SECONDE INSTRUCTION
Du Directeur-général des Ponts et Chaussées et des Mines, relatiçe à V exécution de V ordonnance' royale du 29 octobre i823, sur les Machines à vapeur à Tiaute pression , ou sur celles dans lesquelles la force élastique de la s^apeur fait équilibre à plus de deux atmosphères » lors même qu'elles brûleraient complètement leur fumée ; approuvée par le Ministre de V intérieur.
Paris j 7 mai 182 5.
L'ordonnance royale du 29 octobre 1828 a statué , qu'à l'avertir aucune chaudière de machine à vapeur à haute pression ne pourrait être mise dans le commerce (et à plus forte raison employée) qu'autant qu'elle serait munie de deux soupapes et de deux rondelles de métal fusible , et qu'après avoir été éprouvée à l'aide d'une presse hydraulique et timbrée
après l'épreuve.
Le fabricant de chaudières et de' machines à haute près-* sîon qui aura des chaudières à faire vérifier, éprouver et timbrer, adressera une demande au Préfet , qui la ti*ansmettra immédiatement à l'ingénieur des mines, s'il réside dans le département , et, dans le cas contraire , à l'ingénieur des
pôntç et chaussées qui doit le suppléer ÇArt. 7 de Vùrddn-^ nonce).
Le Préfet veillera à ce que les opérations se fassent dan» le plus court délai possible , afin q^'il n'en puisse résulter aucun inconvénient pour les besoins du commerce et de l'industrie.
L'ingénieur vérifiera d'abord si les dimensions des deux soupapes sont telles , que le jeu de l'une d'elles puisse suffire au dégagement de la vapeur , dans le cas où la vapeur acquerrait une trop grande tension.
Il vérifiera de même si les orifices dans lesquels les deux^ rondelles de métal fustble devront être encastrées, ont le& diamètres convenables , savoir :
Pour Ja première , un diamètre au moins égal à celui de l'une des deux soupapes ;
Pour la seconde , un diâanètrc double.
Il reconnaîtra en même temps si la position de ces orificos' est telle que les rondelles puissent remplir leur destination.
L'épreuve de la chaudière n'aiirà lieu qu'après l'ajustetement des deux rondelles : cet ajustement sera précédé desopérations suivantes :
L'ingénieur déterminera , d'après la table ci-jointe (i), le degré dç fusibilité du métal dont chaque rondelle devraêtre faite. Il vérifiera ensuite si le métal dont on se propose de fabriquer chaque rondelle est doué Je la fusibilité requise. Cette vérification pourra avoir lieu de deux manières ;
i<^. Si le métal a été préparé par le fabricant de chau^ dières où de machines , l'ingénieur procédera à l'essai des deux espèces de lingots qui devront fournir la matière des rondelles , en employant le mécanisme dont le fabricant fait lui-même usage, mais après en avoir vérifié l'exactitude ;,
a®. Si le fabricant de chaudières ou de machines veut employer dumétal fusible acheté dans le commerce , l'ingénieur n'aura qu'à constater si les deux lingots portent le timbre légal
(1 ] Nous n'avons pas Joint cette table, qui nVtait que provisoire et .quv a été remplacée par celle annexée à PiAstruction du 3 juin 1 830C
énonçant le degré de leur fusibilité , c'est-à-dire , si chacun d'eux est marqué du timbre qui a dû y être apposé par l'ingénieur des mines commis pour faire ces sortes d'essais dans la manufacture même du métal fusible ; ce timbre sera le xnéme que celui dont il est parlé dans le paragraphe cidessous.
^ L'ingénieur , ayant acquis la certitude que les lingots sont composes, l'un de métal fondant à dix degrés centigrades audessus de la température que la vapeur aura habîtueilemeiit dans la chaudière , et l'autre de métal fondant à vingt degrés centigrades au-dessus de la même température, fera couler en sa présence les deux rondelles , et il apposera à chacune d'elles un timbre octogone portant la légende ponts et chaussées et mines ^ au milieu de l'empreinte duquel il ièra immédiatement graver , sous ses yeux, le degré de fusibilité des rondelles.
Les rondelles seront ensuite ajustées à la chaudière.
Dans le cas où le fabricant de machines se serait procuré " des rondelles toutes faites et qui auraient déjà été essayées et timbrées dans le lieu de leur fabrication , l'ingénieur n'aura d'autre soin à prendre que de vérifier les timbres indiquant les températures avant que les rondelles soient ajustées à la chaudière (i).
