‹ Collected papers (volume 3)Chapitre 2 sur 23 · IP · texte numérisé non relu

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Eglise du Thor.

Nef et chœur.

L EGLISE NOTRE-DAME Dl THOR

métrique les cotes exactes des sommiers ornés de congés nus et des clefs cruciformes, dont la première est seule entourée de deux cercles, j'ai constaté que le tracé des ogives corres-

H. Revoil, del.

Coupe sur la nef.

pondait à celui d'un arc légèrement surbaissé. Les doubleaux en tiers-point sont dépourvus de moulures, comme les formerets à deux rangs de claveaux qui décrivent la

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même courbe et qui jouent le même rôle que les arcs de décharge très saillants des églises provençales, mais leur flèche est plus élevée. Les compartiments de remplissage appareillés avec soin, suivant les principes de Técole gothique de rile-de-France, s'inclinent beaucoup plus vers les formerets que vers les doubleaux. Il faut en conclure que les voûtes dogives bombées, si fréquentes au Xll*" siècle dans toutes nos provinces, se rencontrent également dans la basse vallée du Rhône. Sous la première voûte, trois assises chargent la clef des formerets pour diminuer la pente des voûtains, dont les claveaux sont perpendiculaires aux arcs dencadrement.

L'architecte de léglise du Thor lut 1 un des premiers constructeurs de la Provence qui fit appareiller de grandes voûtes dogives sur une nef large de 10'"40. mais il était imbu des traditions locales, comme le prouvent l'épaisseur des murs qui atteint 1'" 40. les supports formés de pilastres et la coupole nervée qui est si répandue dans la région. S il avait été originaire de la Bourgogne ou du Nord de la France, il aurait construit une nef unique entre deux murs beaucoup plus minces, comme celle de Saint-Jeanaux-Bois (Oise), au lieu de monter des contreforts qui mesurent 2'" 40 de saillie sur 2"" 20 de largeur et de donner 2"" 80 d'épaisseur aux murs latéraux du porche méridional pour résister à la poussée des voûtes d'ogives.

Les piles engagées présentent quatre angles rentrants de chaque côté des pilastres qui correspondent aux doubleaux : elles avaient bien été prévues à 1 origine, en même temps que les voûtes. Leurs assises r('gulières ont 0"27 d épaisseur, tandis que dans les murs de fond, des pierres assez hautes alternent avec deux lits de faible échantillon qui mesurent chacun 0"' 13. Les joints sont très fins. Chaque pierre se distingue par une marque de tâcheron (1).

(l)(2t". Revoil : Architecture romane du Midi dr la France, t. I, p. 50.

L EGLISE NOTRE-DAME DU TIIOR 7

J'en conclus que l'absence de ces marques n'est pas un caractère constant des églises provençales de la fin du XII" siècle, malgré lopinion de notre savant confrère M. l.abande. Cette théorie ne se vérifie pas non plus sur la chapelle Sainte-Croix de Montmajour, couverte de signes lapidaires, si l'on admet qu'elle remonte à la même époque.

Les pilastres sans chapiteaux sont couronnés par des tailloirs garnis d'un filet sur un cavet : les bases ne sont pas moulurées. Trois fenêtres en plein cintre sont percées au sud : deux baies de la même forme et un oculus s'ouvrent

Marques de tâcherons.

dans le mur de la façade. Au nord, on a bouché trois baies carrées qui étaient destinées à l'aération.

L'importance de la paroisse avait décidé l'architecte à établir une tribune et des galeries à défaut de bas-côtés. Au revers de la façade, une large tribune portée sur une voûte d'arêtes occupe la première travée de réglise(l). On y monte par un escalier recouvert de dalles inclinées qui se retourne déquerre dans l'angle sud-ouest de la nef. L'appareil de la voûte mérite d'attirer l'attention, car on sait que l'emploi du

(1) L'église Saint-Pierre de Maguelone renferme une tribune du même genre sur la seconde travée de la net'.

L EGLISE NHTRE-rtAME DU TIIOR

blocage dans les voûtes d arêtes du moyen âge est une règle générale qui souffre bien peu d exceptions. Cependant, la chapelle bass^- de 1 ('vèché de Laon et léglise de Cunault. en Anjou, n'iifernicut des voûtes darêtes appareillées. Les

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Voûte d'arêtes de la tribune.

