PAR LES CROISE'S
E gouvernement féodal de France avajt produit , comme on l'a vu , bien des Conquérans. Un Pair de France Duc de Normandie, avait fubjugué l'Angleterre; de fimplcs gentilshommes la Sicile : & parmi les Croifés , des Seigneurs de France avaient eu pour quelque tems Antioche & Jérufalem. Enfin Bai(~ douin , Pair de France & Comte de Flandres , avait pris Conftantinople. -Nous avons vu les Mahométans d'Aile céder Nicée aux Empereurs Grecs fugitifs. Ces Mahométans même s'alliaient avec les Grecs contre les Francs & les Latins leurs communs ennemis ; & pendant ces tems-là les irruptions des Tartares dans l'Aile & dans l'Europe empêchaient les Mululmans d'oprimer ces Grecs. Les Francs , maîtres de Conftantinople, clifaient leurs Empereurs, les Papes les confirmaient.
iiis, Pierre de Court diay , Comte d'Auxerre , de la maifon de France , ayant été élu , fut couronné & facré dans Rome par le Pape Honoritis III.
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Les Papes fe flataient alors de donner les Empires d'Orient & d'Occident. Ou a vu ce que c'était que leur droit fur l'Occident , & combien de fang coûta cette prétention. A l'égard de l'Orient , il ne s'aghfait guère que de Conftantino-* pie , d'une partie de la Thrace & de la Theflalie. Cependant le Patriarche Latin , tout fournis qu'il était au Pape , prétendait qu'il n'apartenait qu'à 1 lui de couronner fes maîtres , tandis que le Patriarche Grec (logeant tantôt à Nicée , tantôt à Andrinople , anatématifait & l'Empereur Latin & le Patriarche de cette Communion, & le Pape mê^ me. C'était fi peu de chofe que cet Empire La- ' tin de Conftantinople , que Pierre de CourtetMy, . en revenant de Rome, ne put éviter de tom-* ber entre les mains des Grecs , & après fa mort fes fucceifeurs n'eurent précifement que la ville de Conftantinople & fon territoire. Des Fran-m*. çais poiîédaient l'Achaïe ; les Vénitiens avaient la Morée.
ConftantinopLe autrefois fi riche , était devenue fi pauvre, que Baudouin IL (j'ai peine à le nommer Empereur ) mit en gage pour quelque argent entre les mains des Vénitiens la couronne d opines de Jesus-Christ , fes langes , fa robe , fa ferviette , fon éponge , & beaucoup de morceaux de la vraie croix. Si. Louis retira ce& gages des mains des Vénitiens , & les plaça dans la fainte Chapelle de Paris , avec d'autres reliques , qui font des témoignages de piété plutôt que de la connaiilance de l'antiquité.
On vit ce Baudouin IL verni' en ^124^. au
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Concile de Lyon, dans lequel le Pape Innocent IV. excon*munia fi folemnellement Frédéric IL II y implora vainement le fecours d'une croifade, & ne retourna dans Conftantinopie que pour la voir enfin retomber a*u pouvoir des Grecs fes légitimes pofTefleurs. Michel Falèologue, Empereur & tuteur du jeune Empereur Lafcaris , reprit la ville par une intelligen- .1161. ce fecréte. Baudouin s'enfuit enfuite en France , où il vécut de l'argent que lui valut la vente de fon Marquifat de Namur qu'il fit au Roi St. Louis. Ainfi finit cet Empire des croifes.
Les Grecs raportèrent leurs mœurs dans leur Empire. L'ufage recommença de crever les yeux. Michel Falèologue fe fignala d'abord en privant fon pupille de la vue & de la liberté. On le fervait auparavant d'une lame de métal ardente : Michel employa le vinaigre bouillant, & l'habitude s'en conferva ; car la mode entre ju£ ques dans les crimes.
Falèologue ne manqua pas de fe faire abfoudre folemnellement de cette cruauté par fon Patriarche & par fes Evèques, qui répandaient • des larmes de joie, dit -on, à cette pieufe cérémonie. Falèologue fe frapait la poitrine , demandait pardon à Dieu, & fe gardait bien de délivrer de prifon fon pupille & fon Empe-
rcur.
Quand je dis que la fuperflition rentra dans Conftantinople avec les Grecs, je n'en veux ï>our preuve que ce qui arriva en 1284. Tout l'Empire était divifé entre deux Patriarches.
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L'Empereur ordonna , que chaque parti prèfen* terait à Dieu un mémoire de fes raifons dans Jte. Sophie, qu'on jetterait les deux mémoires dans un brader béni , & qu'ainfî la volonté de Dieu fe déclarerait Mais la volonté céiefte ne fe déclara qu'en lanTant brûler les deux papiers, & abandonnât les Grecs à leurs querelles éccléfiaftiques.
L'Empire d'Orient reprit cependant un peu de vie. La Grèce lui était jointe avant les Croifadesj mais il avait perdu prefque toute l'Afie mineure & la Syrie. La Grèce en fut fëparée après les Croifades , mais un peu de l'Afie mi* neure reftait.
Tout le refte de cet Empire était pofledé par des Nations nouvelles. L'Egypte était devenue la proie de la milice des Mammelucs compofée d'abord d'efclaves & enfuite de conquérants. C'étaient des foldats ramafies des côtes Septentrionales de la mer Noire: & cette nouvelle forme de brigandage s'était établie du tems de la captivité de S/. Louis. v
Le Califat touchait à fa fin dans ce treizième fiécle , tandis que PJEmpire <Je Conftantin parvenait vers la fienne. Vingt ufarpateurs nouveaux déchiraient de tous côtés la Monarchie fondée par Mahomet, en fe foumettant à fa Religion. Et enfin ces Califes de Babilone, nommés les Califes Abaffides, furent entièrement dé* truits par la famille de Gejtgis-kan.
11 y eut ainû* dans les douzième & treizième ficelés une fuite de dévaluations non interrompue
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pue dans tout l'hémifphère.. Les Nations fe précipitèrent les unes fur les autres par des émigrations prodigieufes , qui ont établi peu à , peu de grands Empires. Car tandis que les Croifés fondaient fur la Syrie , les Turcs minaient les Arabes , & les Tartares parurent enfin, qui tombèrent fur les Turcs, fur les Arabes, fur les Indiens, fur les Chinois. Ces Tartares conduits par Gengis-kan §c par {es fils , changèrent la face de toute la grande A fie , tandis que l'Aile mineure & la Syrie étaient le tombeau des Francs & des Sarrazins. ;
Fin du Tome premier.