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AISNE

Eugène LEFÈVRE-PONTALIS

DIUECTF. UH UIÎ LA S O C I K T K F H A N < : A I S K U ' A H C. H KO L O G I E

PKOFESSEUU A l'kCOLE DUS CHAHTES

MEMBRE DE LA COMMISSION DES MONUMENTS HISTORIQUES

CAb:N

HENRI DELESQUES, IMFRIMEUR-ÉDITEUR 34, RUE Demoi.ombk, 34

Exti-ait du Compte-rendu du LXXVlll^ Comjres archéologique de France.

Tenu en 1911. à Reims.

L^ÉGLISE DE CHAUDARDES

(atsne)

Kntre toutes les églises de la vallée de l'Aisne, celle de Chaudardes, près de Craonne (11, se distingue par son style gothique très raffiné, mais l'architecte qui l'a rebâtie au XI V'' siècle a remanié le transept en conservant le clocher du XII'' siècle par raison d'économie. En effet, dans la plupart des églises du bassin de l'Oise on retrouve ainsi un noyau central plus ancien qui sert à supporter la tour, comme à Pontpoint. à Rully (Oise), à Lesges, à Nouvion-le- Vineux (Aisne). Malheureusement aucune date certaine ne vient au secours de l'archéologue. Chaudardes, cité dans de nombreuses chartes du XIP siècle (2), fit partie d'un groupe de villages voisins avec Cuiry-les-Chaudardes, Beauricux et Craonnelle auxquels Philippe Auguste accorda une charte

(1) Bibliographie. Clouet : Description de l'église de Chaudardes dans le Bulletin de la Société archéologique de Soissons. t. X, p. 14. — Gourmain (l'abbé) : Notice sur Chaudardes et son pèlerinage, 1860, in-8". — Anonyme : Notice sur l'église de Chaudardes, 1877, in-S".

(2) Cf. A. Matton : Dictionnaire topographique de l'Aisne, p. <)1.

k L EGLISE DE CHAUDARDES

de commune au mois de février 1217 i). Pillée par les Anglais, la paroisse perdit peu à peu la plupart de ses habitants et ne compte plus que 114 âmes aujourd'hui 2). La seule explication plausible de l'importance et de l'élégance de son église, c'est l'abondance des aumônes versées par les pèlerins qui venaient vénérer la Vierge de Chaudardes au moyen âge. Il est également probable que la riche abbaye dOrigny-Sainte-Benoîte qui avait h' droit de patronage de la cure contribua généreusement à la reconstruction de 1 édifice.

Le plan comprend une nef de cinq travées, flanquée de bas-côtés, un transept non saillant, et un chœur polygonal très profond qui communique avec deux chapelles latérales à pans coupés plantées obliquement, comme dans plusieurs églises de la Champagne. La nef, bâtie au XIV" siècle, comme le chœur, est recouverte de croisées d'ogives modernes qui ont remplacé une charpente apparente, mais ses dispositions excluent toute idée de la voûter. D'ailleurs, on peut citer d'autres exenq)les de lambris sur une nef gothique de la région, comme à Pontpoint Oise^ à Aizy et à Paars (Aisne).

Les grands arcs en tiers-point, garnis de quatre tores sur les angles des claveaux, retombent sur des colonnes isolées assez hautes. Des crochets, des feuilles de nénuphar, de vigne, de chêne et de chélidoine se détachent sur les chapiteaux surmontés d un tailloir octogone. Les bases, dépourvues de scotie. se composent d un tore très aplati qui déborde sur un socle moulurt'. A l'origine, le vaisseau central n'était pas éclairé par des fenêtres hautes. Sa faible hauteur s'explique par la nécessité de ne pas enfouir le

(I) L. Delisle : Catalogue des actes de Philippe Auguste, n" 1()97, p. 380. CeUe charte de commune fut confirmée par saint Louis en 123.'i.

(12) Notre confrère M. Henri Stein a hicn ^•olllll me signaler luie lettre de rémission datée de 1383 qui fait mention d'une dispute dans un souper au moment de la foire de Chaudardes. Arch. nat., JJ, 127, n" 249.

Plan de l'église de Ghaudardes.

E. Lefèvre-Poiitalis, pliot.

Église de Chaudardes.

Bas-côté sud.

E. Chauliat, del.

Église de Chaudardes.

Chapiteaux de la nef.

K. Chauliat, del

Église de Ghaudardes.

Chapiteaux de la nef.

L i:r.LlSE DE CUAUnAHDES O

clocher sous la toiture. Les voûtes, les murs extérieurs et les fenêtres des bas-côtés sont des œuvres modernes.

