‹ Collection complette des œuvres de VoltaireChapitre 89 sur 89 · MADAME · texte numérisé non relu

MADAME

Votre augufte nom a orné le commencement de ces Annales , permettez qu'il en couronne la fin. Ce petit abrégé fut commencé dans votre palais avec le fecours de l'ancien manufcrit de mon eflài iur Hiiftoire univcrielle , qu'Elle pofTede depuis longtems ; & quoique ce manufcrit ne Toit qu'un recueil très informe de matériaux , je ne laùTai pas de m'en fervir. J'avais déjà fait imprimer tout le premier volume des Annales de l'empire, lorfque j'appris que quelques cahiers de cet ancien manufcrit étaient tombés dans les mains d'un Libraire de la Haye.

Ces cahiers fans ordre , fans fuite , tranfcrits fans doute par une main ignorante , défigurés & falfifiés , ont été à mon grand regret réimprimés plufieurs fois à Paris & ailleurs.

Votre Altefle féréniflime m'en a marqué fon indignation dans (es lettres. Elle fait à quel point le véritable manufcrit qui eft en fa pofllflion, diffère des fragments qu'on a rendus publics. Je devais réprouver & condamner hautement un tel abus. Je m'acquittai de ce devoir il y a quatre mois dans la lettre à un profeffeur d'hiftoire , laquelle eft au-devant des Annales. Et je

fia Lettre de l'auteur.

réitère aujourd'hui lous vos aufpices , Madame , cette jufte proteftation.

A l'égard de ce petit abrégé des Annales de l'empire , entre* pris par les ordres de votre Alteffe féréniflime, ces ordres mêmes, & l'envie de vous plaire m'auraient rendu la vérité encor plus chère & plus (kcrée , fi elle ne devait l'être uniquement par elle feule.

Cette vérité à laquelle facrifla notre illuftre de Thou , qui lui attira tant de chagrins , & qui rend fa mémoire û précieufe, pourait-elle me nuire dans un riecle beaucoup plus éclairé qne le tien ?

Quel fanatique imbécille pourait me reprocher d'avoir refpeété les trois religions autorifées dans l'empire ? quel infenfé voudrait que j'euiie fait le controverfifte , au lieu d'écrire en hiftorien? Je me fuis borné aux faits. Ces faits font avérés , font autentiques. Mille plumes les ont écrits. Aucun homme jufte ne peut s'en plaindre. Une grande reine difait à propos dîun hiftorien : En nous parlant des fautes de nos prédecejfeurs , il nous montre nos devoirs. Ceux qui nous entourent nous tachent la vérité ; les feuls hijloriens nous la difent.

Il y a eu des empereurs injuftes & cruels , des papes & des évêques indignes de l'être. Qui en doute ? La confolation du genre humain eft d'avoir des annales ridelles , qui en expofant les crimes , excitent à la vertu. Qu'importe au fage empereur qui règne de nos jours , que Henri V & Henri vl aient été cruels ? Qu'importe au pontife éclairé , jufte , modéré qui occupe aujourdhui le trône de Rome, qu'Alexandre VI ait laiffé une, mémoire odiçufe ? Les horreurs des ficelés pattes font l'éloge du riecle préfent. Malheur à ceux qui , chargés de l'éducation des princes , leur cachent les antiques vérités ? Ils les accoutument dès leur enfance à ne rien voir que de feux , & ilspréparent dans les berceaux des martres du monde , le Doifon du menfonge dont ils doivent être abreuvés tome

Lettre de l'auteur. jjj

Vous , Madame , qui aimez la vérité , & qui avez voulu que je la difle , recevez ce nouvel hommage que je rends à vous & à elle.

Je fuis avec le plus profond refpeft & l'attachement le plus inviolable ,

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