ET D'ANATOMIE
Publications belges — norvégiennes — américaines. — Pierre Belon. — Histoire de la zoologie. — L'hémoglobine des invertébrés. — Les galles des rosiers. — Les colonies animales. — La sexualité de l'huître. — L'os central du carpe chez les mammifères.
Nous assistons en ce moment à une véritable renaissance des sciences naturelles. Les brillantes théories de Lamarck, reprises et développées par Darwin, ont donné sans aucun doute l'impulsion à ce mouvement qui s'accentue de jour en jour et qui s'accuse par la publication incessante de nouveaux recueils scientifiques.
Aujourd'hui encore, nous avons à enregistrer l'apparition de deux nouveaux journaux, l'un en français, l'autre en anglais. Le Bulletin du Musée royal d'histoire naturelle de Belgique, dont nous avons reçu récemment les trois premiers fascicules, s'annonce comme devant être un recueil important, à en juger par les mémoires de valeur auxquels il a déjà donné le jour. Les ornithologistes pourront y consulter avec fruit un travail du docteur Alph. Dubois sur la variabilité des oiseaux du genre Loxia et les paléontologistes devront consulter de même les pages que M. L. Dollo consacre à l'ostéologie des divers reptiles fossiles.
Le second journal dont nous devions signaler l'apparition est le Bulletin of the American Muséum of natural history, paraissant à New-York. Trois fascicules ont été déjà publiés, qui renferment de fort belles planches. Les mémoires qu'ils renferment sont trop spéciaux pour qu'il y ait lieu d'en parler ici : ils ont trait en effet principalement à la classification et à des déterminations d'espèces. Il est présumable que nous aurons à glaner fréquemment dans ce recueil.
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Nous avons déjà signalé à nos lecleurs la magnifique publication entreprise aux frais du gouvernement norvégien-, dans laquelle sont relatés les résultats de l'expédition scientifique envoyée, ces années dernières, au pôle Nord. Nous faisions connaître le contenu des deux premiers fascicules; nous n'avons rien dit des trois suivants qui, consacrés exclusivement à la physique, à la chimie et à la météorologie, n'avaient point d'intérêt pour nous. Mais aujourd'hui l'attention se trouve attirée de nouveau vers ce bel ouvrage, à cause de la publication récente de deux nouveaux volumes. Le sixième volume, dû à la plume autorisée de MM. D. C. Danielssen et J. Koren, est consacré à la description des Holothuries; le septième, par M. G. Armauer Hansen, traite des Annélides. Rappelons que le Norske Nordahvs-Expedilion est publié en deux langues, en danois et en anglais, ce qui en facilitera la lecture aux naturalistes, nombreux sans doute, pour lesquels le danois est lettre morte.
En France, nous sommes trop ingrats à l'égard de nos gloires nationales et nous nous extasions trop volontiers devant tout ce qui nous vient de l'étranger, sans rechercher si les découvertes que nous saluons avec un enthousiasme souvent irréfléchi n'auraient point pris naissance dans notre propre patrie. Point n'est besoin de rappeler des exemples : les faits de ce genre sont trop nombreux et trop frappants pour que chacun n'en ait immédiatement plusieurs présents à l'esprit.
Les remarquables articles par lesquels M. le professeur L. Crié nous a fait connaître Pierre Belon viennent à l'appui de notre thèse. Le Suédois Linné, qui fut incontestablement un des plus grands savants du dernier siècle, est universellement considéré comme le fondateur de la nomenclature binaire; c'est lui, pense-t-on, qui, le premier, eut l'idée de caractériser les animaux par une double appellation, par un nom de genre et par un nom d'espèce, abandonnant à tout jamais les longues phrases auxquelles on avait recours jusqu'alors et qui constituaient une véritable diagnose. Eh bien! cette gloire est usurpée, le fait est indéniable, et M. Crié, en tirant de l'oubli les œuvres de Pierre Belon, démontre que, deux siècles avant Linné, cette méthode avait été rigoureusement appliquée par le naturaliste manceau, à la fois pour les plantes et pour les animaux.
L'année dernière, la commission spéciale nommée par la Société zoologique de France pour l'étude des règles de la nomenclature des êtres organisés avait du reste établi de son côté que, dès 1700, c'est-à-dire trente-cinq ans avant Linné, l'illustre Tournefort avait reconnu et proclamé ce principe, que le genre est un groupement d'espèces caractérisées par leurs différences; conséquemment, il désignait chaque espèce par un double nom. Tournefort appliqua tout d'abord ce système à la botanique, ses Insliluliones rei herbariœ en font foi, et, vers 1708, il le transporta à une portion du règne animal, aux mollusques. A la suite de Tournefort, mais avant Linné, Lang en 1722, Klein en 1731 et 1734, puis Breyn en 1732, eurent également recours à la nomenclature binaire et
l'appliquèrent avec autant de rigueur et de précision que devait le faire Linné lui-même (1).
Justice doit donc être rendue : nous devons considérer désormais Pierre Belon comme le père de la nomenclature binaire et Tournefort comme son émule le plus direct.
Dans ces derniers temps, les serres des horticulteurs de Zeist, Utrecht et Amsterdam ont été envahies par un myriapode inconnu précédemment dans la région et qui a sans doute été importé avec des plantes exotiques. Cet animal, qui appartient à l'ordre des chilognathes et à la famille des polydesmides, semble être le F Ontario, gracilis. Quand on vient à le saisir, il répand une odeur pénétrante d'essence d'amandes amères, odeur qui s'accroît notablement quand on le tourmente.
Un chimiste hollandais, M. Guldensteeden-Egeling, a pu s'assurer que cette odeur tenait en réalité à ce que l'animal fabriquait de l'acide cyanhydrique libre. M. Max Weber, lecteur d'anatomie à l'Université d'Utrecht, s'est occupé de son côté de rechercher en quel point du corps se produisait cette curieuse sécrétion (2).
En outre des orifices trachéens, buccal, anal et génital, on trouve encore à la surface du corps des chilognathes une série d'orifices, connus sous le nom de foramina répugna- Jon'a, et répartis par paires sur les 5e, 7e, 9e, 10e, 12e, 13e, 15e, 16e, 17% 18° et 19e segments. Ces orifices ont été longtemps considérés comme des stigmates ; mais on sait, depuis les travaux de Savi, Waga, Burmeister et Leydig, que des sacs glandulaires situés au-dessous de la peau viennent déboucher au niveau de ces pores M. Weber n'eut point de peine à démontrer que la sécrétion d'acide prussique se faisait dans ces glandes.
Quant à l'importance de ce produit, il est superflu de s'y arrêter longtemps ; il est évident que l'animal trouve en lui un excellent moyen de défense contre les attaques de ses ennemis. Il vaut mieux faire ressortir d'un mot la haute valeur philosophique de cette singulière sécrétion : on considérait en effet généralement l'acide cyanhydrique comme un produit exclusivement végétal; voilà maintenant que des animaux fort élevés dans la série le fabriquent abondamment ! Ce fait ne vient-il pas démontrer encore une fois l'unité delà physiologie?
On sait que le sang de certains invertébrés est coloré en rouge par l'hémoglobine. Les animaux qui présentent ce caractère appartiennent surtout à la classe des annélides (sangsue, lombric, néréis, eunice, etc.) ; ce phénomène s'observe encore chez certains géphyriens (Pheronis), chez les némertiens (Polia sanguirubra), chez les écbinodermes, d'après Fœttinger, et chez certaines larves de diptères (chirunomus plumosus), d'après Rollett. Enfin, en 1873, Ed. van Be-
(1) Société zooloyique de France. De la nomenclature des êtres organisés. Paris, 1881, p. 10 et 25.
(2) Max Weber, Uber eine Cyanwasser stoflsiture bereitende Drtlst (Archivs f. mikroskop. Anatomie, XXI, 1882).
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neden signala la présence de l'hémoglobine chez les crustacés copépodes qui vivent en parasites sur les poissons, tels que le lernanthrope et la clavelle.
Depuis les observations de van BeneJen, on n'a plus jamais noté l'existence de l'hémoglobine dans le sang des crustacés. MM. P. Regnard et R. Blanchard (1) ont pu, à leur tour, faire une constatation semblable pour le sang de certains crustacés phyllopodes (Aptes productus , A. cancrifbrmis).
Chez ces animaux, le sang présente une teinte rouge d'intensité assez variable. La coloration dont il s'agit est due bien réellement à la présence de l'hémoglobine, comme l'analyse spectrale et les réactions caractéristiques de l'hémoglobine en ont donné la preuve d'une façon surabondante- Cette substance se présente ici sous un état tout particulier, en ce sens qu'elle est simplement dissoute dans le plasma et non fixée sur des globules. Il est, du reste, à remarquer que, jusqu'à présent, ce fait semble être la règle chez les invertébrés.
L'origine des galles et des bédéguars, qui se montrent si fréquemment sur un grand nombre d'arbres, notamment sur les chênes et les rosiers, a été discutée déjà bien des fois, et par des observateurs de mérite. Sans remonter jusqu'à Redi, grand ami du merveilleux, qui pensait que ces productions étaient dues aune activité vitale particulière et qui admettait simplement que les larves d'insectes contenues dans leur intérieur s'étaient développées spontanément, il nous sera permis de rappeler que Malpighi avait déjà reconnu que les galles ne se développaient qu'à la suite de la piqûre d'un insecte. Cet admirable naturaliste admettait l'émission par j'insecte d'un liquide qu'il appelait ichor et qui exercerait une action irritante analogue à celle du venin de l'abeille.
