L. Pasteur
do l'Institut.
VARIÉTÉS La bibliothèque d'un étudiant en médecine.
Le choix des livres! — Ce n'est certes pas un des moindres soucis pour l'étudiant qui, à dix-huit ans, la bourse légère, naïf, ignorant, abandonné, se trouve tout d'un coup lancé dans le monde des écoles, des cours, des examens, et peutêtre encore des brasseries. Jusqu'alors, le proviseur et les professeurs du lycée lui ont, par le menu, indiqué les ouvrages nécessaires à ses études; mais, à présent, il faut qu'il choisisse. 11 est livré à lui-même ; il ne dépend de personne ; il est seul responsable, et c'est lui seul qui payera le prix de ses sottises, s'il en fait; on ne lui donne que des indications rares, vagues et contradictoires, et il n'ose pas avoir un avis, de peur de dépenser mal à propos le petit pécule qu'il peut consacrer à sa bibliothèque.
Nous voudrions ici lui fournir quelques renseignements dont il fera, s'il veut, son profit. Oui, vraiment, nous avons cette prétention de donner au jeune étudiant en médecine quelques conseils que nous ne craindrons pas d'appeler paternels. La matière est délicate, car on sera peut-être tenté de nous croire affilié à une maison de librairie, et les appréciations sur la valeur de tel ou tel livre sont des plus variables; mais les critiques qu'on nous adressera assurément et que nous prévoyons ne nous empêcheront pas de poursuivre notre route. Nous croyons que notre petit programme de bibliothèque sera utile à l'étudiant, et cela nous suffit.
Nous supposerons un étudiant moyen — c'est ce qui est nécessaire pour toute démonstration de ce genre — arrivant à Paris avec l'intention de travailler honorablement et de s'amuser un peu; il veut passer six ans à Paris : c'est à peu près le temps qu'il faut pour être docteur en médecine et pour aller ensuite, dans une ville ou dans un village quelconque, exercer la pratique médicale. Sans être bien riche, il peut consacrer à l'achat de livres, tous les ans, une somme de cent francs, soit huit francs par mois. A ce prix assez modique, il aura, s'il sait s'y prendre, une bibliothèque assez complète.
Et d'abord, il faut qu'il ait une bibliothèque. 11 y a bien des cabinets de lecture, des établissements où se prètentdes livres; il y a surtout l'admirable bibliothèque de la Faculté, si riche en ouvrages de toutes sortes; mais tout cela ne remplace pas une bibliothèque personnelle. 11 faut à l'étudiant des livres qu'il pourra consulter soir et matin, matin et soir; qu'il emporte sous son bras en allant à l'hôpital, qu'il feuillettera dix fois par jour, qu'il étudiera quand il est seul ou malade, ou s'il s'ennuie. Si l'on a des livres chez soi, on ne peut pas ne pas les connaître, les lire, les aimer à la longue. On prend goût à son petit domicile, et l'on est moins tenté de flâner dans les cafés ou les promenades publiques. 11 y a de ce fait une réelle économie, et ce n'est pas être paradoxal que de prétendre qu'eu donnant à un
LA BIBLIOTHÈQUE D'UN ÉTUDIANT E\ MEDECINE
étudiant des goûts sédentaires, on lui fait réaliser une économie de plus de huit francs par mois.
Certes, les cours, les examens, les visites à l'hôpital, les exercices pratiques ont de précieux avantages, et rien ne peut les remplacer. Mais, d'un autre côté, rien ne peut remplacer l'étude, la lecture. C'est là le vrai travail de l'étudiant. Il faut que le soir, dans sa petite chambre, à la lueur de sa lampe, il puisse passer quelques heures à la lecture ou à l'étude, lit il ne peut le faire qu'avec des livres à lui. Pour peu qu'il soit curieux et intelligent, il saura bien vite que ce sont laies meilleurs moments de sa vie. Tout ce monde, nouveau de la médecine et de la science s'ouvrira à lui. Les faits, les idées, les découvertes, les discussions lui apparaîtront avec un attrait que ne soupçonne pas le malheureux qui apprend par cœur un manuel.
Je ne crains pas de dire que, s'il fallait choisir entre deux étudiants d'égale intelligence, l'un qui a beaucoup lu et beaucoup étudié, l'autre qui, sans étudier, a au contraire suivi les cours, les examens, les visites hospitalières et les exercices pratiques, sans lire et sans étudier, ce dernier sera incontestablement, à tous les points de vue, bien inférieur au premier. De fait, il n'y a pas d'antagonisme entre les deux méthodes, et elles se complètent l'une par l'autre. Sans livres, tous les enseignements, oraux ou pratiques, sont dénués de valeur. Et s'il y a, en matière de pédagogie, une vérité incontestable, c'est que tout ce qu'on a pu entendre ou voir ne se comprend et ne se retient qu'après qu'on a pu le lire dans un livre.
Donc, notre étudiant aura sa bibliothèque, et, à la fin de ses six ans d'études, elle lui aura coûté 600 francs. Comme on peut facilement s'arranger avec des libraires pour avoir quelque crédit, il y aura avantage, afin de posséder un peu plus tût les livres d'étude, à les acheter en quatre ans seulement, soit, à raison de 150 francs par an pendant les quatre premières années; dans les deux dernières années, l'étudiant pourra ainsi payer sa petite dette de 200 francs à son libraire, et il n'aura pas de nouveaux livres à acheter.
Nous prélèverons d'abord une sommeannuellede 00 francs pour des livres qui ne sont pas absolument nécessaires, et, en premier lieu, pour un jour nal de médecine. Quoiqu'un étudiant de première ou de seconde année ne comprenne pas grand'chose aux discussions des académies et des sociétés savantes, il est bon qu'il s'y intéresse, qu'il voie le nom des maîtres de la science, qu'il ait quelque teinture des grandes découvertes contemporaines qui se font à côté de lui et qu'il ignorerait, si un journal scientifique ne lui donnait pas quelques indications. Avant tout, en effet, il faut qu'il soit curieux; le défaut de curiosité, autrement dit l'Indifférence, est général chez nos jeunes étudiants. Mais s'ils ont un journal de médecine, ils le liront, surtout s'ils le payent. Ils conserveront la collection; ils suivront, en les comprenant tant bien que mal, les polémiques et les discussions; en un mot, ils s'intéresseront aux choses de la médecine et de la science. N'est-ce pas un grand point?
Quoique nous estimions très haut la Revue scientifique.
ce n'est pas ce journal que nous conseillerons. Le prix en est un peu élevé, et la médecine — quoique souvent le directeur du journal le regrette — n'y occupe qu'un rang secondaire. Pour un étudiant en médecine, il faut un journal à lion marché, qui soit exclusivement médical. Or la Semaine médicale a ce double avantage. Ou y trouve quantité d'informations, plus ou moins exactes; mais, en somme, ce journal donne un tableau assez fidèle du grand mouvement médical contemporain, et son prix n'est que de huit francs.
Restent 2:2 francs à dépenser. Eh bien, il faut, pensonsnous, faire cette petite réserve pour les livres autres que les livres de médecine. l'n médecin doit avoir d'autres idées que des idées techniques, et nos grands classiques littéraires, comme nos grands romanciers modernes, ne doivent pas être bannis de sa bibliothèque. Si une occasion se rencontre d'acheter, pour quelques sous ou quelques francs, un Mo lière, un Rabelais, un La Fontaine, ce sera vraiment une bonne aubaine, un secours contre les heures d'ennui, un délassement moins frivole que les gens superficiels se l'imaginent. D'ailleurs, que de bous livres se trouvent à des prix vraiment dérisoires! Avec 22 francs par an, je me chargerais, si j'avais l'honneur d'être libraire, de monter en quatre ans une bibliothèque littéraire des mieux composées. Les éditions ne seraient pas de grand luxe; mais c'est aux riches seulement qu'il est permis d'avoir des tirages exceptionnels et de belles éditions. 11 y aurait dans cette petite bibliothèque la Recherche de l'absolu et les Parents pauvres de Balzac; VHisloire d'un conscrit de 1813, les Misérable» Madame Bovary, à côté de Don Quichotte, de Candide, des Voyayes de Gulliver, de Robinson Crusoc, de Faust, du Voyage sentimental, sans qu'on ait à s'abstenir d'un La bruyère, d'un Racine, d'un Corneille, voire même d'un Shakespeare et d'un Montaigne. Des livres de classe, des bouquins d'occasion, soit; mais enfin des œuvres grandioses qui reposent l'esprit et élèvent le cœur.
Nous le répétons : la dépense sera petite, et le profit sera grand. Nous ne sommes pas de ceux qui veulent qu'un médecin soit ignare en tout, hormis les pathologies, et nous estimons que c'est rendre service à l'étudiant eu lui faisant lire Don Quichotte ou Molière,les pieds sur les chenets, plu tôt qu'à le laisser courir le guilledou dans les tavernes et les bals publics.
Reste le point essentiel : 120 francs par an, en quatre ans pour acheter tous les livres nécessaires; pour la première année, histoire naturelle, physique et chimie; pour la seconde année, anatomie et physiologie; en troisième année, pathologie, et enfin en quatrième année, accouchements thérapeutique, médecine opératoire et hygiène.