Le carré du transept fut très remanié au XIV* siècle quand on monta sa voûte d'ogives à nervures toriques rehaussées d'un filet saillant. Sur la pile du sud-ouest, on voit encore trois colonnetles du XII'' siècle cl une colonne engagée qui reçoit le doublcau en tiers-point primitif garni de (juaire

E. Chauliat.del.

Chapiteau de la nef.

boudins, mais deux pilastres indiquent un collage du XVI" siècle. La pile nord-ouest est enrobée dans un massif cylindrique, flanqué de quatre pilastres, et décorée d'une Vierge à rLnfant entre deux anges qui se trouve au fond dun qualrelobes du XI V"" siècle. Les deux piles orientales furent renforcées à l'ouest par un pilastre à trois pans de la même époque flanqué de fines colonnettes. Sous les tailloirs, moulurés d'un tore et d'un cavet, deux rangs de feuilles contournent la corbeille ties chapiteaux.

L EGLISE DE CHAIDARDES

Les croisillons, voûtés d'ogives toriques assez fortes, conservent leurs formerets en tiers-point, leurs colonnettes d'angle, leurs chapiteaux du XII' siècle ornés de feuillages et couronnés de tailloirs carrés, mais les arcades

Ogive de la croisée.

en plein cintre qui donnent accès aux bas-côtés sont modernes. Il faut signaler dans le transept une belle cuve baptismale ronde du XII' siècle, garnie de palniettes gémi-

Ogive du croisillon nord.

liées (jui forment trctis groupes, de quatre arcatures en plein cintre et de quatre masques. C'est une œuvre sortie des ateliers de Tournai, comme lindique le grain de la pierre. Le pied de ces fonts est neuf : il est probable

L EGLISE DE CHAUDARDES

que l'ancien support était formé d'une colonne centrale.

Les deux travées droites du chœur, qui sont de largeur

inégale, précèdent le chevet à sept pans coupés et commu-

E. Chauliat, del.

Fonts baptismaux.

niquent par deux arcades avec les chapelles latérales. Sur l'arc triomphal en tiers-point, repris en sous-œuvre au XIV'" siècle, se profilent deux cavets et deux tores qui retombent de chaque côté sur un pilastre à trois pans ilanqué de deux colonnettes. A l'est, les ciiapiteaux forment

L EGLISE DE CnAlDARDES

uni' IVisr (jui se termine par deux ehi mères qui se dL-verent, du eôte nord et par deux griffons, du côt»' sud. La saillie de

Profil de l'arc triomphal.

lare triomphal sur la eage de l'ancien clocher suffit à prouver qu'on l'a renforcé.

Les deux voûtes d'ogives à tore aminci avec filet saillant

Profil d'une arcade du chœur.

qui iccduvrent la partie droite du sanctuaire se distinguent [)ar leurs clefs à trou central bordé de feuillages. Le doul)leau intermédiaire, qui décrit une courbe en tier.s-point peu élanct-e, est orné d un boudin à listel en saillie entre deux

L EGLISE DE CHAUDARDES 9

tores. Un profil semblable, accost('' de deux baguettes, décore les deux arcades (jui font communiquer le chœur et les chapelles. Toutes ces moulures pénètrent les unes dans les autres au niveau du sommier de la pile cylindrique, haute de 5^85 et flanquée de quatre colonnes. Les chapiteaux à double corbeille de feuillages et les bases sans scotie, à tore aplati, sont bien conservés. En regard, des demisupports de même plan se trouvent engagés dans les murs extérieurs. Ces deux travées, dépourvues de fenêtres, sont beaucoup plus hautes que la nef.

E. Chauliat, del.

Clef de voûte du chœur.

Le chevet à sept pans est masqué par six colonnes en marbre du XVIIL siècle qui portent des chapiteaux corinthiens dorés et des consoles en S formant un baldaquin ajouré au-dessus du maître-autel. Tout cet ensemble provient de l'abbaye de Cussy ainsi que la balustrade du chœur. La voûte est divisée par huit nervures en amande à filet central qui retombent sur des colonnettes et sur des chapiteaux du XIV^ siècle. On lit autour de la clef et sur une ogive le nom du sculpteur (;n lettres onciales :

WIBELES : LI : BAVVES : A SSC : LA CLE :

10 l"église ue chaudabdes

Les fornierets toriques dont la naissance se trouve à deux mètres au-dessus des sommiers des ogives retombent sur deux colonneltes. Leur courbe en Lancette encadre le remplage des cin(| fenêtres, divisées par un meneau qui soutient deux arcs trilobés et un grand trèfle. Les trois écoinçons sont ajourés. Un remplage aveugle formé dun meneau, de deux arcs brisés et dune petite rose décore la partie pleine du mur près des cliajjelies. Au sud, deux arcatures inégales l'ii tieis-pdiiit . (|ui s";i]i]>iiirnt sur des colonnettes. encadrent une jolie piseine à double cuvette. En face, une armoire à cloison ceni l'aie est encore intacte.

