‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 40 sur 89 · HENRI V · texte numérisé non relu

HENRI V

que les papes aux troubles de l'empire, & à la révolte des enfants contre leurs pères.

La force des grands s'accrouTait de la faiblefle du trône. Ce gouvernement féodal était à-peu-près le même en France & en Aragon. Il n'y avait plus de royaume en Italie. Tous les feigneurs s'y cantonnaient. L'Europe était toute hériffée de châteaux , & couverte de brigands. La barbarie & l'ignorance régnaient. Les habitants des campagnes étaient dans la fervitude , les bourgeois des villes méprifés & rançonnés } & à craelques villes commerçantes près en Italie , l'Europe n'était d'un bout à l'autre qu'un théâtre de miferes.

La première que Fait Henri V dès qu'il s'eft fait couronner , eft de maintenir ce même droit des inveftitures , contre lequel il s'était élevé pour détrôner fon père.

Le pape Paierai étant venu en France , va jufqu'à Châlons en Champagne pour conférer avec les princes & les évêques Allemands , qui y viennent au nom de l'empereur.

Cette nombreufe ambaflade refufe d'abord de faire la première vifite au pape. Ils Ce rendent pourtant chez lui à la fin. Brunon, archevêque de Trêves , foutient le droit de l'empereur. Il était bien plus naturel qu'un archevêque reclamât contre ces investitures & ces hommages , dont les évêques fe plaignaient tant * mais l'intérêt particulier combat dans toutes les occalions l'intérêt général

Ces quatre années ne font guère employées qu'à des guerres contre la Hongrie & contre une partie de la Pologne j guerres fans fujet , fans grand fuccès de part ni d'autre , qui hniffent par la laffitude de tous les partis , & qui laûTent les chofes comme elles étaient.

L'empereur à la fin de cette guerre , époufe la fille de Henri I roi d'Angleterre, fils & fécond fuccefleur de Guillaume le conquérant. On prétend que fa femme eut pour dot une fomme qui revient à environ neuf cent mille livres fterlings. Cela compoferait plus de cinq millions d'écus d'Allemagne d'aujourd'hui ,

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& de vingt millions de France. Les hiftoriens manquent tous d'exaétitude fur ces faits-, & l'hiftoire de ces tems-là n'eft que trop fouvent un ramas d'exagérations.

Enfin l'empereur penfe à l'Italie & à la couronne impériale : & le pape Pafcal fécond , pour l'inquiéter , renouvelle la querelle des inveftitures.

Henri V envoie à Rome des ambafTadeurs , foivis d'une armée. Cependant il promet par un écrit confervé encor au Vatican , de renoncer aux inveftitures , de laiflcr aux papes tout ce que les empereurs leur ont donné ; & ce qui eft. allez étrange , après de telles foumiffions , il promet de ne tuer , ni de mutiler le fouverain pontife.

Pafcal II , par le même a&e , promet d'ordonner aux évêques d'abandonner à l'empereur tous leurs fiefs relevants de l'empire î par cet accord , les évêques perdaient beaucoup : le pape & l'empereur gagnaient.

Tous les évêques d'Italie & d'Allemagne qui étaient à Rome , proteftant contre cet accord , Henri y , pour les appaifer 9 leur propofe d'être fermiers des terres dont ils étaient auparavant en pofleffion. Les évêques ne veulent point du tout être fermiers.

Henri V , îafle de toutes ces conteftations , dit <nfil veut être couronné & facré fans aucune condition. Tout cela fe paflaitdans l'églife de St. Pierre pendant la méfie j & à la fin Je la méfie lVmpereur fait arrêter le pape par fes gardes.

Il fe fait un foulévement dans Rome en faveur du pape. L'empereur eft obligé de fe fauver* il revient fur le champ avec des troupes j donne dans Rome un iànglam combat $ tue beaucoup de Romains , & -fûrtout de prêtres , •& emmené le pape prifonnier avec quelques cardinaux.

Pafcal fut plus doux en prifon qu'à l'autel. Il fit tout ce que l'empereur voulut. Henri V , au bout de deux mois, reconcktit à Rome le faim père à la tête de fcs troupes. Le pape le courenne empereur le 1 5 Avril , & lui donne en même tems la bulle , par laquelle il lui confirme le droit des inveftiturts. fl eft remarquable qu'il ne lui donne dans cette bulle que le titre de diU3ion. Il l'eit encor plus , que l'empereur & le pape communièrent de la même -hoflie , & que le pape dit en donnant Annales de £EmpireP S

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la moitié de lTioftie à l'empereur : comme cette partie du facrement ejl divifée de Vautre , que le premier de nous deux qui rompra la paix [oit féparé du royaume de JESUS-CHRIST.