Abordons résolument les livres de la première année (1) 1
(1) Nous supposons que l'étudiant ignore les langues étrangers D'ailleurs il ne peut apprendre que dans sa propre langue les clé nients d'une science.
LA BIBLIOTHÈQUE D'UN ÉTUDIANT EN MEDECINE
Il faut commencer par un dictionnaire de médecine, qui rendra le jeune homme familier avec les termes de l'art. Mais quel dictionnaire prendre? Les deux grands magnifiques dictionnaires monument incomparable que nos contemporains ont élevé à la médecine (surtout le Dictionnaire encyclopédique) lui sont, hélas! par leur prix énorme, tout à fait interdits. Il faut être plus modeste. A cet égard, nous dirons qu'ils sont tous également bons et également mauvais; d'ailleurs ils sont copiés assez fidèlement l'un sur l'autre, en sorte que, si j'avais une préférence, ce serait pour le moins cher. 11 y a eu du dictionnaire de Nysten, de nombreuses éditions, et je crois que c'est une ancienne édition de ce dictionnaire (qu'on trouvera d'occasion pour 10 francs environ) que je conseillerais bien d'acheter. On ne trouvera pas là les dernières nouveautés de la médecine; mais ce n'est assurément pas dans un dictionnaire qu'on va les chercher. Un dictionnaire sert à faire connaître les termes techniques; c'est un résumé élémentaire de tout ce qui touche à la médecine, et une vieille édition de Nysten (de 1860 à 1880, par exemple) paraîtra bien suffisante.
Des sciences qu'on enseigne aux étudiants de première année, la chimie est la plus importante sans contredit. Jadis les médecins devaient connaître les simples et par conséquent la botanique. L'étude bien approfondie de cette belle science est à peu près superllue aujourd'hui pour le médecin; et, à tout prendre, mieux vaut savoir les propriétés chimiques de la quinine que les caractères botaniques du quinquina. Il n'y a de physiologie que celle qui s'appuie sur la chimie, et il n'y a de médecin digne de ce nom que celui qui connaît bien la physiologie. L'hygiène, la thérapeutique, la médecine légale ont la chimie pour base essentielle, presque unique. L'effort de l'étudiant devra donc porter sur la chimie.
Le maître illustre qui a, pendant si longtemps et avec tant d'éclat, occupé la chaire de chimie de la Faculté, A. Wurtz, a écrit,- entre autres, trois livres que l'étudiant devra absolument posséder et méditer : son Traité de chimie médicale (2 vol., 20 francs), son Traité de chimie biologique (1 vol., lu francs), son Introduction à l'élude de la chimie (1 vol., 8 francs), sont des ouvrages magistralement écrits et conçus.
Un livre élémentaire de physique suffira : par exemple,
l'ouvrage classique de MM. Gariel et Desplats (11 francs).
Un traité élémentaire de zoologie et de botanique suffira
| aussi ; mais il importe assez peu qu'on prenne tel ou tel de
S ces livres (1); s'ils sont lus et étudiés avec soin, ils rendront
[ à peu près les mêmes services (17 francs).
Nous recommandons seulement aux étudiants de prendre, en outre, le petit Manuel de zoologie de M. Bert, pour la classe de huitième (2 francs). Le livre est assurément très élémentaire et même enfantin. Mais la lecture en est si
(1) De M. Bâillon, de M. Van Ticghem, de M. Cauvet, de MM. Bert et Blanchard, de Jussieu, de Milne-Edwards, de M. Ed. Terrier, de M. Lanessan, etc.
attrayante, et les idées y sont si ingénieusement exposées, que même un bachelier es sciences, même un étudiant en médecine, trouvera son profit à ce livre d'enfants.
Ce qui est indispensable, croyons-nous, c'est que l'étudiant achète, pour le lire incessamment, un des chefsd'œuvre de la littérature scientifique de tous les âges, l'Origine des espèces de Darwin (9 francs). C'est la clef de la zoologie, et on peut dire hardiment que ce livre incomparable est une des bases de la science au xix° siècle. Et ce n'est pas seulement un ouvrage admirable par la grandeur des idées, c'est encore un des livres les plus amusants qu'on puisse lire. C'est une vraie bonne fortune pour un étudiant de première année que d'avoir, par le fait du nombre limité de ses occupations, assez de temps à lui pour méditer un pareil chef-d'œuvre.
Nous arrivons ainsi à la somme de 90 francs environ. Restent 30 francs qui pourront être ainsi employés :
Comme complément des études zool igiques, le beau livre de M. de Ouatrefages sur VEspèce humaine (5 francs) et comme complément des études de physique, un ouvrage instructif de M. Bernstein, sur tes Sens (5 francs) et enfin, pour commencer la physiologie, le petit livre de physiologie de MM. Eûss et Duval (8 francs), voilà ce qui me parait tout à fait recommandable. L'étudiant puisera dans ces bons traités le goût de la science; il retrouvera, complétés par des expositions plus détaillées, les éléments qu'il a lus dans les manuels; et, d'autre part, il commencera, même en première année, à lire un peu de physiologie.
De même il faut qu'il lise un peu d'anatomie, et il importe que cette anatomie ne soit pas trop aride. L'anatomie médico-chirurgicale convient tout à fait à l'étudiant en médecine de première année. Nous conseillerions volontiers celle de M. Richet, quoique les planches soient moins bonnes et moins nombreuses que celles de M. Tillaux; mais le livre de M. Tillaux est bien plus coûteux, et son texte est moins intéressant, moins riche d'idées et de faits, que le texte de. M. Richet.
Pour le livre de M. Duval et kiiss, comme pour le livre de M. Richet, la dernière édition n'est pas du tout nécessaire. Les changements qui y ont été faits ne sont pas assez importants pour qu'on sacrifie la somme, relativement forte, qui sépare le prix d'un livre neuf du prix d'un livre d'occasion.
Nous voici à la seconde année, avec une somme de 120 francs qui est de nouveau à notre disposition : cette année-là, il y aura de gros livres, fort chers, à acheter; mais ils sont indispensables.
D'abord une Anatomie; or celle de M. Sappey est tellement supérieure aux autres, et l'anatomie est si nécessaire au médecin, qu'il faudra ne pas hésiter à faire cette dépense (50 francs).
Puis une Physiologie : car le livre de MM. Duval et Kiiss, très agréable à lire, très ingénieux, n'est assurément pas suffisant pour un étudiant qui veut bien savoir la physiologie. Si nous laissons de côté la Physiologie de Longet
LA BIBUOTIIÉOI E D'UN ÉTUDIANT EN MÉDECINE
(trop ancienne et trop coûteuse, mais féconde en renseignements précieux et supérieurement conçue), il reste deux traités de physiologie (i) : celui de M. Béclard (16 francs) et celui de M. Beaunis (2/i francs). Contrairement à ce que nous disions plus haut pour l'anatomie médico-chirurgicale qui ne change guère, la physiologie change assez vite pour que les dernières éditions de ces ouvrages soient nécessaires. Le livre de M. Beaunis, extrêmement riche en documents bibliographiques et en faits nouveaux, a de grandes qualités scientifiques ; mais il ne laisse pas que d'être obscur et parfois un peu dur à lire pour un étudiant.
Le livre de M. Béclard est bien plus clair, quoiqu'il soit assurément moins détaillé et moins complet. En pareille matière, il nous semble que chacun peut choisir suivant ses tendances personnelles : on sera sûr de faire un bon choix.
Quoique cette seconde année ne soit pas consacrée à la pathologie, il faut cependant empiéter un peu sur l'année qui viendra; et il sera bon que l'étudiant puisse ;iu moins feuilleter un livre de pathologie interne, quitte à l'étudier plus en détail l'année suivante. En fait de pathologie, le beau livre de M. Jaccoud (/|5 francs) est tellement supérieur aux autres, qu'il ne faut pas hésiter à le prendre, d'autant plus que la pathologie, c'est la médecine même. Pour les mêmes raisons que tout à l'heure, c'est la dernière édition qu'il faudra choisir.
Enfin, pour l'histologie et l'anatomie générale, le petit Manuel du microscope de MM. Duval et Lereboullet (5 fr.) sera un guide à peu près suffisant, car l'anatomie générale est comprise dans le livre de M. Sappey.
Au début de la troisième année, le premier soin de l'étudiant sera d'acquérir une pathologie externe. Celle de M. Duplay serait certainement très utile; mais elle est si coûteuse (90 francs) que nous n'osons vraiment la conseiller. C'est un très bel ouvrage, mais peut-être un docteur en médecine, ne faisant relativement que peu de chirurgie, pourra s'en passer. Le livre de MM. Reclus, Kirmisson, Peyrot et Bouilly répondra aux aspirations plus modestes de l'étudiant ou du médecin qui ne se spécialisera pas dans la chirurgie (36 francs).
Maintenant que les livres tout à fait classiques sont achetés, il faudra s'occuper d'autres livres de médecine traitant des sciences qui confinent à la pathologie et le choix sera assez difficile.