E. Chauliat, del.

voussoirs d arêtes sont taillés en l'orme dV-querre, mais la clef nest pas crucilorme: c est une pierre rectangulaire coinc(''e entre deux assises latérales. Cette voûte s'appuie, à lorient. sur un grand arc nu qui décrit un segment de cercle et sur des formerets à ressaut appliqués contre les murs du nord et du sud. Constellée de marques et

Eglise du Thor.

Coupole nervée.

E. Chauliat, del.

l'église NOTRE-DAME Dr THOft 9

d'initiales de tâcherons semblables à celles de l'escalier et des autres parties de l'édifice, elle avait bien été prévue dès l'origine, car les écoinçons se relient aux piles.

De chaque côté de la tribune occidentale, un couloir à deux portes donne accès à des galeries de circulation qui faisaient saillie sur les murs intérieurs à l'aide d'un plancher de bois porté sur des jambes de ïorce et des corbeaux. Peu importe que ces tribunes de bois bordées d'une balustrade soient modernes : ce qui est intéressant, c'est de constater que le maître de l'œuvre avait ménagé un retrait du mur à ce niveau pour les établir. Une baie surmontée de linteaux et garnie de signes lapidaires traverse la seconde pile engagée : on peut ainsi gagner la troisième travée, où le plancher de la galerie venait s'appuyer sur un bandeau mouluré qui contourne la pile suivante. Ce passage, qui s'arrêtait avant la travée de la cou])oIe, doit être considéré comme une anomalie dans une église provençale, mais on ne saurait le comparer aux galeries de circulation intérieures sans arcatures des églises gothiques normandes, bourguignonnes ou champenoises, parce qu'elles n'avaient pas la même destination. Ces galeries facilitaient l'entretien des vitraux, tandis que les passages de l'église du Thor sont des prolongements de la tribune occidentale, car les fidèles pouvaient y trouver place.

La coupole octogone de la quatrième travée, qui tient lieu de carré du transept, est soutenue par le troisième doubleau de la nef, par l'arc brisé du chœur et par des arcs de décharge latéraux en tiers-point, dont les trois rouleaux en saillie, les uns sur les autres, ramènent le plan de la voûte au carré. Au fond des quatre trompes d'angle en cul-de-four, très bien appareillées, se détachent l'aigle de saint Jean, le bœuf ailé de saint Luc, le lion ailé de saint Marc et l'ange de saint Mathieu, comme dans beaucoup d'églises de la région. Au-dessus de la moulure d imposte, huit boudins engagés dans les arêtes de la coupole viennent

10 l'église NOTRE-DAME Dl TUOR

buter sur une clef évidée pour le passage des cloches : le profil de leur base se distingue nettement, mais leur chapiteau est resté fruste. Ces tores purement décoratifs, qui sont également appliqués sur les coupoles des cathédrales de Cavaillon. de Carpentras et de \otre-Uamo de Vaison, succi'dèrent aux bandeaux plats des coupoles du type de celle de Xotre-Dame-des-Doms (1).

Dans chaque mur latéral s ouvre un grand oculus désaxé, qui est dépourvu de moulures. Au sud, près du chœur, on entre dans une petite sacristie voûtée d ogives aux arêtes abattues et à clef cruciforme. Quatre corbeaux moulurés en saillie sur des petites trompes taillées dans une seule pierre servent de supports aux retombées. Les compartiments de remplissage, indépendants des nervures, sont appareillés, comme les quatre faces dune voûte en arc de cloître, par lits horizontaux, suivant un procédé très rare qui trahit 1 influence des coupoles octogones nervées et qui fut partiellement employé par le constructeur de la voûte d'ogives du croisillon sud à Mouliherne (Maine-et-Loire). L'architecte de l'église du Thor connaissait sans doute les voûtes romanes en arc de cloître de la chapelle Sainte-Croix de Monlmajour et de 1 église de Saint-Biaise d Arles, mais les ogives quil plaqua sous une petite voûte du même genre ne jouent qu'un rôle purement ornemental (2). Les marques de tâcheronsetla liaison de l'appareil extérieur avec le gros mur méridional suffisent à prouver que cette sacristie fut bâtie en même temps que l'église. Il ne faut pas la considf'-rer comme une chapelle.

Cinq nervures, dont deux font saillie sur lare triomphal, se détachent sur la voûte en tul-de-foui- brisé du chœur en

(1) A Saint-Honorat des Aliscanips, les bandeaux de la coiij)ole allerneiil avec des boudins.

