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les égorger en chemin ? Qui les aurait mallacrés '< A quel propos cette boucherie dans un temps où Ton ne perfécutait pas , dans l'époque' de la plus grande tranquilité de i'Eglife , tandis que fous les yeux de Dioclétim même à Nicomédie vis-à-vis ibn palais les Chrétiens avaient un Temple fupcrbe '< La profonde paix & la //bertè entière dont nous jouijfions , dit Eufèbe ; nous jit tomber dans le relâchement. Cette profonde paix , cette entière liberté s'accorde-t - elle avec le maiîacre de lix - mille - îix - cent foldats ? Si ce Fait incroiable pouvait être vrai, Eufèbe Peut -il pafle fous fileuce ? Tant de vrais Martirs ont îcellé l'Evangile de leur fang, qu'on ne doit point faire partager leur gloire à ceux qui n'ont pas partagé leurs fouffrances. Il eft certain que Dioclétien les deux dernières années de fon Empire , & Galerius quelques années encor après , perfécutèrent violemment les Chrétiens de PAfie mineure & des contrées voilines. Mais dans les Efpagnes , dans les Gaules , dans l'Angleterre, qui étaient alors le partage de Confiance Clore , loin d'être pourfuivis , ils virent leur Religion dominante , & Eufèbe dit que Maxence élu Empereur à Rome en 306, ne perlée uta perfonne.
Ils fervirent utilement Conjrance Clore qui les protégea , & dont la femme Hé Lue embralïa publiquement le Chriftianiime. Ils firent donc alors un grand parti dans l'Etat. Leur argent, & leur armes contribuèrent à mettre Conjlantin fur le trône. C'eft ce qui le rendit odieux au Sénat , au peuple Romain , aux Prétoriens qui tous avaient pris le parti de Maxence fon concurrent
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entrent à l'Empire. Nos Hiftoriens i-npelleiit Maxence, Tir an , parce qu'il fut malheureux. Il eft pourtant certain qu'il était véritable Empereur, puifque le Sénat & le peuple Romain l avaient proclamé.
Le régne de Conftantin eft une époque glorieufe pour la Religion qu'il rendit triomphante. On n'avait pns befoin d'y joindre des prodiges, comme l'apparition du Labarwn dans les nuées, fans qu'on dife feulement en quel pais cet étendait apparut. Il ne fallait pas écrire que les gardes ,du Labarwn ne pouvaient jamais être bief, les. Le bouclier tombé du Ciel dans l'ancienne Rome , F Oriflamme apporté à St. Denis par un Ange , toutes ces imitations du Palladium de Troye ne fervent qu'à donner à la vérité l'air de la fable. De lavants Antiquaires ont fuffHara- 'ment réfuté ces erreurs que la Philofophie deC avoue , & que la critique détruit. Attachons nous feulement à voir comment Rome ccila d'être Rome.
Qonjlmtin devenu Empereur malgré les Romains , ne pouvait être aimé d'eux. Il eft évident que le meurtre de Licinius Ion beau-frere allàiftné malgré la foi des ferments , Licimen fon neveu malfacré à l'âge de douze ans , Maximien fon beau-pére égorgé par Ion ordre à Marfeiiîc , fon propre Ris Crifptts mis a mort après lui avoir gagné des batailles , fon époufe Faufta étoufée dans un bain, toutes ces horreurs n'adoucirent pas la haine qu'on lui portait. C'cft probablement la raifbn qui fit transférer le fiége de l'Empire à Bizance. On trouve dans le C6-
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de Théodollen un edit de Conjiantîn où il déclare qiiil a fondé Conjiant'mople par ordre d§ Dieu. Il feignait ainfi une révélation pour impofcr filence aux murmures. Ce trait feul pourait taire connaître (on caractère. Nôtre avide curiofitc voudrait pénétrer dans les replis du cœur d'un homme tel que Confiantin , par qui tout changea bientôt dans l'Empire Romi iu , féjour du trône , mœurs de la Cour , ufages , langage, habillements , administration , Religion. Comment démêler celui qu'un parti a peint comme le plus criminel des hommes , & un autre comme le plus vertueux ? Si on peu le qu'il fit tout fervir à ce qu'il crut fon intérêt , on ne fe trompera pas.