Nous conseillons d'abord le petit Formulaire de M. Bouchardat (3 francs), tout à fait indispensable au médecin, plus utile à vrai dire au médecin qu'à l'étudiant; mais enfin il donnera des indications sur la thérapeutique, et, quand l'étudiant sera appelé à pratiquer la médecine, il lui évitera de grossières erreurs ; ce qui, assurément, est de quelque poids.
(I) Je ne parle pas du petit manuel de Budye, ni du manuel de Béraud et Robin, ni de la traduction du livre de Heimann, tous trois peu à recommander.
Un traité d'accouchement est aussi indispensable, et il ne faut passe contenter d'un manuel; car l'obstétrique a trop d'importance pour qu'il soit permis à un étudiant comme à un praticien d'être ignorant ou même peu versé dans cette branche importante de son art. Les traités d'accouchement, même anciens, c'est-à-dire datant de 1860, de 1870 ou de 1880, peuvent, à la rigueur, être pris plutôt que les traités tout récents, quoique les divers livres sur les accouchements aient, au point de vue scientifique, une valeur très inégale; au point de vue de la pratique, ils sont tous à peu près également bons. On pourra donc choisir entre les livres de Cazeaux, de M. Tarnier, de M. Charpentier, de MM. Delore et Luteau (15 francs).
Le Trailé de pathologie générale de M. Hallopeau, ouvrage bien écrit et bien pensé, sera un utile complément des traités de pathologies interne et externe. C'est un livre de lecture facile et où l'étudiant trouvera bien exposées les récentes acquisitions de la science médicale (8 francs).
Le Traité d'hygiène de M. Bouchardat est un ouvrage tout à fait remarquable, où le savant maître a donné les résultats de sa longue et pénétrante expérience. La lecture en est aussi agréable qu'utile, et l'étudiant y trouvera quantités de notions instructives, non seulement sur l'hygiène, mais encore sur la physiologie et les diverses branches de la médecine (15 francs).
Le Trailé de thérapeutique (la dernière édition est nécessaire) de M. Rabuteau est un livre précieux. L'auteur y a mis toute l'originalité de son ingénieux esprit ; si ce n'est pas un guide absolument irréprochable, c'est au moins le meilleur livre de thérapeutique. Rempli de faits bien exposés, contenant des expériences instructives, c'est un ouvrage de lecture agréable, et dont on retient facilement les faits principaux. Nous en dirions autant de soo Traité de toxicologie (les 2 vol., 26 francs).
En fait de médeciue légale, un traité complet n'est assurément pas nécessaire pour celui qui ne compte pas se spécialiser dans cette branche de la médecine. Nous avons lu récemment le petit livre de M. Vibert, Précis de médecine légale (7 francs), qui, pensons-nous, sera tout à fait suffisant. De même aussi l'excellent petit écrit de M. Lacassagne Précis de médecine judiciaire (5 francs). On pourra choisir l'un ou l'autre.
Nous arrivons ainsi, à peu près, à la somme convenue, mais nous ne donnons pas, pour le surplus, d'indication autre, pensant que, suivant ses goûts, l'étudiant pourra acquérir tel ou tel ouvrage rentrant plus particulièrement dans les branches de la médecine auxquelles il se destine plus] spécialement.
Pour la quatrième année, le choix sera encore plus difficile à faire.
Nous signalerons d'abord la nécessité d'un Précis de médecine opératoire. Par exemple, le livre de M. Farabeuf (10 francs), où il y a d'excellentes figures qui se comprennent presque sans le texte, et où cependant le texte est d'une clarté telle qu'on n'aurait pas besoin de figures.
LA BIBLIOTHÈQUE D'UN ÉTUDIANT EN MÉDECINE
Pour compléter les notions de pathologie, le livre de Bouley, le Progrès en expérimentation et les Leçons sur la contagion, sera lu et consulté avec le plus grand profit. Nous le considérons presque comme indispensable, car les découvertes de M. Pasteur, qui jouent, comme on sait, un rôle prépondérant dans la médecine contemporaine, y sont magistralement exposées (20 francs).
Un petit livre d'auscultation (Précis de Barlh et Roger, 5 francs) sera aussi d'un secours précieux au clinicien, et l'étudiant même aura besoin de le méditer.
Nous engagerons en outre les étudiants à se procurer la
Clinique médicale, de Trousseau (3 vol., 30 francs), car ils
trouveront difficilement des lectures aussi attrayantes, aussi
pénétrantes. La sagacité de ce célèbre médecin n'est cer-
i tainement pas à la portée de tout praticien; mais chacun
I peut tirer son profit des enseignements qu'il donne.
Enfin, vu l'importance chaque jour croissante des affections du système nerveux, un traité spécial sur ce sujet j sera tout à fait utile, encore qu'à l'extrême rigueur ou ! puisse s'en dispenser. M. Grasset a publié sur la pathologie I nerveuse un gros volume [Maladies du système nerveux, 25 francs), que l'on consultera et qu'on lira avec le plus : grand profit. On pourra choisir entre ce livre d'ensemble, compilation pleine d'érudition judicieuse, et les magistrales i leçons de M. Charcot (3 vol.), plus limitées quant à leur objet, mais où le futur médecin puisera les éléments de la bonne et saine clinique.
Jusqu'ici, dans tous ces livres, il n'a pas été question de
maladies mentales. Elles sont cependant indispensables à
connaître, car les livres de pathologie ne parlent pas des
affections mentales. Il y a dans la littérature médicale
de bons ouvrages (par exemple, l'œuvre d'Esquirol, un chef-
i d'œuvre), mais qui sont peut-être trop détaillés pour le
médecin qui ne sera pas un spécialiste : pour celui-là,
I un précis suffira, par exemple, le petit livre de M. Régis
! (7 francs), plutôt que le Traité de Marcé (10 francs), plus
coûteux et moins au courant de la science.
On voit qu'après l'achat de ces divers livres il restera encore 20 francs que l'on pourra consacrer, suivant ses goûts lou ses projets de pratique, à la médecine militaire, aux maladies de l'œil, aux maladies des enfants, aux maladies vénériennes, aux maladies des femmes, à l'électricité médicale, là l'histoire de la médecine, etc.
I En tout cas, n'est-il pas vrai qu'avec la somme, relativement minime, que nous avons supposée à l'étudiant, il |i eu de quoi se constituer une bibliothèque tout à fait Isuffisante? L'étudiant trouvera dans la lecture de ces excel- I ents ouvrages, non seulement les connaissances nécessaires à son examen, mais encore une distraction, et, pour pieu qu'il soit curieux et épris de son art, un véritable ! ilaisir. S'il peut arriver à lire des livres de médecine pour 'amuser, nous lui prédisons qu'il passera brillamment ses lixamens et qu'il sera un bon médecin.
Est-ce à dire que cette petite bibliothèque suffise, et que, l)0ur l'étudiant, d'autres ouvrages ne soient pas à lire? Loin
de là, et nous ne saurions trop lui recommander d'étendre, de développer, de multiplier ses lectures. En première année, les leçons de philosophie chimique de Dumas, la chimie atomique de Wurtz, la chimie fondée sur la synthèse de M. Berthelot, etc.
C'est surtout pendant la seconde année qu'il faudra lire, et lire sans relâche. Toute l'œuvre de Claude Bernard est admirable : elle se lit sans effort et se retient de même ; on se trouve avoir ainsi, comme en se jouant, appris la physiologie, dans ses parties les plus abstraites et les plus difficiles ; mais l'œuvre de ce grand maitre ne peut guère être achetée par l'étudiant. Peut-être, en errant près des bouquinistes, trouvera-t-il une occasion favorable pour tel ou tel ouvrage, et alors il ne faut pas qu'il hésite à faire cette petite orgie au profit de sa bibliothèque.
Les Leçons de M. Milne-Eduards, ce livre supérieur et admirable; les ouvrages de M. Marey, de M. Vulpian; les articles des grands dictionnaires, tout cela est, sinon à lire entièrement, du moins à consulter, à parcourir et à étudier.
Plus tard, en quatrième, en cinquième année, il aura aussi de bonnes occasions à saisir. Par exemple, telle ancienne édition d'un livre classique peut être acquise à bas prix. Il y a des leçons de clinique chirurgicale de Dupuytren qui sont tout à fait intéressantes : les leçons d'Andral, de Chôme], etc., les cliniques de M. Gosselin sont de même. Mais, pour se guider dans ce monde presque infini, l'étudiant n'aura qu'à consulter ses livres personnels. Les auteurs de sa petite bibliothèque lui indiqueront quels auteurs de la grande Bibliothèque, celle de la l'acuité, il devra consulter.
Qu'il n'oublie pas en même temps de jeter un coup d'oeil sur les divers journaux médicaux ou scientifiques, car il y trouvera discutées les questions du jour, qui doivent l'intéresser lui aussi. Il assistera ainsi à l'évolution des sciences médicales qui se fait sous ses yeux, pour ainsi dire, et à côté de lui.
En un mot, je voudrais que l'étudiant, aimant d'abord les livres pour eux-mêmes, finit par les aimer parce qu'ils représentent l'étude et le travail, les deux biens les plus précieux, et ceux qui trompent le moins.