En avant de chacune des cliapelles lalérales. une travée rectangulaire est voûtée d'ogives toriques à listel saillant. Au nord s'ouvre une grande fenêtre en tiers-point recoupée par trois meneaux qui sont reliés par des arcs trèfles. La li.iilic Ii.iiih' du remplage se compose de deux quatre- Icuilies et d une rose, accostée de deux trèfles, qui en renferme six autres. Au sud. la présence de la cage d'escalier explique le i-etrécissement de la baie, dont Tunique meneau soutient deux arcs trilobés et trois trèfles.

I^a plantation oblique du chevet de ces chapelles, limité pai- quatre pans coupés, est conforme à une tradition champenoise. On en voit des exemples à Ferrières. à Lagny, à Villeneuve-le-Comte (Seine-et-Marne), à Sainl-Lrbain de Troyes, comme à Braine, à Chavonne et à Mons-en-Laonnois Aisne . Le doubleau torique à fllet saillant qui encadre la voûte d'ogives décrit une courbe en lancette très accentuée et retombe sur lune des hautes piles isolées qui s'élèvent à l'entrét" du chœur, suivant une disposition très originale. Les six ogives de même proHl s'appuient sur de minces colonnettes. Sous les formerets s'ouvrent de longues baies en tiers-point à meneau central, dont les deux arcs trilobés soutiennent un trèfle. Le tracé de deux arcatures voisines qui correspondent à l'emplacement de deux contreforts est plus simple, car deux arcs brisés surmontés d'un

E. Lefèvre-Pomalis, iihot.

Église de Chaudardes.

Chapelle nord du chœur.

L EGLISE DE CHADDARDES

cercle relombent sur le meneau qui les divise. Un arc trilobé à gorge continue encadre chaque piscine. M. Edouard Fleury a dessiné la Vierge assise en bois, du commencement du Xïll" siècle, qui orne lun des autels (1).

La façade, beaucoup trop restaurée, conserve un })ortail

E. Chauliat, ciel.

Chapiteau du trumeau.

flanqué de huit colonncttes. Les chapiteaux, ornés de feuillages contournés et d'une chimère, reçoivent les quatre tores de Tarchivolte en tiers-point et un cordon de campanules qui rejoint deux tètes de monstres. Ces petites fleurs se retrouviMit dans les façades du Mont-Notre-Dame etjde la

(1) Antiquités et monuments du département de l'Aisne, t. IV, p. 150.

12 l'église de chaudardes

cathédrale de Soissons. dans les cloîtres de Saint-Jeandes-Vignes et de Saint-Léger. Le tore aplati des bases est porté sur de petites consoles et des pointes de diamant se logent dans la scotie. Le trumeau du XW*" siècle, flanqué de deux colonnettes et d une courte colonne, dont le chapiteau à feuillages sert de socle à une Vierge moderne, soutient un tympan champenois où deux anges refaits sous des nuées primitives sont encadrés par de faux arcs trilobés. Audessus, s ouvre un quatre-feuilles. On voit des traces de peinture rouge et bleue sur les chapiteaux de ce portail. Les portes qui donnent accès aux bas-côtés et les arcatures tréflées qui passent sous le pignon sont modernes.

A l'extérieur du croisillon sud. on voit un témoin du XIL siècle: c est une fenêtre en plein cintre, sans colonnettes ni moulures, voisine de la tourelle hexagone de Tescalier dont la flèche en pierre remonte également au XIV^ siècle. La tour centrale rectangulaire, qui n a aucune valeur archéologique, émerge à peine de la toiture du chœur qui était beaucoup moins élevée à la fin du XIP siècle, époque de la construction du clocher. Ses baies géminées en plein cintre, encadrées par deux colonnettes qui ont des bagues au sud et par un boudin, ont été remaniées au nord et à l'ouest. Les chapiteaux sont garnis de feuillages. Il est curieux de faire observer que les pignons du toit en bàtière correspondent au nord et au sud, contrairement à la disposition habituelle. Sur les autres faces, on distingue des modillons moulurés sous la tablette de la corniche.

Le magnifique chevet des deux chapelles est épaulé par des contreforts dont le premier larmier se relie au bandeau qui contourne l'abside. Au nord, la grande fenêtre à trois meneaux déjà décrite est encadrée par deux colonnettes, un boudin, et un cordon de crochets allongés qui se retrouve souvent en Champagne. Les fausses baies signalées à l'intérieur des chapelles se répètent à l'extérieur : elles sont flanquées de deux colonnettes qui correspondent à des cha-

E. Lefèvre-Pontalis, phot.

Église de Chaudardes.

Portail de la façade.

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