‹ Collected papers (volume 3)Chapitre 4 sur 23 · II. i{.'\(Ml. (l.-l · texte numérisé non relu

II. i{.'\(Ml. (l.-l

Façade.

Les deux grosses colonnes (engagées <|ui encadrent le portail sont reliées par un bandeau de feuilles de laurier. Au-dessus, deux rangs de niMilillmis alternes à i)almetles et

E. Chauliat, del.

Chapiteau du portail occidental.

Coupe du porche méridional.

H. Revoil, del.

l'église NOTRE-DAME DU THOR 19

deux lignes de denticules accusent les rampants d'un fronton, comme à Xotre-Dame-des-Doms et à Saint-Gabriel. La colonne de droite, garnie de chevrons plats entre deux gorges, est couronnée par un chapiteau flanqué de deux aigles. Ce motif se retrouve sur un chapiteau gallo-romain de Vaison (l),sur les chapiteaux de la façade de Saint-Gilles et du cloître de Saint-Trophime d'Arles. La colonne de gauche, ornée de trous carrés, de cannelures torses et de losanges, conserve un chapiteau à crochets décoré de feuilles de chêne.

Au-dessus du fronton s'ouvrent deux fenêtres en plein cintre, encadrées par un cordon mouluré et un oculus cerclé de deux boudins et d'une baguette. Plus haut, une baie aveugle en tiers-point est flanquée de deux autres en plein cintre : leur glacis correspond à plusieurs assises. Le pignon, dont les deux rampants sont bordés de modillons, se termine par une croix fleuronnée, ajourée par un losange central et soutenue par deux anges. Le clocher-arcade n'avait pas été prévu par l'architecte du XIl" siècle, car ses piédroits viennent se coller contre la voûte en berceau brisé du passage ménagé sous la toiture.

De larges contreforts très saillants épaulent les murs extérieurs de la nef: leur partie haute est ornée de pilastres d'angle qui encadrent un panneau et qui s'élèvent jusqu'au glacis supérieur. La présence de marques de tâcherons suflit à prouver que l'appareil de ces contreforts n'a subi aucune reprise : des corbeaux encastrés dans leur parement semblent destinés à soutenir des échafaudages ou des appentis. Deux colonnettes et un cordon torique décorent les fenêtres cintrées, sous les modillons de la corniche. La couverture de la nef se compose de dalles de pierre posées sur la voûte en berceau brisé d'une galerie qui mesure 3'" 45 de largeur

(1) Cf. Espérandieu : Recueil général des bas- reliefs de la Gaule romaine, t. III, p. 2'i5, n» 297.

20 l'église NOTRE-DAME DU TDOR

et 2"" 40 (Je hauteur : on voit des marques de tâcherons sur les claveaux. Cette curieuse disposition, dont je ne connais aucun autre exemple, permit à l'architecte de ne pas trop charger les voûtes d'ogives de la nef dans le voisinage de leur clef, tout en donnant une grande épaisseur à la maçonnerie, de chaque côté du couloir, pour combler les cavités latérales, en évitant les infiltrations.

Au sud. un porclie voûté d'ogives et fermé sur deux de ses faces par des murs garnis de signes lapidaires. est adossé à la troisième travée de la nef. On y entre en passant sous une belle arcade en plein cintre garnie de rosaces, de fleurs à quatre pétales, de spirales, d'une croix paltt'-e. d une main bénissante et d'autres motifs variés qui se détachent entre deux boudins en amande au fond de caissons hexagones ou de cercles perlés. Cette riche voussure précède une autre archivolte, qui se compose d'une grecque, de deux rangs de palmettes. d'oves. de denticules et d un cordon de feuilles d'acanthe dont les claveaux sont marqués d une ])etite croix pattée. signe d un habile tailleur de ]>ierre qui se retrouve dans toute l'église. Aux retombées correspondent des pilastres cannelés et deux colonnes à demi engagées, Tune ornée d'imbrications en dents de scie, l'autre de torsades plates séparées par des billettes accouplées. Des aigles, des anges et des crochets décorent les chapiteaux, dont l'astragale est recouvert d'une feuille découpée : un rang de palmettes s'aligne sur les tailloirs. Aux angles du porche s'élèvent deux jiilastres : on voit sur le chapiteau du sud-ouest un combat entre deux cavaliers vêtus d'une cotte de mailles, et très mutilés. Le petit pignon est amorti par des modillons, et une crête ajourée, formée de petits arcs en plein cintre qui se recoupent, se profile sur l'arête du toit de pierre.