Qu'il suive plus ou moins exactement les conseils donnés plus haut, ]ieu nous importe, s'il a simplement appris : 1° qu'on ne devient pas médecin sans lire ; 2° qu'on lit mal dans un livre qu'on ne possède pas; 3° par conséquent, qu'il faut s'imposer quelques sacrifices pour ses livres.
CM SERIE BlfiLIOGliAI'IUOI K.
CAUSERIE BIBLIOGRAPHIQUE
Voici aujourd'hui un petit livre (1) élégant, illustré dès les premières pages de jolies vignettes, finement gravées, comme dans certains beaux in-/t° du wii'- siècle, que les bibliophiles d'aujourd'hui se disputent à l'envi. Ces vignettes sont ou des culs-de-lampe ou de charmants frontispices, ou bien quelques-uns encore encadrent la première lettre d'un chapitre. Mais pourquoi comprendre ces vignettes parmi les gravures proprement dites, alors qu'elles n'ont aucun rapport avec le sujet traité par l'auteur? Il y a là un procédé purement matériel que nous ne comprenons pas bien et qui déroute le lecteur. En effet, cherchez la figure 1 et vous serez tout surpris de voir qu'elle n'existe pas, mais qu'elle est remplacée par une petite vignette ornementale entourant la lettre V (m), tandis que les véritables gravures qui ont trait au sujet commencent par le numéro 6. De même à plusieurs reprises dans le cours de l'ouvrage.
Mais ceci dit, quel est ce livre à l'élégante reliure gris perle et or, aux tranches jaspées, imprimé sur papier teinté? 11 a pour titre : Comment il faut choisir un cheval de selle ou d'attelage. Et le but de l'auteur, M. le comte de Montigny, — but éminemment pratique, — est tout entier indiqué dans l'hommage qu'il en fait au président bien connu de la Société hippique française, M. le marquis de Mornay. Ce qu'il veut, c'est être utile à un certain nombre de lecteurs qui n'auraient peut-être pas le loisir ou la patience de s'adonner à de longues études hippologiques, mais qui accepteront volontiers la lecture d'un opuscule renfermant, tous une forme abrégée, l'ensemble des connaissances hippiques indispensables à un homme de cheval s'il veut juger les bons chevaux de service.
Mais combien parmi nos jeunes sportsmer, au début de la carrière, connaissent les proportions d'un cheva', ses tares, ses aplombs, son âge et tant d'autres choses qui sont cependant de leur ressort; combien d'entre eux ont seulement une vague idée de son anatomie, combien en possèdent les notions même les plus élémentaires ?
C'est à ces notions absolument nécessaires que l'auteur, des plus compétents en la matière, a consacré ses premiers chapitres, c'est-à-dire à l'organisation et à l'extérieur du cheval, ainsi qu'à l'étude des principales parties du corps. La description en est chaque fois accompagnée de figures avec légendes explicatives.
Puis après les chapitres des tares (tares dures et tares molles), des aplombs et des proportions, nous arrivons aux allures du cheval, aflures naturelles (pas, trot et galop) à l'aide desquelles il se transporte d'un point à un autre; ou allures artificielles, c'est-à-dire celles qu'il acquiert sous
(1) Comment il faut choisir un cheval (connaissances pratiques sur ['anatomie, l'extérieur, les races), par M. le comte de Montigny. — Deuxième édition. Un vol. orné do 130 vignettes : Paris, J. Rothschild.
l'influence du dressage : le passage, le piaffer, les airs relevés.
Arrêtons-nous ici quelques instants, car il ne suffit pas à l'acheteur de voir l'animal à la montre, au mur et placé comme le marchand l'entend, c'est-à-dire d'en avoir l'impression. 11 faut, bien plus encore, le voir à la main au pas, autant que possible, marchant librement; le voir aussi au trot, de profil, puis de face, venant à soi et s'en allant, l'essayer enfin plus à fond, attelé ou monté, pour juger ses allures, son dressage et sa sagesse.
Le pas, d'après le docteur Adam, comprend quatre battues divisées par deux, en sorte que celles produites par les membres diagonaux soient plus rapprochées l'une de l'autre. Dans le pas deux pieds diagonaux sont en l'air pendant
Fig. .'il. — Le pas.
un moment, ensuite trois membres, pour un instant, tou client le sol, puis deux membres du même côté s'élèvent, après quoi les deux autres membres diagonaux sont en l'air. Cette définition du pas n'est pas la même que celle qu'en a donnée le colonel Duhousset. Le cheval lève ses pieds, dit-il, et les pose alternativement dans l'ordre sui vaut : l'animal étant supposé en marche et le membre antérieur droit levé (fig. 31), la jambe gauche, opposée diago nalement (postérieure gauche), le suivra à un léger intervalle; le membre gauche de devant vient après, enfin 1; jambe droite de derrière. Il y a donc quatre temps qui st font entendre, quatre foulées.
Dans le trot, — l'allure la plus utile pour les services di cheval de luxe et d'attelage et qu'on doit développer pai l'élevage et les croisements dans nos races chevalines, — h dos, les reins et la croupe, sous l'influence des muscle puissants qu'ils recouvrent, déterminent une action plu élevée que la part à laquelle participent la tête et l'enco lure. .Nous avons le trot raccourci, le trot rapide, le tro de course, le trop soutenu et poussé à la vitesse extrême mais le beau trot (fig. 32) est celui dans lequel les membre antérieurs s'étendent avec puissance et liberté au sortir d l'épaule, et qui. avec une moyenne flexion du genou, lan
CAl SERIE BIBLIOGRAPHIQUE.
cent les pieds en avant, si bien qu'ils semblent, pour un moment, planer avant de se poser sur le sol.
Quant au galop (fig. 33), il se produit de telle manière que le corps du cheval est poussé en avant par les deux membres
Fig. 3î. — La Irot.
postérieurs, successivement mis en action, et jeté sur les deux membres antérieurs, marchant avec une égale rapidité l'un après l'autre, en sorte que le cheval plane dans le saut, un court instant, jusqu'à ce que les membres postérieurs se soient rapprochés sous le corps et se soient posés pour fournir un nouvel effort. Nous parlons ici seulement du
Fig. 33. — Le galop.
galop en général, sans entrer dans ses divisions : galopade ou galop très rassemblé, galop de course, galop de manège et galop de chasse.
Enfin, M. de Montigny termine son livre par un aperçu intéressant sur les différents types de chevaux, mais un peu j écourté, à notre avis, quoiqu'il ait soin de prévenir le lec- *teur qu'il n'est point entré dans son programme de traiter à fond la question des races chevalines. Et son dernier chapitre est réservé à quelques notions importantes sur le choix des étalons et des poulinières, où l'on reconnaît bien vite, dans l'auteur, l'ancien inspecteur général des haras, dont les efforts, souvent couronnés de succès, ont toujours tendu à triompher de la routine et dont le but a toujours été l'amélioration de la race chevaline.
L'ouvrage que nous venons d'analyser en est une preuve
nouvelle, et il aura, entre autres mérites, celui d'avoir su vulgariser les bonnes traditions auxquelles tout sportsman véritable doit attacher le plus grand prix.
A une époque fertile en recherches et en découvertes de toute nature, comme est celle où nous vivons, la mémoire est insuffisante à enregistrer toutes les nouvelles acquisitions de la science, et on éprouve bien souvent le besoin de recourir aux comptes rendus des sociétés savantes et aux mémoires spéciaux pour préciser ses souvenirs et contrôler des questions de détail.
En ce sens, une publication qui présenterait réunis et condensés, sous un petit volume, les travaux scientifiques de chaque année avec leurs principales applications à l'industrie et aux arts, rendrait de grands services aux chercheurs, dont le temps est précieux, et donnerait aussi à ceux qui se contentent de suivre les progrès de la science, sans y contribuer, un aperçu général exact de son état actuel.
Hâtons-nous de dire que nous avons ce livre depuis longtemps, car nous recevons aujourd'hui le tome de sa vingtneuvième année (1), et ajoutons que ce livre est l'ait avec le plus grand soin, qu'il est très complet, et que le groupement des communications savantes et des travaux divers y est établi de telle sorte que l'on y trouve ce qu'on cherche avec la plus grande facilité. C'est un bilan exact de l'année scientifique, car M. Louis Figuier a eu l'heureuse idée d'y enregistrer, à côté des acquisitions nouvelles, les pertes éprouvées par la mort des savants, auxquels ses notices nécrologiques savent rendre un juste hommage.
La science jeune entre toutes, l'électricité, est, il faut le reconnaître, celle qui se fait le plus remarquer par ses découvertes incessantes et les applications nombreuses qui en sont aussitôt faites dans les diverses branches de l'industrie. On a dit que notre siècle était celui de l'électricité, et il est certain que dans la réalisation de tous les progrès de la civilisation, dans ce perfectionnement continu du bienêtre intellectuel et physique de l'homme, c'est l'électricité qui joue le rôle le plus important en ce moment. Aussi ne trouverons-nous pas superflu qu'à coté de l'Année scientifique, dont nous venons de parler, paraisse une Année électrique (2) qui remplisse, à l'égard de l'électricité, le même rôle que le livre précédent, mais en lui donnant un développement beaucoup plus considérable, et suffisamment légitimé par l'importance du sujet.
