PLANCHE V
Myrmécide, horloger de Paris» qui vivait au commencement du xvi* siècle, a signé un grand nombre de montres-on' forme de croix pectorale; il est probable qu’il en fut l'inventeur. Ces montres eurent beaucoup de succès pendant le règne de François 1" et de ses successeurs. Ce succès n’étnit même pas tout à fait épuisé sous Louis XIV. J’ai eu entre les mains plusieurs spécimens de ces sortes de montres fabriquées sous ce règne; elles étaient pour la plupart en cristal de roche taillé à facettes; j'en ai vu aussi eu or et en argent. Ces dernières étaient lourdes, disgracieuses; les cadrans étaient tout unis du mal gravés, par conséquent elles ne (louvoient -pas soutenir la comparaison avec les gracieuses et fines petites montres en forme de croix latine, que les abbesses et les prélats portaient dans le cours du xvi* siècle; c’est que cent aqs salaient écoulés, c’est que, si les sciences exactes et les belles-lettres avaient progressé pendant ces cent années, les beaux-arts n’avaient pas marché dans le même sens; Benvenulo et ses élèves, le Primalice et Jean Goujon, Pierre Lescot et Germain Pilon avaient emporté leur talent dans la tombe; en un mot la llenaissanre n’existait plus.
Fin u re t
Cette montre est en argent doré, elle est gravée en champ-levé sur toutes ses faces. Le couvercle, qui s'ouvre à charnière du côté du cadran, représente extérieurement le Christ en croix ; sur le couvercle opposé est la vierge Marie tenant l’Enfant divin dans ses bras; elle est entourée par les quatre évangélistes. Le cadran est fort beau. Les heures sont tracées sur un anneau plat en or, au centre duquel sont un vieillard, une jeune femme et un auge;
le vieillard est debout, l’ange se tient à genoux et regarde la jeune femme dont les yeux sont modestement baissés. L'artiste a voulu sans doute représenter l'Annonciation. Nos pères, on le sait, au moyen âge et à la renaissance, mêlaient souvent le sacré et le profane, et l’on trouve, sans en être étonné, en dehors du cercle des heures de celte montre, un amour gracieusement étendu sur des fleurs, un satyre et deux autres figures appartenant à lu un thologie païenne.
Le mouvement d'horlogerie de cette pièce accuse uue main très-habile de la fin du xvi’ siècle.
figure 2
La seconde montre, en croix latine, fut faite à Prague au commencement du xvn* siècle par Johann Uaugcl, Scbalcck. Ello est eu cristal de roche, le cadruu seul est en métal, la gravure ne vaut pas à beaucoup près celle de la montre que nous venons de décrire, mais le mécanisme intérieur est mieux fait et peut donner l'heure avec plus d’exactitude ; il est donc bien vrai que si fart proprement dit dégénérait au xvu’ siècle, la science mécanique était en progrès.
figure 3
La troisième montre est en argent repoussé; le cadran est en émail, ce qui prouvo qu'elle est du xvn* siècle ; cependant les ornements ne manquent pas de distinction. Le mouvement porte lu corde de boyau, le coq est à jour et la ciselure en est belle. Cette montre n'est pas signée.