Réaumur soutint une opinion contraire : suivant lui, la piqûre de l'insecte détermine une simple excitation mécanique, ainsi que la larve qui bientôt sort de l'œuf pondu par l'insecte et qui se fraye un chemin à travers les tissus de la plante; l'œuf lui-môme ne se comporte pas autrement qu'un corps étranger, par exemple à la manière d'une esquille isolée dans le corps de l'homme; enfin, la chaleur propre de l'embryon qui se trouve dans l'œuf suffit à déterminer la prolifération des tissus ambiants.
Ainsi, dès l'origine, deux opinions se trouvèrent en présence. L'hypothèse mécanique, énoncée tout d'abord par Réaumur, fut défendue plus tard par Nées van Esenbeck, Ratzeburg, van der Hoeven ; la théorie de l'infection, émise par Malpighi, compta au nombre de ses défenseurs Rœsel, Burmeister, Ilartig et M. de Lacaze-Duthiers. Dans ces dernières années, certains auteurs ont repris la question et ont donné le jour à des idées différentes : Czech, Mayr et surtout Adler méritent d'être cités.
Un professeur de l'école royale de Budapest, M. J. Pasz-
(I) P. Regnard et R. Blanchard, Note sur la présence de l'hémoglobine dans le sang des crustacés branchiopodes. (Comptes rendus de la Soc. de biologie, 17 mars 1883.)
lavszky (1), s'est à son tour occupé de ce problème. Son attention s'est portée principalement sur le bédéguar du rosier et de l'églantier.
Mayr et Adler soutenaient que le bédéguar ne se forme jamais aux dépens d'un bourgeon. Paszlavszky nous montre au contraire, par des observations suivies, qu'il en est toujours ainsi. Au printemps, le Rhodiles rosœ, sorte de guêpe qui d'ordinaire se reproduit par parthénogenèse, vient se poser sur le bourgeon du rosier, la tête tournée vers la tige qui porte ce bourgeon. Dans cette situation, l'animal peut facilement introduire sa tarière dans le bourgeon, non loin du sommet : de la sorte, les œufs sont pondus et la ponte ne demande pas moins de douze à seize heures. Toutefois, les œufs ne sont point tous déposés en même endroit, mais l'animal a soin d'ordinaire de piquer trois points différents et de placer en chacun quelques œufs ; au moyen de sa tarière, il perfore le bourgeon par le côté inférieur, par le côté droit et par le côté gauche, grave opération qu'il peut poursuivre pendant huit jours entiers sans prendre de nourriture.
Il est à remarquer que ces trois directions suivant lesquelles la guêpe effectue ses piqûres correspondent à la situation des feuilles de la rose ; les œufs sont pondus sur les trois feuilles qui forment un cycle foliaire du bourgeon et c'est aux dépens de ces trois feuilles que le bédéguar se développera par la suite. De par son origine, celui-ci n'est donc autre chose qu'une production foliaire.
Les œufs sont pondus indifféremment à la face supérieure, ou à la face inférieure des feuilles, mais le plus souvent ils sont déposés sur les nervures primaires et sur le pétiole; le point végétatif, malgré les assertions d'Adler, reste intact. Au niveau des œufs, la feuille produit alors une sorte de bourrelet qui bientôt les enveloppe; ceux-ci pénètrent du reste au-dessous de l'épiderme, au sein même du parenchyme, et dès lors la croissance des feuilles se trouve arrêtée : ces organes s'épaississent, se recroquevillent et la galle commence à se former. Le bédéguar est donc bien véritablement constitué par des feuilles modifiées.
M. Giacomo Cattaneo, assistant au laboratoire d'anatomie comparée de l'Université de Pavie, nous adresse un magnifique volume, faisant partie de la série italienne de la bibliothèque scientifique internationale. Ce bel ouvrage est consacré à l'étude des colonies linéaires et de la morphologie des mollusques (2).
On admet généralement que les animaux dont le corps se montre segmenté, comme les annélides, les insectes, ne sont point, de par leur origine, des individus simples, mais sont des sociétés ou colonies d'individus placés à la suite les uns des autres en séries linéaires, nés par suite de bourgeonnements successifs et fusionnés entre eux. Ce mode de
(1) Paszlavszky Jôzsef, A rôzsagubacs fejlôdésérol (Termeszetrajzi fiisetek, Y, parties 2-4). Budapest, 1882.
(2) G. Cattaneo, Le colonie lineari c la morfologia dei mollusclti. Milano, in-8° de 420 p., 1883.
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formation peut s'observer encore de nos jours chez un certain nombre d'êtres ; mais, dans la plupart des cas, la pénétration réciproque des divers individus est plus complète et c'est seulement par induction que l'on peut conclure à une agrégation originelle, d'après la disposition particulière de l'organisme. Or les mollusques présentent-ils une disposition anatomique qui permette de les considérer comme des individus multiples, comme des colonies linéaires?
Telle est la question que se pose M. Cattaneo, et qu'il aborde résolument après trois chapitres consacrés à l'étude de l'individualité, du fusionnement des colonies linéaires et de la détermination de la métamérisalion.
M. Perrier, dont l'ouvrage sur les Colonies animales est devenu classique, considère les mollusques comme des colonies linéaires complètement agrégées, bien que chez eux toute trace de la segmentation primitive ait disparu. Cette manière de voir, également adoptée par Gegenbaur, est en complet désaccord avec celle de Moquin-Tandon, d'Ehrenberg, d'Ovven et de Hseckel.
La formation d'un organisme aux dépens d'une colonie linéaire ne se peut reconnaître que d'après l'un des trois caractères suivants : 1° l'adulte présente une segmentation externe et une segmentation interne; les premiers rudiments de l'embryon sont segmentés; 2" l'adulte est segmenté intérieurement, mais non à l'extérieur; les premiers rudiments de l'embryon sont segmentés; 3° l'adulte n'est segmenté ni à l'extérieur ni à l'intérieur; l'embryon est segmenté.
L'existence chez les mollusques de trochosphères ciliées, comme chez les annélides, semble, il est vrai, rapprocher singulièrement l'un de l'autre ces deux groupes d'animaux. Cette analogie n'est pourtant qu'apparente : la trochosphère ne représente jamais qu'un individu unique, qui peut se compliquer plus ou moins, mais qui ne se multiplie jamais ; s'il présente notamment des couronnes de cils, celles-ci indiquent simplement des organes sériaires et ne correspondent jamais à une segmentation -véritable. Le chiton, qui est sans contredit le mollusque le plus complètement segmenté, a une trochosphère munie d'une seule couronne de cils, tandis que le dentale, forme simple et inarticulée, présente une trochosphère pourvue de six ou sept rangées de cils. La production des cils n'a donc aucune importance phylogénétique; elle a bien plutôt un caractère cœnogénélique et est un exemple d'adaption de l'embryon au milieu.
Il est néanmoins dans les mollusques certains organes qui sont nettement disposés en séries ou qui présentent une segmentation des plus nettes (cœcums hépatiques des éolidiens, cœur du Nautile, etc.). M. Cattaneo établit que ce n'est là qu'une apparence. Mais la coquille segmentée du chiton, qui donne à l'animal l'aspect d'un crustacé isopode ou d'un myriapode? Cette coquille, suivant l'auteur, ne serait point une formation unique, mais proviendrait de la fusion d'autant d'aiguillons qu'il y a de pièces distinctes.
Ainsi l'étude anatomique et embryologique des mollusques permet de conclure que ces êtres ne représentent
point une colonie linéaire. On peut se demander si ces animaux n'auraient point été à l'origine une colonie, dont la métamérisation aurait disparu par la suite des temps. Telle est précisément l'opinion de M. Perrier, qui attribue cette transformation au développement de la coquille. Mais, dit M. Cattaneo, les habitudes tubicoles ne suffisent point à faire disparaître toute trace de segmentation. Le bernard l'ermite conserve sa segmentation; les cirrhipèdes sont dans le même cas, ainsi que les annélides tubicoles capilibranches. Ces considérations sont également valables pour les mollusques et nous enseignent donc de façon certaine que les mollusques ne sont point des animaux segmentés.
Telle est la thèse que M. Cattaneo soutient et qu'il développe avec une grande force de logique. Son livre, plein de faits et d'observations délicates, est appelé à un grand succès et notre désir est de le voir bientôt traduit en français. Disons, en terminant, que cet ouvrage est, à notre connaissance, le premier en Italie qui sorte des limites ordinaires d'un mémoire consacré à l'étude d'un point spécial et qu'il fait grand honneur, non seulement à l'auteur, mais encore au savant professeur L. Maggi, dont M. Cattaneo est l'élève.
Nous parlions, dans l'une de nos précédentes Revues (1), des travaux de la commission spéciale, nommée par le gouvernement hollandais, à l'effet d'étudier sous toutes ses faces l'importante question de l'industrie huîtrière. Il nous faut aujourd'hui revenir sur ce sujet : nous avons en effet, entre les mains, le premier fascicule des travaux de celle commission (2).