Ici encore les matières, classées dans des chapitres distincts selon qu'elles concernent l'éclairage, la télégraphie la téléphonie, la médecine, la traction, etc., arrivent facilement à la main des chercheurs ; et deux chapitres complémentaires, l'un de bibliographie et l'autre de nécrologie
(1) L'Année scientifique <■! industrielle, par Louis Figuier. in
vol. in-12; Paris, Hachette, 1886.
(2) L'Année électrique, I annuel des travaux scientifiques des inventions ei des principales applications de l'électricité <i t'tndustrie et aux arts, par M. l'h. Delahaye : 2* année. — Lu vol. in-12 • Paris, liaudry, ISSU.
font de ce livre un tout complet dont on appréciera l'utilité.
En somme, la publication de ces années est d'une heureuse inspiration ; et c'est une bonne habitude dont il faut louer les auteurs, qui doivent consacrer beaucoup de temps à ce travail, un peu ingrat, de collationnement, et aussi les éditeurs, qui en ont eu sans doute la première idée.
M. Pattison Mu m et M. Mum Urloh (1) ont résumé en un volume assez court les éléments de la thermochimie, cette intéressante région de la science qui unit d'un lien si étroit la physique et la chimie. Cet ouvrage n'est pas, à proprement parler, un ouvrage original ; c'est plutôt une adaptation pour les étudiants anglais de l'ouvrage de Neumann : Lehr und Handbuch der Thermochemie. Mais les auteurs ont jugé à propos de réduire considérablement le livre de M. Neumann, de manière à en faire un livre plus élémentaire.
Et, en effet, c'est plutôt un livre de vulgarisation qu'un livre de science, de sorte qu'il est à peu près inutile à ceux qui possèdent le livre de M- Berthelot, ou qui peuvent consulter les ouvrages de M. Thomsen ou les ingénieuses études de M. Lemoineet de M. Ditte sur la chimie générale. Le premier chapitre est un exposé général de la force, de l'énergie des lois physico-chimiques. La seconde partie est consacrée à l'examen technique des procédés calorimétriques; quoique fort abrégée, cette étude est peut-être la meilleure partie du livre. Puis vient un chapitre sur l'allotropie, l'isomérisme, la neutralisation. Le quatrième chapitre est réservé à l'étude des densités de vapeur et de la dissociation. Enfin, les généralités sur la thermochimie, avec une discussion très superficielle et incomplète, forment le cinquième chapitre. Le tout est terminé par un appendice important comprenant des multiples données numériques, fort utiles assurément, mais qui ne sont que la reproduction des tableaux donnés par M. Thomsen et M. Berthelot. Heureusement les auteurs anglais semblent avoir pris le parti d'employer le système métrique et centigrade, de sorte que leur livre peut être lu ailleurs que danslaGrande-Bretagne. Nous ne croyons cependant pas pouvoir laisser passer l'ouvrage de MM. P. Muir et Muir Urlon sans quelques critiques que nos lecteurs trouveront sans doute légitimes. 11 s'agit de la discus-iou vraiment par trop superficielle de certaines lois essentielles. Par exemple, dans l'étude de la dissociation — où, entre autres omissions, le nom de Sainte- Claire Deville n'est pas prononcé — croirait-on que les expériences sur le chloral, avec la discussion mémorable qui s'en est suivie, ne sont pas mentionnées? (A la page 277, il y a quelques chiffres, un quart de page, sur la dissociation du chloral, qui sont peu exacts.) A propos de la classification des corps, est-il permis d'ignorer ou d'omettre la loi périodique de M. Mendéléeff et les modifications que M. L. Meyer y a ajoutées ? En thermochimie, cette fonction périodique joue un rôle important, et cependant il n'est pas plus question de ces deux lois que si elles n'existaient pas.
(1) Eléments of thermal chemistry. — Londres, Macmillan, 1885.
La discussion sur la loi du travail maximum, qui est, ce semble, la base même de la thermochimie, est écourtée et présentée d'une manière tout âfait incomplète.
Somme toute, nous croyons que les savants auteurs ont eu le plus grand tort de vouloir réduire, abréger, condenser j| l'œuvre de M. Neumann. Ils l'ont, pensons-nous, affaiblie, de manière à lui ôter toute valeur.
Le volume que publie M. Sw intox 1) su,- l'odorat. le* organes musicaux et auditifs, et sur les mœurs amoureuses des insectes, est fort singulier et intéressant. L'auteur veut I montrer dans quelle mesure la reproduction est stimulée I par les agents métaphysiques, comme l'amour, la haine, la I rivalité, et par les agents matériels, tels que les odeurs, les! gestes, les sons : ce qui le conduit à examiner en grand dé-l tail les organes de-la stridulation et de l'audition, de la loco- 1 motion et de la vue, de la sécrétion et de l'odorat, etc.| llelativement aux agents métaphysiques, c'est-à-dire auxl passions qui peuvent entrer enjeu à propos de la reproduc- 1 tion, M. Swinton rappelle les observations de plusieurs en-| tomologistes, mais il en ajoute beaucoup qui lui sont per-1 sonnelles. En sa qualité d'entomologiste pratiquant, notre! auteur a beaucoup vu, beaucoup noté et beaucoup retenu. J Tous les entomologistes n'en font pas autant, et il faut savoir gré à ceux qui ne s'en tiennent pas simplement à ficher de grandes épingles dans le dos de petits insectes pour les éfj quêter et les disposer en rang d'oignons dans des boites closes, sans s'occuper d'autre chose que de leur extérieur Cette façon de procéder ne profite ni à la science ni à eux qui s'y adonnent, et ce serait se singulièrement méprendre que de croire faire œuvre de zoologiste, de naturaliste, en agissant ainsi. Relativement aux pantomimes, danses amoureuses, M. Swinton a observé beaucoup de faits qu'il décrit d'une façon très pittoresque. Mais la plus grande partie du volume est consacrée à l'étude de la stridulation et de l'au dition chez les insectes : il y a, en effet, cent cinquante pages qui sont consacrées à ces deux questions connexe, et l'on peut dire que le sujet est traité d'une façon complète chaque chapitre est, en outre, accompagné d'un index bibliographique relatif aux matières qui viennent d'être traitées. Le dernier chapitre, qui traite de la migration et de la sélection naturelle chez les insectes, est peut-être un peu court, et c'est dommage. Quoi qu'il en soit, le livre de M. Swinton se laisse lire d'une façon très agréable : c'est de la science présentée d'une façon aimable, non pédante c'est un livre qui contribuera certainement adonner le goût de l'histoire naturelle. Pour quiconque fait des sciences na turelles son étude constante, de tels livres sont si rares qu( l'on court à eux comme l'on court à l'oasis dans le désert Tant il est vrai qu'il ne sullit pas de savoir pour bien ensei gner, et que beaucoup d'ouvrages intéressants et utiles en soi sont mal présentés et rebutent le lecteur.
(1) Insed Variety; Us propagation and distribution : treating o, the odours, daruxs, colows and music m ail granhoppm, etc., A. -II. Swinton. — Londres, Cassell et ('."', 1886.
ACADÉMIE DES SCIENCES DE PAIÎIS
Signalons à nos lecteurs le cinquième volume (1) de la publication que M. Ambdée Guillemih acommencée en 1880. L'auteur nous a donné successivement la Pesanteur, la Lumière, le Magnétisme et l'Électricité et la Chaleur. Aujourd'hui, un cinquième volume, consacré à la météorologie, vient terminer ce bel ouvrage, qui, par la lucidité de son texte, par les nombreuses et intéressantes figures dont il est orné, sait s'adresser aux personnes restées étrangères aux sciences naturelles tout en gardant son caractère d'œuvre sérieuse et, complète.
ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS
SÉANCE DO 1er MARS 1886.
