‹ Collected papers (volume 4)Chapitre 2 sur 43 · VILLENEUVE-SUR-YONNE · texte numérisé non relu

VILLENEUVE-SUR-YONNE

Le plan de cette église, dépourvue de transept, comprend une longue nef de neuf travées, deux bas-côtés et un chœur" à sept pans coupés (2). Le déambulatoire communique avec trois chapelles rayonnantes, qui sont tangentes les unes aux autres au lieu d'être séparées par une travée intermédiaire, comme à Saint- Jean de Sens et à Notre-Dame de Semur. Cette disposition, dont je connais un exemple plus ancien dans Téglise bénédictine de San-Lorenzo de Carboeiro, près de Pontevedra, en Galice, implique plutôt cinq chapelles ; mais l'architecte jugea sans doute que le service du culte n'en exigeait pas plus de trois.

(1) Bibliographie. — Bibl. de Sens : Notes manuscrites de Chomorceau et de l'abbé Duru. — Quantin : Annuaire statistique de l'Yonne, 1848, p. 191-196. — Quantin : Répertoire archéologique de l'Yonne, 1868, col. 174-179. — Paul Quesvers et Henri Stein : Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens, t. II, 1900, p. 528-580. — Horson (l'abbé V.) : Xotice historique et description de Villeneuue-sur-Yonne, Sens, Deroye, 1903. in-12.

(2) Voici les dimensions de l'édifice : longueur, 65™ 50 ; largeur, 19" 70 ; largeur de la nef, 9"> 30 ; hauteur, 22 mètres; largeur des bas-côtés, 4™ 25; hauteur, 9" 60.

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Il est impossible de faire remonter la pose de la première pierre à l'année 1163 ni même au règne de Philippe- Auguste, comme on l'a prétendu. L'étude archéologique de l'édifice permet de distinguer sept campagnes dans sa construction. Vers 1250, le premier architecte éleva d'un seul jet le rond-point et les trois dernières travées de la nef avec la partie correspondante des collatéraux. A une époque très avancée du XIII'" siècle, on monta la sixième et la cinquième travée. en poussant le mur extérieur du bas-côté sud un peu plus loin. Un maître de l'œuvre, qui vivait au XIV"^ siècle, fit construire la quatrième travée ; mais, à la fin du W" siècle, l'église avait besoin d'importantes réparations. Louis XII y contribua pour la somme de 300 livres.

Le clocher latéral qui s'élève au sud ne fut commencé qu'en 1510 : cette tour n'était pas encore terminée en 1548. La date de 1529, inscrite sur le troisième vitrail du bas-côté sud, correspond à celle de la même travée de la nef. En 1551, Jean Chéreau, maître-maçon de Joigny (1), qui a signé un dessin original de la façade conservé à l'Hôtel de Ville, commença les trois portails, mais les travaux furent interrompus au-dessus de la rose, car une inscription, gravée derrière le buffet d'orgues, nous apprend que la construction des deux tours fut reprise le G avril 1573^2). Le pignon de la façade porte la date de 1597. Enfin, on acheva les parties hautes et les voûtes des trois premières travées de 1608 à 1012.

Le chœur est voûté d'ogives, comme toute l'église. Ses huit nervures, dont le tore en amande, à filet central, est accosté de quatre baguettes, rayonnent autour d'une belle clef à feuillages et recouvrent le chevet ainsi que la travée droite, plus large que les autres. Les retombées des compartiments de remplissage sont percées d'un large trou rond,

(1) Cet architecte construisit plus tard la nef de 1 église Saint-Jean de .loignj', comme l'indique une inscription. Cf. Quesvcrs et Stcin : Inscriptions de l'ancien diocèse de Sens, t. II, p. 342.

(2) Ibid., t. II, p. 530.

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suivant un système appliqué au chevet de l'église de Redon, de Saint-Nazaire. à Carcassonne. de la cathédrale d'Orléans, de la chapelle du château de Pierrefonds et même de la cathédrale dAuch. Cet évidement. qui diminue le poids des voùtains, fut une invention des architectes du XIIP siècle, comme lajourage des écoinçons des arcsboutants. di'rivé du ménu' principe. Les l'ormerets doubles.