De favoîr s'il fut caufe de la ruine de l'Empire , c'eft une recherche digne de vôtre efprit. Il parait évident qu'il fit la décadence de Rome. Mais en transportant le trône fur le Bofphore de T h race , il polait dans l'Orient des barrières contre les in valions des Barbares qui inondèrent l'Empire fous fes fuccelfeurs , & qui trouvèrent l'Italie fans défenfé. Il femble qu'il ait immolé l'Occident à "l'Orient. L'Italie tomba quand Conftaiitinople s'éleva. Ce ferait une étude curieufè & inftrudive que Phiftoire politique de ces temps - là. N ous n'avons guères que des fatires & des panégiriques. C'eft quelquefois par les panégiriques même qu'on peut trouver h vérité. Par exemple , on comble d'éloges Confiât*, tin pour avoir fait dévorer par les bei.es féroces dans les jeux du Cirque tous les Chefs des Francs avec tous les prifamuers qu'il avait faits dan*
une
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nue expédition fur le Rhin. Ceft ainfi que furent traités les prédécelfeurs de Clovis & de Char-* îemcgne. Les écrivains qui ont été allez lâches pour louer des a&ions cruelles , conftatent au moins ces actions, & les lecteurs fnges les jugent. Ce que nous avons déplus détaillé fur l'hiitoirc de cette révolution , e(t ce qui regarde l'établit fenunt de L'Eglife & fcs troubles.
Ce qu'il y a de déplorable , c'eit qu'à peine la Religion Chrétienne fut fur le trône, que la fàintcté en fut profanée par des Chrétiens indignes de ce nom , qui fe livrèrent à la foif de la vengeance , lors même que leur triomphe devait leur infpirer l'efprit de paix. Ils malîacrèrent dans la Syrie & duis la Paleftine tous les Mugit trats qui avaient fevi contre eux ; ils noyèrent la femme & la fille de Maximin, ils firent périr dans les tourments fes fils, & fes parents. Les querelles au fujet de la Conftibjtantiabilité du Verbe troublèrent le monde & î'enfanglantèrent. Enfin Am- MhwMarcellin dit que les Chrétiens de fon temps fe déchiraient entre eux comme des bêtes féroces. Il y avait de grandes vertus qu'Ammimi ne remarque pas : elles font prefque toujours cachées , fur-tout à des yeux ennemis, & les vices éclatent.
| L'Eglife de Rome fut préfervée de ces crimes & de ces malheurs ; elle ne fut d'abord ni puilfànte , ni fouillée , elle relta longtems tranquile & fage au milieu d'un Sénat & d'un peuple idolâtre. Il y avait dans cette capitale du monde connu fept-cent Temples grands ou petits dédiés aux Dieux ?najorum & minorum gentium. Ils
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fubfiftèrent julqu'à Tt)éodqfei & les Peuples de la campagne perforèrent longtcms après lui dans leur ancien cuite. C'elt ce qui Et donner aux (éclateurs de l'ancienne Religion le nom de Payent , Fagmii* du nom des bourgades appellées pagi , dans lefquclies on lama lubliiter l'Idolâtrie jufqu'au huitième iïécle.
On lait ailez fur quelle impolhire efr. fondée la donation de Von fiant in ; mais on ne fait point allez combien cette împofture a été Longtems accréditée. Ceux qui la niaient , furent fouvent punis en Italie & ailleurs. Qui croiroit qu'en 1478. il y eût des hommes brûles à Strasbourg pour avoir combattu cette erreur ?
Conjlantin donna en elfet , non au feul Evoque de Rome , mais à la Cathédrale qui était FEglife de St. Jean , mille marcs d'or , & trente - mille d'argent , avec quatorze-mille fous de rente , & des terres dans la Calabre. Chaque Empereur enfiiite augmenta ce patrimoine. Les Evèques de Rome en avaient befbin. Les mi£ fions qu'ils envoyèrent bientôt dans l'Europe Payenne , les Evèques chaffés de leurs fiéges, auxquels ils donnèrent un azile , les pauvres qu'ils nourrirent , les mettaient dans la nécetfvé d'être très-riches. Le crédit de la place fupérieur aux richeifes , fit bientôt du pal tour des Chrétiens de Rome , l'homme le plus confidérable de l'Occident. La pieté avait toujours accepté ce Miniftére ; l'ambition le brigua. On fe difputa la Chaire , il y eut deux Antipapes des le milieu du quatrième liécle , & le Conful Prétextât idolâtre duàit en 466 ; faites-moi Froêptt de. Rome , &jc me fais Chrétien* Ce-
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Cependant cet Evèque n'avoit d'autre pouvoir que celui que peut donner la vertu , le crédit, ou l'intrigue dans des circonnSmces favorables. Jamais aucun parleur de l'Eglife n'eut la jurifdidion contentieufe , encor moins les droits régaliens. Aucun n'eut ce qu'on appelle jus terrendi , ni droit de territoire , m droit de prononcer do , dico , aâdko. Les Empereurs réitèrent les Juges fuprémes de tout , hors du dogme. Ils convoquèrent les Conciles. Conjlantm à Nicée reçut & jugea les aceufations que les Evèques portèrent les uns contre les autres.
