PARIS
M D CCCCI
Alexandre de Humboldt,dans ses Vues des Cordillères et des monumens des peuples indigènes de VAmérique publiées, pour la première fois, en 1810, parlant des manuscrits de Rome, de Velletri (Borgia), de Bologne et de Vienne, s’exprimait ainsi :
« Il serait à désirer que quelque gouvernement voulût faire publier, à ses frais, ces restes de l’ancienne civilisation américaine; c’est par la comparaison de plusieurs monumens qu’on parviendrait à deviner le sens de ces allégories, en partie astronomiques, en partie mystiques. Si, de toutes les antiquités grecques et romaines, il ne nous était resté que quelques pierres gravées ou des monnoies isolées, les allusions les plus simples auroient échappé à la sagacité des antiquaires.
Que de jour l’étude des bas-reliefs n’a-t-elle pas répandu sur celle des monnoies? »
Aucun gouvernement n’a répondu à l’appel de Humboldt, et le grand ouvrage de Lord Kingsborough 1 , à cause de ses nombreuses inexactitudes de coloris et de disposition, ne peut servir de base définitive à des études sérieuses sur les antiquités mexicaines. Pour combler cette grave lacune, j’ai pris le parti de reproduire, à mes frais, en chromophotographie, et de distribuer aux principales bibliothèques de l’Europe, des deux Amériques et du Japon, les manuscrits mexicains mentionnés par Humboldt dans la notice dont je viens de citer un passage, à l’exception toutefois de celui de Vienne, que la Bibliothèque Impériale et Royale de la Cour (K. K. Hofbibliothek) n’a pas encore consenti à prêter à la Bibliothèque nationale pour que j’en pusse faire exécuter le fac-similé, sous mes yeux, à Paris même.
i. Antiquities of Mexico comprising fac-similés of ancient Mexican paintlings and hierogyphs, London, 1 83r.
La présente publication achève donc, provisoirement au moins, la série de ces reproductions, et je dois d’autant plus remercier les membres du Comité des Free Public Muséums de Liverpool que, dans leur désir éclairé d’encourager la science nouvelle de Taméricanisme, à laquelle je me dévoue depuis une dizaine d’années, ils ont, malgré la sévérité de leurs règlements, prêté à la Bibliothèque nationale de Paris leur précieux et unique manuscrit précolombien mexicain, connu jadis sous le nom de Codex Fejérvâry et maintenant sous celui de Codex Mayer, afin que je pusse le faire reproduire avec toutes les facilités dont je dispose à Paris.
Je n’entrerai dans aucun détail sur l’histoire et le contenu
de ce manuscrit, puisque mon savant ami, M. le professeur /
Edouard Seler, titulaire de la chaire de linguistique, d’ethnographie et d’archéologie américaines, que j’ai fondée à l’Université de Berlin, a bien voulu se charger de ce travail délicat. Je me contenterai seulement de faire remarquer qu’il doit se lire de droite à gauche et non de gauche à
droite, comme Fa cru Fauteur de la reproduction Kingsborough.
En outre des manuscrits cités par Humboldt, à savoir :
Le Codex Vaticanus n° 3773 ;
Le Codex Vaticanus n° 3 j 38 (de los Rios);
Le Codex Borgia (ex-Velletri) ;
Et le Codex de Bologne (Cospiano), j’ai fait aussi reproduire à mes frais et distribuer, comme les autres, aux principales bibliothèques de l’Europe, des deux Amériques et du Japon :
Le Codex Telleriano-Remensis ;
Le Tonalamatl Aubin (jusqu’alors inédit);
Et le Codex Fejérvâry-Mayer.
J’ai, de plus, fait imprimer et distribuer de même le texte du manuscrit espagnol inédit de don Ignacio Borunda, intitulé Clave general de jeroglîficos americanos , que Prescott n’avait pu retrouver lors de la publication de son grand ouvrage sur la conquête du Mexique et que j’ai, après l’avoir en vain fait chercher en Espagne, eu la bonne fortune de décou-
vrir au Mexique, aux portes mêmes de la ville de Mexico, dans les archives de l’abbaye de Notre-Dame de Guadalupe.
Grâce au superbe et unique fonds mexicain 1 de la Bibliothèque nationale de Paris, comptant actuellement 420 articles, dont 403 sont dus au magnifique don de M me veuve E.-Eugène Goupil et proviennent de la célèbre collection Aubin, composée elle-même, en très grande partie, de manuscrits du chevalier Boturini ; grâce à la savante édition donnée par M. le doc-
1. M. H. Omont, dans son Catalogue des manuscrits mexicains de la Bibliothèque nationale (Paris, 1899), s’exprime ainsi :
« Cette collection, formée au Mexique, il y a un demi-siècle, par un de nos compatriotes, M. Joseph Aubin, fut cédée par lui en 1889 à M. E.-Eugène Goupit, qui aussitôt confia à M. Eugène Boban le soin d’en rédiger un catalogue détaillé, bientôt publié sous le titre de : Documents pour servir à l’histoire du Mexique. Catalogue raisonné de la collection de M. E.-Eugène Goupil (ancienne collection J.-M.-A. Aubin); manuscrits figuratifs et autres sur papier indigène d’agave mexicana et sur papier européen , antérieurs et postérieurs à la conquête du Mexique (xvi e siècle).
