‹ Coleridge, la vie d'un poèteChapitre 127 sur 191 · Lftters, p · texte numérisé non relu

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n'était pas fait pour la recherche abstraite. Au moment où il composait lOcZe, dont cette idée constitue un des thèmes principaux, il écrit à Sotheby, le traducteur, qu'il a voulu se forcer à traduire un poème de (lessncr, (( sujet bien peu intéressant pour mon cœur et mon intelligence », parce qu'il voulait se contraindre à quitter les recherches métaphysiques.... « Pour en finir avec la prose poétique (qui n'est qu'une mauvaise olla podrida) la maladie et d'autres afflictions pires encore me jetèrent pour la première fois complètement dans la métaphysique. Car je crois que par ma nature j'ai plus du poète en moi '. »

Il faut prendre cette explication (c'est aussi celle qui est donnée dans l'Ode et dans la Biographùi Lilcrirria) pour ce qu'elle vaut. La métaphysique, dans ce qu'elle a d'imaginatif, comme invitation à la méditation sur le mystère, avait toujours plu à Coloridge. D'autre part, il ne réussit jamais complètement à tuer en lui le poète. Il nous faut retenir cet aveu, qu'il sest imposé la métaphysique comme une tâche. Mais c'était le ressort moral qui était atteint en lui, plus que la faculté poétique, VOde elle-même le prouve surabondamment.

Cette disparition presque complète de la volonté, f|ui n'avait jamais été énergique riiez lui, se traduit par iineinslabillité plus grande encore que d'habitude, et qui n'excluait pas même des moments de joie. Un de ses poèmes les plus charmants et les moins connus, le Tahloau, contient un aveu du désir de mort qui le poursuivait alors, mais dissimulé par les descriptions de nature les plus fraîches, les plus aériennes qu'il ait jamais su tracer, un paysage de bords de ruisseau

J. Lellers, \>. 378 (juillet 1802).

L AME ERRANTE. 22a

dans le Gumberland, une peinture de reflets à la manière de Shelley, comme vue dans l'eau. Ceci correspond aux moments où il arrivait à sortir de luimême, l'homme usé de chagrin, (( dont l'àme faible et fatiguée de porter ce cœur humain toujours mouvant adore l'esprit de la vie inconsciente »,

Dans l'arbre et dans la fleur sauvage. Pauvre fou inoffensif. S'il pouvait ainsi ne pas cesser d'être entièrement. Il aimerait bien mieux n'être pas, qu'être ce qu'il est. Il voudrait être quelque ctiose qu'il ne sait pas. Parmi les bois, les eaux et les rochers J.

11 a vécu, pendant ces années 1800-1803, une existence qu'on pourrait appeler plténomthiale, entendant par là que le sentiment de la personnalité passant au second plan de la conscience, sous l'obsession des rêves du jour et de la nuit, il était tout à l'impression du moment, sans la sensation de continuité de la vie mentale, ne se souvenant pas, ou à peine, de ses douleurs dans ses moments d'exaltation, ni de ses moments de joie dans la dépression toujours plus habituelle. C'est un état dont on pourrait citer bien des exemples dans la psychologie pathologique, sans qu'on puisse l'appeler à proprement parler un trouble mental.

Coleridge était toujours en relations suivies avec les Wordsworth, qui s'affligeaient beaucoup de son état sans pouvoir lui porter secours. Ses dispositions variaient tellement suivant les moments qu'on aurait souvent riscjué de tomber à faux, en lui offrant des consolations quand il était plein d'espoir, ou des encouragements quand il était amoureux de sa propre

1. C'est ainsi que Coleridge refait et explique un passage du poème dans une lettre à Cotlle, impriuiOe par Campbell, P. W., 029.

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tristesse. L'excitation de la société, peut-être aussi l'influence de Topium dans sa prennière phase, le transfiguraient par moments. Davy, le grand physicien, plus tard Sir Humphrey Davy, l'analysait ainsi avec la perspicacité du savant : « ... Dans les grandes réunions, il est la puissance et l'activité même. Son éloquence n'est diminuée en rien, peut-être même devenue plus séduisante et plus forte. Sa volonté est probablement plus disproportionnée que jamais avec ses facultés. De brillantes images de grandeur flottent sur son esprit, agité par toutes les brises et modifié par tous les arcs-en-ciel. En une heure il parla de commencer trois ouvrages, et récita le poème de Chrislabel, inachevé, tel que je l'avais déjà entendu '. » Une de ses plus curieuses pages en prose date aussi de ce temps, c'est la description d'une promenade dans la montagne, et du sentiment d'exaltation dans la solitude (ju'il éprouvait encore .|uelquefois, espérant malgré tout sortir de l'abîme de désespoir dont il voyait les murs autour de lui :

Vous nio (leinandcz pourquoi, au nom du ciel, je ne suis pas revi'iiu quand j'ai vu l'état du Iciups ? La viaii' raison osl simple, (juoiqu'elle puisse paraître assez, étrange. C'est que la pensée ne m'en est [uis venue un seul instant. La cause, c'est que jamais, de mu vie (du moins autant que je puisse me le rappeler), je ne suis revenu sur mes pas par erainte du mauvais temps. La |)rudence est une plante dont je possède sans doute des spécimens précieux, mais je les laisse toujours dans ma seire, ils sont toujours sous vene et ne supporteraient pas surtout le cliniat des montagnes. Sérieusement et sinipl(Mueiit. ji- ne nir trouve jamais seul, enseri'é par les rocs et les collines, et voyageant sur une route alpestre, sans que mon esprit ne s'emporte à la dérive, et ne lour-

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