VITRAUX
Les plus anciennes églises d'Etampes eurent certainement des vitraux dès le xie siècle. Entre iii2et 1140, les gens du peuple, les bourgeois, firent les frais de la décoration d'un vitrail peint pour l'église de l'abbaye de Morigny 1) il va de soi qu'ils étaient coutumiers du fait en ce qui concerne leurs églises paroissiales d'Etampes.
Aussi vers le milieu du xne siècle pour commémorer un miracle dont j'ai fait déjà le récit, ils agrandirent la partie de l'église qui en lut le théâtre et ornèrent la nouvelle fenêtre, plus grande que l'ancienne, d'un vitrail où étaient représentés la Vierge et les trois martyrs d'Etampes. Ce vitrail existait encore au xvne siècle(2>.
Eiampes,ne l'oublions pas, était placé entre quatre grands centres d'influence, Chartres, Saint-Denis, Paris et Sens, et même faisait partie de l'évêche de cette dernière ville, tout en étant fort proche des trois autres. Or, si Paris a perdu les peintures sur verre qui eussent pu contribuer à sa renommée, Chartres, Sens et même
1 Ern. Menault, Morigny, p. xiv ; L. Eug. Lefèvie, Etampes et ses monuments aux XIe et xuc s., p. 117-118.
(2) Voir ci-dessus, p. 32. Le texte, en léalité peu ancien puisqu'il daie seulement de ibio, dit ceci : " Le peuple Etampois poussé de dévotion fîi croisire la viire par laquelle entra la Sacrée Vierge et les Bienlieureurs Martyis et y firent peindre leurs sainctes images comme il se voit encore aujourd'hui.
Il faut savoir que cet agrandissement de la " viue " coïncide avec Its grands travaux opérés dans toute la partie sud du chœur de l'église, travaux exécutés entre 1 1 5 o et 1170, selon moi; avani la fin du siècle, la Maison- Dieu émigra hors l'église pour s'établir a côté, la où l'hôpital existe encore actuellement. Ce transfert eut lieu avant 1192 ou 1193, limite extième, car l'acte de cette époque qui nous sert de point de repère montre que le fait était accompli mais sans indiquer depuis quand, et il a pu arriver dix ans plus tôt ^Fleureau, ouv. cité, p. 414).
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Saint-Denis se font gloire entre toutes les villes d'art de leurs verrières magnifiques.
Cependant, hormis les quelques vitraux de l'église Notre-Dame, on ne trouve plus à Etampes qu'un seul autre vitrail ancien, celui de l'église Saint-Basile. Aux yeux d'une personne mal informée, cette pénurie ne fait guère honneur à la générosité, au bon goût, et à la piété des Etampois des temps passés. Mais, je m'empresse de le dire, les bourgeois d'Etampes, qui ont toujours été riches, en dehors des heures de terribles crises que leur ville a traversées, n'ont pas manqué, — c'est certain, — de doter leurs églises de jolies verrières. La systématique destruction des reitres allemands huguenots en i 562 ( 1 ), ajoutée à quelques fureurs passagères de la Révolution doit être la principale cause de cette absencecomplète, autrement inconcevable, de vitraux peints dans les églises de Saint- Gilles, de Saint-Martin, et même de Saint-Basile où une seule verrière ne représente pas l'effort dont furent capables les paroissiens riches pendant les six siècles du Moyen âge et de la Renaissance. Et encore il faudrait tenir compte des acquisitions possibles survenues lors de la destruction d'auires églises comme celles de Saint-Pierre et de Sainte-Croix. Nous avons vu ci-dessus que Notre-Dame s'était ainsi enrichie de tableaux et de rétables. En résumé, parce qu'il n'y a rien actuellement, il ne faut pas s'imaginer qu'il n'y a jamais rien eu.