Les ogives et les quatre formerets du porche présentent un profil en amande dont l'arête, dégagée par deux petites contre-courbes, est identique à celle des nervures de la salle

E. Chauliat, del.

Chapiteaux du porche méridional.

E. Chauliat, del.

Chapiteaux du porche méridional.

L EGLISE NOTRE-DAME DU THOR

basse, à la Sainte-Chapelle de Paris : des feuilles plates se recourbent sur le sommier. Les compartiments de remplissag-e sont bien appareillés, mais la clef de voûte

Ë. Chauliat, del.

Chapiteau du porche.

carrée, cantonnée de losanges avec arête centrale, se raccorde mal aux voussoirs. Les différents arcs de la voûte retombent sur quatre belles colonnes galbées en marbre

22 l"lIiLISE NOTRE-DAME DU THOR

srris. Une Ijao-ue centrale, mouhiréc et oarnie de feuillaçfes, sert à raccorder les deux fûts. 11 faut signaler, sur la corbeille des chapiteaux, des crochets entre des feuilles d'acantlic. des galons perlés et trois masques barbus séparés par deux tètes de bœuf. Les moulures des tailloirs, ornés de palmettes. et des bases à large scotie et à tore aplati sont fort bien découpées.

Au fond du porche, un portail en plein cintre donne accès dans la nef. Les motifs dornenientation de son archivolte sont les mêmes que ceux de la porte occidentale, mais la Vierge qui se trouve dans une niche, au milieu du tympan, est une œuvre du XVII' siècle. La colonne monolithe qui forme trumeau se termine j)ar un chapiteau à crochets, et les pilastres lati'-raux sont couverts d imbrications en dents de scie, en écailles, en feuilles de laurier et en losano-cs. Deux fûts galbés en marbre gris, engagés dans des angles rentrants, souliennent hi voussure. Leurs chapiteaux, entourés de bouquets dacanthe. se font remai-quer par l'élégance de leurs tailloirs garnis de feuillages, d'entrelacs et de palmettes.

La })etile sacristie voisine du chœ'ur se ti-ouve englobée dans un épais contrefort qui se rétrécit au-dessus de la voûte d'ogives i)ar deux glacis latéraux : elle est éclairée par une petite fenêtre à coi-don mouluré. .Vn\ ])r)ints de rencontre des sept pans coujiés de l'abside, des pilastres cannelés, dont les chapiteaux ressemblent aux enroulements d'un rinceau, reçoivent chacun deux arcades moulurées qui retombent au centre sur des masques ou sur des corbeaux à feuillages (1). C'est une imitation des bandes lombardes : d'ailleurs, la corniche à dents d'engrenage, souleniie ])ar de })elits modillons. trahit ht même intluence. Les boudins, (jui accusent les arêtes du toil de ])ierre. viennent rejoindi-e un ileuron formi' de trois têtes.

(1) Cf. lU'Voil : Architirliirc roinunc du Midi de lu France, t. l, pi. i.xii.

L EGLISIÎ NOTRE-DAME HU THOR 2ô

Le premier cUige du clocher octogone est flanque de huit colonnes d'angle, dont les chapiteaux, garnis de masques ou d'animaux ailVontés, sont couronnés de tailloirs à j)ans coupés. Pour y monter, il faut ouvrir à lest du porche une petite porte qui Iravcrse le mur de la nef, et prendre un escalier à vis fort bien ai)})areillé, suivi d'un escalier droit. Sur chaque face de la tour s'ouvrent deux baies en plein cintre à boudin continu. Les trompes, qui permettent de passer du plan carré au plan octogone, sont recouvertes à l'extérieur de glacis triangulaires. Un affreux lanternon octogone, monté en 1834 sur la plate-forme primitive, renferme le beffroi et les cloches.