En outre de la revision complète des travaux se rapportant à l'huître, ce fascicule renferme un remarquable mémoire de M. P. -P. C. Hœk, sur les organes de la génération de l'huître, mémoire publié à la fois en hollandais et en français, dont la lecture, par conséquent, sera facile à nos zoologistes (3).
La question de la sexualité de l'huître est sans contredit au nombre de celles qui ont le plus exercé la sagacité des naturalistes, et jusqu'à présent les zoologistes se trouvaient, pour ainsi dire, divisés en deux camps : les uns admettant que l'huître est un animal hermaphrodite, les autres prétendant qu'elle est au contraire dioïque. M. Hœk in terrien! à son tour et tranche définitivement le différend ; il montre que, dans les culs-de-sac de la glande génitale, les œufs et les spermatozoïdes se développent côte à côte, comme dans la glande hermaphrodite des gastéropodes. Et s'il n'est, en somme, que rarement possible de rencontrer un individu franchement hermaphrodite, cela tient à ce qu'il y a une sorte de succession dans l'apparition des deux produits sexuels, l'un d'eux se développant toujours notablement avant l'autre.
L'organe reproducteur se compose d'une glande dépourvue
(1) Voir Revue scientifique, XXVIII, n° 17, p. 538, 22 octobre 1881.
(2) Rapport sur tes recherches concernant l'huitre et Vostmcnltare. lTt livraison. Leyde, in-S" de 253 p. et 6 pi., [883.
(3) P.-P.-C. Hœk, tes Organes de la génération de l'huitre. Contribution à la connaissance tic leur structure et de leurs fonctions. p. 113-253.
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d'organes accessoires. Celle glande ne constitue pas un organe compact, occupant une région bien déterminée du corps : son développement l'a portée plutôt à s'étendre dans un plan, de sorte qu'elle se continue sur la presque totalité du corps, à peu de distance de la surface, séparée d'ailleurs du tégument par une mince couche conjonctive. Elle consiste en un système de canaux qui s'anastomosent entre eux et dont la paroi interne donne naissance à des culs-de-sac qui s'enfoncent dans le tissu conjonctif, perpendiculairement à la surface du corps.
C'est dans la paroi de ces culs-de-sac que se développent les produits génitaux, aux dépens desimpies cellules épithéliales : il est probable qu'une cellule entière se transforme en ovule, tandis qu'une partie seulement d'une cellule épithéliale devient cellule mère des spermatozoïdes. Tous les zoospermes qui proviennent d'une même cellule mère se réunissent en une sorte de spermatophore. Les produits sexuels sont d'origine ectodermique.
Le long du muscle des valves, à une faible distance du grand nerf branchial postérieur se voit une fente, dans la partie antérieure de laquelle débouche le conduit efférent de la g'ande génitale, venu de la moitié correspondante du corps.
L'organe de Bojanus, de même que la glande génitale, n'est pas localisé et ne présente pas la condensation qui le caractérise chez les autres lamellibranches. Il est formé plutôt d'un ensemble de conduits et de culs-de-sac dont la réunion constitue une couche lamelleuse d'une grande étendue; celte couche, contrairement à ce qui s'observe pour l'organe reproducteur, se répand jusque dans le manteau.
Les différents conduits et culs-de-sac de l'organe de Bojanus viennent déverser leur contenu dans une cavité longitudinale dont la paroi elle-même exerce une fonction excrétoire et qui constitue une véritable chambre urinaire; celle-ci débouche finalement, au moyen d'un court uretère, dans la fente où nous avons vu déjà se rendre le conduit génital. Ces deux canaux restent indépendants l'un de l'autre.
La chambre urinaire communique en outre avec la cavité du péricarde, par l'intermédiaire d'un conduit auquel l'auteur applique le nom de canal réno-péricardiaque. Les oreillettes du cœur exercent probablement une fonction excrétoire; on ne saurait toutefois les comparer morphologiquement à l'organe de Bojanus.
Telle est en substance la partie anatomique de cet important mémoire. Nous n'avons fait, en ces quelques lignes, que donner une idée des recherches délicates, des observations minutieuses auxquelles s'est livré M. Hœk pour arriver à ces conclusions. Les particularités de structure qu'il nous fait connaître méritaient d'être signalées ici, à cause des différences notables que présente l'appareil génito-urinaire de l'huître, si on le compare à celui des autres mollusques acéphales. Les conclusions physiologiques ne sont pas moins intéressantes; nous ne saurions toutefois les aborder ici, sans crainte de tomber dans des détails trop techniques.
Nos connaissances sur la physiologie des animaux invertébrés sont encore bien peu avancées : l'on peut dire que
tout est à défricher dans ce vaste domaine. Il est pourtant, par exception, un groupe d'animaux sur lesquels nous possédons des notions assez précises : nous voulons parler des céphalopodes. Le remarquable mémoire de M. Paul Bert sur la physiologie de la seiche, les recherches plus récentes de M. Frédéricq sur le poulpe, quelques petites notes de Krukenberg, nous ont présenté un tableau assez complet du fonctionnement des divers organes chez ces êtres si intéressants à tant d'égards.
M. Boi bqiielot vient à son tour apporter sa pierre à l'édifice (1). Pendant un séjour à Roscoff, il s'est occupé de rechercher l'action des sucs digestifs sur les aliments amylacés et sucrés. Il a entrepris à cet effet une série d'expériences intéressantes, toutes conduites avec un soin extrême, et qui l'ont amené aux résultats suivants :
Le liquide sécrété par les glandes salivaires n'exerce d'action ni sur l'amidon brut ni sur l'amidon hydraté ; ces glandes ne sont donc point, à proprement parler, des glandes salivaires.
Le foie, dont le tissu ne renfermerait pas de sucre, et par conséquent pas de glycogène, produit un liquide qui n'agit ni sur le sucre de canne ni sur l'amidon brut, mais saccharifie l'amidon hydraté. On sait d'autre part, depuis les travaux de Krukenberg, que ce même liquide digère la fibrine en solution acide et en solution alcaline. Physiologiquement, la glande volumineuse qui, chez les céphalopodes, est décrite sous le nom de foie est donc un véritable pancréas.
A la base du foie, à l'endroit même où les deux canaux hépatiques se séparent de l'organe, on voit, appendues à ceux-ci, des glandes en tube, à l'ensemble desquelles on donne ordinairement le nom de pancréas. Ces glandules fournissent un suc dont l'action ne diffère en rien de celle du foie. Malgré des différences de coloration, d'aspect et de structure, le foie et le pancréas des céphalopodes exercent donc sur les matières alimentaires une action identique. Par des expériences délicates, conduites avec un art véritable, M. Bourquelot arrive encore à démontrer que le ferment produit par ces deux glandes est identique en tous points à la ptyaline ou diastase salivaire des animaux supérieurs.
Nous recevons de M. John-J. Mason, de Newport, R. L, U. S. A., un magnifique ouvrage relatif à la structure des centres nerveux chez les reptiles (2). C'est un atlas de 113 planches in-folio, représentant, avec une irréprochable pureté d'exécution, des photographies de préparations microscopiques de moelle épinière, de moelle allongée, de cervelet, des lobes optiques, des lobes cérébraux et olfactifs, observés sur les batraciens et reptiles les plus divers. Les
(1) Em. Bourquelot, Recherches expérimentales sur l'action des sucs diuestil's des céphalopodes sur les matières amylacés et sucrées {Archives de zoologie expérimentale. 1882). La Revue scientifique publiera prochainement un important article de M. Bourquelot sur les phénomènes chimiques de la digestion chez les invertébrés.
(2) John J. Mason, Minute Structure of the Central Nervous System of certain lieidilcs and Batrachians Of America. Serios A. Newport, in-folio, 1STJ-1SS2.
négatifs, pris sur gélatine, aux grossissements les plus variés, sont d'une admirable finesse ; ils sont reproduits aux encres grasses par les procédés les plus nouveaux et les plus délicats, de manière à être durables.
Les observations de M. Mason ont porté sur cinq sauriens, cinq ophidiens, quatre chéloniens et cinq batraciens, dont deux anoures, deux urodôles et un Irachystome (Siren lacerlina). Cet atlas est, pensons-nous, ce qui a été fait de mieux jusqu'à présent comme photographie microscopique ; les planches qui le constituent ne le cèdent en rien aux dessins les plus parfaits. L'ouvrage du docteur Mason, qu'accompagne un texte malheureusement trop succinct, mérite donc d'être signalé de façon toute spéciale à l'attention des hislologisles.
Le carpe des batraciens et des reptiles se compose de deux rangées d'os séparées par un os particulier, que de Blain ville appelait os intermédiaire, niais que l'on désigne plus communément sous le nom d'os central du carpe. Cet os central rentre dans le plan de la main typique. 11 manque chez la plupart des mammifères, mais se retrouve cependant chez la plupart des rongeurs, des insectivores, des lémuriens et des singes, à l'exception du gorille et du chimpanzé, parmi les anthropoïdes. 11 fait également défaut chez l'homme, au ' moins à l'état adulte ; Henke et Reyher ont, en effet, démontré son existence transitoire chez l'embryon humain.
