‹ Collected papers (volume 4)Chapitre 8 sur 43 · CHAMPAGNE ET DE LA BOURGOGNE · texte numérisé non relu

CHAMPAGNE ET DE LA BOURGOGNE

Faut-il distinguer l'école gothique de la Bourgogne de celle de la Champagne ou peut-on les réunir dans un même groupe au XlIP siècle, telle est la question que je voudrais essayer de résoudre en quelques pages ? A mon avis, lécole gothique de la Champagne, qui exerça son influence sur l'abbatiale de Saint-Denis rebâtie par Pierre de Montereau, sur le chœur de la collégiale de Saint-Quentin (Aisne), en Lorraine, à Trêves, et jusque dans l'île de Chypre, comme l'a démontré M. Enlart, eut plus de force d'expansion que l'école gothique bourguignonne. Elle fit prévaloir quelques-uns de ses principes dans le diocèse et la ville de Sens, à Villeneuve-sur-Yonne, à Auxerre, à Saint-Martin de Clamecy, en empiétant sur le domaine de sa puissante voisine. Cette pénétration pourrait induire en erreur et permettrait d'insinuer que l'école gothique de la Bourgogne embrasse tout le territoire de la Champagne, si certains monuments, bien datés, ne prouvaient pas que l'origine de telle ou telle disposition se rencontre dans les églises champenoises avant de passer dans la vallée de l'Yonne.

Jénumère tout dabord les caractères communs aux deux écoles. Ainsi lalternance des piles fortes et des piles faibles se rencontre à Michery. à Pont-sur-Yonne, à Saint-Pèresous-Vézelay. dans le chœur de la cathédrale d'Auxerre et de La Madeleine de Vézelay. comme dans les nefs de Saint- Quiriace de Provins, de Voulton. de Rozoy-en-Brie i Seineet-Marne), de Fouchères, de Margerie, de Pouan i Aube) et

E. Chauliat, del.

Supports de formerets à Montréal.

de Somsois (Marne). L'école gothique de IIle-de-France présente la même particularité à Notre-Dame de Mantes et à Angicourt (Oise).

La persistance des voûtes d'arêtes, au XIIP siècle, sur les bas-côtés, se rencontre aussi bien à Champeaux et à Voulton (Seine-et-Marne), qu'à Pontaubert et dans les premières

LES FXOLKS nE CHAMPAGNE ET DE BOURGOGNE O

travées des collatéraux à Moutn-al. Il en est de même des formcrets en tiers-point bandés sous les voûtes de ce genre. On en voit des exemples à Champeaux comme à Montréal, où ils reposent sur des encorbellements moulurés qui font corps avec le dosseret du doubleau. Les architectes bourguignons du XII'' siècle avaient eu déjà l'idée d'appareiller des formerets sous des voûtes d'arêtes à La Madeleine de "Vézelay, à Saint-Lazare d'Avallon et dans les bas-côtés du chœur de la cathédrale d'Autun. Les voûtes d'ogives sexpartites ne sont l'apanage d'aucune école gothique. Si la Normandie fut leur pays d'origine, elles se répandirent aussi bien dans l'Ile-de-France que dans la Bourgogne (1) et la Champagne (2).

On peut faire la même observation au sujet des tribunes qui persistent encore, auXIP siècle, à Somsois (Marne), dans le chœur de Montiérender, à Trouan-le-Grand, à Saint- Maclou de Bar-sur-Aube, comme au chevet del'abbatiale de Vézelay et dans la nef de l'église de Flavigny.

Certains triforiums champenois, notamment à La Madeleine de Troyes et à Saint-Ayoul de Provins, sont recouverts de petites voûtes en berceau brisé, comme à Saint- Eusèbe d'Auxerre, au chevet de Saint-Martin de Clamecy et dans la nef de la cathédrale de Lyon. Les colonnettes en délit de ces galeries intérieures sont parfois remplacées par des colonnettes engagées dans un pilastre, comme à Saint-Ayou] de Provins, à Semur-en-Auxois et à Varzy (Nièvre). Les architectes de plusieurs églises gothiques de Tournai, de Bruges, de Gand, et même le constructeur de l'église d'Aardenburg. en Zélande. adoptèrent le même principe par raison d'économie pour monter les piles d'un triforium avec des assises. Quant aux galériens de service qui permettent de

(1) Notre-Dame de Dijon, Ponl-sur-Voiiiu', Appoigiiy, Motieleaii, Vézelay, Saint-Seine, Rouvres (Côte-d'Or).