Du reste, si, pour les paroisses que je viens de citer, aucun document n'a encore été mis au jour pouvant nous éclairer sur leur condition passée, au point de vue vitraux, nous possédons du moins quelques renseignements fort intéressants sur les pertes de Notre- Dame et sur des vitraux du couvent des Cordeliers dont j'ai déjà parlé (2). A propos de ces derniers, encore une fois Fleuieau n'est
(1) Nous n'avons aucun texte mentionnant cette destruction, mais les faits sont là probants. Des vitraux historiés existaient en 1 5 1 5 : ils ont disparu ; et cependant la Révolution a laissé subsister beaucoup d'objets religieux et notamment des vitraux. En outre nous pouvons tenir compte, de ce qu'il s'est passé dans les villes sur lesquelles les renseignements parvenus sont plus précis, notamment à Pithiviers qui est à une longueur d'étape d'Etampes : en 1 56 2 , les protestants maîtres de la ville, mirent l'église à sac, " rompirent les autels et ymaiges, même partye des cloches et vitres, vendirent le métail et plomb d'icelie, prirent les calices d'argent, chappes, chasubles et ornements, ensemble tous les papiers, tiltres et livres concernant tant les affaires de ladite ville que l'église les rirent brusier " [Archives de Montargis, d'après H. Stein. Annales de la Société archéologique du Gâtinais).
(2) Voir ci-dessus, p. 42.
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pas assez explicite; il se contente de une : u Et les peintures des vitres sont dignes d'admiration. On connaît aux armes qui y sont, ceux qui ont été les bien-facteurs. » Seulement six lignes plus haut, il dit que l'église a été rebâtie, après l'incendie mis par les Huguenots en 1567, « par les aumônes du roi Henry III, de plusieurs Princes et Seigneurs (1) », et cela, il faut l'avouer, donne fort à penser malgré l'état de décadence dans lequel l'art était alors entré.
Quant à l'église Notre-Dame, le compte de 1 5 1 3-i 5 1 5 y mentionne sixvernères ainsi désignées :
1° Verrière de In Transfiguration. EV.e fut endommagée " par ceux qui joust à la paulrr.e sur iceulx appentils " (Ouv. cité, p. 100). Jean Lefèvre la descendit pour la remettre en plomb et remplacer plusieurs losanges ou autres morceaux de verre de couleur brisés p. lo5); le même la garnit d'un treillage en fil d'archal vendu par Cancien Dupré p. 10 5- 106:. Ce:te verrière devait se trouver du côté du cloître. Je crois sans être sûr que les appentis en question sont ceux qui servaient au fossoyeur pour remiser le matériel des enterrements, " cercueurs et poilles " (manuscrit original, p. 76).
2° Verrière de la Madeleine. Jean Lefèvre l'a remise en plomb neuf, nettoyée et garnie de plusieurs losanges et autres pièces de couleur. Il fournit aussi " une petite ferme blanche audessus " de cette verrière : il s'agit peutêtre de la figure nue représentant l'âme de la sainte montant au ciel p. 106).
3° Verrière de saint Michel. Réparée par Jean Lefèvre (p. 106).
4° Verrière des tixiers. Cette verrière donnée par les tisserands fut aussi répaiée par le même artiste (p. 106).
5° Verrière de saint Sébastien. Réparée également par Jean Lefèvre, elle devait se trouver près d'un autel dédié au même saint (p. 106 et 107). Ce grand vitrail n'a rien de commun avec un petit panneau ancien qui subsiste dans la sacristie.
6° Verrière de Maître Jean Hué. Elle doit exister encore en partie et nous lui consacrerons une étude spéciale.
Les remises en plomb de plusieurs des vitraux cités indiquent qu'ils étaient déjà anciens au xvie siècle. Mais il ne s'agit pas là d'une énumératiom complète. C'est le hasard des circonstances qui a fait citer ces divers vitraux imagés : il pouvait y en avoir d'autres. En tout cas il existait certainement des vitraux peints non imagés qui ne se trouvent pas avoir été désignés, faute d'un sujet. C'est le cas, semble-t-il de celui placé « au-dessus l'autel Sainct Estienne », dans le chœur (p. 106). En outre, depuis i5i5, sur-
(1) Ouv. cité, p. 444-445.
vinrent des additions dont nous ignorons le nombre, mais certaines, puisque parmi elles quelques-unes subsistent.
A propos de vitraux peints non historiés, l'église en possède une douzaine posés au cours du xixe siècle, qui sont bien dessinés et de ton fort agréable, mais auxquels on pourrait seulement reprocher de n'être pas d'une exactitude plus rigoureuse quant à l'époque qu'ils prétendent imiter. Dans ce lot de vitraux sont compris ceux des quatre roses percées dans les murs nord et sud du transept, et que pour ma part, je trouve particulièrement beaux: je me demande même si les deux vitraux du côté nord ne sont pas anciens et n'ont pas inspiré les autres; les roses sont trop élevées pour permettre à ma modeste compétence de se convaincre.
