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LES PEINTURES DE LA CHAPELLE DE FA RC HE VILLE

I É tamp.es, le Tribunal de première instance, la Justice de Paix et la Gendarmerie sont installés dans un édifice qui est un ancien palais royal fondé par le roi Robert le Pieux et la reine Constance, au commencement du XIe siècle2.

i. Cette peinture a fait l'objet d'un rapport par M. Henri Stein à la Société nationale des Antiquaires de France, dans la séance du 20 novembre 1907. Je suis heureux de témoigner ici à M. Stein toute l'amicale reconnaissante que je lui dois pour l'assistance qu'il m'a si cordialement prêtée dans l'élaboration de ce travail.

Je remercie aussi bien vivement d'abord M. Etienne Krier, professeur d'art décoratif de la ville de Paris, qui nous a très aimablement offert son talent précis et consciencieux pour une illustration indispensable, et ensuite M. Mauduit, géomètre, dont l'obligeance nous a également rendu un signalé service en dressant pour nous des plans qui achèvent de documenter notre étude.

2. Ce palais n'a pas seulement servi de demeure aux rois de France. Tous les Capétiens à partir de Robert II y ont rendu la justice. Le pape Calixte II y logea. Des assemblées de la plus haute importance y furent tenues, comme les cours royales, et surtout la cour générale de 1147. Sur tous ces événements et le palais lui-même, voir notre travail sur Ètampes et ses monuments aux xie et xnc siècles, dans les Annales de la Société

La façade principale a été banalement modernisée, mais les façades postérieure et latérales dénotent une très vieille construction épaulée de solides contreforts et généralement soignée. C'est un bâtiment formant un carré imparfait dont les côtés ont respectivement environ 2im70, i9mÔ2, 2im4oet 19™ 72-

Selon moi. à l'origine, le nom de palais se justifiait principalement parce que l'édifice servait de résidence au roi; mais il serait probablement suffisant de le qualifier de grand manoir royal. De cette construction primitive nous croyons qu'il reste des caves et de gros murs extérieurs et intérieurs possédant de 80 à 84 centimètres d'épaisseur. Il y avait un oratoire dont nous connaissons les dimensions et l'emplacement probable1.

Les dépendances étaient importantes. Elles consistaient en écuries, greniers, celliers, moulin, jardin, vergers et vignes. Tout autour régnait une enceinte aux quatre coins de laquelle s'élevait une tour. De là le nom de Palais des quatre tours servant à désigner la demeure royale, concurremment avec le nom de Palais du Séjour.

La maison d'habitation, une fois complétée par l'un des premiers Capétiens, ne paraît pas avoir été profondément altérée avant longtemps; mais on retrouve la trace d'une importante transformation,

archéologique du Gâliiuis, 1907. — Vu la rareté des palais royaux des xi% xne et xme siècles, la modeste construction étampoise mérite de retenir Inattention.

1. 5m 85 sur 3m 90. Le bâtiment actuel, comme nous le montre le plan, a été agrandi il y a quelques années. 11 ne s'agissait vraiment que d'un oratoire, d'une toute petite chapelle.

ou d'un agrandissement au xme siècle ou au commencement du xive.

De ce temps doivent dater deux grandes salles dont le plancher1 était situé au premier étage, et dont la structure est facile à déterminer malgré les cloisons et les planchers nouveaux qui les coupent maintenant en tous sens.

La principale salle, qui seule nous intéresse, mesure 17 mètres 92 de longueur sur 8 mètres i5 centimètres de largeur2. C'était évidemment la grand'salle du palais, celle où le roi rendait la justice ou tenait ses assemblées.

Les anciennes charpentes de ces deux salles, qui étaient apparentes, existent encore3 : nous n'y dis-

1. Sauf dans les caves, très primitives, le palais ne possédait aucune salle voûtée en pierre : telle en est du moins l'apparence aujourd'hui.

2. La dimension était convenable aux temps de saint Louis ou de son successeur. Elle eût été mesquine un peu plus tard, car le hall construit en 1291, par Hugues de Bouville, à Farcheville, près d'Étampes, avait 24 mètres de long sur 8 mètres 5o de large. On verra dans la suite Jean de Berry construire à Bourges des salles mesurant environ 28 mètres de longueur sur 16 mètres de largeur. La salle du palais de Paris bâtie sous Philippe IV avait 70m 5o de long sur 27m 5o de large.

La seconde salle s'ouvre au fond de la première, à droite et en retour d'équerre. Elle mesurait 11 mètres de longueur sur 7 mètres 27 de large. Nous soupçonnons cette salle d'être de fondation plus ancienne que l'autre : elle avait un accès direct sur la chapelle, selon un usage qui parait avoir été général au moyen âge.