(2) La Madeleine de Troyes, Fouchères, Margerie (Aube) ; Beauchei y, Champeaux, Chamigny, Larchant, Rozoy-en-Brie (Seine-et-Marne).

circuler à lextérieur. au niveau des fenêtres hautes, elles sont communes aux écoles de la Champag-ne, de la Bourgogne et de rile-de-France, parce que l'entretien des vitraux suffît à expliquer leur utilité.

Enfin, les corbeaux anguleux qui se recourbent entre deux baguettes sous des linteaux et dont la partie haute forme un pentagone plat se rencontrent dans les deux provinces (1).

L'école gothique de la Champagne se distingue par certains caractères particuliers (2). Ainsi la plantation oblique des absidioles qu'on remarque à Ferrières, à Villeneuve-le- Comte, à Lagny, à Braine, ne se rencontre pas dans d'autres provinces, tandis que des colonnes isolées s'élèvent à l'entrée des chapelles rayonnantes à la cathédrale, à Saint- Germain et même à Saint-Eusèbe d'Auxerre, comme à Saint-Remi de Reims et à la collégiale de Saint-Quentin. Cette disposition ayant été appliquée dès le dernier tiers du XIP siècle à Notre-Dame-en-Vaux à Chalons, à Saint-Remi de Reims et dans le croisillon sud de la cathédrale de Soissons, il faut en conclure que les architectes des trois églises d'Auxerre l'empruntèrent à l'école champenoise au XIIP et au XVP siècle, comme le maître de l'œuvre du chevet de Saint-Pierre-le-Guillard, à Bourges.

Le tracé rayonnant des ogives du déambulatoire et les trois doubleaux qui divergent entre les chapelles du rondpoint sont les conséquences logiques de ce plan et apparaissent en Champagne plus tôt qu'ailleurs. Un autre système, bien champenois, consiste à monter une colonne

(1) Viollet-le-Duc : Dictionnaire d'architecture, t. IV, p. 317, fig. 15.

(2) Cf. E. Lefèvre-Pontalis : L'architecture gothique dans la Champagne méridionale au XIII'= et au XVI'' siècle, dans le Congrès archéologique de Troyes, 1902, p. 273.

K. Lelèvre-l'ont;ili.s. iihnt.

Cathédrale d'Auxerre.

Chapelle de la Vierge.

Viollet-le-Duc, del.

Déambulatoire de Notre-Dame de Ghâlons.

isolée entre les chapelles rayonnantes, comme à Monti(''render et à la cathédrale d'Avila, en Espagne. 11 est curieux de constater que larchltecte du chevet de la cathédrale de Coutances adopta \a même plantation.

La profondeur des formerets en tiers-point qui encadrent des passages de service, soit à Tintérieur, soit à l'extérieur, comme dans les chœurs de Rieux (Marne) et de Saint-Urbain de Troyes. est un des caractères essentiels des voûtes dogives champenoises.

Les colonnes juniflles. dans les nefs, sont spt'ciales à la Champagne. Les plus anciens exemples de cet accouplement se voient à la cathédrale de Sens (1), et dans les deux premières travées gothiques de la nef à Saint-Remi de Reims, mais les nefs de Champeaux (Seine-et-Marne), de Saint-Jacques de Reims, de Notre-Dame de Corbeil (2). les déambulatoires de Montiérender et de Saint-Martin d'Étampesen fournissent d'autres. Au XIIP siècle. Técole gothique normande adopte le même type de supports dans les rondspoints, comme à Saint-Etienne de Caen, dans les cathédrales de Bayeux. de Coutances. de Lisieux, du Mans, de Séez, et dans It'glise de Norrey (Calvados), mais, dans les nefs. elle donna la préférence aux piles flanquées de colonnettes.

Les architectes anglo-normands établirent également des passages au niveau de l'appui des baies inférieures des chevets du XllL siècle, comme dans les cathédrales de Rouen et de Bayeux. à Saint-Pierre-sur-Dives, à la cathédrale de Durham, ou des fenêtres basses du transept, par exemple dans les cathédrales de Lincoln et de Worcester, mais la priorité de cette disposition appartient à l'école de Champagne, car on la voit apparaître vers 1170 dans la chapelle

(1) Le chœur de la cathédrale de Canlorhéry, œuvre de l'architecte Guillaume de Sens, renferme aussi des colonnes géminées.

