OBJETS DIVERS
La réunion des objets divers dont on va, plus bas, connaître le détail, est loin sans doute de pouvoir rivaliser comme ensemble avec les objets antiques, ni, peut-être, avec les médailles et monnaies qui figurent dans la collection de M. Auguste Dutuit. Toutefois, ils ne paraîtront pas sans importance; ils sont surtout très-variés. On y rencontre plusieurs spécimens des faïences de Luca délia Robbia, deux terres cuites de Jean de Bologne, d’après Michel-Ange, un beau bassin siculo-arabe et des faïences italiennes de la meilleure époque. Cette collection offre ensuite un certain nombre de pièces d’orfèvrerie et des bijoux du xvi° siècle. Les émaux de Limoges, quoique peu nombreux, sont d’une qualité distinguée. On y trouve aussi des verres de Venise, d’anciens bronzes italiens et français, quelques brillants échantillons de l’argenterie des règnes de Louis XV et de Louis XVÏ. Cette réunion se complète par des plats de Perse et autres faïences du même pays. Une croix abyssinienne ayant appartenu à Théodoros, et provenant de la prise de Magdala, n’en est pas un des moindres ornements. Maintenant qu’il nous suffise de dire que presque tout cet ensemble provient des collections Demidoff, Castellani, comte Larderel, Louis Fould Raifé, de Théïs, Saint-Seine, Piot, Oppenheim et Pichon.
Il ne nous reste plus qu'à faire ressortir l’utilité d’une semblable publication. Nous ignorons si les expositions rétrospectives ont encore un long avenir. Le nombre des objets nouveaux que l’on peut exposer diminue constamment; les ventes qui les renouvellent deviennent de plus en plus rares, et le goût du public peut s'émousser en revoyant
trop souvent les mêmes choses. Cependant presque rien ne conserve le souvenir de ces brillantes réunions. En i86f, l’Union centrale popularisa réellement en France ce genre de curiosité. Aujourd’hui on ne peut se faire qu’une bien faible idée de ce qu’était cette superbe exhibition. Il n’en resterait que peu de chose, si M. Double n’avait eu l’heureuse idée de publier le catalogue de ce qu’il avait exposé , sous le titre : Un Mobilier historique des xvii0 et xviii0 siècles. La plume brillante du bibliophile Jacob , et les figures dont il est orné , donnent un nouveau prix à ce livre introuvable puisqu’il n’a été tiré qu’à cinquante exemplaires; mais, d’un autre côté, qui se souvient de la salle non moins brillante du marquis d’Hertford, de la collection d’armes de l’Empereur, et de tant d’autres chefs-d’œuvre ? Il est vrai qu’il existe encore un catalogue spécial de la salle polonaise, mais sans aucune figure. On nous rappellera sans doute que dans toutes ces expositions il est dressé un catalogue officiel , mais nous n’avons pas besoin de faire remarquer qu’ils sont tous le plus souvent sommaires et incomplets, et, en outre, que la reproduction, dans certains recueils, d’objets exposés, ne donne pas toujours une idée satisfaisante des originaux. Ces simples réflexions peuvent s’adresser jusqu’ici à toutes nos expositions rétrospectives.
L’Exposition de 1867 était supérieure sans doute à celle-ci. On avait fait appel non-seulement à la France, mais à l’étranger. Cependant, aujourd’hui, malgré quelques articles de journaux, le rapport de M. du Sommerard et le catalogue dressé par M. Darcel, se souvient-on de la brillante salle des émaux de Limoges et de tant d’autres non moins belles; de la magnifique aiguière, avec son plateau, achetée, dit-on, 160,000 francs par M. de Rothschild; de cette superbe vasque en faïence italienne qui ne resta que deux ou trois jours exposée et qui, acquise par un des membres de la famille Rothschild, disparut immédiatement? A-t-on même, à présent, une idée suffisante des
splendides cristaux de roche de l’empereur d’Autriche, du harnais que portait le cheval d’un roi maure, de l’ostensoir du roi de Portugal et des ornements d’église de la Moldo-Valachie ?
L’exposition faite au Palais-Bourbon, au profit des Alsaciens-Lorrains, méritait certainement qu’on en gardât un durable souvenir ; dans peu de temps se rappellera-t-on la riche exposition de tableaux qui ornait l’ancienne galerie de M. de Morny; la magnifique salle ouverte par la famille Rothschild et celle non moins brillante que montrait ensuite Sir Richard Wallace, pour remplacer la première que les propriétaires avaient enlevée avant la clôture , ainsi que beaucoup d’autres chefs-d’œuvre que nous ne pouvons mentionner ici ? Nous exprimons les mêmes regrets pour les deux dernières expositions de l’Union centrale.
De l’Exposition de 1869, il ne demeure peut-être que le Souvenir de M. Dutuit, qui a essayé d'en faire revivre quelques parties; tout le reste s’est pour ainsi dire évanoui.
L’Exposition de 1878 est sans contredit des plus remarquables; mais qu’en restera-t-il dans quelques années peut-être, une ombre fugitive qui ne tardera pas à se dissiper. M. Auguste Dutuit s’est au moins proposé de conserver ce qui le concerne; il serait heureux que d’autres collectionneurs eussent aussi la même pensée , surtout en faisant reproduire bon nombre des splendides objets qui figurent dans leurs vitrines. C’est ainsi que ces exhibitions auraient un but réellement utile, et pourraient servir aux hommes de talent qui font tous leurs efforts pour maintenir à la France sa prééminence dans le domaine des beaux-arts.
Nous ne faisons que suivre en cela l’exemple de l’Angleterre qui, après avoir eu l’initiative des expositions rétrospectives, les voit se renouveler chaque année à South-Kensington. Elles revivent ensuite dans de très-beaux catalogues illustrés.
COLLECTION AUG. DUTUIT
fhototypie dir Moniteur
iS, puai Voltaire , Thrù.