COLA DI MEMO FUGITIF
Celui qui résiste aux orgueilleux et protège les faibles. Notre légat Ta privé de sa charge et Ta condamné comme suspect d'hérésie. »
En effet, Bertrand, se conformant aux ordres reçus d'Avignon, venait de réunir à Montefiascone une assemblée composée des membres du clergé et de la noblesse de la province, auxquels furent adjoints les représentants des principales villes soumises au Saint-Siège. Rienzo fut invité à se présenter devant ce tribunal, « afin d'y défendre toute sa conduite depuis le jour où il s'était emparé du pouvoir et de prouver, s'il le pouvait, que Clément VI s'était montré injuste à son égard. » Bertrand eut soin de s'engager à ne pas attenter à sa liberté tant que durerait le procès, afin que le tribun ne pût prétexter sa défiance envers le Saint-Siège pour se dispenser de comparaître. On conçoit que Rienzo s'abstint de venir et ne se fit même pas représenler, car l'arrêt des juges choisis par le légat ne pouvait être' douteux.
Après l'avoir attendu quelques jours, le tribunal le déclara contumace, le priva à toujours de ses fonctions, de ses dignités, de ses titres, et confirma le jugement prononcé contre lui, en raison des illégalités et des abus de pouvoir que lui reprochait l'Église. Cette sentence fut portée à la connaissance du peuple par tous les moyens dont disposait le légat.
Peu après, Bertrand provoqua une autre condamnation d'un caractère encore plus grave : un soupçon d'hérésie pesait sur le tribun, au dire de ses ennemis, à cause de certaines paroles imprudentes qui lui étaient échappées, et notamment en raison de son assertion que Rome et l'Église étaient indissolublement unies. Le légat assigna donc Rienzo à comparaître devant un tribunal com-
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La cause de celte fuite précipitée était l'apparition dans le sud de l'Italie d'une épidémie terrible qui, après avoir désolé toute l'Asie, s'était propagée de proche en proche et venait, par suite de l'imprudence de quelques marchands, de faire son apparition eu Italie, où elle prit le nom de peste noire, cl causa les plus grands ravages. Pisc, Gènes, les porls du royaume de Naplcs, furent les premiers où éclata la maladie, vers le mois d'avril 1 ; de là, elle s'étendit à toute la contrée, pnssa en Sardaigne, puis dans les autres îles et sur les cotes de la Méditerranée ; seule, la ville de Milan fut épargnée, ainsi que quelques autres petites localités situées au pied des Alpes. L'année suivante, la Savoie, le Dauphiné, la Bourgogne, furent dépeuplés par le fléau, qui fit aussi un grand nombre de victimes en Espagne; on put croire un moment que le reste de l'Europe serait épargné et que la maladie disparaîtrait sur place, mais elle reprit en 1550 avec une nouvelle intensité et gagna le nord de la France, l'Angleterre, l'Ecosse, l'Irlande, puis elle parcourut l'Allemagne, la Suède et la Norvège; l'Islande resta presque sans habitants, et, trop faible pour défendre son indépendance, tomba définitivement sous le joug des Danois. Enfin cette épidémie s'éteignit dans les steppes de la Russie, après avoir décimé toute l'Europe. Bien qu'elle ne sévît jamais plus de cinq mois dans un même endroit, elle fil plus de soixanic-dix mille victimes à Florence, selon Arélin*; cent mille à Venise 3 ; soixante mille à Gènes; autant à Naples, où se
1. Les années précédentes avaient été signalées par des disettes générales et une mortalité fort élevée.