Malgré le caractère original de ses voûtes et de sa décoration, l'église du Thor me semble plutôt une réplique de Notre-Dame de Cavaillon que le produit d'une école éloignée de la Provence. En effet, le plan de l'édifice, la coupole nervée, les hautes arcatures extérieures de l'abside, offrent à peu près les mêmes dispositions que dans la cathédrale romane du diocèse avant ses remaniements, mais comme Notre-Dame du Thor fut achevée vers 1200, il n'y a pas lieu de s'étonner que l'architecte ait fait usage sur une large nef de la voûte d'ogives importée dans la vallée du Rhône au milieu du XIl'' siècle. C'est une des premières églises gothiques delà région, mais elle est beaucoup plus provençale que bourguignonne. En effet, le seul emprunt au style de la Bourgogne, c'est le décor des sommiers d'ogives dans la nef et sous le porche, mais ce détail, visible dans le chœur de Saint-Etienne de Caen, dans plusieurs églises de l'Anjou et du Berri, n'implique pas toujours une influence précise. On peut faire la même observation à propos des oculi qui éclairent la nef au sud et à l'ouest.

Les pilastres couverts d'imbrications, comme plusieurs colonnes, sont plutôt rares en Provence, mais les colonnes à écailles du portail de l'église de Romans, celles du chevet de l'église de Saint-Ruf, près d'Avignon, et du cloître

24 l'église NOTRE-DAME DU TBOR

d'Elne. en Roussillon. prouvent que lornementation des fûts qui se rencontre en Bourgogne, comme en Poitou et dans le nord de la France, n'est pas spéciale à telle ou telle province. Les bagues des colonnettes du chœur et du porche doivent être considérées comme un élément d'importation, mais on en voit des exemples aussi bien dans le chœur de Vézelay que dans le chevet de la cathédrale de Xoyon. Enfin, les feuilles d'acanthe des chapiteaux ne sont pas traitées comme celles qui furent ciselées par les sculpteurs bourguignons du XIP siècle. L'architecte de l'église du Thor fut donc certainement un novateur, car il abandonna l'usage traditionnel du berceau brisé pour voûter la nef, mais il resta tidèle à tous les autres principes de l'école provençale : rien ne prouve qu'il fut originaire de la Bourgogne.

PIECE JUSTIFICATIVE Juin I202

Donation faite par Bermond, évêque de Cavaillon, à l'abbaye de Saint- André de Villeneuve-les- Avignon, des êslises de Saint-Pierre et de Notre-Dame du Thor en échange des églises de Saint-Phalés, de Notre-Dame et de Saint-Jean du (îrès (1).

Notum sit omnibus liominil)us tiuod. aiino Dominicae Incarnationis millesimo ducentesimo secundo, mense junii, Dominas Bermundus, episcopus Cavellicensis, et Dominus Beimundus, abbas Sancti Andréa?, de permutatione invicem contrahenda in moduni

(l) Je liens à remercier M. Lucien (jap, sous-bibliothécaire, d'avoir pris la peine de copier ceUe charte inédile.

