pas Comment donc !...

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