£n général , dans la vérification du degré dje fusibilité du . métal fusible , il faudra que l'ingénieur fasse attention qu'il ne s'agit pas de constater le degré où le métal de^dent parfaitement fluide, mais celui auquel le métal se ramollit assez pour céder à la pression de la vapeur. Cette distinction est importante , car les plaques de métal fusible sont susceptibles de perdre leur ténacité un peu avant d'arriver à la température qui détermine leur fusion parfaite. Le timbre doit, par conséquent , exprimer non pas le degré de fusion par-
(1) Les fabricans trouveront du métal fusible, pour toutes les temperatures requises , préparé diaprés les indications de M. Gay- Lussac , membre^ de TÂcadémie royale des sciences , chcs M. ColUrdeau , sue du Faubourg S.-Martin , #!<> 56 , à Paris.
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faite , mais celui qui ramollit le m^tal d'une quantité soffijsante pour rendre la plaque susceptible de s'ouvrir par la pression qu'elle éprouve sous cette température.
La chaudière-, étant munie de ses tubes bouilleurs, de ses rondelles et 4^ ses soupapes convenablement surcharges de poids, sera remplie d'eau, et on l'éprouvera à l'aide d'une presse hydraulique ou pompe de pression qui sera fournie par le fabricant, avec la main-d'œuvre nécessaire à son emploi.
La pression exercée devra être cinq fois plus forte que celle que la chaudière est destinée à supporter dans l'exercice habituel de la machine dont elle fera partie ; c'est-à-dire , par exemple , que si la chaudière est destinée à travailler à deux atmosphères , la pression d'épreuve sera portée à dix » atmosphères ( Voir la note 2 pa%e 196 et la page 2 18 ).
Lorsque la chaudière aura résisté à celte épreuve , l'ingénieur y fera apposer , en sa présence , le timbre qui indiquera la pression k laquelle la machine devra habituellement travailler , exprimée en atmosphères.
Ce timbre consistera, i**. en une plaque de cuivre circulaire frappée à la monnaie de Paris portant en légende ordonnance du 29 octolrz iSaS, et sur laquelle le nombre d'atmosphères et de demi-atmosphères sera marqué; 2". en trois vis de même métal , destinées à assujettir la plaque sur le corps de la chaudière au moyen de trous taraudés. Lt>rsque les vis auront été complètement enfoncées, l'ingénieur fera araser la tète dé chaque vis à fleur de la plaque , de manière à faire disparaître la fente de cette tête. Il formera ensuite une empreinte sur la tête de chaque vis à l'aide d'un poinçon ayant un diamètre plus grand que celui de cette tête.
La plaque et les vis en cuivre seront fournies par le fabricant (i). -
Au moyen des dispositions qui précèdent, toutes les chau^
(1) Les fabrlcans pourront s'^cn procurer <]e toute espèce , et aux prix de \d^ roaîn tl Vuvre , à la Monnaie royale des médailles ^ rue Guénégaïui y n'^. 8 y à Pans.
•4Sëres des machines à haute pression seront essayées au lieu même de leur fabrication , ce qui concentrera les épreuves dans un petit nombre de départemens.
S'il n'existe point de fabrique.de chaudières dans le département , les opérations de l'ingénieur , à l'égard des chaudières qu'on y introduira pour le service , soit de machines à haute pression déjà permissionnées , soit de machines nouvelles et à permissionner , consisteront à vérifier les deux espèces de timbre que ces chaudières de^Tont porter. Ces vérifications se feront aisément au moyen de clichés.
Un exemplaire de ces clichés est déposé aux archives de la Préfecture , un autre au bureau de l'ingénieur des mines, où , à son défaut , au bureau de l'ingénieur des ponts et; chaussées.
CIRCULAIRE
Du Diredeur-générùl des Ponts et Chaussées,
et des Mines.
Paris, le i& juillet 1828.
Monsieur le Préfet, le i". avril 1824 et le 19 mai 1825 , j'ai eu l'honneur de vous adresser deux circulaires et deux instructions relatives à l'exécution de l'ordonnance du 29 . octobre 1828 ( iV^. 63^ du, Bulletin des lois, page 33o ) , concernant les machines à vapeur à haute pression , c'est-àdire , celles dans lesquelles la force élastique de la vapeur &it • équilibre à plus de deux atmosphères , lors môme qu'elles brûleraient complètement leur fiimée.
