‹ Code gourmandChapitre 46 sur 47 · CHANSON DE CARNAVAL · texte numérisé non relu

CHANSON DE CARNAVAL

Air; Oui, je suis soldat, moi.

Oui , je suis gourmand , moi ,

Et je m’en fais gloire;

Du temps le plus doux emploi.

C’est de manger, de beire.

CODE

Quand Bacchus vient l’animer,

Ma muse peu bégueule Préfère à l’art de rimer Le grand art de la gueule (i).

Oui, je suis gourmand, moi, etc.

Plein de verve et d’appétit ,

Piron , convive aimable.

Me surpassait en esprit;

Je le surpasse à table.

Oui, je suis gourmand, moi, etc.

Quatre somptueux repas Remplissent la journée;

Et pour moi le mardi gras Dure toute l’année.

Oui , je suis gourmand, moi, etc.

Le sort devait ordonner Que dans Rome je vinsse Quand Lucullus , à dîner.

Mangeait une province.

Oui , je sois gourmand , moi , etc. ,

O) Rabelais.

L’auteur qui cherche uu succès S’agite , s’inquiète j Mais l’heureux gourniaud jamai* Ne sort de sou assiette.

Oui , je suis gourmand, moi , etc.

Que je plains l’aveuglement De ce convive blême,

Qui converse sobrement Et qui mange de même!

Oui , je suis gourmand, moi, etc.

Gais bavards et fins gourmets , Montrons-nous moins novices ; De bous mots et de bons mets Parons tous les services.

Oui, je suis gourmand , moi, etc.

Par mule et mille argumens.

Je prouverais à table Que le corps des vrais gourmands Est le plus respectable.

Oui, je suis gourmand, moi, etc.

CODE

De la terre jusqu’aux deux.

Et de l’homme à l’insecte ,

Ne voit-on pas en tous lieux Des gens de notre secte ?

Oui , je suis gourmand , moi , etc.

A dîner, en tapinois ,

Souvent elle se prête ;

Et l’amour prend en sournois Cornus pour interprète.

Oui, je suis gourmand, moi, etc.

Celle dont Antoine un jour Satisfit les demandes ,

Peut bien, je crois, passer ponr La perle des gourmandes.

Oui , je suis gourmand , moi , etc.

Jamais aux mécbans discours Un gourmand ne s’adonne ;

Et celui qui mord toujours Ne déchire personne.

Oui, je suis gourmand , moi, etc.

Par un réglement nouveau De cette confréde ,

GOÜRMAND.

Que tout lueiubre du caveau Eu arrivant s’écrie ;

Oui, je suis gourmand, moi,

Et je m’eu fais gloire ;

Du temps le plus doux emploi.

C’est de manger, de boire.

BIoreau.

6lancr6 à ®l)aliûrquf*

Laisse-Ià les chagrins d’une vaine prudence, Thaliarque, et n’en crois qu’à ton joyeux désir ; T.e présent est pour le plaisir.

Et l’avenir pour l’espérance.

Le présent est à toi, l’avenir est aux dieux;

Ne les outrage pas en t’affligeant d’avance ;

Jouis de leurs bienfaits, crols-eu leur indnlgence. Et contente-toi d’être heureux.

Celui-là seul, mortels, comprend sa destinée. Qui , tout le long du jour, assis en un festin. Jouit gaiment de sa journée Sans nul souci du lendemain.

Vois ce Stoïcien, malheureux qu’on admire,

Il nous regarde, armé d’un oeil indifférent ;

Il nous insulte d’un sourire ,

Et se détourne en soupirant.

Te verrons-nous toujours, avec un soin frivole, Epargner ces trésors par ton père amassés Lycns, quoi ! crains-tu donc qu’il ne t’en reste assez Pour payer ta dernière obole ?

Buvons, rions, chantons, soyons des fous heureux! N’attendons pas , amis, que la pâle vieillesse Vienne, ridant nos fronts joyeux.

Nous condamner à la sagesse.

Pour moi, toujours fidèle au doux dieu des chansons , .Te veux de la mort même égayer l’arrivée.

Et parer en riant de mes derniers festons .Sa faux sur ma tête levée.

Eugène Hugo (i).

(i) Cette pièce lemarquaLle est d’un jeune homme enlevé avant .sa dix-huitième année â ses nombreux amis , que son beau talent flattait des plus nobles espérances , et aux Muses, que les beaux succès de M, \ i ctoiTIugü, son frère, peuvent à peine consoler.

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