(2) Une double travée de cette église a été remontée, ainsi que le portail de la façade dans le parc du château de Montgermont, près de Corbeil.

rayonnante centrale de Saint-Remi de Reims. Elle fut également appliquée plus tard dans les bas-côtés à Notre-Dame de Reims, à la cathédrale de Toul, à Villeneuve-sur- Yonne, à Saint-Sulpicc de Favières, et Pierre de Montereau l'adopta dans les collatéraux de l'abbatiale de Saint-Denis (1). On en rencontre un lointain exemple à la cathédrale de Léon, en Espagne. Ce passage se trouve au niveau du dallage et traverse les piles dans la chapelle de l'archevêché de Reims, à l'étage supérieur de la chapelle du croisillon sud à la cathédrale de Soissons, et dans la salle synodale de Sens. Une coursière établie à deux mètres au-dessus du sol suit le mur extérieur dans les chevets de Saint-Urbain de Troyes, de Rieux (Marne), les déambulatoires de la cathédrale d'Auxerre, de Saint-Jean de Sens, dans les bas-côtés de Saint-Martin de Clamecy, dans le transept et le chœur de Notre-Dame de Dijon, parce que l'influence champenoise s'étendit sur une partie delà Bourgogne.

Si 1 école gothique de la Champagne a quelques autres affinités avec l'école gotliique de la Normandie, comme les arcs en lancette (2), les tailloirs circulaires et l'emploi fréquent des triplets sous les formerets, par contre les architectes champenois du XIIP siècle adoptèrent un type de triforium original, dont les arcs trilobés (3) encadrent un trèfle ou un quatre-feuilles découpé à jour dans le tympan, comme à la cathédrale de Troyes, à Brie-(^omte-Robert, dans la nef et le transept de Saint-Quiriace de Provins, dans le chevet de Saint-Urbain de Troyes (4). Ils tirent également un usage très

(1) Ce passage existe également à la cathédrale de Poitiers, à Saint- Martin de Brive, à la chapelle du château de Saint-Germain dont Pierre de Montereau fut peut-être l'architecte.

(2) Dès le XII" siècle, les doubleaux de certaines églises champenoises, comme celles de Saint-Quiriace 'de Provins et de \'oulton, décrivent une courbe en tiers-point très élancée.

(3) Les triforiums trèfles sont plus rares en Bourgogne, mais on peut citer ceux d'Appoignj' et de Semur-en-Auxois.

(4) Autres exemples à Saint-Séverin de Paris et à (^ornieilles-en-\'exin (Seine-et-Oise).

Plan du chœur de Rieux (Marne).

Cathédrale d'Auxerre.

Plan de la chapelle de la Vierge.

précoce de la claire-voie, comme au chevet de la cathédrale de Saint-Urbain deTroyes, à Lagny,et dans l'église abbatiale de Saint-Denis, reconstruite par Pierre de Montereau.

La petite galerie de circulation sous les fenêtres hautes, dont la première idée appartient aux constructeurs anglonormands, l'ut translbrmc'e en un véritable triforium par les arcliitcctes de Notre-Dame-en-Vaux à Chalons, de Saint- Remi de Keims, et du croisillon sud de la cathédrale de Soissons. Cette disposition se propagea dans les cathédrales de Noyon. de l^aon, dans le chœur de Montiérender, dans l'église abbatiale de Mouzon. dans lancienne église de Nijtre-lJanie la Grande, à Valencicnnes et dans lancienne cathédrale de Cambrai : elle est inconnue en Bourgogne. A la cathédrale de Noyon. les chapiteaux des colonnettes de ce passage sont dépourvus de tailloirs, comme dans le triforium des premières travées de la cathédrale et dans la chapelle de Parchevêché, à Reims (1).

Les tri])lets qui éclairent les travées sont rares en Bourgogne, où j'en ai noté deux exemples dans le déambulatoire de Semur-en-Auxois, tandis que les chœurs de Notre-Dameen-Vaux à Chalons et de Saint-Remi de Reims, unis par un lien de parenté avec le croisillon sud de la cathédrale de Soissons. en présentent de nombreux spécimens, ainsi que l'abbatiale de Mouzon (Ardennes) et l'église de Villeneuvele-Comte (Seine-et-Marne). Les tympans ajourés des portails gothiques de la Champagne, comme ceux de la cathédrale de Reims, de Saint-Urbain de Troyes. du croisillon nord de la cathédrale de Soissons. permettent d'attribuer la première idée de cette disposition aux architectes champenois (2). Enfin, les clochers du XHP siècle à quatre pignons, qui dérivent sans doute des clochers rhénans et dont les meilleurs

(1) Les églises romanes de Saint-Léger-aux-Bois et de Tracy-le-Val (Oise) conservent des fenêtres et des arcatures de façade flanquées de colonnettes sans tailloir.

(2) Autre exemple précoce à Taverny (Seine-et-Oise).

types se voient à La Chapelle-sur-Crécy, à Mormant, à Rampillon, à Saint-Gilles d'Étampes, à Emeville (Oise), et à Vasseny (Aisne), achèvent de donner à l'école gothique champenoise un caractère original.