Ce qu'il y a aujourd'hui de moins important parmi les œuvres anciennes, ce sont trois petits panneaux en grisaille distribués dans un vitrail de la sacristie actuelle, autrefois la chapelle du Sépulcre. Il eût été intéressant de pouvoir attribuer l'un d'eux à Jean Lefèvre dont nous ne pouvons d'aucune façon apprécier le talent, car ces panneaux sont du xvi" siècle et à peu près de la même époque, mais le Compte de fabrique n'en dit rien. Deux de ces panneaux représentent des évêques, en pied, dans des paysages; le troisième plus fin et plus beau de couleur, figure un saint Sébastien.
Au chevet du chœur, la fenêtre supérieure est occupée par un grand vitrail que je crois du xvn° siècle. Spécimen d'un art déplorable, il représente l'Assomption de la Vierge à qui l'église est dédiée. Tous les personnages se détachent sur le fond bleu du ciel. Cinq apôtres seulement, entourant le tombeau vide, assistent au miracle (i).
Le Vitrail du Baptême du Christ ou la Verrière de maître Jean Hue (2). — Ce vitrail occupe une des deux grandes fenêtres du double croisillon sud, fenêtre romane à plein cintre du xue siècle.
Il est divisé en deux parties dont les deux époques différentes sont bien accentuées par une complète dissemblance de style, et représentent d'ailleurs deux scènes distinctes.
Le registre supérieur est de beaucoup le plus intéressant. Il est du xve siècle, et figure le Baptême du Christ; le registre inférieur,
(1) Dans un relevé d'architecture exécuté par Laine en i85i, et conservé aux archives des Monuments historiques, on voit, tenant la place de ce sujet, une Vierge portant l'Enfant sur le bras droit. Ce doit être une fantaisie d'artiste.
(2) Résumé d'une étude plus complète prête à paraître.
déjà d'un art décadent et en outre fort mal restauré au xixp siècle, représente une Adoration de l'Enfant peinte en i 5 7 i .
Au centre du premier tableau se tiennent debout Jésus et Jean- Baptiste, de grandeur naturelle, semble-t-il ; Jésus est à gauche, tourné de trois quarts vers la droite. Il n'est pas nimbé, mais quelques rayons jaune d'or émanent de son chef; il est drapé dans un grand manteau bleu et il croise les bras sur sa poitrine ; ses pieds trempent dans le Jourdain. En face de lui, Jean-Baptiste lève le bras droit très ostensiblement avec la main chargée d'une écuelle, et verse de l'eau sur la tête de Jésus. Dans son bras gauche il porte un tout petit agneau qui est son emblème.
Au-dessus de la tête de Jésus, vole la colombe figurant le Saint- Esprit, à côté d'un grand phylactère portant ces mots: " hic est filius meus dile (ctus) ", que selon l'Evangile Dieu prononça quand Jésus venait d'être baptise. Du reste Dieu le Père apparaît au-dessus, à droite, avec sa grande barbe blanche et le globe dans sa main gauche.
Une particularité excessivement remarquable du vitrail, c'est que le Christ est habillé. Elle va à l'encontre du premier principe chrétien qui voulait que le baptême s'accomplît par immersion, et contre la tradition iconographique qui pendant fort longtemps représenta Jésus complètement nu.
Sur les berges du fleuve, se tiennent quatre personnages en costumes du temps. A droite c'est un homme âge, à mine bourgeoise, et derrière lui, une femme; à gauche deux jeunes gens ; je reviendrai sur ces personnages qui momentanément peuvent eue classés comme donateurs.
Le paysage est indiqué très sommairement par un coin du fleuve qui coule en travers, quelques plantes garnissant la berge et deux ou trois petits arbres verts. Tout le reste du fond est décoré richement d'arabesques tracées en noir sur un fond rouge superbe, inspirées probablement de quelque tissu de tenture, et que l'on est d'ailleurs convenu d'appeler damas.
Le tout est sous une grande arcature, ou, autrement dit, encadré dans une sorte d'enfeu supporté par des colonnes à chapiteaux et d'une architecture flamboyante très soignée. Trois niches sont occupées par des statuettes de saints que je n'ai pu ideitifier.