M. J. Farkus: Sur les fonctions uniformes affectées de coupures. — M. Maurice d'Ocagne .' Sur certaines suites de fractions irréductibles. — M. Louis Rdbourdin : Sur le moyen de faire l'épure géométrique de toute déformation provenant de la perspective binoculaire. — M. A. Martnlit'int : Sur l'hyperboloide articulé et l'application de ses propriétés à la démonstration du théorème de M. de Sparre. — M. Eai/e : L'annuaire de l'Observatoire impérial de Rio-de-Janeiro. — M. (lit. Trépied : Observations de la comète Fabry, laites à l'observatoire d'Alger au télescope de 0lll,50. — M. Lebeuf : Orbite et éphéméride de la comète Fabry. — M. P. l'accltiiti : Les protubérances solaires observées pondant l'année 1885. — M. L. Crtits .'Observations de la comète Barnard à l'Observatoire astronomiquo de Rio-de-Janeiro. — M. G. ftayet : Position d'étoiles télescopiques de la con^ellation des Pléiades. — M. Wolf: Observations sur la note de M. Rayât. — M. E. Perrin : Sur les dépressions de l'horizon de la mer. — M. II. Wilil : Sur les relations entre les variations du magnétisme terrestre et les phénomènes observés sur le soleil. — M. Masciirt : Remarques sur la communication de M. Il Wild. — M. Lecoq de Boisbaudran : A propos de la théorie des trombes. — M. Foyv : Réponse à M. Lalanne sur les effets mécaniques des trombes. — M. Léon to.lo.nne: Réflexionti sur cette communication. — M. A. Crova : Observations acinometriques faites à Muntpeliier pendant l'année 1885. — M. Maurice Lévy : Formules directes pour lo calcul des moments de flexion dans los poutres continues de section constante ou variable. — M. //. Léautè : Calcul des régulateurs. Marche rationnelle à suivre en pratique pour rétablissement d'un appareil de régulation à action indirecte. — M lit. Srlllœsimj : Sur les propriétés hygroscopiques du tabac. — M. Ledeboer : Sur le galvanomètre apériodique Deprez-d'Arsouval, employé comme galvanomètre balistique. — M. Lecoq tic Boisbaudran : Sur l'équivalent des terbines. — .1/. W. Crookes : Sur les spectres de l'orbine. — M. Tant;! : Sur quelques principes immédiats de l'écorce d'orange amôre. — .1/. .1. Recouia ."Sur les états isoménques do sesquichlorure de chrome, sosquichlorure vert. . - - M. (.1. Winckter : Corps nouveau: le germanium. — M. /:'. Werlheimer : Sur les centres respiratoires de la moelle épinière. — M. L. Pasteur: Résultats de l'application de la môlhudo pour prévenir la rage après morsure. — Allocution présidentielle. — .1/. Vulpian : Remarques à propos de la communication de M. Pasteur. — Réponses de M. Pasteur et de M. de Freycinet. — Proposition de .1/. J. Bertrand. — .1/ lui < ri : Essai de statistique démographique et do topographie médicale du département de la Vendée. — MM. E. Jacquot et A. Michel Lévy : Sur une roche anomale de la vallée d'Aspe. — M. Bourgeol : Répartition des renversements de terrains dans la région du Jura comprise entre Genève et Poligny. — M. J, Rousset : Sur les relations stratigraphiques qui existent entre los calcaires à miliolites et les couches à Micruslcr lerecusis dans le département de la Haute-Garonne et le canton do Sainte-Croix (Ariège). — Observation* de M. Hébert sur celte note. — M. J. Jouberl : Cristallisation du paralartrate de soude ot d'ammoniaque. — Remarques do M. L. Pasteur. — .1/. Hall : Emploi des coordonnées a/.imutales. — M. l'amiral Mouchez : La statue d'Arago. — Candidatures : MM. Edmond Ptrritr et Léon Vaillant. — Élections : M. Marcel Drprcz. — Présentation : M. A. Cornu.
Astronomik. — .)/. Lebeuf a, calculé l'orbite et l'éphéméride de la comète Fabry. Les éléments de son orbite résultent des observations faites : 1° au nombre de 33 du lor au 5 décembre dernier; 2° de celles faites à Hambourg, Alger,
(1) Le Monde physique, t. V : la Météorologie. — Un vol. in S". Paris, Hachette, 1885.
JNice et Paris du 7 au 11 janvier; des observations faites encore à Mce et a Alger du 8 au 13 février.
— M. Paye appelle l'attention sur l'annuaire de l'Observatoire impérial de Hio-de-Janeiro et signale en particulier deux tableaux entièrement nouveaux qui lui paraissent dignes du plus grand intérêt,, c'est-à-dire ceux des circonstances astronomiques et climatériques qui caractérisent chaque pays de la terre.
— La lettre de .1/. Tavcltini, sur les protubérances solaires observées pendant l'année 1885, se termine par les conclusions suivantes :
1° Les grandes protubérances ne se sont pas présentées le même jour aux extrémités du même diamètre du disque. Cette correspondance ne se présente qu'en proportion assez petite, lorsqu'on tient également compte de petites protubérances, en sorte que les coïncidences doivent être considérées comme purement accidentelles et dérivant de la fréquence des protubérances dans des zones symétriques par rapport à l'équateur solaire.
2° Les grandes protubérances ne se présentent pas dans le voisinage des pôles, mais presque toujours entre l'équateur et ± /|0°. Elles correspondent presque toujours à des régions solaires sans taches et sans facules.
3" Les grandes protubérances peuvent durer très peu ou beaucoup : dans le premier cas, elles sont fileuses; dans le second, elles présentent presque toujours le caractère de protubérances attachées à la chromosphère.
h" Les protubérances de hauteurs comprises entre 2' et 3' ont été peu fréquentes, et très rares entre 3' et 6'.
5° lin tenant compte des grandes protubérances, l'activité solaire doit être considérée comme ayant été plus grande en 1885 qu'en 1884.
— Une nouvelle note de .)/. /.. Cruls est relative aux observations de la comète Barnard faites à l'équatorial de 0,M,25 et s'étendant du 15 juillet au 8 août, date après laquelle la faiblesse de la comète a rendu celle-ci invisible. M. Cruls ajoute que la perte de la lumière île l'astre doit être en partie attribuée à l'impureté de l'atmosphère par suite de l'existence à I\io, à cette époque de l'année, d'un brouillard sec qui rend presque impossibles certaines observations astronomiques. Eu 1885, ce brouillard s'est maintenu dans son intensité maxima jusqu'au 10 septembre, date à laquelle l'auteur a pu, pour la première fois, observer l'étoile temporaire de la nébuleuse d'Andrnméilc.
Météorologie. — .1/. Lecoq de Boisbaudran soumet a 1 examen de l'Académie une idée que lui oui si ggérée les contradictions existant sur la théorie des trombes.
Si le sommet du cône d'une trombe n'atteint pas le sol, les choses se passeront ainsi que l'indique Ut théorie de M. Faye; mais, si la trombe est coupée à un certain niveau où elle est encore assez large, par la surface du sol ou de la mer, ne peut-on pas dire qu'il y aura, contre cet obstacle, réflexion d'une partie des filets d'air descendants vers l'intérieur du météore? Ces filets formeront alors une trombe conique centrait!, ascendante et sensiblement symétrique de la portion du cône interceptée par le sol ou la mer.
Si l'on admettait cette interprétation, on expliquerait comment des objets, tels que des poissons, ont pu être enlevés et transportés a une certaine distance, même par des trombes dont le mouvement général était descendant.
ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS
— M. Paye, répondant à la note communiquée dans la dernière séance par M. L.alanne, sur les effets mécaniques des trombes, rappelle qu'il a comparé, il y a longtemps, l'action d'une trombe sur les eaux à celle d'une écope hollandaise, emmanchée horizontalement au bout d'un axe vertical et agissant circulairement à grande vitesse sur la surface de l'eau dans laquelle elle tend à pénétrer, ou bien a celle des baigneurs qui, pour projeter de l'eau au visage de leurs camarades, font tourner vivement leurs bras tendus à la surface de l'eau. S'il s'y trouvait par hasard un petit poisson, il serait projeté également, plus loin même que l'eau, parce que celle-ci se résout promptement en gouttelettes.
— A ces réflexions de M. Faye, M. Léon Lalanne répond qu'il lui est impossible de comprendre que des mouvements descendants de l'atmosphère, combinés avec des mouvements horizontaux de tourbillonnements, si intenses qu'on les suppose, puissent donner lieu à une résultante inclinée au-dessus de l'horizon. C'est pourtant ce qu'il faudrait pour expliquer la projection de poissons, soit sur un pont de navires, soit dans un vallon à forte pente dirigée vers la mer, à plusieurs centaines de mètres du rivage.
— M. A. Crova appelle l'attention sur les observations actinométriques faites pendant l'année 1885 à l'Observatoire de Montpellier par M. Houdaille. Les résultats de ces observations contrastent d'une manière remarquable avec ceux des années précédentes. L'auteur cite une faiblesse très grande des radiations que l'on peut attribuer à une abondance anormale de vapeur d'eau dans l'atmosphère et à un défaut de transparence calorifique qui en est la conséquence, faiblesse qu'il importe de mettre aussi en parallèle avec le mauvais rendement des cultures et particulièrement de celle de la vigne, ainsi qu'avec le développement des maladies parasitaires de celle-ci en 1885.
Physique. — M. Th. Schlœsing présente, sur les propriétés hygroscopiques du tabac, une note dont voici quelques conclusions :
Entre 10° et 75°, la température influe peu sur le taux d'humidité que prend le tabac en présence d'un air ayant une fraction de saturation donnée.
Le tabac est doué d'une hygroscopicité peu commune; il doit tenir ses propriétés hygroscopiques, non seulement de sa constitution physique, mais aussi des sels avides d'eau qu'il renferme.
Le taux normal d'humidité du scaferlati ordinaire est environ de 19 pour 100. La fraction de saturation de l'air correspondant est sensiblement 0,73 à 15». Or, sous le climat de Paris, l'état hygrométrique de l'air, très variable, d'ailleurs, d'un jour à l'autre, est en moyenne peu différent de 0,70, chiffre auquel correspond une humidité du tabac de 18 pour 100. Sous ce climat, les variations de l'état hygrométrique de l'air font donc précisément osciller l'humidité du scaferlati d'un taux moyen qui est a peu près celui que réclame la consommation.
