‹ Cœurs et homme de cœur [microforme]Chapitre 22 sur 62 · LE · texte numérisé non relu

LE

Mai : mois de la candeur, de l'innocence :

mai : le mois de la Vierge.

ANTONIO PELLETIER

C'est après l'aurore. Le soleil brille,

Le monastère semble avoir, aujourd’hui, un air plus pieux, plus seul, plus recueilli.

À l'intérieur, pourtant, la vie est un peu plus mouvementée qu'à l'ordinaire, Les vieilles nonnes et les nonnettes ne cessent de prier. Elles se rappellent leur entrée au cloître, leur vie pour Dieu. Des larmes de reconnaissance et d'amour roulent, chaudes, sur leurs joues. Leur coeur bat, oh ! bien fort, en ce jour ! car bientôt, dans la maturité de son printemps, une jeune fille du siècle, une autre vierge, va s'unir à elles.

Dans un lieu retiré du cloître, on pleure, on se regarde—comme savent regarder ceux qui s'aiment—on se comprend sans paroles.

Au milieu des sanglots, soudain, une petite voix dit doucement :

‘Ne pleurez pas, chers parents, non! ne pleurez pas, je suis fiancée au Christ : réjouissezvous plutôt, et je vous aimerai bien, va, toujours, toujours..…..”"

Cette voix connue est celle d’une chère enfant qui, tout à l'heure, dira au monde : ‘adieu’, aux siens : ‘‘au ciel, nous nous reverrons ‘’, au Christ : ‘‘ Je suis à Toi.”

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

‘‘O Dieu, délie ma langue, je voudrais dire la

Séparation de ces âmes sœurs.’

Dans un corridor aux très blanches murailles &aïnies d'inscriptions terribles au monde, agréables et familières aux saints, une foule se presse, atterd.

La voix vibrante et si cordiale du Pasteur n’é-

veille plus les échos religieux et doux de la petite chapelle. La cérémonie, là, s'achève.

Tout à Coup, des femmes chuchottent à

‘Elle vient.”

En effet, c’est elle, la choisie. Démarche grave. Elle donne le bras à quelqu'un pour s’empêcher de défaillir.

Celui qui l’aide est son père...

Il faut de la foi Pour se mutiler de la sorte

l'âme !

““Christ-Dieu, il me semble que tu donneras

ton ciel à tous ceux qui prirent part à cet holo- Causte, comme tu le donneras, ton ciel, à ceux qui pensent À ton sacrifice, à Toi, sur le Calvaire.’ Son père l'aide...

Une grande porte en bois s'ouvre et, sur ses gonds, grince.….

ANTONIO lELLETIER.

te

Minute sanglante !.... C'est l’Adieu, l'adieu désespéré d'Âmes qui s’arrachent les unes aux autres et ne vivront plus de la même vie : Âmes qui ne faisaient qu'une âme !

Les baisers se noient dans les pleurs, les larmes sont aussi abondantes et fortes que les battements des cœurs, les bras enlacent les corps les affections se confondent une dernière fois en

Je saisis encore les efforts du père, de la mère et du frère, pour ne pas trahir leur émotion. Pour ne pas laisser voir, à la tendre chère petite, toute leur douleur intime : j'assiste encore au spectacle touchant de la sœur pressant à la briser sa sœur dans ses bras pleins de caresses, longtemps, longtemps... et j'entends ces paroles d'amour et de résignation :

‘Ma sœur, ma chère soeur M

Et l’autre :

‘Ma sœur, ma bonne petite sœur, sous nous

retrouverons, plus tard, au ciel

Philosophes incrédules ! ici s’effritent VOS ar-

sumentations les plus serrées. Une jeune fille

CŒURS ET HOMME DE CŒUR

VOUS terrasse— solide comme l'amour, invincible comme la fidélité.

À genoux ! à genoux ! que la vue de cette femme vous ouvre le ciel ! Philosophes incrédules, à genoux !”’

Ces scènes se balbutient. mais ne se disent pas. La plume peut-elle les rendre ? L'imagination les conçoit À peine, I] faut les voir pour en juger :; néanmoins, nous en doutons tant c'est grand et au-dessus de l'ordinaire ! Ça fait jaillir les larmes. La foule a pleuré. Qui n'aurait pas pleuré ?.... Les murs eux-mêmes, sombres, ce semble, pleuraient, Et les grincements de la

grande porte de bois, oh ! dites, n’étaient-ils pas

Bons parents, vous aviez deux anges pour soutenir vos pas dans le vieil âge et couronner d’affection si tendre et Puissante vos cheveux blancs, qui ont besoin d'être aimés davantage à mesure qu'ils blanchissent. Dieu, jaloux, les a pris presqu'en même temps. Remercions-le de cette fa-

veur.

‘Anges dans l'infini du bleu, volez : déployez,

larges et roses, vos ailes. Et loin, loin, par delà les sphères, à l'Eternel, redites les noms de ses

fiancées, noms plus doux que des refrains de

mandoline, beaux comme une prière, imposants

Mai 1990.

SILHOUETTE

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