M. IL Lebocco, professeur d'analomie à l'Université de Gand, s'est à son tour occupé de cette importante question de morphologie (1). Cet auteur a pu observer que, chez le fœtus humain, le central disparaissait en tant qu'os distinct, par suite de sa fusion complote avec le radial, pour former un os complexe qui deviendra le scaphoïde. Ce fait est en contradiction avec l'opinion admise jusqu'alors, suivant laquelle le central du carpe de l'embryon humain se résorberait purement et simplement. Dans certains cas, que l'on doit considérer comme des anomalies, le central persiste chez l'adulte; jusqu'à présent, cette disposition n'a été observée que six fois : une fois par Friedlowsky, de Vienne, et cinq fois par >V. Gruber, de Saint-Pétersbourg; ce dernier auteur s'est attaché, comme on sait, à décrire des anomalies anatomiques.
M. Leboucq a pu encore constater la présence du central chez de très jeunes embryons de chien et de chat. En ce qui concerne les chiroptères, il a retrouvé ce même os dans l'aile d'embryons de mutin. Enfin, les marsupiaux euxmêmes n'en seraient point dépourvus, puisque l'auteur a pu l'observer chez des fœtus de kanguroo. 11 résulte de tout cela que l'os central du carpe est plus répandu chez les mammifères qu'on ne le croit généralement, et même il est probable qu'il existe à l'état embryonnaire chez tous ceux qui ont la main pentadactyle.
A la suite de nombreuses éludes sur la capacité respiratoire du sang, c'est-à-dire sur la quantité d'oxygène maxima
(1) H. Leboucq, De l'os central du carpe chez les mammifères (Bulletin de l'Académie de Belgique, 3e série, l\. août 1882).
que peuvent fixer 100 centimètres cubes du sang d'un animal donné, MM. P. Regnabb et 1!. Blanchard (1) sont arrivés à formuler la loi suivante : Dans une nv?me classe d'animaux vertébrés, la capacité respiratoire du sang e^t toujours notablement plus considérable chez les animaux plongeurs que chez les animaux exclusivement terrestres.
Parmi les reptiles, la capacité respiratoire est égale à 5 chez le varan du désert, animal terrestre, tandis qu'elle est de 8,/i chez le caïman à museau de brochet. Parmi les oisi aux, elle est de 12 chez le poulet et de 18 chez le canard. Enfin, parmi les mammifères, elle est au maximum de 25 chez le chien, tandis qu'elle atteint le chiffre énorme de 38 chez le phoque.
Ce fait est constant. Il s'explique du reste fort bien : en elfet, chaque fois qu'un animal devra demeurer longtemps sans respirer, il se fera, grâce à la richesse en hémoglobine de son sang, un emmagasinement d'oxygène sur lequel il po irra vivre.
Mathématiuues. — M. E. de Jonquièrei communique, dans une nouvelle note, la suite de ses recherches sur les lois des coïncidences entre les réduites des fractions périodiques des deux modes.
— M. S. Kantor : Sur une généralisation du théorème de Fermât.
— M. Picqtiet : Sur la généralisation du théorème de Fermat due à M. Serret.
Astronomie, — La nouvelle planète 233 a été découverte par M. Borelly, à l'Observatoire de Marseille, le H mai 1883- Elle a l'éclat d'une étoile de onzième grandeur.
— M. Cruls fait connaître les résultats auxquels l'a conduit une élude sur la détermination du méridien dans les basses latitudes, comme celle de Rio-de-Janeiro. Quoique la zone circumpolaire australe, sous la latitude de Rio, soit incomparablement plus pauvre en étoiles brillantes que la zone correspondante boréale, il n'en reste pas moins prouvé, dit l'auteur, que l'emploi des passages supérieur et inférieur d'un certain nombre de circumpolaires y permet, pendant toute l'année, la détermination du méridien, méthode dont il fait usage depuis deux ans.
— Dans des communications antérieures, M. Duponchei avait exposé une nouvelle théorie rattachant la périodicité du phénomène des taches solaires à l'excentricité du mouvement des grosses planètes. Il avait aussi annoncé que la durée de la période de ces taches, qui n'avait été que de onze ans pour les onze dernières périodes, allait être brusquement portée à quatorze ans environ pour les trois prochaines périodes, ce qui, pour première conséquence, reculerait
(1) P. Regard et I!. Blanchard, Étude sur la capacité respiratoiri du saïuj des animaux plongexirs. Sa comparaison arec la capacité du sang des autres animaux [Comptes rendus dis séances de la
.\: :,-„■', de Mtllogiè, p. HT. 1883 .
jusque vers 1885 le maximum annoncé et attendu pour la fin de 1881 ou le commencement de 1882.
Aujourd'hui, M. Duponcliel appelle l'attention de l'Académie sur la noie qui lui a été adressée dans l'avant-dernière séance par M. Tacehini, comme confirmant l'exactitude de la formule qui lui a servi à calculer la périodicité des taches solaires. Cette formule n'est nullement empirique, dit-il; mais elle est la conséquence logique d'une théorie beaucoup plus générale, dont elle constitue en fait la démonstration la plus irréfutable, et qui n'est aulre, dans son principe essentiel, que celle qui a été récemment rééditée par M. Siemens, et que M. Duponcliel avait, le premier, très nettement formulée dans sa communication du 13 avril 187/t à l'Académie.
MÉTÉonoi.oGiE. — Voici les conclusions de la communication de M. F. Laur que nous avons analysée dans notre dernier compte rendu. Elle est relative à l'influence des baisses barométriques sur les éruplions de gaz et d'eau au geyser de Monlrond (Loire). Il résulte des observations de l'auleur que : 1° les éruptions ont toujours lieu à des pressions variant entre 72 et 73, Zi, jamais à ll\ ; 2" l'éruption ayant eu lieu, le baromôlre peut continuer à baisser doucement ou à rester bas sans qu'il y ait de nouveaux phénomènes de jaillissement; 3° toute chute brusque dans l'espace d'un jour ou deux, quand le baromètre a été élevé pendant un certain temps, provoque une détente inévitable, c'est-à-dire une éruption. D'où M. Laur croit pouvoir indiquer dès aujourd'hui que la source de Montrond, telle que son niveau actuel est réglé, constitue un appareil capable de signaler d'avsnce les périodes de grandes perturbations atmosphériques, les éruptions ayant, en effet, toujours lieu au début de ces périodes. Il pense aussi, comme il l'a déjà signalé autrefois à l'Académie, que l'on peut rapprocher les éruptions volcaniques et les dégagements de gaz dans les mines des jaillissements de Montrond, peut-être môme aussi les cyclones. En effet, quatre explosions de grisou ont eu lieu tout récemment dans une période de troubles atmosphériques qui avait été signalée par trois éruptions de la source du geyser, du 13 avril au Ier mai.
Chimie. — Dans une communication précédente, M. Lecoq de Boisbaudran avait signalé l'existence d'un sulfate double, vert, d'iridium et de potasse qu'il avait obtenu, comme résidu insoluble, quand on dissout, dans l'eau chargée de sulfate neutre de potasse, le produit de l'attaque des composés indiqués par le bisulfate potassique à la température du rouge sombre. Aujourd'hui il soumet à l'examen de ses collègues de l'Académie le résultat des observations qu'il a eu l'occasion de faire sur cette nouvelle substance, et fait connaître ses propriétés physiques et chimiques, ainsi que la formule que l'analyse permet de lui assigner.
— Le sulfucarbonale de potassium, dont l'emploi a été conseillé par M. Dumas pour le traitement des vignes phylloxérées, est devenu un produit industriel et sa consommation augmente d'année en année. 11 devient donc de plus en plus nécessaire d'effectuer, avec une approximation suffisante, le dosage du sulfure de carbone qu'il renferme et auquel est due sa valeur insecticide. Or ce dosage présente de véritables difficultés et, malgré le grand nombre de procédés qui ont été proposés, des chimistes expérimentés trouvent souvent, pour un même produit, des résultats notable-
ment différents. C'est dans le but de remédier à ces inconvénients que M. Muni: a cherché une nouvelle méthode capable de donner le degré d'exactitude nécessaire à la pratique et, en même temps, assez rapide et assez simple pour être mise entre les mains des industriels et des viticulteurs. Celte méthode, qui fait l'objet de la note présentée par M. Munlz, repose sur des principes connus ; elle est basée, en effet, sur la dissolution, dans le pétrole, du sulfure de carbone liquide ou à l'état de vapeur ; mais ce qui en fait la nouveauté, c'est la disposition des appareils et la marche de l'opération.
Physiologie — M. Marey communique les résultats des nombreuses recherches qu'il poursuit depuis longtemps déjà sur le vol des oiseaux et l'analyse des mouvements par la photographie. Tandis que son premier mémoire était relatif surtout aux essais sur la photographie instantanée d'oiseaux pendant le vol, de façon à recueillir une série d'images représentant leurs altitudes successives aux différentes phases d'une révolution de leurs ailes, el donnant d'une manière saisissante l'impression d'un oiseau volant, le second travail qu'il présente aujourd'hui comporte pour l'oiseau l'indication des espaces parcourus en fonction du temps.