Le titre de Souverain Pontife refta même attaché a l'Empire.
Quand les Goths s'emparèrent de Rome après les Herules , quand le célèbre Théodoric non moins puifllmt que le fut depuis Charlemugne , eut établi le liège de Ion Empire à Ravciuic au commencement de nôtre fîxiéme fiécle , fans prendre le titre d'Empereur d'Occi- I dent qu'il eut pu s'arroger ; il exerça fur les
Romains précifément la même autorité que les Céjars , confervant le Sénat , laiHant fiibfifter la liberté de Religion, foumettant également aux Loix civiles, Ortodoxes , Ariens, & Idolâtres , jugeant les Goths par les loix Gotiques , & les Romains p;ir les loix Romaines , prélidant par fes commiiïaircs aux élections des Eveques , défendant la fimonic , .appaifant des Ichifmes. Deux Papes fe difputaient la Chaire Eoilcopale ; il nomma le Pape StWttiaque , & ce Pnpe Simmaqne étant acculé, il le fit juger par les mijji dominici.
* ■ Atalot*
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Atalaric fon fils régla les élections des Papes , & de tous les autres Métropolitains de fes Roïaumes par un édit qui fut obfervéj édit rédigé par Ca/Jiodore fbn Miniftre , qui depuis fe retira au mont-Cafîin , & embrafla la régie de St. Benoît ; édit auquel le Pape Jean IL fe fournit fans difficulté.
Quand Bêlizaire vint en Italie, & qu'il la remit fous le pouvoir Impérial , on fait qu'il exila le Pape Silverius , & qu'en cela il ne pa(Ta point les bornes de fon autorité , s'il pa{fa celles de la juitice. Bêlizaire* & enfuite Narfès, aïant arraché Rome au joug des Goths , d'autres barbares, Gépides, Francs, Germains, inondèrent l'Italie. Tout l'Empire occidental était dévafté & déchiré par des fauvages. Les Lombards établirent leur domination dans toute l'Italie citérieure. Albouin fondateur de cette nouvelle Dinaltie , n'était qu'un brigand barbare ; mais bientôt les vainqueurs adoptèrent les mœurs, la politelfe , la langue, la Religion des*vaincus. C'eft ce qui n'était pas arrivé aux premier»
Francs , aux Bourguignons qui portèrent dans les Gaules leur langage groifier , & leurs mœurs encor plus agreftes. la nation Lombarde était d 'abord compofée de Payens & d'Ariens. Leur Roi Rotharis publia vers l'an 640. un édit qui donna la liberté de profeffer toutes fortes de Religions , de forte qu'il y avait dans prefque toutes les villes d'Italie un Evëque Catholique , & un Evêque Arien , qui laiflaient vivre pailiblement les idolâtres répandus encor dans les vil- Jages.
JJ. G. Tom.L E Le
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Le roïaumc de Lombardie s'étendait depuis le Piémont jufqu'à Brindes & à la terre d'Otrante ; il renfermait . Bénévent , Bari , Tarente j mais il n'eut ni la Pouille , ni Rome , ni Ravenne. Ces pais demeurèrent annexés au faible Empire d'Orient. L'églife Romaine avait donc repalfé de la domination des Goths à celle des Grecs. Un Exarque gouvernait Rome au nom de PÊmpereur > mais il ne réfidait point dans cette ville prefqu'abandonnée à elle-même. Son féjour était à Ravcnne d'où il envoïait fes ordres au Duc ou Préfect de Rome , & aux Sénateurs qu'on appellait encor Pérès Confcripts. L'apparence du gouvernement muiûcipal fubfif. tait toujours dans cette ancieime Capitale fi déchue 5 & les fcntiments républicains n'y furent jamais éteints. Ils (è fou tenaient par l'exemple de Vénife , République fondée d'abord par la crainte & par la mifcre , & bientôt élevée par le commerce, & par le courage. Vénife était déjà fi puif. fùnte qu'elle rétablit au huitième fiéclc V Exarque Scolaflicus qui avoit été chafTé de Ravenne.
Quelle était donc aux feptiéme & huitième fiécles la fituation de Rome ? Celle d'une ville malheureufe , mai défendue par les Exarques , continuellement menacée par les Lombards, & rcconnailfant toujours les Empereurs pour fes maîtres. Le crédit des Papes augmentait dan& Ja défolation de la ville. Ils en étaient fouvent les confolateurs & les Pérès , mais toujours fujets; ils ne pouvaient être confacrés qu'avec la permilfion exprelfe de V Exarque. Les formules par lefquelles cette permifiion était demandée &
accor-