M. L. PASTEUR. — MÉTHODE POUR PRÉVENIR LA RAGE APRÈS MORSURE
Dans un premier mémoire publié en 1877, M. H. Hildebrandsson a montré que dans la plupart des cas les cirrus divergent au-dessus des régions de Liasses pressions et convergent vers les maxima barométriques; ceci, rapproché des mouvements du vent inférieur, prouve que l'air, après avoir marché vers les dépressions dans les parties basses, s'élève peu à peu en tourbillonnant, arrive à une grande hauteur et se déverse alors en divergeant vers les régions voisines, et en particulier sur les régions de hautes pressions, où il redescend par un mouvement inverse.
Entre la région de convergence et celle de divergence, il doit exister forcément une zone où l'air tourne en spires concentriques, mais hélicoïdales. C'est ce que les travaux météorologiques plus récents ont démontré.
M. Clément Ley d'abord et M. Hildebrandsson plus tard ont étudié dans leurs détails les mouvements des cirrus; ces nuages suivent une trajectoire qui varie avec la portion de la dépression que l'on envisage. A l'arrière et près du centre, sur une assez faible étendue, ils marchent vers le centre ; partout ailleurs, ils divergent; leur divergence est maxima à l'avant de la dé-
Fig. 21. — Marche des cirrus au-dessus d'une dépression.
pression (fig. 21). Dans les maxima barométriques, ils convergent, et leur convergence la plus grande se produit à l'arrière, c'est-à-dire, pour nos climats, à l'ouest du centre des forles pressions.
Fig. 22. — Marcho des cumulus dans une dépression.
Quant aux nuages de la région moyenne, comme les cumulus, ils suivent une trajectoire presque circulaire et répondent à peu près à la portion du tourbillon où le mouvement de l'air est concentrique (fig. 22).
Ainsi l'étudede la marche des nuages à diverses hauteurs est venue compléter et confirmer ce que nous connaissions déjà par l'observation du vent sur le mécanisme des mouvements tourbillonnaires dans les dépressions barométriques.
En résumé, d'après l'ensemble des travaux météorologiques, nous voyons :
1° Qu'il existe des trombes ascendantes;
2° Que tous les tornados connus donnent des preuves manifestes du mouvement ascensionnel de l'air;
3° Que les cyclones, les typbons, les dépressions barométriques, grands tourbillons atmospliériques caractérisés par un abaissement de la pression au centre, sont formés de filets d'air convergents à la base et divergents dans les régions élevées ; d'où il est matériellement prouvé que l'air y a une composante ascendante.
Il y aurait encore bien des choses à dire sur les mouvements tourbillonnaires de l'atmosphère, leur assimilation à des tourbillons que nous reproduisons artificiellement, sur les phénomènes concomitants dont ils expliquent la formation, comme par exemple la pluie; mais nous voulons nous borner à des faits évidents où les appréciations n'ont rien à voir.
Léon Teisserenc de Bort.
PATHOLOGIE Méthode pour prévenir la rage après morsure (1).
La prophylaxie de la rage, telle que je l'ai exposée en mon nom et au nom de mes collaborateurs, dans des notes précédentes, constituait assurément un progrès réel dans l'étude de cette maladie, progrès toutefois plus scientifique que pratique. Son application exposait à des accidents. Sur vingt chiens traités, je n'aurais pu répondre d'en rendre réfractaires à la rage plus de quinze ou seize.
Il était utile, d'autre part, de terminer le traitement par une dernière inoculation très virulente, inoculation d'un virus de contrôle, afin de confirmer et de renforcer l'état réfractaire. En outre, la prudence exigeait que l'on conservât les chiens en surveillance pendant un temps supérieur à la durée d'incubation de la maladie produite par l'inoculation directe de ce dernier virus, et il ne fallait pas moins quelquefois d'un intervalle de trois à quatre mois pour être assuré de l'état réfractaire à la rage.
De telles exigences auraient limité beaucoup l'application de la méthode.
Enfin, la méthode ne se serait prêtée que difficilement à une mise en train toujours immédiate, condition réclamée
(1) Communication faite par M. Pasteur à l'Académie des sciences dans la séance du 26 octobre 1885.