— Dans une précédente note MM. Chatnberland et Roux avaient établi que la bactéridie du charbon est modifiée dans sa virulence lorsqu'elle pullule dans un milieu additionné de certaines substances septiques, notamment d'acide phonique et de bichromate de potasse. Ils avaient montré que la bactéridie-filament, qui a subi l'action de ces agents, se reproduit dans les milieux appropriés en conservant sa virulence atténuée et qu'elle y donne des germes qui perpétuent ses qualités nouvelles. La seconde note, présentée par les mêmes auteurs, a trait aux résultats d'une nouvelle série d'expériences dans lesquelles la bactérie-filament a été soumise à l'action de l'agent chimique au sein d'un liquide où sa pullulation n'est pas possible. MM. Chamherland et Houx ont fait agir sur la bactéridie toute formée une solution d'antiseptique dans l'eau pure qui ne lui apporte aucun élément nutritif. Les résultats en sont des plus intéressants. Dos >liores de bactéridie bien formée, vieilles d'une quinzaine de jours, sont mises en contact avec de l'acide sulfurique à 2 pour 100 et exposées à la température de 3ôu dans des tubes fermés que l'on agite fréquemment, pour bien assurer le contact de l'acide et des spores. Tous les deux jours une petite quantité de ces spores est semée dans du bouillon de veau légèrement alcalin. Les cultures ainsi obtenues, dans les premiers jours, tuent les lapins et les cobayes. La culture faite le huitième ou le dixième jour tue seulement les cobayes; la culture faite le quatorzième jour ne tue plus qu'une partie des cobayes auxquels on l'inocule. Lutin, les bactéridies ainsi obtenues donnent rapidement de nombreux germes et conservent leur virulence atténuée dans le> cultures successives. Mais un fait digue de remarque, c'est que les cultures issues de spores traitées par l'acide sulfurique et qui ont perdu leur virulence pour les lapins l'ont conservée pour les moutons et les font périr dans la proportion de 7 sur 10, montrant ainsi d'une façon bien évidente que chaque espèce animale a une réceptivité particulière pour chacune des races de bactéridie que l'on peut créer par les artifices de culture.
— Dans sa note sur les mécanismes de la succion et de la déglutition chez la sangsue, M. <:. Cartel conclut ainsi:
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1° les mâchoires de la sangsue sont les agents essentiels de la succion et de la déglutition ; 2° pour effectuer la succion, les mâchoires, en s'abaissant, s'écartent et rendent béante l'entrée de l'œsophage où le sang s'élance ; 3" pour effectuer la déglutition, les mâchoires se rapprochent et remontent dans l'œsophage, où, à la façon d'un piston, elles lancent le sang dans la direction de l'estomac.
— D'une lettre adressée par M. L. de Wecker à M. Pasteur sur l'ophtalmie purulente provoquée par l'infusion des graines de la liane à réglisse ou jéquirity (Abrus precaloritts), il ressort que M. le professeur Stattler a trouvé que cetle infusion contenait un bacille, lequel, mis en contact avec la conjonctive, pullule en abondance sur elle et dans les membranes croupales que les lotions provoquent. Par contre, lorsque ladite infusion est stérilisée, c'est-à-dire qu'elle ne contient plus de bacille, elle n'exerce plus aucune action sur la muqueuse. Il y a dans ce fait un premier exemple de transmission incontestable d'une maladie infectieuse par un végétal.
Navigation. — M. Le Goaranl de Tromelin dépose une note qui a pour but de revendiquer la priorité du principe fondamental sur lequel repose le loch électrique inventé par M. Fleuriais et aujourd'hui en usage, dans la flotte. Le loch électrique de M. de Tromelin ne différerait de celui de M. Fleuriais que par une hélice au lieu d'un moulinet actionnant le commutateur; il aurait été imaginé par l'auteur dès l'année 1875, tandis que celui de M. Fleuriais remonterait seulement à l'année 1878.
— M. J. Giroud de Villelte adresse une note sur la première ascension en ballon monté qui eut lieu le 19 octobre 1783; en voici le passage principal : André Giroud de Villetle et le marquis d'Arlandes montèrent successivement dans la nacelle avec Pilàtre de Rozier. Ce ne fut qu'après la descente de Giroud que le marquis d'Arlandes prit place à côté de Pilàtre de Rozier.
Commissions des prix. — L'Académie procède par la voie du scrutin à la nomination des membres qui doivent composer les commissions de prix chargées de juger les concours de l'année 1883.
Le dépouillement donne les résultats suivants :
Prix Moroyues : MM. Boussingault, Péligot, Schlœsing, Hervé-Mangon et Bouley.
Grand prix des sciences physiques (développement histologique des insectes pendant leurs métamorphoses) : MM. H. Milne-Edwards, Blanchard, A. Milne-Edwards, de Quatrefages et de Lacaze-Duthiers.
Prix Savigny ; MM. de Quatrefages, Blanchard, A. Milne- Edwards, H. Milne-Kdwards et de Lacaze-Duthiers.
Prix Monlyon (médecine et chirurgie) : MM. Gosselin, Vulpian, Paul Bert, Marey, Hichet, Larrey, Bouley, H. Milne- Edwards et Ch. Robin.
Prix Godard ; MM. Gosselin, Vulpian, Paul Berl, Richet et Larrev.
Correspondance. — M. le ministre de l'instruction publique transmet, de la part de son collègue des affaires étrangères, une notice de M. Dudâol parue dans une revue américaine
sur les volcans des îles Sandwich et quelques-uns des phénomènes particuliers auxquels ils donnent lieu.
Mathématiques. — M. /:. de Jonquiêres continue ses communications sur les lois des coïncidences entre les réduites des questions périodiques des deux modes.
— M. Poincare adresse une nouvelle note sur les groupes des équations linéaires.
Astronomie. — M. Tardy, capitaine d'artillerie, envoie, accompagné d'un pli cacheté, un mémoire sur le moyen de déterminer la distance des astres à l'aide d'une seule observalion.
— M. Leforl fait hommage à l'Académie du manuscrit du célèbre astronome Biot, son oncle, sur la théorie de la lune. Ce manuscrit avait été préparé pour la troisième édition de son traité d'astronomie et devait paraître à la fin de l'ouvrage comme son sixième et dernier volume. Mais n'ayant jamais été complètement terminé par l'auteur, qui, occupé à d'autres travaux, l'avait quelque peu délaissé, il n'a pas été publié. Cependant M. Lefort, conformément aux dispositions testamentaires de Biot, a revu toutes les rédactions de son oncle pour en choisir une qui soit définitive et a complètement achevé ce Iravail, lequel est actuellement prêt à être envoyé à l'impression et doit devenir très prochainement la propriété de l'Académie. Le manuscrit offert aujourd'hui par M. Lefort est donc le travail même de Biot, mais inachevé.
Météorologie. — M. Alfred Angol adresse une étude sur le climat de l'Algérie, sur la température et les variations que l'on y observe dans la pression barométrique.
Physique. — M. Gouy décrit un nouvel effet mécanique produit par la polarisation des électrodes. On connaissait déjà les phénomènes électro-capillaires produits sur une électrode de mercure; le nouveau phénomène se manifeste avec les électrodes solides. Lorsqu'une électrode est formée d'une lame métallique mince, protégée sur une de ses faces par une couche d'un vernis isolant, cette lame s'infléchit en même temps qu'elle se polarise, soit du côté verni, soit du côté opposé, suivant les circonstances. Cette flexion est assez notable et peut dans certains cas devenir très grande. Elle se produit avec plus ou moins d'intensité dans tous les liquides et avec tous les métaux qui ont été étudiés. On peut la mettre en évidence par deux méthodes différentes : soit avec une lame droite dont on vise l'extrémité libre au microscope, soit avec une lame pliée en hélice dont la rotation est mesurée par réflexion.
Chimie. — M. André présente une note sur quelques sels doubles de plomb.
— Depuis quelques années une révolution complète s'est faite dans l'exploitation d'un certain nombre de manufactures qui utilisent aujourd'hui les résidus des produits fabriqués et que l'on a appelés le capul murluum, qu'elles rejetaient autrefois, perdant ainsi en réalité un revenu considérable, infectant les cours d'eau dans lesquels elles faisaient écouler des eaux impures et s'attirant en fin de compte de nombreux procès. Aujourd'hui, en effet, on cherche de tous côtés à tirer parti de ces résidus comme de produits secondaires capables de procurer des bénéfices importants. C'est ainsi que dans l'usine d'un grand industriel.
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M. Delatlre, l'eau de lavage des laines peut être purifiée et rejetée alors sans aucun inconvénient dans le cours d'eau voisin après avoir donné des bénéfices tels que, pour cette purification, le directeur de l'usine n'a pas craint de faire construire tout un système d'appareils qui ne lui coûtent pas moins de cent mille francs. Les différentes opérations qu'on leur fait subir donnent en effet comme .résultats, d'abord un premier dépôt de matières grasses qui fournissent un excellent engrais ; puis, par l'addition d'acide chlorhydrique, la séparation de ce que les eaux renferment encore de ces mêmes matières que l'on recueille avec soin, puis une certaine quantité de gaz d'éclairage que l'on utilise dans l'usine; enfin en ajoutant de la chaux pour saturer les acides, on obtient des sels que l'on emploie encore dans l'agriculture. Les eaux, débarrassées de tous les principes impurs qu'elles renfermaient, devenues absolument limpides et neutres, sont écoulées dans la rivière sans aucun inconvénient.