Peu de verrières subsistent représentant le Baptême du Christ dans des dimensions équivalentes à celles du vitrail d'Etampes. J'en connais des exemples dans la cathédrale de Châlons-sur-Marne et dans l'église Saint-Etienne de Beauvais, mais ce sont des œuvres sensiblement moins anciennes, puisque du xvie siècle.
La verrière d'Etampes est en effet de la seconde moitié du xve
siècle, et celles du même temps sont devenues rares. La région de Paris en possède peu. A Paris même, où il n'existe plus un seul vitrail du xiv* siècle, ni non plus des siècles antérieurs, il y a un lot de verrières du xv* siècle, toutes réunies dans l'église Saint- Séverin, quelques-unes provenant de Saint-Germain des-Prés ; mais elles ont été presque refaites, et de toutes façons, elles sont loin d'avoir la dimension, la magnifique couleur, et l'intérêt de composition que la nôtre possède. Celle-ci a le mérite d'avoir subi peu de réparations : elles sont surtout visibles mais sans grand dommage dans les eaux du Jourdain.
Le fait que la verrière est de la deuxième moitié du xve siècle, avec d'autres particularités, m'a engagé à croire qu'elle se confond avec celle désignée dans le compte de fabrique de 1 5 1 5 « la verrière de maître Jean Huë ». Parmi les verrières qu'il nous a révélées, quatre sont désignées par le sujet qu'elles représentent et s'écartent d'elles-mêmes. Deux portent le nom de donateurs, les Tixiers ou tisserands, et maître Jean Huë. La verrière en question ne rappelle en rien les tisserands, tandis qu'au contraire elle est consacrée à un épisode de la vie de Jean-Baptiste qui pouvait fort bien être le patron de Jean Huë. Or celui-ci est mort après 1482, et c'est en 1477 1u'il fonda un salut par personnages ; les dates correspondent bien avec l'âge présumé du vitrail.
Si donc Jean Huë fut le donateur de la verrière, on pensera qu'il figure en portrait parmi les quatre personnages dont j'ai déjà parlé. Pas du tout ; j'imagine que ceux-ci représentent seulement des membres de la famille du donateur età l'exclusion du donateur lui-même, car ils sont tout à fait mesquinement réduits et placés fort en arrière Mais si Jean Huë n'apparaît pas dans cette partie du vitrail, c'est parce qu'il était peint avec considérablement plus d honneur dans le registre inférieur, comme on va voir.
Celui-ci est daté deux fois très lisiblement 1571, dans des cartouches, sur une sorte d'architrave posée sur des colonnes à chapiteaux et qui fait cadre au tableau. Celui-ci représente une Adoration de l'Enfant Jésus par la Vierge, saint Joseph, et un troisième personnage, très mal caractérisé, qui porte des cheveux longs de patriarche et qui est vêtu comme l'époux de la Vierge.
L'Enfant est étendu tout nu sur des langes, au premier plan ; un âne et un bœuf de taille minuscule soufflent sur lui leur haleine pour le réchauffer, selon le récit des Evangiles apocryphes. Ce détail est celui qui rappelle le mieux le Moyen âge, et même d'une manière qui se trouve déplacée dans ce tableau modernisé.
La scène se déploie non dans une pauvre étable, mais dans un palais de style Renaissance qu'on est obligé de deviner en ruine
L'artiste a surtout visé à faire un cadre à son tableau, à bien le séparer de celui qui le dominait, et pour cela il a dessiné le motif d'architecture qui lui était habituel dans toutes les circonstances.
