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CHAPITRE II

Des Agens de change.

Les ag^ns de change ne trouveront pas mauvais, sans doute, que nous ayons donné le pas , sur eux , aux notaires et aux avoués. Ce n'est pas à l'habileté , mais à l'ancienneté que nous avons dû accorder. ici la préférence. En effet , depuis quelques années seulement, on a bien compris toute Timportance des agens de change : leurs charges qui ne coûtaient en i8i4 qu^une cinquantaine de mille francs , se vendent, aujourd'hui un million ; et les gens qui sont à même d'apprécier les ressources de l'industrie , assurent que ce n'est pas trop cher,

La probité et la considération des membres de ce corps financier, se sont sans

doute accrues dans la proportion du prix des charges. Un agent de change de i8si5 doit être dix-neuf fois plus honnête , plus -actif, plus intelligent que son devancier ; aussi joue-t-il vingt fois plus gros jeu , et sa maison , ses équipages , son assurance , se sont- ils accrus dans cette proportion toute apologétique du système décimal.

. Messieurs les agens de change sont un de ces bienfaits de la société que l'on est force d'accepter, comme les contributions de guerre, les indemnités aux émigrés, etc., etc. Que l'on veuille acheter, vendre, transférer, il faut passer par les mains de l'inévitable compagnie. Le mal n'est pas là; mais cette compagnie , semblable aux buissons contre lesquels les moutons laissent les flocons de leur blanche laine , dépouille insensiblement l'honnête rentier; et le revenu d'une inscription transférée vingt fois, se trouve absorbé par les frais.

Le ministère de l'agent de change , comme celui de la plupart des ofBciers civils , est tout de confiance. Lui remettez-

vous dans les mains vos fonds pour qu'il fasse un achat , sans vous donner un reçu , îl inscrit le montant du dépôt sur son car»

net; il dit, )'ai acheté à tel i cours, il faut s* en rapporter à son dire.

Nous pourrions parler des opération»

diverses de bourse et de diange } mais noi»

ne voulons pas dévoiler le secret de certaines fortunes colossales acquises en trois mois ; nous ne rappelcms ici ces banqueroutes et ces procès récens, que pour .appuyer sar des craintes salutaires, le conseil que nous donnons à nos bénévoles lecteurs.

« Fuyez les agens de change , ne joU€Z jamais à la Bourse, si vous avez le malheur d'être rentier. Gardez vos inscriptions, tt>uche2 vos semestres , dût M. de YiUèle vous réduire aux trois pour cent. »

Des Agens d'afPaires.

Paris est rempli de ces honnêtes getirs qui font leurs af&ires en g^nt celles d'atttrtif. Jj$ nepyciaat qiu â fait baiMiiier<yut« , Ywfé^

-^rwa

DES GENS HOKKETES. ftSg

cat sans cause , le commis réformé , se transforment en agens d' aSnives ^ proprio nioiUf. comme dit le pape.

Sans nous arrêter à ces pauvres hères qui courant les bureaux et sollicitent par procuration 9 examinons l'agent d'affaires le plus renommé de Paris^ voyons quelle est son industrie.

C'est un homme d'une quarantaine d'an* nées. Il a l'air aimable, ouvert, ses manières distinguées témoignent qu'il a vu le grand inonde. Sa toilette est soignée, son cabriolet sort des ateliers de Robert , son cheval a^ été acheté chez Drake, c'est enfin un homme comme il faut.

Il se lève à dix iieures , déjeune au café (le Paris , rend visite à deux ou trois chefs de division , avec lesquels il a des relations ^(tffbUres et dC amitié (cela veut dire, auxquels il témoigne, argent comptant, sa reconnaissance). Il court chez quelques créanr ciers de l'état , dont la dette a été liquidée la veille (les bui^nux ne les ont pas encore pmenus.)*~«yoli» affaire s'embrouille en

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diable. Vous pourriez bien tout perdre. Le ministre veut rejeter toutes les créances à l'arriéré. Allons ! tenez, le tout pour le tout: j'offre vingt-cinq pour cent de la créance. » Refus. Il offre trente , quarante , cinquante. On signe. Il a les pièces , il court à la caisse toucher la somme entière. Son industrie lui rapporte cinquante pour cent.

Un brave provincial sollicite la liquidation de sa pension ; un autre demande une décoration, une place. On réclame les bienveillans secours de monsieur l'agent d'affaires, il met les pièces à la poste, et les "adresse au ministère.^Six mois après, par grand hasard , tout est accordé. Monsieur l'agent d'affaires s'empresse d'avertir ses commettans. Il vante ses démarches, exalte ses soins, demande une somme énorme pour ses frais , son temps , ses déboursés. Là , son industrie rapporte cent pour cent.

* Un intrigant veut obtenir une fourniture.

L'agent d'anaires se met en campagne. M voit le secrétaire , il fait un cadeau à la mai-

DES GE1(S HOHIfilTES^ lÀ^l

tresse iie . Monseigneur , parvient dans le jQt^ibinet) et traite directement Taffaire avec son excellence. Ici , on ne peut spécifier le rapport de l'industrie.