Mission zooi.ogique. — M. Alphonse Milne-F.dwards annonce ainsi qu'il suit le prochain départ de l'expédition scientifique du Talisman :
L'Académie des sciences a fait connaître, il y a quelque temps déjà, au ministre de la marine tout l'intérêt qu'elle attache aux explorations des grandes profondeurs de la mer, et elle lui a exprimé le désir que les recherches poursuivies avec succès, pendant les campagnes de 1880, 1881 et 1882, par le Travailleur, fussent continuées. Cette démarche est loin d'avoir été infructueuse et je suis heureux d'annoncer à mes collègues que la marine a bien voulu mettre à la disposition de la commission, dont le ministre de l'instruction publique m'a donné la présidence, un bâtiment plus grand, d'une marche plus rapide que le Travailleur, et pourvu de machines et d'appareils perfectionnés. L'éclaireur d'escadre le Talisman partira de Rochefort le 1" juin pour explorer les profondeurs de l'Atlantique. Les recherches commenceront sur les côtes du Maroc et dans les parages des îles Canaries. Elles se continueront jusqu'à l'archipel du cap Vert. L'expédition étudiera ensuite les pêcheries de corail rouge de San- Yago; de là elle ira explorer les îlots déserts de Branco et de Raza, où vivent de grands sauriens dont l'espèce ne se retrouve nulle part ailleurs.
Le Talisman se dirigera ensuite vers la mer des Sargasses pour relever la configuration des fonds, pour recueillir les animaux variés qui vivent dans ces immenses prairies de varech, et pour réunir ainsi les matériaux nécessaires à la publication d'une faune des Sargasses. En quittant cette région de l'océan Atlantique, nous visiterons les Açores ; puis, au mois de septembre, nous regagnerons la France, en ayant soin de jalonner notre route de nombreux dragages. Les soins tout particuliers que la marine a mis à pourvoir le navire de tout ce qui pourrait lui être utile pendant cette campagne d'exploration, le choix qu'elle a su faire d'officiers instruits et expérimentés, me font espérer que cette expédition donnera des résultats plus importants encore que les précédentes campagnes. Si quelques-uns de nos collègues avaient à me signaler des recherches spéciales, je m'empresserais de mettre à leur service les moyens d'action dont dispose la commission scientifique.
Paléontologie. — M. Stanislas Meunier fait la communication suivante : ayant été récemment averti que des
ossements fossiles avaient été découverts par des ouvriers aux environs d'Argenteuil, je m'empressai de me rendre au lieu indiqué. En creusant une tranchée de raccordement entre l'usine Volembert et la voie du chemin de fer du Nord, on avait mordu sur le talus bordant cette dernière et, en deux points principaux, des os avaient été rencontrés et recueillis avec soin. J'y reconnus : 1° une défense d'éléphant longue de 95 centimètres, et mesurant 30 centimètres de circonférence. Sa pointe est brisée, mais sa base est intacte, c'est la pièce trouvée tout d'abord; elle faisait saillie sur la paroi de la tranchée, et on la prit à première vue pour quelque tuyau de conduite. L'éléphant dont elle provient a fourni d'autres vestiges, tels qu'une portion importante de vertèbre et une tête d'humérus ; 2° un rhinocéros tichorinus représenté par cinq molaires bien conservées, un humérus, un tibia, un fragment de bassin, un calcanéum intact et d'autres pièces; 3° une f/yœna spœlea, dont j'ai pu étudier la demi-mâchoire inférieure droite pourvue de la canine, d'une prémolaire et de la carnassière. Cette pièce, brisée à la partie postérieure, a encore 17 centimètres de long; elle provient d'un individu âgé, à en juger par l'état d'usure des dents; k° un cheval représenté par un tibia; 5° un grand bovidé qui paraît être le bison prisons. Nous en avons un fragment de crâne avec une corne de 40 centimètres de longueur, d'une fragilité extrême, des vertèbres, des métacarpiens, des dents, etc.; 6" un métacarpien de renne d'assez grande taille.
« Comme on le voit, cet ensemble rappelle plusieurs ossuairesquaternaires, et on ne peut, en particulier, s'empêcher de le rapprocher du gisement découvert par M. le professeur A. Gaudry au sommet de Montreuil {Comptes rendus, t. XCIU, p. 819, 21 novembre 1881).
« J'ai relevé avec soin la coupe de cette tranchée sur une longueur de près de 200 mètres. Elle recoupe d'abord la seconde masse de gypse, dont les couches inférieures (pierres à plâtre, marnes) se présentent là avec des contournements fort remarquables. La paroi de la tranchée, dont la hauteur est de 16 à 18 mètres, montre, au-dessus du gypse, des éboulis variés surmontés par une terre végétale moyennement épaisse et d'un brun rougeâtre. En descendant la pente, on voit brusquement les couches éocènes profondément corrodées, de façon à délimiter deux poches remplies de sables et de limons quaternaires. La première de ces poches a environ 32 mètres de largeur, l'autre est visible sur 80 mètres, sa limite étant cachée par les gazons. Leur profondeur dépasse 18 mètres. Le massif gypseux de 20 mètres qui les sépare est remarquable par la forme abrupte, presque à pic, de ses falaises hautes de plus de 12 mètres, et qui sont constituées cependant par des marnes fendillées et extrêmement peu résistantes.
« Le régime des eaux quaternaires en ce point ne semble pas très facile à reconstituer, car les apparences d'une corrosion rapide y sont au contact même d'une sédimentation évidemment très tranquille des matériaux post-tertiaires. Ceuxci, formés, selon les points, de sables de rivière très proches de sables plus ou moins argileux, plus ou moins ocreuv, et d'une véritable terre de bruyère très noire, épaisse de plus de 15 mètres, sont en lits sensiblement horizontaux dans la région moyenne des poches, et se relèvent doucement en approchant de leurs parois. En quelques points, ces dépôts sableux contiennent des coquilles. On observe notamment à 3 mètres, verticalement au-dessus du point où gisait
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l'éléphant (poche de 32 mètres), un lit tout à fait horizontal rempli de mollusques. Ceux-ci consistent en hélix et en pupa qui, d'après l'examen qu'ont bien voulu en faire M. le docteur Fischer et M. le commandant Morlet, sont identiques à ceux qui vivent actuellement encore dans la localité.
« D'ailleurs, pour continuer la comparaison avec le gisement de Montreuil, il faut remarquer que l'altitude, à laquelle M. Gaudry insiste avec tant de raison, pour établir la chronologie des temps quaternaires, est ici de 49 mètres au lieu de 100 qu'elle atteint à Montreuil. Elle correspondrait donc par conséquent à la troisième époque (à la phase chaude), dont la faune la sépare cependant d'une manière complète. La première idée qui se présente pour concilier des faits d'apparence si contradictoire consiste à supposer que les lambeaux quaternaires qui viennent d'être décrits se sont échappés par glissement de dépôts gisant normalement beaucoup plus haut, sur les collines voisines, sur la butte d'Orgemont, par exemple. Mais, d'une part, cette hypothèse ne cadre guère avec l'état parfaitement stratifié des sables ossifères, et surtout avec la forme des terres gypseuses, maintenant souterraines, le long desquelles ils se sont accumulés. D'autre part, je me suis assuré directement que les formations immédiatement superposées aux marnes supragypseuses, vers le sommet et sur les flancs d'Orgemont, n'ont pas de rapport direct avec les alluvions de Volembert et sont tout simplement des sables de Fontainebleau présentant encore des vestiges du cordon de meulières de Beauce.
« Sans doute il est prudent, en l'état actuel des choses, de ne pas vouloir expliquer, dans tous ses détails, un gisement si spécial, et il faut attendre, d'observations ultérieures, la lumière à cet égard. »
Géologie. — M. Duubrée présente à l'Académie la carte géologique dressée au 1/800 000" par WA.Pomel et PouiUanes pour les départements d'Alger et d'Oran, et par M. Tissul, ingénieur des mines, pour le département de Cor.stantine. Cette carte s'étend au sud jusqu'au 30° degré, c'est-à-dire jusqu'au Sahara.
Minéralogie.— M. Boussingault donne lecture de quelques fragments de son nouveau mémoire sur le résultat des analyses faites dans les laboratoires du Conservatoire des arts et métiers, sur l'anthracite, la houille, les lignites et les bitumes. 11 appelle surtout l'attention sur deux points principaux : 1° les bitumes des puits de feu de la Chine qui sont au nombre de plusieurs milliers, et dans lesquels les sondages donnent lieu, à une profondeur de 500 à 600 mètres, à un dégagement de bitume et de gaz. Ce dernier est emmagasiné et sert à l'éclairage. Quant au bitume, d'un aspect verdàlre tout d'abord, il devient peu à peu, au contact de l'air, d'une teinte bleuâtre et fournit une certaine quantité de naphtaline; 2° les anthracites que l'on extrait des mines de Muso, en liolivie (le pays des émeraudes), peuvent, lorsqu'elles sont bien travaillées et mêlées à des diamants, servir de parures à cause de leur bel éclat, bien qu'elles ne soient pas très dures.
Médecine. — M. Pouchet adresse une note sur la matière sucrée que l'on trouve dans les crachats des sujets phtisiques, matière qui rappelle, par sa composition, le sucre de canne.