Le choix du sujet avait été choisi intentionnellement, avec beaucoup d'à-propos, en même temps que le Baptême du Christ. En effet ces épisodes étaient célébrés par l'Eglise le même jour, à l'Epiphanie (i). Cette préoccupation me paraît plus concevable en 1471 qu'en i5yi, et je pense en somme que, au xve siècle, on avait d'un seul coup historié la fenêtre tout entière, qui fut partiellement détruite par les Protestants en 1 56 2 . Ceux-ci épargnèrent la scène du Baptême du Christ, parce qu'eux-mêmes préconisaient l'acte du baptême ; peut-être épargnèrent-ils aussi le petit Jésus, mais ils massacrèrent le reste. C'est du moins ce qu'il est permis de supposer en présence de ce que nous voyons aujourd'hui. Je suppose donc aussi que, au xve siècle, le registre inférieur représentait l'Adoration de l'Enfant comme aujourd'hui, et c'est là que selon toute vraisemblance figurait le portrait du donateur maître Jean Huë, à la place de ce personnage énigmatique, avec une mine insolite de patriarche, qui n'est ni roi-mage ou berger, ni ecclésiastique ou bourgeois. La restitution de 1 5 y 1 et une restauration du xixe siècle sont cause de cette défiguration complète de l'ancien doyen de Sorbonne. La hâte avec laquelle on a rétabli la partie détruite, quand les Huguenots étaient encore menaçants, témoigne de l'ardeur des héritiers de Jean Huë qui occupaient encore une belle situation dans la ville et qui seuls avaient intérêt à montrer un tel empressement (2).
Pour conclure, je ne crois pas téméraire d'attribuer à la générosité de Jean Huë le vitrail du Baptême du Christ, et à sa volonté curieusement réformatrice l'habillement exceptionnel du Christ.
Le Vitrail des Sibylles. — Cette magnifique verrière, appréciée depuis longtemps et sur laquelle j'ai moi-même publié une étude contenant sa description complète (3), orne une des grandes fenêtres romanes du bas-côté nord du chœur, et fait presque face au vitrail du Baptême.
C'est une œuvre à la fois élégante et riche, due à un artiste de premier ordre dont malheureusement le nom ne nous est pas con-
(1) Emile Mâle, L'art religieux du xuie siècle en France, 1902, p. 2 1 5,
(2) Sur Jean Huë et sa famille, voir ci-dessus, p. 19.
(3) les inscriptions prophétiques dans le vitrail des Sibylles de l'église Notre- Dame d'Etampes, Revue de l'art chrétien, 1910.
nu. Il semble qu'il existe une parenté entre elle et des vitraux non moins célèbres de Sens et de Fleurigny qui justement ont trait à la glorification d'une légende sibylline.
En outre, notre vitrail est du temps où Anne de Pisseleu et Diane de Poitiers furent en succession rapide dames de l'Etampois nouvellement érigé au rang de duché. La beauté rare du vitrail nous engage fort à supposer qu'il est un présent de l'une de ces dames fameuses.
Il fut réparé entièrement en 1873, mais je pense que cette restauration n'a pas augmenté le désastre du temps et qu'on s'est contenté de faire le strict nécessaire. Il est en somme assez bien conservé. Seule toute la partie inférieure est moderne. Il est fort à craindre qu'une mutilation voulue et complète, accomplie par exemple au temps de la Révolution, n'ait fait disparaître soit des armoiries, soit une inscription importante, voire même de précieux portraits qui nous eussent complètement renseignés(i ). Mais enfin le sujet principal a été épargné et c'est une œuvre d'art de haute valeur, en même temps qu'un curieux document d'iconographie chrétienne.
La Verrière de L'Église Saint-Basile :ElIe est là pour attester que l'église Notre-Dame n'avait pas un monopole exclusif des belles peintures sur verre.
La fenêtre que le vitrail bouche agréablement est immense ; elle occupe tout le mur du fond de l'église. Elle est garnie de meneaux flamboyants et elle a vraisemblablement remplacé une beaucoup plus étroite baie romane, peu avant la consécration tardive de l'église, en 1495, par l'archevêque de Sens, Tristan de Salazar (2).
Comme pour le présumé vitrail de Maître Jean Huë, il faut diviser l'étude de celui-ci en deux parties, correspondant à deux époques différentes, parceque selon toutes les apparences, il a subi comme l'autre une grosse mutilation que l'on a voulu ensuite réparer.
Dans le panneau de droite, qui forme un sujet séparé, on a
(1) Il existe parmi les dessins du Louvre un projet, qu'une note ancienne attribue à Jean Cousin, pour un vitrail qui fut placé aux Célestins de Paris et depuis brisé. Or ce vitrail, comme celui d'Etampes, était divisé en deux registres : celui du bas, beaucoup plus petit que l'autre contenait les portraits de deux donateurs séparés par leurs armoiries placées au centre. — Le vitrail d'Etampes offre des dessins absolument remarquables d'étoffes : ce sont les riches tissus des robes des sibylles. A ce propos les curieux liront avec plaisir l'article publié récemment par le D1' V. Nodet, dans le Bulletin de la Sté des Antiquaires de France (19 1 1 , p. 189I.