3. Elle est dressée selon le système spécial au moyen âge dans lequel les doubles chevrons opposés constituent une petite ferme séparée et indépendante de ses voisines. Chevrons, jambes de force, et liens possédaient des moulures appliquées presque toutes enlevées : mais, c'est seulement le cas de la seconde salle; car l'état des pièces prouve que la grande salle était lambrissée, et l'observation est confirmée dans une description faite de visu par l'historien étampois Dom Basile Fleureau, Les antiquiiez d'Estampes, Paris, 1680, in-4°, p. 26. Il est vraisemblable qu'elle avait un plafond peint, et décoré tout au moins de semis. On verra plus loin ce qui avait été fait dans cet ordre d'idées au château de Farcheville. — Une autre charpente ancienne et du même caractère existe aussi dans l'église Saint-Gilles d'Etampes, au-dessus du croisillon sud.

tinguons plus aucune trace de décoration peinte. Enfin on accédait aux salles par un escalier placé dans une haute tour en pierre de taille, « qui servait » en même temps d'eschauguette1 ».

La salle principale était terminée, à chacune de ses extrémités, par un grand pignon en belle maçonnerie orné de fleurons et sur lequel s'appuyait la toiture à deux rampants. L'un de ces deux pignons doit avoir été détruit quand on a modernisé la façade; l'autre, regardant l'Orient, fut miraculeusement sauvé grâce à sa situation sur la cour, et devait probablement faire le fond de la salle2. C'est le mur sur lequel a été peinte la scène historique, objet de cette étude3 : elle en occupe la partie supérieure.

La peinture n'était pas absolument inconnue avant notre intervention ; nous dirons seulement qu'elle était méconnue'. Aujourd'hui, avec les précisions

i. Fleureau, ouvrage cité, p. 26. — Il ne reste plus rien de la tour : l'escalier est maintenant intérieur.

2. Ce mur est consolide par un bon contrefort d'axe, le mur de la façade nord n'en a pas, mais de distance en distance, il a des assises de pierres de taille, destinées à supporter les poutres du plancher.

3. 11 est présumable que le mur opposé, aujourd'hui détruit, était également orné d'un tableau de la même époque; et avec la décoration également probable du plafond, on peut s'imaginer quel bel et grand ensemble décoratif des changements de bien peu d'importance opérés en ce lieu ont stupidement détruit à tout jamais. — L'éclairage devait se répandre par une grande baie placée dans le mur occidental et par des fenêtres ouvertes au nord.

4. En 1882, l'amateur étampois Lenoir l'avait visitée avec le peintre orientaliste Berchère, et l'avait ensuite signalée à la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise, qui venait d'être instituée pour dresser l'inventaire des richesses d'art. Se méprenant sur le sujet et la date de la peinture, ces messieurs avaient cru reconnaître l'entrée d'Anne de Breta-

Ancien Palais Royal a Etampes pb

PLAN du IT étage

dans son èlat actuel légèrement modifié.

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que nous apportons, tout le monde en reconnaîtra la très haute valeur documentaire; car son déplorable état de dégradation laisse néanmoins une multitude de choses à observer1.

Le mur sur lequel elle se trouve est dans un grenier où l'on pénètre rarement, ce qui explique comment elle est restée si longtemps mal appréciée. En i5i8, l'édifice perdit sa destination de palais royal. La reine Claude, comtesse d'Étampes, l'avait offert à la ville pour qu'on y jugeât les causes civiles et criminelles2. Ainsi la peinture, vraisemblablement abandonnée depuis environ quatre siècles, placée immédiatement sous les tuiles du toit3, a supporté tous les changements de température. Quand des réparations ont été faites à la couverture ou au pi-

gne à Étampes, en i5l3 (Bulletin de la Commission des antiquités et des arts de Seine-et-Oise, 2' fascicule, 1882, p. 83).

En 1897. M. Leproust avait distingué saint Louis portant processionnellement la couronne d'épines (Réveil d'Étampes. :6 juin 1897).

1. L'étude de la peinture est encore entravée par le manque de lumière, car elle est sous des combles et ne reçoit un peu de jour que par des fenêtres à tabatières, étroites et éloignées. Par contre, un plancher ayant coupé en deux la pièce dans laquelle elle se trouvait, il est facile de s'en approcher pour la regarder de très près.

La photographie m'a été d'un grand secours. Pour prendre des clichés, comme d'ailleurs pour poursuivre mon étude, j'ai utilisé des temps de soleil et employé des réflecteurs.

2. Fleureau, ouvrage cité, p. 27. — Depuis longtemps, les seigneurs d'Etampes ne devaient plus trouver de charme à résider dans un vieux paiais trop étroit pour eux, enserré dans la ville et enfoui dans une vallée. Le château-fort les appelait : un spacieux logis pouvait y être accommodé, d'où un paysage charmant se découvrait, et où le grand air rendait infiniment plus agréables les séjours d'été. C'est dans ce lieu que la reine Anne de Bretagne, comtesse d'Etampes, vint s'installer pour plusieurs mois en i5i3 (La Rapsodie, ms. des archives municipales d'Etampes; — cf. Montrond, Essais historiques sur la ville d'Étampes, 1806, t. II, p. 5o; — Marquis, Les rues d'Étampes, pp. 9, 3n, 411).

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