Arcades du chœur.

en lancette, ornés de tores à méplat saillant, sont reliés par une voussure de la même forme, qui porte le chéneau. Les piles du chœur, semblables à celles de Saint-Jean de Sens et de Saint-Martin de Clamecy, sont flanquées de dix colonnettes. Ce plan, adopté dès le XIL siècle pour les supports du chevet de Saint-Germer et de Saint-Jouin-de-Marnes. s'accorde bien avec la retombée des ogives du déambulatoire et des arcades du sanctuaire ; mais les colonnes isolées produisent un meilleur efîet. L'une des colonnettes des piles sert

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de point d'appui aux nervures supérieures, et les autres reçoivent les arcades en tiers-point de la travée droite et les arcades en lancette qui portent les pans coupés. Sept boudins, deux baguettes, des gorges intermédiaires et un cordon torique en saillie se profilent sur leurs claveaux. Les chapiteaux à crochets sont inscrits dans le grand losange, aux angles abattus, formé par les tailloirs. Les bases à tore aplati reposent sur des petites consoles, audessus des socles polygones décorés de moulures.

Au-dessus des grandes arcades, un étroit passage, d'où partent les colonnettes des formerets. traverse la partie supérieure des piles, comme à Saint-Pcre-sous-Vézelay. à Saint-Julien-du-Sault, à Notre-Dame de Semur et à Prémery (Nièvre). En avant, une balustrade du XVIIP siècle borde cette galerie de circulation ; en arrière, dans chaque travée, une fenêtre, précédée dun bahut, est divisée par trois meneaux dans la partie droite du chœur et par un seul dans le chevet. Le remplage se compose darcs trèfles, de quatre-feuilles et de rosaces à six lobes.

Le déambulatoire est recouvert de sept croisées d'ogives. Leurs nervures en amande, accostées de cinq tores et de gorges, ne sont pas dans le prolongement les unes des autres, et décrivent des courbes irrégulières, car elles viennent se réunir au centre dun trapèze. Les clefs, percées d'un trou, sont garnies de feuillages. Quatre tores bien dégagés se profilent sur les doubleaux en lancette, qui retombent sur des piles cantonnées de colonnettes. Au niveau des sommiers et sous les grandes arcades du chevet on aperçoit la trace des barres de bois qui étrésillonnaient les piles pendant la construction de l'église, comme à la cathédrale de Chartres.

A l'entrée des trois chapelles rayonnantes à sept pans coupés, un doubleau en lancette, dont les six boudins alternent avec des gorges, précède les huit ogives de la voûte, semblables à celles du déambulatoire. Elles retombent sur

Plan de l'église de Villeneuve-sur- Yonne.

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Église de Villeneuve-sur- Yonne.

Coupe longitudinale du chœur.

Eglise de Villeneuve-sur- Yonne.

J* ' I Coupe sur le chœur.

Église de Villeneuve-sur-Yomie.

Voûtes du chœur.

L liGLISE DE Vll,LENEUVE-SVn-VONXE 7

des colonnettcs et sur des chapiteaux à crochets, à tailloir polygonal. Au niveau de l'appui des fenêtres en tiers-point, qui sont au nombre de trois dans la chapelle centrale et de quatre dans les deux autres, une galerie de circulation passe à travers les piles sous les profondes voussures des formerets, bordés de trois tores, qui reposent sur deux colonnettes : lun de ces boudins pénètre dans le sommier des ogives. Ce passage traverse le mur intermédiaire des cha|)elles et se continue dans le déambulatoire, comme à Saint-Jean de

Ogives du déambulatoire.

Sens et à la cathédrale dAuxerre. C'est la preuve d une influence champenoise qui se retrouve dans les bas-côtés de l'église abbatiale de Saint-Denis, reconstruite au XIII'' siècle par Pierre de Montereau. car le premier exemple de cette coursière se voit à Saint-Remi de Reims, dans la chapelle d'axe du chevet.

Deux arcatures en tiers-point décorent chaque pan coupe* des trois chaj)elles. Leur archivolte, rehaussée d'un tore et d'un cordon mouluré, s appuie sur des colonnettes d'angle et sur un culot central garni de feuillages. Les demi-cercles qui se détachent sur les sommiers, comme à Montréal et à

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