(2) Voir ci-dessus, (p, 16)
représenté saint Basile, patron de la paroisse, dans son costume d'évêque. Il est debout, bénissant un homme à genoux devant lui. Son nom est à ses pieds dans un cartouche, en caractères romains ; et comme il est abrité sous un dais et monté sur un soubassement, l'un et l'autre de style Renaissance, nous connaissons ainsi avec certitude l'époque du vitrail (i).
Le sujet principal occupe les (rois autres panneaux de gauche mais dans leur paitie supérieure seulement, à cause de la mutilation présumée : c'est un Calvaire, représenté avec ampleur à l'aide de personnages qui me paraissent pourle moins degrandeur naturelle. Le Christ est sur la croix entre les deux larrons; au-dessus de lui la Colombe du Saint-Esprit, près du Soleil, de la Luneetdeplusieurs étoiles. Autour des croi.r, avec des dimensions différentes selon qu'on a voulu les représenter proches ou éloignés, on voit deux soldats romains à cheval ; à gauche deux grands personnages, dont un était à cheval n'ont plus que leur buste. Cette particularité nous prouve bien que le tableau est coupé, et que dans la partie infé rieure figurèrent jadis la Vierge, la Madeleine, S. Jean et tous les autres acteurs habituels de la scène de la Crucifixion. Le soin avec lequel on a peint de simples soldats dans les fonds, est un sûr garant que, au premier plan, despersonnages plus esssentiels ne manquaient pas. La destruction de ceux-ci est cause que les grands effets de couleur manquent : on remarque cependant les tons jaunes autour de la croix qui se détachent sur le joli bleu du ciel. Dans les petits panneaux occasonnés parle remplage de la partie supérieure, l'artiste à trouvé place pour la scène du Jardin des Oliviers. Un ou plusieurs personnages, selon les cas, occupent chaque panneau. Le Christ agenouillé est tout seul dans l'un ; audessus, dans un autre panneau, un ange lui apporte sa croix. Audessous, séparés par des meneaux, des Apôtres dormant. A droite, au milieu d'un paysage tièssoigné, deux personnagesdessinés peiitb parce qu'ils doivent être éloignés, figurent, je crois, Judas conduisant un soldat romain à la recherchede Jésus.
Toutes les parties que je viens de décrire me paraissent être exactement du même temps que le panneau de saint Basile, c'està-dire de la pleine époque Renaissance, entre i53o et i55o. Les lort jolis tons bleus du ciel sont les mêmes partout.
La différence de style est très sensible entre la parue de la verrière
Toute la décoration de ce panneau est d'une technique et d'un style qui, me semble-t-il, permettent de le rapprocher des verrières qui ornent la grande absidiale de gauche, dans la cathédrale de Sens.
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que je viens de décrire, et la partie inférieure, qui comme je l'ai dit, a dû remplacer, après i5Ô2, disons entre i5yo et 1600, l'œuvre ancienne trop endommagée pour permettre une simple restauration. Les artistes de cette réfection n'ont pas voulu entreprendre de rétablir la scène telle qu'elle existait primitivement, soit que les sommes payées ne fussent pas suffisantes, soit qu'ils aient dédaigné de refaire une composition passée d; mode, pleine de personnages qui, avec leurs idées nouvelles, devaient leur sembler un peu ridicules. Quoiqu'il en soit, on constate qu'ils prirent franchement le parti de traiter un autre sujet, d'ailleurs non sans lien avec celui traité au-dessus. Ils choisirent le Portement de la croix. Jésus grimpe péniblement la montagne enfléchissantsousle poids deson lourd fardeau. Fort peu de personnages sont autour de lui ( 1 ), et le sol traité dans une tonalité grise tient une place énorme qui augmente encore l'aspect monotone et désolé du paysage. Les quelques notes colorées vivement qui sont jetées par ci par là, — du bleufoncédans le manteau de la Vierge, la tunique jaune du Christ, avec une pointe de rouge à côté, le caleçon vert d'un bourreau, quelques brins d'herbe dans le bas, — ne font que contrarier l'unité sans atténuer l'impression fâcheuse de l'ensemble (2).