Chijiie. — M. W. Crookes a réussi récemment à obtenir la terre erbine dans un état assez pur pour lui permettre d'examiner son spectre phosphorescent, sans que celui-ci fût masqué par suite de la présence des terres : yttria, samarine, holmine, thuline, ya ou ytterbine.
Le spectre phosphorescent de l'erbine consiste en quatre bandes vertes qui n'occupent la place d'aucune de celles des spectres de l'yttrium ou du samarium.
Physiologie végétale. — M. Gailon Bonnier a repris les expériences qu'il avait commencées en 1879 sur les quantités de chaleur dégagées par les graines en germination, et a étudié d'une manière plus générale les échanges de chaleur qui se produisent entre les végétaux et l'extérieur. Il a opéré par deux méthodes différentes : celle du calorimètre et celle des températures stationnaires. Ces deux méthodes lui ont donné des résultats suffisamment concordants.
— Ayant été chargé par les exploitants du bassin houiller du Gard de classer les couches de ce bassin, principalement avec l'aide des fossiles, M. Grand' Eury a été amené à reprendre la détermination spécifique des empreintes végétales. Il a ainsi constaté à Alais, comme à Saint-Etienne, de bas en haut de la série des couches superposées, des changements de flore de deux sortes : les uns lents mais continus et devenant importants à la longue; les autres accidentels, d'une couche à l'autre, et pouvant servir à les caractériser individuellement.
Minéralogie. — M. A. Lacroix a eu l'occasion d'étudier les roches basaltiques du nord-est de l'Irlande, au cours d'un voyage effectué en août-septembre I88Z1. Les érosions ont fait disparaître les anciennes bouches volcaniques, et aujourd'hui le comté d'Antuin, qui fait l'objet d'une communication de l'auteur, est recouvert par un vaste manteau basaltique; aussi est-ce sur la côte qu'il faut chercher les relations de la roche éruptive avec les terrains sédimentaires au milieu desquels elle s'est fait jour.
— Au cours d'une excursion entreprise récemment dans la vallée d'Aspe avec MM. Bertrand, ingénieur des mines, MM. E. Jacquol et A. Michel Lévy ont eu l'occasion d'étudier le gisement de la roche anomale désignée en 1823, par de Charpentier, sous le nom de feldspath compact. Cette roche est d'un blanc verdàtre, à cassure cireuse et esquilleuse; elle est très résistante et onctueuse au toucher, comme les stéatites. Bien qu'elle se laisse facilement entamer au couteau, sa poussière raye le verre. Enfin elle est interstratifiée comme celle de Changé, à la base du carbonifère, et sa pâte contient essentiellement de la séricite et accessoirement du quartz grenu et du rutile. Son âge coïncide avec la fin des éruptions de granulite et le commencement de celles de la microgranulite.
Centenaire d'Arago. — Le comité du centenaire de la naissance d'Arago, n'ayant pu donner suite à son projet d'une cérémonie commémorative et du banquet à l'Hôtel de Ville, a décidé de rendre un plus durable hommage à la mémoire d'Arago en proposant de lui élever, par souscription nationale, une statue monumentale sur le boulevard qui porte son nom.
Le comité espère que l'Académie voudra bien prendre sous son haut patronage cette œuvre de justice et de reconnaissance envers un de ses plus illustres se crétaires perpétuels, œuvre qui sera certainement applaudie par la France entière et les hommes d'élite de tous les pays.
Les colonies, où une grande partie de la population doit aujourd'hui sa liberté aux décrets d'Arago, ne manqueront pas de donner aussi leur généreux appui.
ACADÉMIE DES SCIENCES DE PARIS
— La Société polytechnique de Russie adresse à M. le Président, le 26 février, un télégramme exprimant son admiration pour Arago.
Physiologie expérimentale. — Après avoir rappelé les recherches de M. Broun Sequard, en 1860, et de M. Langendorff, en 1880, sur la persistance de la respiration chez les mammifères nouveau-nés après l'ablation de la moelle allongée, M. E. Wertheimer rend compte de ses propres expériences à la Faculté de médecine de Lille sur des chiens âgés de quelques mois et sur des chiens adultes.
Voici les conclusions auxquelles il a été conduit : il existe dans la moelle des centres nerveux qui président les uns à l'inspiration, les autres à l'expiration, et leur activité peut être mise en évidence même chez les mammifères adultes. Le retour de la respiration spontanée, mémo pendant l'insufflation pulmonaire, montre que la moelle, abandonnée à elle-même, envoie aux muscles respirateurs des impulsions rythmiques sans qu'elle ait besoin d'y être sollicitée par un excitant quelconque. D'autre part, les caractères que prennent les mouvements respiratoires, quand le bulbe n'exerce plus son influence, prouvent que celui-ci sert aux centres médullaires de modérateur et de régulateur, et que, dans la respiration comme dans la circulation, son rôle est identique.
Pathologie expérimentale. — 1/. Pasteur donne lecture du travail sur la prophylaxie de la rage, que nous publions plus haut (voir page 302).
— A la suite de cette communication, M. l'amiral Jurien de la Gravière, président de l'Académie, prononce les paroles suivantes :
$if> « Mon cher et éminent confrère,
« Je tromperais certainement l'attente de l'Académie, si je ne vous transmettais pas ses remerciements. Vous avez bien raison de nous associer à vos glorieuses et pacifiques conquêtes, car nous en sommes plus fiers que vous ne consentirez jamais à l'être vous-même. Je n'en dirai pas davantage; si je me laissais aller à exprimer toute l'admiration, toute la reconnaissance que nous inspirent vos travaux, on pourrait croire que je veux m'attribuer le droit de parler, non plus au nom de l'Académie, mais au nom de l'humanité tout entière. »
— M. Vulpian s'exprime ensuite de la manière suivante : « Lorsque M. Pasteur fit, devant l'Académie, sa première
communication sur le traitement préventif de la rage, je crus pouvoir dire que, d'après ce que j'avais vu dans le laboratoire de l'École normale, ce traitement me paraissait devoir réussir à coup sûr, toutes les fois qu'il serait mis en pratique dans toute sa teneur et peu de temps après la morsure. Ce que je disais alors s'est pleinement réalisé, ainsi que l'Académie vient de l'apprendre de la bouche même de M. Pasteur. Le traitement préventif de la rage est donc d'une efficacité certaine, et notre illustre confrère vient d'ajouter un titre de plus à ceux qu'il s'est déjà acquis à la reconnaissance universelle. Je ne veux pas oublier que je parle devant lui et que je ne puis pas dire ici tout ce que je pense de ses admirables découvertes.
« Je prends la parole, surtout pour demander à M. Pasteur quelques éclaircissements sur la dernière phrase de sa com-
munication. II nous a parlé de la fondation d'un établissement de vaccine contre la rage. Cette fondation est-elle décidée? C'est une création qui s'impose. Maintenant que le traitement préventif de M. Pasteur a fait ses preuves, de façon à dissiper tous les doutes, le nombre des personnes qui viendront de tous les points de la France et de l'étranger se faire soigner à Paris va s'accroître notablement. 11 est nécessaire, et il en sera ainsi pendant longtemps encore, que ce traitement soit fait à Paris, sous la surveillance de notre confrère. Or il est impossible que les choses restent en l'état où elles sont actuellement, c'est-à-dire que M. Pasteur soit obligé, pour tous les indigents, de s'occuper de leur assurer des moyens d'existence pendant la durée du traitement. Il faut que le laboratoire de l'École normale ne soit pas encombré chaque jour par les nombreuses personnes mordues qui viennent se faire vacciner contre la rage, etc. On ne remédiera à cet état de choses qu'en créant un établissement spécial, à proximité du local, où seront préparés les virus préservatifs. M. Pasteur pourrait-il nous dire s'il existe des projets relatifs à l'institution si urgente d'un établissement de ce genre. »
M. Pasteur remercie vivement le président de l'Académie ainsi que M. Vulpian « de leurs appréciations si indulgentes, dit-il, et de l'occasion qu'ils veulent bien lui offrir de dire ce qu'il pense d'un établissement vaccinal contre la rage ».
« Au début de l'application de la méthode, je pensais,ajoute M. Pasteur, qu'il serait indispensable de subir les inoculations préventives très peu de temps après les morsures. Lorsque le maire de Villers-Farlay (Jura) me pria d'appliquer au courageux berger Jupille le traitement, qu'on pouvait déjà considérer avoir réussi pour Meister, je lui répondis qu'entre les deux sujets existait une différence essentielle, dont je ne pouvais prévoir l'influence sur le résultat du traitement. Pour Meister, soixante heures seulement s'étaient écoulées entre l'instant des morsures et le traitement; pour Jupille, au contraire, six jours pleins. Je rappelle cette circonstance, afin de montrer ce que je pensais au début des inoculations préventives.
« Depuis ces deux premiers inoculés, d'après les conseils de MM. les docteurs Vulpian et Grancher, comprenant bien que je ne pouvais exclure personne, il m'est arrivé de traiter une foule de personnes mordues après un long intervalle de temps. Or, jusqu'à présent, en laissant de côté le malheur arrivé à la petite Louise Pelletier, aucun accident ne s'est produit. 11 semble que le traitement puisse être efficace à quelque moment qu'il intervienne, tant que les symptômes aigus de la rage n'ont pas éclaté.