Il y a des ageiis d'affaires de toutes les espèces : comme les reptiles, il faudrait les classer par familles et les décrire. soigneusement , depuis celui qui ruine la veuve , souSw prétexte dé lui faire obtenir une penr sion^ jusqu'à celui qui escompte à douze polir cent , des billets qu'il passe à quatre à la Banque ; mais.alors il faudrait faire un livre , et nous n'avons à dépenser que l'^st pace d^un paragraphe ; résumons -nous donc.

Sur vingt agens d'affaires, il y a dtx*^ n^nf fripons au moins.

'. i !Donc , il faut faire ses affaires soi-m^e^ et: ner.pas se jeter avec préméditation dans

Des Monts' d« Pi^té;

La belW chose que la théorie. Comme

ai

sur le papier, comme clans les discours d-un philanthrope économiste , le Mont-de« Piété joue un beau rôle !

Institution utile et secourable, il offre «nu négociant embarrassé dans ses affaires, flu marchaiHl obligé de réaliser des fonds dans un court délai, une ressource toujours prête. Le malheureux y trouve un secours nécessaire : ses enfans lui demandent du ■pain , aussitôt le Mont-de-Piété lui prête de largent, en échange de quelque objet inutile; et puis, que davantages réels ! on retire son dépôt dès qu'on le veut ; le Moût de Piété prête à un intérêt très-modique; on est inconnu du prêteur, on n'a jamais à rougir de la démarche que l'on fait; jamais on n'est exposé à un refus ; la caisse du Mont-de-Piété enfin est pour la France entière la bourse d'un ami.

Tout cela est beau , très-beau ; malheureusement, lorsqu'on en vient à l'application , tout est changé.

Le Mont-dc-Piété prête, il est vrai, à un intérêt assez modique ; m^s d'abord il

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m pfête qu'une somme égale à U naoitié de la. valeur de l'objet déposé, rintérêt se tirouve donc par le fait accru.

A l'intérêt réel il faut d'ailleurs ajouter un droit d'entrée, un droit de sortie, W*.

droili de- commission , un droit cle dégagement ; en so^nme , le Mont-de-Piété prête à vingt-cinq ou trente pour cent.

Le Mont-de-Piété , en outre , assîgw un délai fatal passé lequel, l'objet dépQ3é est vendu aux encbères. Dans ses v<»nte&.,. le dépôt sur lequel U a été pxêté Ij^t moitié ^ sa valeur intrinsèque , se vend un, prix a^^-i sez élevé. Cependant l'administration , qui s'est engagée à tenir compte au propriétaire de l'excédant de la vente sur le prêt et les inté^'êts, ne restitua jamais rien. En effet, les frais du Mont-de-Piété , jgints à ceux de la vente , excèdent un intérêt de cinquante pour cent.

Et c'est cette immorale institution, ce trafic infâme, ce brigandage, horrible en ce qu'il pèse sur la classe laborieuse et pa.uvre , qui trouvent des défenseurs et des

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appuis. On prétend que le Mont-de-Piété empêche les malheureux d'avoir recours aux prêteurs sur gages. Il les y engage , au contraire , car ces préteurs sur gages leur prêtent à douze pour cent; ainsi des usu« riers que la loi frappe et flétrit, sont moins voleurs que te Mont-de-Piété qu'elle insti** tue et protège.

De ces considérations , tirons cette règle générale*

Dans toute espèce de circonstance, il vaut mieux vendre que déposer au Mo&t* de*Piété.

De la Loterie.

A la porte du bureau de loterie , un jol!

tableau , orné de nœuds de rubans roses et verts, présente aux regards qu'il attire les bienheureux billets gagnans. Comme ces billets sont doucement provocateurs, comme ils parlent à Timagination ; celui qui les a pris a fait fortune , il est heureux maintenant, il peut satisfaire tous ses désira*

DES GENS HONNÊTES. a^S

Oui ! mais si Ton pouvait placer en regard les peines, les tourmens, les malheurs que cause une passion funeste ; si Ton montrait le père jouant la fortune de sa femme, lexistence de ses enfans, dupe d'abord, plus tard fripon , finissant par devenir criniinel. La loterie occasione plus de suicides que la misère : elle traîne à sa suite le désespoir et la mort.

Mais tout le monde n'y perd pas? Tout le monde y perd. Celui à qui échoit un terne. Ta d'avance payé bien cher, ou plus tard perdra plus qu'il n'a gagné.

Depuis long-temps des voix éloquentes s'élèvent en vain pour réclamer l'abolition de cette immorale institution. La seule mani.ère de couper court au mal, c'est d'en démontrer l'évidence. Le jour où tout le monde sera bien, convaincu que l'argent mis à la loterie est perdu sans retour , que les sept millions que le gouvernement retire de la loterie sont un bénéfice honteux , le fruit du vol; le jour enfin où personne i^e mettra plus à la loterie, l'autorité qui

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respecte la morale publique quand son ir»

térét ne lui conseille pas de la violer, sup«* primera les loteries qui lui seront devenuei^ onéreuses.