Henri V achevé cette comcdie , en demandant au pape la permiflion de faire enterrer Ton père en terre fainte , lui aflurant qu'il eil mort pénitent -, & il retourne en Allemagne faire les obfeques de Henri IV , fans avoir affermi fon pouvoir en Italie.

Pafcal II ne trouva pas mauvais que les cardinaux, & fes légats dans tous les royaumes , défavouaffent fa condefcendance pour Henri V.

Il afTemble un concile dans la bafîlique de St. Jean de Latran; Là , en préfence de trois cents prélats , il demande pardon de fa faibleflè , offre de fe démettre du pontificat , caffe , annulle tout ce qu'il a fait, & s'avilit lui-même pour relever l'églife.

Il fe peut que Pafcal II , & fon concile , n'euffent pas fait cette démarche , s'ils n'eufTent compté fur quelqu'une de cesrévolutions qui ont toujours fuivi le facre des empereurs. En effet , il y avait des troubles en Allemagne au ni jet du fife impérial} autre fource de guerres civiles.

Lothaire , duc de Saxe , depuis empereur, eft à la tête de la fa&ion contre Henri V. Cet empereur ayant à combattre les Saxons , comme fon père , cfr. défendu comme lui par la maifon de Suabe. Frédéric de Stauffen , duc de Suabe , père de l'empereur Barberouife , empêche Henri V de fuccomber*

Les ennemis les plus dangereux de Henri V font trois prêtres £ le pape en Italie , l'archevêque de Mayence , qui bat quelquefois, fes troupes , & l'évêque de Vurtzbourg Érlang , qui envoyé par lui aux ligueurs , le trahit, & fe range de leur côté.

Henri. Y vainqueur , met l'évêque de Vurtzbourg Erlang ai»

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ban de l'empire. Les évêques de Vurtzbourg fe prétendaient feigneurs direéb de toute la Franconie ; quoiqu'il y eût des ducs , & que ce duché même appartint à la maifon impériale.

Le duché de Franconie eft donné à Conrad , neveu de Henri V. Il n'y a plus aujourd'hui de duc de cette grande province , non plus que de Suabe.

L'évêque Erlane fe défend longtems dans Vurtzbourg , difpute les remparts l'épee à la main, & s'échappe quand .la ville eft prife.

La fameufe contfefle Mathilde meurt , après avoir renouvelle la donation de tous fes biens à l'églife romaine.

L'empereur Henri V , déshérité par fa coufine , & excommunié par le pape , va en Italie fe mettre en polie f fi on des terres de Mathilde , & fe venger du pape. Il entre dans Rome , & le pape s'enfuit chez les nouveaux valfaux & les nouveaux protecteurs de l'églife , les princes Normands.

Le premier couronnement de l'empereur parauTant équivoque , on en fait un fécond qui l'eft bien davantage. Un archevêque de Brague en Portugal , Limoufin de naiflauce , nommé Bourdin, s'avife de facrer l'empereur.

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Henri après cette cérémonie , va s'aflurer de la Tofcane. Pafcal II revient à Rome avec une petite armée des princes Normands. Il meurt , & l'armée s'en retourne après s'être fait payer.

Les cardinaux feuls élifent Caietan , Gelafe IL Cincio , conful de Rome , marquis de Frangipani , dévoué à l'empereur , entre dans le conclavfe l'épée à la main , faifit le pape à la gorge , Uaccable de coups , le fait prifonnier. Cette férocité brutale met Rome en combuftion. Henri V va à Rome; .Gelafe fe retire en France ; l'empereur donne le pontificat à fon Limoufin Bourdin. •

Gelafe étant mort au concile de Vienne, en Dauphiné , les

cardinaux qui étaient à ce concile, élifent conjointement avec les évêques, & même avec des laïcs Romains qui s'y trouvaient , Gui de Bourgogne , archevêque de Vienne , fils d'un duc de Bourgogne , & du fang royal de France. Ce n'eft pas le premier prince élu pape. Il prend le nom de Calixte IL

Louis le gros y roi de France , fe rend médiateur dans cette grande affaire des inveftitures entre l'empire & l'églife. On affemble un concile à Rheims. L'archevêque de Mayence y arrive avec cinq cents gens d'armes à-cheval , & le comte de Troyes va le recevoir à une demi-lieue avec un pareil nombre.

L'empereur & le pape fe rendent à Mouzon. On eft prêt de s'accommoder -, & fur une difpute de mots , tout eft plus brouillé que jamais. L'empereur quitte Mouzon , & le concile l'exconvmunie.

irio* nu.

Comme il y avait dans ce concile primeurs évêques Allemands qui avaient excommunié l'empereur , les autres évêques d'Allemagne ne veulent plus que l'empereur donne les. inveftitures..

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