(2) Les nervures erucifnnnes qui se trouvent sous la tour du nord de la cathédrale de Baveux, au premier étage des clochers-porches de Saint- Ours de Loches et de Cormerj' portent aussi des voûtes en arc de cloître.

l'kglise nothe-dame du tuor 11

hémicycle, qui l'ut restaurée eu 1685, comme l'indique la date

E. Chauliat, del.

Voûte d'ogives de la sacristie.

gravée sur une pierre. Leurs grands claveaux correspondent à deux assises de la voûte : il faut donc les reoarder

12 LÉGUSE NOTRE-DAME DU TIIOR

comme des motifs de décoration. Les bandeaux des culs-defour de Saint-Restitut (Drùme) et de Saint-Jean d" Arles et les gros tores engagés dans les voussoirs du chevet de Bonlieu Drùme) jouent le même rôle. La section de ces nervures qui i-etombent sur des corbeaux garnis d anges, d'aigles et d'un crapaud diminue rt-gulièrement. depuis la moulure de base qui se trouve au niveau des sommiers jusquà la clef. Leur tore en amande est reliaussé d un tilet saillant, exemple très précoce d'un profil gothique dont j'ai fait remonter les origines au XII' siècle (1 . Au niveau de limposte. un rang de feuilles d'acanthe et de ces dents d'engrenage qui se retrouvent sur les églises byzantines et lombardes, suit la courbt- du chevet. La clef, unique en son genre, mais qu'on peut C(tmj)areià celle du chœur de Saint- Jean d'Arles, est llan(juée de cin(j aigles linement sculptés, (|ui entourent un agneau tenant la hampe d'une croix pattée. L inscription suivante, très incorrecte, se lit en bordure:

Comme dans la plupart des chœurs des églises provençales (2). sept hautes arcatures en plein cintre, encadrées par un cordon mouluré, décorent le mur de l'hémicycle. Leurs fûts octogones en marbre blanc et leurs fûts cylindriques galbés en marbre gris alternent régulièrement au-dessous ou au-dessus de la bague centrale moulurée. La plupart des chapiteaux sont ornés d'acanthes ou de lourds feuillages : des entrelacs, deux anges et deux aigles se d('tachent sur

(1) Etude sur les ogives toriques à filet saillant, dans le Bulletin Monumental, t. LXXIII, 1909, p. 29."). Les autres exemples du lurine profil au XII'' siècle se trouvent dans le croisillon sud de la cathédrale de Soissons, dansles églises dWmbleny (.Aisne) et du Pelit-Qucviliy (.Seine-Inférieure).

(2) Exemples: Saiiit-(Juenin de \'aisoii, SaiiU-Hcstitut, Solérieu(Drôme), .Saint-Jean dWrles.

L EGLISE NOTRE-DAME DU THOR

d'autres corbeilles. La décoration des tailloirs se compose d'une série de petites palmettos ou de petites croix pattées

E. Chauliat, del.

Corbeau sous une nervure du chœur.

et le tore aplati des bases, où s'accrochent des griffes et des boules, est surmonté dune large scotie.

A l'entrée du chœur, du côté nord, un pilastre est garni de fleurs à quatre pétales tordues en hélice : c'est un

L EGLISE NOTRE-DAME DU THOR

ornement d'origine très aneienne. dont on voit de nombreux exemples en Italie, en Espagne et qui se retrouve à Angers sur un débris de la balustrade carolingienne du chœur de

E. Chauliat. del.

Chapiteau du chœur.

Saint-Martin (1). Le pilastre du sud est revêtu de caissons hexagones qui encadrent des ileurs à six pétales : une

(1) Bulletin Monumental, t. LXX, ]90(), p. 88. Ce motif décore des colonnes dans les portails romans dos cathédrales de Bourges, de Chartres et du Mans.

L EGLTSE NOTRE-DAME DU TUOR

large palmette. rncadrée par des perles, se détache sur son chapiteau. 11 me suifira de signaler des caissons du même genre, dans le soubassement des trois portails de la cathtv

E. Chanliat, (loi.

Pilastre du chœur.

drale de Noyon et de Saint-Jean-des-Vignes de Soissons, pour trouver un nouvel argument contre l'influence bourguignonne qui se serait manifestée sur l'église du Thor.

l"ÉGLISE NOTRE-DAME ni" THOR

La porte dv la façade occidentale est richement décorée : son archivolte, orarnie de dents dengrena^e qui se termi-

E. Chauliat, del.

Pilastre du chœur.

nent. d'un côté par un demi-cercle, de l'autre par une palmette. décrit une courbe en plein cintre sous un cordon de feuilles dacanthe encadré par un boudin et un cavel. Une

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