Nous nous abstiendrons de parfer ici de ces petites loteries bourgeoises , dont noas avons dit notre avis au paragraphe i6 du fivre second.

Des MitisoQs de Jeux.

A Paris , dans cette capitale dn pfionde civilise y dans ce centre de sociabilité , de commerce > d'industrie , au sein de cette ville qu'un orateur de la révolution, Anacharsis Clootz appelait /<? chef-lieu du^be^ il existe des maisons où l'usure et le vol sont autorisés; où la ruine, le désespoir^ le suicide sont affermés, et rapportant au gouvernement des sommes immenses que fon peut appeler \t prix du rfang.

- En entrant dans une-maisoii de jea, on

DES GEN& HOIÏNETES. l^J

laisse Thonneur à la porte , heureux quand QP le reprend en sortant. Autour d'une Im^e taib\^ pq voit une foule d'êtres k la mine hâve , décharnée , semblables aux ombres du Dante, le cou tendu, la figure iiiquiète, les yeux fixés sur un tapis, des çuméros, des cartes auxquels ils confient l^ur fortune. L'argent que l'on jette sur eatte table fatale perd en y tombant le . dixième de sa valeur ; les chances sont combinées de telle sorte que le fermier des jmK doit toujours gagner. Ce gain assuré , e^tt^ chance inégale caractérisent un vol ; ?t 00 ^roit de vol , le fermier des jeux l'achète diz^ millions ; pour dtip millions il p^ut impunément dépouiller l'homme sans défiance, corron^pre le jeune inexpéri* v^^nté , plonger da^s le vice et la cripie rimprii4^^t que déduit un appât trompeur,

Mais la ferme da^ jeux ne se content^ pa# d§ yous enlever tout ce que vous pos^ ^e^ d'argept; elle vous provoque, vou?

âQlli(;itç, Un ^lanin^^Vi^té pljtq^estip , up^

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bureau de prêt usuraire , est établi dans chaque maison de jeu. La , sur un bijou, une montre, une épingle, on vous prête de Tor , et cet or est bientôt englouti.

Et que Ton se persuade bien que jamais personne n'a gagné dans ces infâmes maisons ; si la fortune sourit un instant au joueur, bientôt elle lui devient contraire, et toujours la plus funeste des passions en* traîne la ruine complète ^ de celui qui ea est possédé.

Depuis dix années , à chaque session lé^ gislative, d'énergiques réclamations s'élèvent contre l'immoralité de ce revenu flétrissant du fisc. Les maisons de jeu continuent cependant d'être ouvertes; un nouveau bail vient d'être conclu avec la

ferme pour cinq années. Un ministère qui s'arme pour la religion et la morale, un ministère qui fait des lois sur le sacrilège, et qui rallonge les robes des danseuses (te l'Opéra, devrait ouvrir Toreille aux cris des malheureux que les maisons de jeux ont perdus, et à la voix patriotique desléff^'

BËS GENS H0K1IÊTE9* a^Q

lateurs qui veulent inettrç un ternie à un scandale qui déshonore la natibhé

Emprunts. -^^ Dettes publiques.

Rien n'est plus précieux que le crédit; et cet honnête M. Schneider, qui a inventé le fromage de Gruyère et le système des em« prunts, a rendu un véritable service à la société*

Au moyen des emprunts, Tinégalité des fortunes disparaît, la richesse est une chi* mère, toute sommité est aplanie» Celui <iui emprunte , est en un instant plus positivement riche que celui qui prête ; qu'il soit gouvernement constitutionnel ou sou* verain absolu, l'emprunteur ne supporte aucun risque de perte , et court toutes les chances de bénéfice.

C'est une chose bizarre que cette activité de spéculation qui, depuis quelques an« nées , s'est emparée de nos riches banquiers. De quelque point que vienne une proposition , elle trouve des oreilles et des bour*

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ses oinrertesi La même caisse aUroettte la Sainte-Alliance et le sénat grec. Si le grand Turc a besoin d'argent^ il en trouvera certainement sur sa bonne mine , et son emprunt sera bientôt rempli.

Combien d'exemples cependant deyraient mettre en garde contre cette avidité de chances. Les gouvernemens foni baaqueroute comme tes particuliers ; et les gouvernemens ne craignent pas les galères.

La France a jadis ruiné ses sujet» en les réduisant aux deux tiers ; aujourd'hui Biémé elle est. à la veille de faire une banqueroiite d'une espèce nouvelle, en convertissant les rentes cinq pour cent en trois pour cent.

On trouve cependant toujours des gens disposés à acheter , à brocanter , sur ces valeurs idéales qui rapportent moins qu'une maison, qu'une terre, et que l'on ne peut cependant faire assurer contre la grêle et l'incendie,

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