Quatre années et demie d'expérience du régime consacré par cette ordonnance, ont fait sentir le besoin de nouvelles dispositions réglementaires pour le service des machines à vapeur à haute pression , et Sa Majesté a rendu à ce sujet une nouvelle ordonnance le 7 mai dernier ( iV®. 23 1 du Bulletin des /où, page 4-5o ).
La commission dHngénicurs des mines et d'ingénieurs des ponts et chaussées que j'ai reunie dès i8a3 vpour l'exécution de l'ordonnance du 29 octobre de la même année y et qui avait déjà prépare' les deux instructions dont il est parlé ci-dessus , a rédigé une troisième instruction pour l'exécution de l'ordonnance du 7 mai i8a8. Elle a été , sqr ma proposition^ approuvée ^ le la de ce mois^ par S. £xc. le Ministre de l'intérieur.
J'ai l'honneur de vous en adresser des exemplaires.
Cette instruction trace d'abord des règles pour les pressions d'épreuQe que doivent subir les chaudières des machines à vapeur.
£lle indique ensuite de quelle manière les tubes bouilleurs, ainsi que les cylindres et leurs .enveloppes , doivent être essayés.
Elle fait connaître combien il importe de donner aux chaudières en cuivre laminé , ou en tôle {fer laminé ou battu) , une épaisseur suffisante , et de quelle manière on parvient à déterminer ces épaisseurs , en faisant toutefois observer qu'il convient de donner toujours aux tubes bouilleurs , eu égard à leurs diamètres^ des épaisseurs beaucoup plus grandes qu'aux chaudières , parce qu'étant placés au milieu du foyer , ils sont plus exposés à se détériorer.
Enfin l'instruction se termine par quelques détails sur la manière de. procéder aux épreuves des chaudières et des tubes bouilleurs.
Vous remarquerez à la fin de cette instruction :
i^. Une table des épaisseurs à donner aux chaudières en tôle pour les machines à vapeur ;
2**. Une formule et des explications relatives à cette table ;
3®. Des formules relatives à l'épreuve des chaudières, tvibes bouilleurs , cylindres et enveloppes de cylindres.
Je me persuade que la table et les formules serotit faciles à appliquer.
La dernière ordonnance, du 7 mai 1828, se trouve placée ^ la fin de Tinstruction.
Des expériences restent à faire pour déterminer exacte-
ment les forces élastiques de la vapeur de l'eau h diverses températoes , et les dimensions que les soupapes de sûreté doivent avoir , ainsi que pour vérifier de nouveaux moyens de sûreté qui ont été proposés pour les machines à vapeur. Je m'empresserai de vous faire connaître les résultats au3^quels ces expériences délicates et importantes auront donné lieu , aussitôt qu'elles seront terminées.
Je ne terminerai pas cette lettre , sans recommander de nouveau à votre sollicitude, Monsieur le Préfet, et aux soins éclairés de MM. les ingénieurs des mines et des ponts et chaussées , le service des machines à vapeur dans votre département. Ce service intéresse à-la-fois la vie des hommes et la prospérité de notre industrie ; et comme les moindres détails ont leur importance et peuvent échapper à la mémoire dans des questions aussi graves , je vous prie , ainsi que MM. les ingénieurs , de vous référer aux circulaires des i'^'' avril 1824 ^^ ^9 ^^^î 1825, et aux instructions qui y étaient jointes ; de vous pénétrer de nouveau de leur cpntenu , et de vous assurer que ces premières instructions reçoivent toujours leur exécution.
La connaissance de l'instruction que je vous transmets aujoiu'd'hui étant indispensable aux fabricans de chaudières et de machines à haute pression, et intéressant aussi ceux qui font usage de ces machines , je vous prie d'en adresser des exemplaires aux uns; et aux autres, afin quils puissent profiter des documens qui leur sont offerts et se conformer aux obligations qui leur sont imposées.
Je vous invite au surplus à veiller à l'exécution de l'ordonnance du 7 mai 1828 et de l'instruction que je vous transmets , et à m'accuser réception de la présente.
P. S, Je profite de cette occasion pour adresser à M. M. les ingéniéhrs un rapport fait par M. de Prony, inspecteur général au corps royal des ponts et chaussées, avec deux notes ajoutées par l'auteur , l'une sur la théorie du parallélogramme du balancier de la machine à vapeur ; l'autre , sur un mjoyen de mesurer V effet dynamique des machines de rotation.
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Ce rapport et ces doux notes doivent être fort utiles à MM. les ingénieurs appelés à s'ocpupcr de machines à vapeur. ■