Viollet-le-Duc a fait remarquer, avec raison, que l'emploi de matériaux très résistants, extraits des carrières de la Bourgogne, avait permis aux architectes de cette région d'élever des églises gothiques où l'art de la construction et l'équilibre entre les voûtes, la fonction de leurs supports et le tracé des arcs-boutants étaient poussés aux dernières limites. Jean Langlois, architecte de Saint-Urbain de Troyes, ne put réaliser son audacieuse entreprise qu'en faisant usage de la pierre de Tonnerre. On ne saurait trop mettre en relief l'harmonie des proportions et la perfection de l'appareil des églises bourguignonnes duXIlP siècle.

Les chevets plats, déjà très fréquents au XIP siècle en Bourgogne, comme dans Flle-de-France et la Normandie, se multiplièrent dans le siècle suivant, mais les trois déambulatoires à chapelle rayonnante unique de la cathédrale de Langres, de la cathédrale et de Saint-Germain d'Auxerre, qui servirent de modèle, au XVP siècle, à celui de Saint- Eusèbe, dans la même ville, ne suffisent pas à caractériser le plan des chœurs gothiques bourguignons. La même observation s'applique à la forme des piles des églises de cette région. La colonne isolée (1), le massif cylindrique cantonné de quatre colonnes (2), le pilier flanqué de nombreuses colonnettes (3j s'y rencontrent, comme dans les provinces voisines.

Les ogives et les doubleaux des édifices religieux de la Bourgogne, bâtis dans la seconde moitié du XIP siècle,

(1) Noire-Dame de Dijon, Notre-Dame de Semur.

(2) Premery, Varzy (Nièvre), Semur-en-Auxois.

(3) Saint-Julien-du-Sault, Saint-Jean de Sens, Villeneuve-sur-Yonne, chœur de Saint-Martin de Clamecy, cathédrale de Dijon.

VMollet-le-Duc, del.

Église Notre-Dame de Clamée y.

Triforium de la nef.

LKS licOLKS DK CIIAMPA(JNK KT DK UOt lt(;()(;NK 11

noni pas un profil différent de ceux des églises de la (Champagne, mais des (unemenls variés qui peuvent affecter la forme d'un demi-cercle, d'une volute ou dune tige garnie de feuillages, sont sculptés sur leur sommier afin de dissimuler la retombée des tores sur les tailloirs. On en voit de bons exemples dans les chapelles du transept à Montréal, dans la salle capitulaire de Vézelay, et au XIII* siècle, dans une travée du cloître de Semur, à Villeneuve-sur-Yonne, et à l'entrée de la chapelle de la Vierge à la cathédrale d'Auxerre.

Les formerets des églises gothiques bourguignonnes font généralement une forte saillie sur le mur de fond parce que leurs claveaux encadrent une galerie de circulation très haute, recouverte de dalles de pierre, tandis qu'en Champagne l'arc en tiers-point des formerets épouse la courbe dune voussure en berceau brisé, comme à Saint-Seine (Côte d'Or), à Villeneuve-sur-Yonne et dans le chœur de la cathédrale d'Auxerre, où j'ai déjà signalé d'autres traces de l'influence champenoise (1). L'église Saint-Martin de Clamecy présente des exemples des deux systèmes. La fréquence des culots sous la retombée des voûtes mérite d'être signalée dans l'école gothique bourguignonne, comme dans l'école normande, mais, autour de Caen, les culots gothiques présentent la forme d'un entonnoir coudé orné de feuillages. En Bourgogne, les culots, généralement garnis de tètes, soutiennent souvent des faisceaux de colonnes qui correspondent aux ogives et aux doubleaux, comme dans le chœur de la cathédrale d'Auxerre, à Saint-Père-sous-Vézelay et à Notre-Dame de Semur.

Le triforium gothique bourguignon se rapproche beaucoup de ceux de l'Ile-de-France, mais l'ouverture des petites arcades en tiers-point est plus grande et la galerie, limitée

(1) \'iollet-le-I)uc a fort bien saisi la différence entre ces deux principes de construction. Cf. Dictionnaire d'architecture, t. I\', p. 151.

par un imir de fond, a j>lusdehau(eur. coniino danslo chn'ur de la cathédrale dAuxerre. à Clanriecy et à Notre-Dame de Dijon. Les tètes humaines qui se détachent dans les écoinçons du triforium à Semur-en-Auxois, dans les cathédrales dAuxerre et de Nevers. se répètent également sur le sommier des arcatures. comme dans le rond-point de la cathé-

E. Chauliat. del.

Triforium de Semur.

drale dAuxerre et àXotre-Dame de Dijon. Elles sont parfois remplacées par des crochets, comme à la base du clocher de Saint-Père-sous-Vézelay, ou par des anges, comme dans le triforium de la cathédrale de Xevers.