Ce désespérant tableau accroît notre regret causé par la destruction d'une partie du vitrail primitif. Il est évident que le fragment manquant était un des plus importants; il était placé en bas, plus proche du spectateur; il fourmillait de personnages; il avait été composé, dessiné et peint avec le plus grand soin. L'important fragment sauvé fournit la preuve certaine de tout cela, et sans aucun doute, cette très grande verrière, consacrée presque à un seul sujet qui depuis le xv- siècle était traité très abondamment (3) constituait une œuvre magnifique. Cependant, la mutilation, si importante et grave qu'elle soit, ne doit pas nous faire dédaigner ce qui reste et tous les soins doivent être pris pour sa conservation (4).
(1) Au contraire les personnages abondent dans le vitrail de Saint-Germain d'Argentan (Orne) qui représente la même scène, mais qui date de 1499.
(2) Un vitrail du même genre, avec les mêmes tons gris et représentant un Calvaire, existe à Limours (S.-et-O.).
(3) Un vitrail du xvte siècle, à Dreux représente au>si une Crucifixion ; de même à Germtuny 1 Yonnei, partiellement détruit.
(4) Un Calvaire du même temps est sculpté en haut-relief dans la dernière chapelle à droite du bas-cote sud. On se souvient aussi que le même sujet était traité dans le panneau de bois volé en 1 9 10, dans l'église Saint-Basile, mais qui provenait d'un don fait en 1869 (Bulletin de la Commission des Ant. de S.-et-O. 19 10-19 1 1).
Avant de terminer cette note qui clôt nos études sur les vitraux anciens d'Etampes, je ferai remarquer que tous ceux dont l'origine est antérieure à i562 s'ils ont échappé à une destruction complète, n'ont pas moins été mutilés gravement dans les parties inférieures qu'il était le plus facile d'atteindre. Il en était ainsi même dans le vitrail des Sibylles, mais la mutilation de ce dernier, qui fit vraisemblablement disparaître, et seulement cela, des armoiries et des portraits de donateurs, doit plutôt être imputé à la Révolution, surtout si ces souvenirs touchaient à des princes, ce qui est possible i). En outre, j'ai dit qu'une présomption imputait le don du vitrail à Anne de Pisseleu : or justement celle-ci fut une des p'us ardentes, une des plus ouvertement déclarées propagandistes de la religion réformée ; son portrait, s'il fut là, aurait été sacré pour les Calvinistes (2).
J'ajoute que M. Maxime Legrand a signalé des fragments de vitraux du xvie siècle dans l'église de Villeneuve-sur-Au\ers, qui est dans l'arrondissement, et un grand vitrail bien conservé du xvne siècle avec donateurs, et fragments plus anciens à la partie supélieure, à Lardy 3 .
Enfin on a rapporté, d'après Fa\in, que dans l'égiise de Chaio- Saint-Mars, il a existe un vitrail portant les armes de ce village « à sçavoir un chat et un loup, pour les représenter en rébus de Picardie (4) » .
(1) En 1804, (an xn , on a fait un devis estimatif pour des réparations générales dans les églises, et il est question des fenêtres de Notre-Dame. Comment croire en effet qu'il n'y eut pas que'ques carreaux de cassés ? Les détails suivants qui concernent l'église Notre-Dame seule sont très édifiants :
« Plus sera fait à neuf vingt-deux panneaux de verre posés en plomb à placer en plusieurs vitraux aux endroits reconnus les plus mauvais. . . 121 livres
« Plus sera fait la réparation de onze panneaux de verre en différents vitraux , 1 I. 10 s. pièce) 16 I. 10 s
« Plus et enfin sera posé en différents vitraux six cent cinquante pièces de
verre (3 sols pièce 97 1. 10 s
(Archives municipales).
2 11 serait aussi intéressant de déterminer en quoi les sujets des objets d'au ont pu exciter ou au contraire apai er l'esprit destructif des Protestants. Il faut constater qu'à Etampes ils ont épargné les Sibylles, le Baptême du Christ, une ima^e de saint Basile et une partie de Crucifixion.
3 Etampes pittoresque, Arrondissement, t. Il, p. 907 et 1 128.
(4) Histoire de Navarre, 1612, lib. iS. — Chalo-Saint-Mars, canton d'Etampes.