Hygiène. — M. Pasteur présente bnpc éloge, au nom de l'auteur, M. le docteur Hector Georges, un ouvrage éminemment pratique qui est appelé à rendre de véritables services. Son Traité d'hygiène rurale, suivi des premiers secours en cas d'accidents, est destiné surtout aux habitants des campagnes. Il est fait en vue des populations rurales de tous les degrés, tandis qu'tm y chercherait vainement l'hygiène des professions qui s'exercent dans les villes. Au contraire, l'hygiène dos professions agricoles, l'étude de leurs causes d'insalubrité, celle des accidents qu'elles peuvent entraîner, y ont reçu tous les développements nécessaires. La question des eaux potables, des maladies qu'elles peuvent causer lorsqu'elles sont impures et surtout la transmission des épidémies (fièvre typhoïde et choléra) par l'eau a été traitée avec les plus grands détails. La dernière partie, enfin, est consacrée aux accidents et aux premiers secours à donner en attendant l'arrivée du médecin: empoisonnements, asphyxie, hémorrhagies, morsures de vipères et de chiens enragés, apoplexies, etc.
Navigation. — L'amiral Paris vient de présenter à l'Académie une sorte de tableau général de ce qu'a été le navire depuis les temps historiques en faisant précéder l'exposé des richesses uniques que possède le Musée, par un exposé de ce qu'a été la marine chez les premiers peuples. Il a ainsi cherché à montrer quel était l'engin qui avait servi à réaliser les faits historiques des découvertes du monde et des événements militaires, et, lorsqu'il s'agit de navigation, l'être que l'homme a créé pour parcourir le monde est plus important à connaître que les armes ou les costumes; car sans lui on ne peut quitter la terre et il est curieux de connaître comment chaque peuple est parvenu à naviguer suivant ses ressources. Aussi l'amiral fait observer que puisqu'il e\i-te encore des peuples qui ne connaissent pas les métaux, ils peuvent nous apprendre ce que nos pères ont pu faire, alors que leur industrie était aussi bornée. Ainsi en parcourant dans le Musée la collection, unique jusqu'à ce jour, des pirogues et des bateaux de la Chine, de la Malaisie et des Arabes, on peut faire, dans l'ordre géographique de l'est à l'ouest, l'examen de ce qu'a été la marine depuis l'origine de notre histoire.
Cette connaissance acquise des pays lointains dont le résultat fut, en 1842, la publication des navires extra-européens, en 116 planches in-folio et un texte étendu, a permis des rapprochements intéressants dans les premiers chapitres. Ce n'est qu'arrivé aux galères à canons que les données certaines commencent, tant par des livres ou des dessins que par des modèles exacts, représentés par la photographie. Elles sont mêlées de descriptions et de figures de leur intérieur et d'appréciations sur leur manière de naviguer, sur leur résultat et sur le mode de guerre à leur époque ; alors que l'on peut dire que la guerre se faisait surtout avec des hommes, tandis que maintenant c'est avec de l'argent. Cne galère ne lançait que 44 kilogrammes de fer en une fois ayant 400 hommes; tandis qu'un vaisseau de 1000 hommes lançait de 600 à tooo kilogrammes de fer.
Des tableaux numériques très étendus permettent d'apprécier les différences du navire tant pour la guerre que pour la navigation et complètent ce que montrent les 60 planches et les 200 vignettes qui accompagnent le texte in-folio de 180 pages. Les beaux vaisseaux de Louis XIV, plus luxueuxque parfaits pour la navigation, sont amplement
CHRONIQUE
représentés par les photographies du Rayai Louis el du Soleil royal ; tandis que des tahleaux numériques l'ont apprécier ce qu'était celte marine créée par Colbert sous l'égide de Louis XIV.
Plus lard la science est venue jeter une lumière toute nouvelle sur l'art de la construction, livré jusque-là aux praticiens. Calco et Bernouilli ont donné des théories dont les constructeurs ont fait des applications remarquables ; la photographie du Sans Pareil en est un exemple, elle montre qu'aux conditions hygiéniques près, le vaisseau de 1770 était aussi parfait que celui de nos jours. Il parcourait le mondé avec sécurité et achevait de faire connaître les terres que d'audacieux aventuriers avaient découvertes avec des navires très imparfaits.
De bons modèles ont permis de représenter les élégants navires de la Méditerranée disparus depuis une quarantaine d'années. Plus tard l'abondance d'excellents modèles de l'empire a permis de reproduire tous les types de la flotte de cette époque jusqu'à celle du temps de Louis-Philippe, qui a vu le vaisseau arriver à sa perfection, au moment où la vapeur apparaissait et commençait, lentement d'abord, puis en peu d'années à le déprécier. £G planches montrent tous les types de ces époques, et les dernières exposent les amélioralions qui ont amené les vaisseaux à ne plus craindre les ouragans et à naviguer avec une sécurité jusquelà inconnue, bien que les chances de la mer fussent toujours les mêmes. Des vignettes montrent l'intérieur des navires, depuis la galère, dont l'équipage n'avait aucun abri et mourait à son banc, jusqu'à l'adoption tardive du faux pont, des cales bien aménagées, de l'artillerie parfaitement disposée et d'une salubrité jadis inconnue, qui a été due autant à ces bonnes dispositions intérieures qu'aux soins continuels dus à la propreté. C'est surtout depuis la paix de 1815 que ces perfectionnements notables ont eu lieu. Les différentes dispositions des gréements sont représentées par des planches dont l'aspect successif fait connaître les phases par lesquelles a passé le vaisseau, et quoique ce soit d'une manière succincte, c'est presque la première fois que le navire a été aussi bien montré dans son ensemble, les publications antérieures, sous forme de dictionnaires ou de traités partiels, permettant difficilement de reconstituer le navire enlier, pour se figurer ce qu'il était dans les combats des différentes époques. A toutes ces descriptions générales, accompagnées des chiffres nécessaires, s'est ajouté un exposé sur la manière dont on a construit les vaisseaux, depuis les procédés grossiers du temps de Louis XIII, figurés dans un livre des plus originaux, jusqu'à nos jours. Quelques détails sur la charpente, sur la manière de lancer cette énorme construction sur son élément et enfin sur celle de lui metlre ses mâts en place, lorsque l'on n'avait que le ciel au-dessus de la tête. Enfin on a indiqué et représenté l'opération de l'abatage en carène, pour visiter ou séparer les parties inférieures lorsqu'on manquait des ressources dont l'Europe dispose maintenant.
E. Rivièuk.
Sommaires des principaux recueils de mémoires originaux
Journal of tbk anthropological institute (t. XII, n° 2, 1882). — Man: Habitants des îles Audaman. — Lewis : Relations of stone
circles to outlving stones. — Price : Excavations dans les tumuP de l'île de Wight. — Staniland- Wake : Les Papous et les Polynésiens. — Psoundes : Rites et coutumes anciennes au Japon.
— Archiv fcr die ges*mmtk Physiologie (t. XXX, fascicules 5 et G). — Schifl' : Excitabilité de la moelle. — Hermann: Respiration di
fant au moment de la naissance. — Axenfeld: Construction d'un optomètre.
— The journal of mental science (janvier 1883, n° 124). — Wiglesirorth : Paralysie générale. — lreland : Caractère des hallucinations de Jeanne d'Arc. — Davidson : Le chanvre indien et la syphilis comme causes d'aliénation en Turquie, en Asie mineure et au Maroc. — Mercier : Hérédité dans l'aliénation. — Nicholson : Rapports de l'état social avec la pathologie mentale. — Cameron: Le reslraint et le traitement de» aliénés. — Manley : Insanité morale. — Herbert Major : Atrophie du cervelet et épilepsie.
— Archiv fur pathoi.ogischf. anatomib und physiologie (1883, t. XCI, fascicule 2). — Dilg: Oblitération congéniiale du cœur gauche. — Sperling: L'n cas de parencéphalie. — Lebedeff: Altérations histologiques des reins dans l'hémoglobinurie. — Morgenstern: Malformations dentaires. — iXoman: Atrophie aiguë du foie. — Poensgen : Xanthelastiia multiplex. — Lewinski : Lymphangiome de la peau. — Diedert : Analyse du lait de femme et du lait de vache. — Strickeri Nécrologie médicale de 18S2.
— Kosmos (1882, i. VI, fascicule 11). — Frits Millier: Plantes grimpantes. — Kutsky: La famille patriarcale et la gynécocratie. — Sehmidt: Animaux domestiques des anciens Égyptiens. — Hermann Millier: Relations des plantes et des insectes. — Laas: Le positivisme en Allemagne.
— Archiv fur die Gesammte physiologie (1883, t. XXX, fascicules 7 et 8). — Berzen: Influence de la rate sur la formation delà trypsine.
— Formation dezymogène aux dépens delà trypsine dans l'empoisonnementpar l'oxyde de carbone. — Bechterew: Section du nerf acoustique et rôle des canaux semi-circulaires dans l'équilibre du corps. — Lœiv: Constitution chimique différente du protoplasme vivant et du protoplasma mort. — Constitution de l'albumine. — Weyl: Mesure de l'oxygène dégagé par les plantes vertes. — Sehmidt Mulheim: Corps azotés et cholestérine dans le lait de vache.
— Journal de l'anatomie et de la physiologie normale et pathologique de l'homme it des animaux (t. XIX, 1883, n" 1, janvier-février).