« La Bibliothèque nationale ne possédait, antérieurement à la donation de M. E.- Eugène Goupil, que dix-sept manuscrits mexicains, dont les notices sommaires ont été imprimées, à la suite de l’inventaire delà collection Goupil-Aubin, sous les n os 385 à 401 du fonds mexicain.
« Tel qu’il est aujourd’hui constitué, le fonds mexicain de Paris l’emporte sur toutes les collections des deux mondes par l’antiquité et l’importance des documents qu’il contient pour l’histoire de l’ancien Mexique, et l’ensemble de ces collections réunies est encore inférieur en nombre aux 420 articles du fonds mexicain de la Bibliothèque nationale. »
teur E.-T. Hamy, du Codex Borbonicus 1 de la Chambre des Députés, le plus beau des manuscrits mexicains actuellement connus et qui était resté jusqu’alors inédit; grâce, enfin, à mes fidèles reproductions en chromophotographie de tous les manuscrits mexicains dont il est parlé plus haut, et aux nombreux moulages de monuments du Mexique et de l’Amérique centrale donnés au Musée d’Ethnographie du Trocadéro par M. Pierre Lorillard 2 et par moi-même et dont beaucoup sont recouverts d’hiéroglyphes Mayas, qui attendent encore leur Champollion, il y a maintenant à Paris tous les documents nécessaires pour faciliter l’accès et aider au progrès de cette jeune science de l'américanisme, si difficile, si obscure, et dont les quelques adeptes ne peuvent recourir
1. Codex Borbonicus , manuscrit mexicain de la bibliothèque du Palais- Bourbon (livre divinatoire et rituel figuré), publié en fac-similé, avec un commentaire explicatif par M. E.-T. Hamy, Membre de l’Institut, Professeur au Muséum d’histoire naturelle, Conservateur du Musée d’Ethnographie, Président de la Société des Américanistes de Paris. — Paris, Ernest Leroux, éditeur, 28, rue Bonaparte, 1899.
2. Cf. Désiré Charnay, Les anciennes villes du Nouveau Monde. Paris, Hachette et C ie , 1 885 .
ni à un Homère, ni à un Pausanias, ni à un Hérodote, pour les guider dans leurs fouilles et leur indiquer ce qu’ils peuvent en attendre !
On se rendra aisément compte de l’importance de mes reproductions pour les études mexicaines en jetant un coup d’œil sur les tables de concordance de mes reproductions et de celles de Lord Kingsborough ; tandis que les miennes sont de tout point conformes aux originaux et donnent jusqu’à leurs pages restées en blanc et jusqu’à leurs couvertures anciennes, le désordre où se présentent celles de la publication anglaise leur interdit à tout jamais de devenir le point de départ d’un travail sérieux.
C’est ainsi, par exemple, que dans Kingsborough, le Codex Vaticanus n° 3773 commence à la page 96 (la dernière) et finit à la page 48; le Codex Borgia (ex-Velletri) commence à la page 38 et finit à la page 3 g, et celui de Bologne (Cospiano), d’abord régulièrement numéroté de 1 à 1 3 , va ensuite à rebours de 24 à 14. De même, le Codex Vaticanus n° 3^38 (de los Rios) contient plusieurs graves
erreurs de pagination, et enfin le Codex Fejérvâry-Mayer commence à la page 44 (la dernière) pour finir à la page 1.
En terminant, je me permettrai de rappeler qu’en outre de plusieurs expéditions archéologiques que j’ai envoyées au Mexique et dans l’Amérique centrale, j’ai fondé des prix pour encourager l’américanisme, en 1888, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres de Paris ; en 1889, à l’Académie Royale des sciences de Berlin; en 1890, à l’Académie Royale des belleslettres, d’histoire et des antiquités de Stockholm; en 1892, à l’Académie Royale de l’histoire de Madrid et à l’Université de Columbia à New-York.
Paris, septembre 1901.
J. F. LOUBAT.
Le Codex Fejérvâry-Mayer, de même que le Telieriano-Remensis et le Tonalamatl Aubin, a été reproduit en couleurs par M. H. M. Boisgontier, rue Clotaire, 3, et imprimé par les soins de M. E. Monrocq, rue Suger, 3, Paris.