Le triforium de Saint-Eusèbe d'Auxerre. qui appartient à trois périodes successives du XIIP siècle, rentre dans la

E. Chauliat, del.

Culot à Saint-Père-sous-Vézelay.

Culot à Notre-Dame de Semur.

cali'gorif des tril'orium.s encadirs par un arc de dt'chargc et divisés par deux arcades secondaires, comme les baies d'une tribune, mais dans trois travées, 1 alternance de ses piles octogones et de ses colonnettcs en d(''lit lui donne un caractère très original.

Viollet-le-Due. del.

Ecoinçon d'arcature à Saint-Père-sous-Vézelay.

Les triforiiims bourguignons sont souvent surmontés d'un étroit passage supérieur, notamment à la cathédrale d'Auxerre. à Semur-en-Auxois, à Aotre-Dame de Dijon, à Clamecy et à la cathédrale de Nevers (1 . tandis que cette

(1) C'est encore un trait de ressemblance avec l'école gothique anglonormande, qui a exercé son influence sur les passages supérieurs de Saint- (iermer et de (^hars (Seine-et-()ise).

disposition ne se rencontre en Champagne qu'à Donnemarie et à La Chapelle-sous-Créey (1). A Saint-Seine iCôted'Or .les arcades u-éminêes du triforiuni.dont lécoinçon est ajouré par une rosace sont encadrées par les formerets. Deux baies trétlées et un quatre-feuilles s'ouvrent dans le mur de fond.

â-Cuii-Lniraoî

Viollet-le-Duc, del.

Triforium de Saint-Seine.

L'élévation intérieure de plusieurs églises gothiques bourguignonnes se distingue par un passage qui règne audessus des grandes arcades de la nef. Cette galerie de circulation, qui n'est pas encadrée par des arcades et des

(1) Ou en voit d'autres exemples dans le transept occidental de la cathédrale de Novon, à la cathédrale et à Saint-Gcngoult de Toul.

E. Chauliat, del.

Triforium de Saint-Eusèbe d'Auxerre.

i.i-.s i':(:(>i.i'S DE ciiampa<;ne et de ii(n;ii(;<K;NE 15

culoniicllos. csl souvent hoi-déo (riiuc hiiltisliadf. Klle passo sous les accs-rormerels, (|ui portent les dalles du cIk'neau, comme dans les nefs de Saint-Père-sous-Vézelay, de Villeneuve-sur-Yonne, de Sainl-Julien-du-Sault. de Notre- Dame de Semur, de Saint-Thibault (Côte-d'Or), et de Prémery (Nièvre). Cette disposition, qui existe à Mussy-sur- Seine (Aube), se rencontre également en Normandie, comme à Saint-Pierre de Caen, à l'église abbatiale d'Ardennes, à Longues, près de Bayeux, à Saint- Wandrille, et, plus tard. au Vieux Saint-Rtienne et à Saint-Jean de Caen, mais, ailleurs (1), la haute colonnette et les deux arcades qui remplissent l'espace libre, entre la galerie et les formerets, suflisent à distinguer les passages établis à la place du triforium dans les deux écoles.

Les rosaces des églises bourguignonnes du XllI" siècle sont encore remplies, comme celles du XIP siècle, d'une série de cercles à plusieurs lobes, sauf celle de la façade de Montréal qui est garnie de rayons. Les chapiteaux gothiques bourguignons sont mieux décorés que ceux de la Champagne. Des crochets allongés se détachent élégamment de la corbeille, les feuillages refouillés présentent une heureuse variét(\ La fermeté des profils des tailloirs et des bases est tout à fait remarquable.

Ainsi les caractères de l'école gothique de la Bourgogne sont moins tranchés que ceux de l'école gothique champenoise. Elle fit à sa voisine de nombreux emprunts, mais elle s'en distingue nettement par certaines particularités. Rien ne serait plus utile, aujourd'hui, que d'écrire une étude d'ensemble sur les écoles romanes et gothiques de la France en s'attachant à bien faire comprendre leurs caractères essentiels, leurs différences et les influences qu'elles ont exercées au delà de leurs limites.

(1) Nef de la catliédrale de liayeiix, chœur et transept de la cathédrale de Coulaiices, passage supérieur de la nef à la cathédrale de Rouen dans son état primitif.

Caen. — Imprimerie H. Delesques, rue Demolombe, 34.

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