l'église NOTRE-DAME DU THÔR 25

infra scriptum convenorunl. Dominus etenim Bermundus episcopus, assensu et volunlato et tractatu suorum canonicorum ejiii tune non erant nisi septem vel octo, pro utilitate siquidem et necessitate ipsins ecclesiiP, donavit Domino Bermundo abbati et per euin monasterio Sancti Andréa* et monachis ejusdem ecclesiae praîsentibus et futiiiis, et titulo rata^ et irrevocabilis permutationis, tradidit, concessit et laudavit in perpetuum ecclesiam Sancti Pétri de Toro et ecclesiam novam Sanctœ Maria^ in villa de Toro, cum omnibus pertinentiis suis et cum omni jure parroohiali ad ipsas ecclesias pertinente, Johanne rectore earumprius cedente, tamen salvo jure episcopali et albergo et usuali (juatedratico in primo synodoquinque solidoruni,in secundo quinque,et retentis decimis de carnibus qua" sunt canonicorum, prœter illas décimas de carnibus de manso Sancti Pétri qua» sunt Sancti Pétri. Versa vice Dominus Bermundus abbas, consilio et assensu et voluntate et tractatu totius sui capituli, quia, pro utilitate et necessitate sui monasterii, permutatio ista fiebat, donavit Domino Bermundo episcopo et successoribus ejus et per eum Ecclesia> (lavelliccnsi, et titulo rata» et irrevocabilis permutationis, sine omni exceptione, tradidil, concessit et laudavit in [)erpetuum ecclesiam Sancti Philea* et ecclesiam Sanctœ Maria», cum omnibus pertinentiis suis, exceptis duobus solidis et octo denariis qui sunt canonicorum Cavellicensiuni, B. tune rectore earum prius cedente, et ecclesiam Sancti Johannis de Greso, cum pertinentiis suis, et albergos super illam de Orgone qui sunt in civitate Gavellionis. Facta autem permutatione ista, Dominus Bermundus et episcopus,pro suo capitulo,cum Bertrando de Duroforti sacrista Raimundo de Podio Calvo canonicis, et Bermundus abbas, pro suo capitulo, cum Rostangno Bermundo et Raimundo de Castronovo et Bertrando Bermundo monachis, apud ecclesiam Sancti Pétri de Toro pariter approbaverunt et confirmaverunt,et utraque pars per stipulationem promisit et nullo jure, nulla ratione sibi competenti vel competitura, permutationem istam umquam de cœtero revocaret aut moveret vel moveri faceret aut permitteret. Dominus Bermundus episcopus, pra»dictas ecclesias de Toro cum suis pertinentiis, abbati Bermundo et monasterio Sancti Andréa» et monachis se jure salvaturum semper et deffensurum per se et per successores suos promisit ut ecclesias Sancti Phileae, Sancta-

26 l'église NOTRE-DAME DU THOR

Marisp, Sancii Joannis cum |)ertinenliis suis et res alias quas, ut dictum est, Domino Bermundo episcopo permutavit, ei et eeclesjsp sancii Verani ejusque successoribus jure salvet semper et defendat. Hujus facti recognitio facta fuit apud Cavellionem, coram eodem Domino Bermundo episcopo in solarium ipsius episcopi juxta turrim, astantibus ibi pro dicto Bermundo abbate suis monachis Rostangno Bermundo et Raimundo de Castro et cum episcopo suis canonicis Alfanto pra^centore. Aldeberto Giraudo, Guillelmo de Senas et Petro Durante tune clerico.

Tandem mortuo prtedicto Bermundo episcopo, supradictus sacrista Bertrandus de Duroforti electus et consecratus post in Cavellicensem episcopum, pra^dictas ecclesias de Toro, ut supra scriptum est, cum omnibus pertinentiis suis, Bermundo, abbati monasterii Sancti Andre8e,et monasterio et ejus successoribus et monachis donavit, in perpetuum habendas et possidendas laudavit, concessit et conlirmavit et chartam istam sigillavit. In cujus Bertrandi episcopi pra*sentia, permutationem istam ante ecclesiam juxta claustruni,Alfantus,Cavellicensis pr;epositus,laudavit, concessit et confiimax it, pra-sentibus Haimundo de Castronovo et Ruimmulo Alt'anlo ft Raimutido Alfaiilo de Toro.

Bibliothèque dAvignon. ms. 2460. fnl. iii'j r" et v".

Caen. — Impr. H. Delesques, rue Demolombe, 34

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L'ÉGLISE

DE

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