— Kowalevsky et J. narrais: Matériaux pour servir à l'histoire de l'anchinie. — Lagrange: Note sur un cas d'ulcère farcineul du, .nique chez l'homme. — Cadiat: Du développement des fentes et arcs branchiaux chez l'embryon. — Magitot : Des lois delà dentition, études de physiologie comparée. — Testut: Recherches anatomiques sur l'anastomose du nerf musculo-cutané avec le nerf médian. — (ne lettre de M. II. Ûwen à Littré, sur la découverte delà trichinose. — Lettre de M. Ch. Richet sur la méthode des coefficients de pi
en chimie physiologique.
CHRONIQUE Nécrologie.
RS PRONONCÉ PAU M. BAILLON A IX OBSÈQUES Ii'hENRI B0CQD1LL0N
Henri Bocquillon meurt à quarante-huit ans, ne laissant que des amis, regretté et pleine de tous. Il s'était fait lui-même ce qu'il était, gràçe à un travail acharné; triomphant de bonne heui des efforts inouïs, de la mauvaise fortune et de mille obstacles. Quand le concours lui eut donné cette place tant enviée d'agrégé de la Faculté, la première étape d'une carrière scientifique assurée, il ne rencoulra point de jaloux; il n'a\:iît rien obtenu qu'il n'eut justement mérité. On le vit hum me modeste et consciencieux, de bon sens et de bonne volonté, observateur sagace, professeur habile, citoyen courageux, Il souriait avec bonhomie aux prétendîtes d vertes de quelques savants irop ambitieux, et nous lui vîmes le même sourire, en 1870, pour les balles allemandes qui sifflaient ;i nos oreilles. Il reçut avec joie la récompei se de son dévouement à la patrie, la croix de la Légion d'honneur qu'il n'avait |
Mais la guerre eut peur lui de tristes suites. Lr> privations du iè e, les angoisses de l'incertitude, la crainte de ne jamais n êtres chers dont le 'blocus de Paris l'avait longtemps séparé, tout
CH MONIQUE
cela fut au-dessus de ses forces. 11 s'affaissa sur lui-même, survivant à son intelligence qu'on crut à jamais égarée.
Un jour cependant, l'espérance nous revint. Il se reconquit, et il lui fut donne de reprendre à la Faculté, non sans succès, l'enseignement dont on l'avait pu croire à jamais banni. Après tant de douleurs, il se vit relativement heureux, rassurant par sa bonne humeur et sa douce philosophie la compagne sérieuse et dévouée qu'il s'était choisie. Non qu'il se crût à l'abri de tout péril : il parlait quelquefois de ta fin, ne demandant pour sa tombe que les fleurs qu'il avait tant aimées et les adieux d'un ami sincère. Qui de nous ne voudrait être aujourd'hui cet ami, affirmant à une femme accablée et à une pauvre enfant qui pleurent au foyer désert, et qui ne veulent pas être consolées, que le souvenir sera doux de cet homme simple et bon, qui ne se connut pas d'ennemis, et qui, ayant après tant d'épreuves, retrouvé le calme et la joie, est tombé près des siens, sans souffrance, la tête haute, ferme dans ses convictions et la conscience en paix ! C'est 11 le soir d'un beau jour ».
AssocinUon franoniso iioiir l'avancement tics seionoes.
L'association française pour l'avancement des sciences tiendra sa douzième session, cette année, dans la ville de Rouen. La date d'ouverture du congrès est fixée au jeudi 16 août.
Le conseil d'administration a, dans sa dernière séance, voté les subventions suivantes :
MM. Lescarbault, pour faciliter la continuation de ses
recherches astronomiques 500 fr.
Brard, pour aider à ses recherches sur la production
thermique des courants électriques 300
Dufet, pour l'encourager à la continuation de ses travaux sur la variation des propriétés optiques sous l'influence de la chaleur 500
G. Tissandier, pour contribuer à ses recherches sur les piles et les moteurs électriques (subvention de M. B. Brunet) 1000
Observatoire météorologique de l'Aigoual, pour contribuer à l'organisation et à l'installation : 5000 fr. en deux annuités, pour cette année 2000
Le docteur V. Lemoine, pour aider à la continuation de ses recherches paléontologiques et de ses travaux de zoologie 500
Pomel, pour les frais relatifs aux fouilles se rapportant au quaternaire oranais 300
Clavaud, pour lui faciliter la continuation de ses travaux de botanique 400
La Société liunéenne de Bordeaux, pour aider à la publication de la Flore de la Gironde de M. Clavaud 500
Doassans et Patouillard, pour faciliter la publication du deuxième volume de leur ouvrage sur les champignons desséchés et figurés (subvention de la ville de Paris) 400
Dupetit, pour l'aider dans ses recherches sur la botanique 300
Foucaud, pour participer aux frais d'explorations
botaniques dans le sud-ouest 400
Brongniarl, pour aider à la publication de ses recherches sur les insectes fossilles 500
L'aquarium du Havre, pour participer aux dépenses d'acquisition de canot, drague et autres appareils de sondages 800
1 e Laboratoire de biologie maritime de Pcn-Chateau, pour contribuer à l'installation des appareils et approvisionnement des aquariums 1000
La Société des sciences naturelles de la Charente- Inférieure, pour contribuer aux dépenses des publications relatives à l'histoire naturelle de la région du sud-ouest de la France (subvention de la ville de Montpellier) 000
Delort. pour faciliter la continuation de ses recherches préhistoriques 300
G. de Mortillet, pour aider à la continuation de ^es recherches sur l'origine de la population de la France 1000
.1 reporter 1 1300 fr.
Report 11300 fr.
De plus un appareil photr—iphique sera prêté à M. de Mortillet pom a ■ >■ ;''une année. Prix d'achat 500
La Société d'authropologie de Lyon, pour contribuer
à l'achat d'instruments de mensuration 500
Souche, pour lui permettre de continuer les fouilles
relatives à des recherches anthropologiques. . . 300
La Société de pisciculture de Nanleuil-en- Vallée (Charente), pour faciliter la continuation de ses expériences 300
Le conseil d'administration a voté en outre que l'on distribuerait en 18X3 cinq bourses de session dont le montant a été évalué approximativement à. . 1000
Enfin le thermomètre à renversement dont il a été fait acquisition en 1882 est prêté pour un an à M. le docteur Fines.
Total 1390U fr.
Le conseil a décidé que, à l'avenir, les personnes à qui seraient votées des subventions pour aidera la publication d'ouvrages scientifique auraient à remettre à l'Association un uombre d'exemplaires ■qui serait à fixer dans chaque cas particulier et qui, généralement, devrait représenter approximativement, au prix fort, le moulant de la subvention. Ces exemplaires seraient destinés à être donnés à des bibliothèques publiques dont les ressources sont insuffisantes.
Les étrangers a paris
L'Annuaire de statistique de la ville de Paris pour 1881 renferme, dans la partie consacrée à la démographie, une étude sur les résultats du recensement de 1881, due à M. le docteur Jacques Bertillon, membre de la commission de statistique municipale. Voici quelques passages de ce travail relatifs aux étrangers :
« Les Parisiens nés à Paris ont toujours constitué une exception dans cette grande ville. Sur 1000 habitants recensés à Paris, 322 sont nés dans la ville, 38 dans les autres communes du département, 565 dans les autres départements ou colonies, 75 à l'étranger.
« La plupart des autres villes sont loin d'atteindre ce dernier chiffre. Ainsi, pour citer deux capitales très inégales par leur population : à Berlin, la proportion des individus étrangers à l'Allemagne n'est que de 13 pour 1000 habitants; à Budapest, le nombre des individus qui ne sont ni Hongrois ni Autrichiens n'est que de 14 pour 1000 habitants.
« Paris est donc une ville particulièrement hospitalière. On y compte, d'après le recensement de 1881 :
« 45281 Belges; 31 190 Allemands; 21577 Italiens; 20810 Suisses; 10 789 Anglais; 9250 Hollandais; 5927 Américains; 5786 Russes; 4982 Autrichiens et enfin 3616 Espagnols.
« La colonie anglaise habite principalement les huitième, seizième et d>x-septième arrondissements.
« Le nombre des Allemands fixés à Paris a singulièrement augmenté depuis 1876. Ils n'étaient que 19024 à cette époque. La p upart sont fixés dans les arrondissements excentriques de Paris et notamment dans le dix-neuvième arrondissement.
n Les Belges, au nombre de 34192 en 1875, sont répartis presque dans tous les quartiers de la ville. Le nombre des Hollandais a peu augmenté : on les trouve à peu près dans les mêmes arrondissements que les Belges. Les Italiens n'étaient que 11530 en 1876. Leur population a presque doublé depuis cette époque. C'est dans le onzième arrondissement et dans les arrondissements voisins qu'ils habitent. Les Suisses sont fixés pour la plupart dans les quartiers commerçants du centre.
« En résumé, le nombre des étrangers augmente rapidement. Ils n'étaient que 119349 en 1876; ils étaient, en 1881. 164038. Cette augmentation de 41689 constitue la cinquième partie environ de l'accroissement total de la population parisienne.
Le gérant : Félix Alcan.
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REVUE SCIENTIFIQUE
PREMIÈRE SÉRIE
1" année (1863). — N01 4, 5, 6, 39, 40, 51, 52. 2« année (1864). — N" 5, 6, 28.