Allsop, p. 40, 42, 57 sq
3. Voir déjà clans Allsop, p. 17-18 (1821) : la raison n'est pas
11 ne revint à une orthodoxie que par des chemins détournés. Il fallut d'ahord qu'il se plongeât dans la philosophie romantique de la nature. Tieck. dont il reçut la visite en 1S17, avait peut être réveillé sa curiosité de littérature allemande. Il le recommanda à Southey comme le plus grand écrivain de l'Allemagne après (îfvthe, mais il s'en défiait un peu comme catholique, et paraissait à peine le connaître comme poète '. Il n'appréciait pas non plus Novalis. D'une façon générale, on peut dire qu'il demandait à tous ces mystiques, Stciïens, Schubert, Heinroth, comme autrefois à Hcrder, une construction d'idées logique, comme celle de Kant ou de Hchte. Sa vie intellectuelle était alors remuée par des tendances nettement contradictoires. Il réprouvait le mysticisme et ne pouvait s'en passer -.
A côté du théologien rationaliste qui essaie une conciliation entre la religion anglicane et la philosophie de Kant, il y a l'esprit naturellement mystique, attiré par tout ce qui est étrange, ot f(ui cherche dans la philosophie de la nature on ne sait quelle révélation du monde surnaturel. Il s'intéresse vivement à la philosophie de Swedenborg, que lui fait connaître un de ses nouveaux amis, ïulk, avec les poésies, encore presque inconnues, du visionnaire William Blake^ C'est le même instinct qui le portera
ce qu'il y a de plus profond dans l'homme, les senlimenls sont la meilleure partie de l'humanité.
1. Robiiison's Diary, t. I, p. 287; t. II, p. 295-0: I.elters, p. 670-2.
2. Notes Ms. à llerder, KalUgonp, t. III, et à Heinroth, Anlhropolorpe. Contre le mysticisme, voir encore Anima Poetae, p. 276.
3. Sur Swedenborg et sur Blakc, voir lettres à Tulk {Lellers, p. 684, 712, 1818-21), et sur Swedenborg encore. Noies (henlo- (jiritl, polilical and Mixcellaneous, éd. D. Goleridge, et Urandl, p. VM>.
à rechercher la compagnie d'un fondateur de secte, d'un sermonnaire apocalyptique comme Edward Irving-, aussi bien que celle des orthodoxes comme Hare et Sterling. C'est toujours l'éclectisme qui craint, en excluant la moindre tendance, de se priver de quelque précieuse vérité. Coleridge se sentait rationaliste en lisant les mystiques, et mystique en fréquentant les rationalistes. De là vient que les notes dont il a commenté les œuvres des Naturphilosophen leur sont souvent hostiles, même au point de vue politique. Ainsi il finit par trouver Stefïens trop réactionnaire, et, quant à sa philosophie de la nature, il déclare qu'il n'en comprend « pas plus de la moitié ' ».
Voici comment il apprécie un autre ouvrage de la même école, les Vues sur le côté nocturne de la Nature, de Schubert.
Choisir clans une vaste multitude de traditions, mythologies.etc, les quelques faits qu'on peut amener ou forcer à coïncider avec une croyance préconçue, raisonner d'après eux comme s'ils formaient le tout ou du moins une représentation fidèle du tout sans marquer la masse de non-sens incompatible avec (cette croyance)... ces conclusions dont les sauts auraient pu effrayer la modestie du Rhodien, ces conclusions avec un nuage de sable ténu par-dessus, contiennent la somme et la caractéristique de la Neueste Logik der Mythosophischen Teutschen Physiosophen....
Ces notes à Schubert sont caractéristiques du Coleridge de l'époque, avec un mélange de bon sens terre à terre et de crédulité. Comme tous les mystiques, il reste intraitable sur quelques points et il est impos-
1. Notes Ms. à Steiïens, Kari/caluren, t. I, p. 19, et t. II, p. 65 (BM., C. 43, b. 14), t. Il, p. 30, t. I, p. 221. — Ueber die Idée der Universitaien (B.M., C. 43, a. 14), p. 66, liS.
344 s. T. COLERIDGE.
sible de savoir pourquoi il croit ceci et ne croit pas cela '.
Mais qu'il lise SteiTens ou Solger, Heinroth ou Schubert, la note qui revient le plus souvent clans ses commentaires, c'est ijue la philosophie allemande s'est perdue dans le mysticisme de la méthode analogique, et qu'il n'y avait de salut que dans la méthode logique, cette méthode logique suivant laquelle il aurait voulu critiquer Kant, Fichte et Schelling, s'il avait eu un public ! Peu à peu le courant théologique prit le dessus et même le christianisme de Kant lui parut « un athéisme modeste et moral ' ». L'idée apparaît qu'il faut se servir de Kant et de ses pareils pour arriver à la vérité, mais que la vérité n'est pas là, qu'elle est dans la religion révélée, A certains points de vue c'est un besoin pour lui que de sortir d'une doctrine aussi formelle {|uc celle de Kant '. Dès la lin de 1817, il rejetait sa morale, il trouvait dans sa liclig'wn dans les limites dr la raison des remarques sur la prière « vulgaires et superficielles comme psychologie, et de mauvais goût ». Maintenant il parlera de l'inlluence « rétrécissante » du Kantisme. Fichte n'est que la caricature de Kant; Schelling, Stefïens, von Haader ne sont qu'à moitié sérieux; Jacobi est un rapsodiste, excellent pour faire des phrases toutes entières en capitales*.
En un mot la désillusion est complète. Kant seul sera encore épargné quehfue temps, Coleridge répétera
1. .Notes .Ms. à .Scluilierl, haril,(iiiin'n,'\). 2.17, -i'JO. :îGO.
2. Note Ms. à Solfrer, l'Iiilosop/iische (h.-spràche, p. 3-20-21, Ersie Sanimlung, IJcrlin. Isn (It.M.. C, 43, It. 10). Comiiarer liofjinson'.s JJiari/, t. I, |). i07. Coleridge lliinks (iermati pliilnsopliy in a state of lapid (lelerioration (1821).
3. Note .Ms. à Kant, Vennisclilc Srhrifleii, l. III, à la lin (17 février 1824). Cf. Hrandi, p. iOO.
4. Lrtiers, à (irecn, p. G!S2. lin 1825, il tient à afiirmcr sa
encore qu'il le révère de tout son cœur et de toute son Ame, qu'il est le seul philosophe, parmi tous les hommes qui ont le pouvoir de penser. Mais bientôt de ce grand et unique philosophe, il n'y aura plus à conserver que la méthode et non la philosophie, et enfin la méthode elle-même sera abandonnée et il ne restera rien. Le Kantisme, loin d'être une discipline qui éveille l'esprit, ne lui apparaîtra plus que comme un obstacle à l'intuition, une doctrine desséchante K
Comment sest faite la transition à la doctrine de la « transcendance du moral sur l'intellectuel - », qui s'exprime dans la vie par la religion, qui succède à la philosophie ? C'est d'abord comme philosophie que la religion l'attire depuis longtemps. Et chez l'Anglais qu'il est, l'étude de la religion est inséparable de l'étude du Livre.
Dès 1818, il dit qu'il a exploré « ce département de la science qui comme un vaste palais contient en luimême des demeures pour toutes les autres sortes de connaissance, qui approfondit et étend l'intérêt de chacune... dont l'étude est plus intéressante que toute autre et plus que toute autre tend à la fois à tranquilliser et à vivifier, à maintenir l'âme haute et ferme, à faire le ca3ur plus humble et plus tendre, c'est la théologie biblique, la philosophie de la religion et la religion de la philosophie ». Mais, pour cela, il faut en finir avec la superstition servile qui fait les Bibliolàtres, et leur cache la véritable excellence, la révélation continue et une des documents bibliques qu'ils idolâtrent. I^es miracles sont superllus, la loi de Dieu
complète imlépcndance de loulc pliilosopiiic allemande. {LeLters, p. T3.J.)
1. Notes Ms. à Tennemann, Geschichte der Philosophie, t. 1 cl X t^British Muséum).