« Il est donc certain que, pourlaFrance, un seul établissement peut suffire. J'ajoute que je ne suis pas moins convaincu que l'établissement de Paris pourrait recevoir, en temps utile, toutes les personnes qui auraient été mordues en Europe. Nous avons reçu nombre de personnes venant de la Russie, de l'Angleterre, de l'Allemagne, de la Hongrie, de l'Italie, de l'Espagne, beaucoup même de l'Amérique du Nord. Pour l'Amérique du Sud, le Chili, le Brésil, l'Australie... il faudra évidemment former dans l'établissement de Paris de jeunes savants qui iront porter la méthode dans ces lointains pays. On pourrait faire de même assurément pour les diverses contrées d'Europe, mais je répète que cela n'est pas nécessaire. La garantie du succès des opérations sera, en outre, d'autant plus grande qu'il y aura moins
CIIIÎOMQLE.
d'opérations. Quant à la dépense de voyage et de séjour des indigents jusqu'à Paris, elle sera toujours plus faible que celle des sommes engagées dans un établissement, dont le personnel, nécessairement très choisi, coûtera fort cher, surtout si l'on considère la continuité obligée du travail et la responsabilité encourue.
« Dans ces diverses occurrences, faut-il rechercher le concours de l'État ou de la ville de Paris pour une installation complète? Je ne le pense pas, excepté peut-être pour une concession de terrains ou une indemnité annuelle. Dans tous les cas, l'établissement de Paris sera, au début et pour quelques années, un établissement international, et il est juste peut-être que les étrangers participent aux frais de l'établissement français.
« Déjà une somme de six mille francs et une autre somme de quarante mille francs m'ont été adressées par M. Boinod, exécuteur testamentaire de Mme Magnan, et M. le comte de Laubespin. Je leur offre ici l'hommage public de ma gratitude.
« Le gouvernement, dont l'Académie aie bonheur de posséder le plus éminent de ses représentants, voudra sans doute prêter son appui moral à la souscription dont je parle et dont le succès serait dès lors tout à fait assuré. »
M. de Freycinet répond qu'il ne croit pas trop s'avancer en donnant à l'Académie l'assurance que le gouvernement s'associera avec empressement à l'œuvre si grandiose et si humaine que poursuit M. Pasteur.
M. Bertrand propose qu'une commission soit chargée d'aviser aux mesures à prendre pour hâter autant que possible la réalisation des vœux exprimés par M. Vulpian et par M. Pasteur.
Cette commission se composera de MM. Gosselin, Vulpian, Marey, Bichat, Charcot, Jurien de la Graviôre, Bertrand et de Freycinet.
Géologie. — Au mois de décembre 1882, M. l'abbé Dourgeol adressait un résumé succinct de ses observations sur l'orographie de la région du Jura, comprise entre Genève et Poligny. Aujourd'hui, il vient exposer la distribution des nombreux renversements de terrains en forme de V, penchés vers l'ouest, tant dans un sens perpendiculaire à cette chaîne que suivant sa direction, renversements qui ont échappé jusqu'à présent, dit-il, aux géologues jurassiens ou qui leur ont fait croire à des failles.
Cristallographie. — A propos de la communication, dans la dernière séance, de M. Bichat, sur la cristallisation du paratartraté de soude et d'ammoniaque, M. ,/. .louberl rappelle la méthode qu'il a employée, il y a une dizaine d'années, dans le laboratoire de M. Pasteur et qui l'avait conduit au même résultat.
Quelques échantillons de ces cristaux ont été conservés dans la collection du laboratoire de M. Pasteur. Ils ont perdu leur transparence, mais en conservant toute leur netteté et leur dureté.
— M. Pasleur, en présentant la note de M. Jouberl, tient à confirmer la parfaite exactitude des résultats obtenus.
Elections. — L'Académie procède, par la voie du scrutin, à l'élection d'un membre pour la section de mécanique, en remplacement de M. Tresca, décédé.
Au premier tour de scrutin, le nombre des votants
étant :>2 : M. .Marcel Deprez obtient 36 suCfrages (élu); M. Léauté, 6; M. Sarrau, G; M. Kretz, 4.
L' Vcadémie procède aussi, par la voie du scrutin, à la désignation d'un candidat à présenter au ministre de l'instruction publique, pour la place de membre du Bureau des longitudes, devenue vacante par le décès de M. Serrel.
Au premier tour de scrutin, le nombre des votants étant hl : M. A. Cornu obtient 38 suffrages lélu candidat); M. Résal, 2; il y a 7 bulletins blancs.
Candidatures. — MM. Edmond Perrier et Léon Vaillant, professeurs au Muséum d'histoire naturelle de Paris, prient l'Académie de les comprendre parmi les candidats à l'une des places actuellement vacantes dans la section d'anatomie et zoologie.
E. Rivière.
CORRESPONDANCE ET CHRONIQUE
Le traitement de la rage chez les Arabes.
M. Georges Lumbroso ne se trompait pas en avançant {Revue scientifique du G février dernier) que les Arabes attribuent à la cétoine des propriétés curatives de la rage. Ce coléoptère, d'ailleurs, a toujours joué un grand rôle dans leur thérapeutique, et M. R. Blanchard avait raison de faire remarquer que la croyance renouvelée par M. Becker est des plus anciennes et des plus répandues. Quant à la valeur objective de cette croyance, c'est une autre affaire : elle ne paraît guère plus fondée que celle des autres pratiques auxquelles se livrent les indigènes de l'Afrique septentrionale, nos Arabes algériens, par exemple.
Ils ne se contentent point de la cétoine pour le traitement de la rage. La médication est variable. Ils se servent aussi de la coccinelle, qu'ils nomment ghobar es-sma, la poussière du ciel : le même terme s'applique à la cétoine et à la plupart des coléoptères. Ils emploient également la cantharide, qu'ils connaissent sous le nom de debben't cl hmd, la mouche des Indes.
Voici le manuel opératoire. On met dans une bouteille sept cétoines. Ces insectes, paraît-il, réduits par la famine, se mangent les uns les autres : le dernier survivant finit par mourir; sa dépouille, une fois desséchée, est réduite en poussière et introduite dans un raisin sec, que l'on fait avaler a.u rabique. Lorsqu'on emploie la cantharide, il faut eu restreindre le nombre à trois, quoiqu'on ne mange que la dernière, « a cause de la violence du remède ».
Ce ne sont point là d'ailleurs des pratiques populaires, exploitées par des médicastres. Je les ai entendu exposer par un des lettrés les plus distingués de l'ancienne université de Tlemcen Et d'ailleurs on les peut lire tout au long dans le fameux traité Kctel-el-loub, le Livre des médecins, de Sidi Abd-Allah ben Aàzouz.
La formule suivante est préconisée par les descendants de Si M'hamed bel Kaceni, le marabout des Hassassna (sud oranais) : on écrit un verset du Koran sur une feuille de papier vert, on triture cette feuille dans le lait d'une vache noire, et l'on fait avaler le mélange.
Les serviteurs de la zaouïa de Sidi Mohamed ben Amar, dans les environs de JNedroma, sont dépositaires d'un autre secret. Ils ne traitent pas le rabique lai-même : ils le guérissent par procuration, en faisant prendre à l'un de ses proches le breuvage d'une hakema (récipient dans lequel on écrit un verset du koran : on y verse ensuite de l'eau, qui délaye l'encre de l'écriture, et c'est cette eau qui forme le
CHRONIQl'E.
breuvage salutaire). Cette action indirecte sur le sujet était du reste un procédé familier à la médecine du moyen âge, ainsi qu'à la sorcellerie et à la kabbale. On guérissait un individu en faisant prendre un philtre à une tierce personne, ou on le tuait en enfonçant une aiguille dans la tète d'un crapaud.
Mais le procédé universellement adopté consiste à faire manger au blessé le cœur, cru et pantelant, du chien qui l'a mordu. Quelques-uns font bouillir ce viscère avec des pharaoun, gros oignons sauvages (1), qui ne sont autre chose que la bulbe de la scille maritime. D'autres encore arrachent une dent de l'animal et la placent sur la morsure, comme un hémostatique.
La rage, en arabe, se nomme h'eleb, de kelb, chien. Mais il y a un autre mot, qui signifie poison, et par extension virus, élément qui détermine un désordre physiologique : c'est rahdj. Sa parenté avec rage, par une forme ancestrale commune, parait évidente. Ivan Lapaine.
L'alimentation du soldat en campagne.
Bien qu'il y ait déjà longtemps que Chenu écrivait, dans son ouvrage devenu classique sur la Mortalité dans l'armée, « que les armes les plus perfectionnées ne mettront jamais hors du rang autant d'hommes que les maladies et l'oubli des règles de l'hygiène, surtout en ce qui concerne l'alimentation du soldat », cette dernière, cependant, est encore une question à l'ordre du jour. Malgré tous les progrès réalisés, depuis ces temps derniers, dans l'art de conserver les viandes et les légumes, il avait bien fallu maintenir, dans la ration de campagne, le biscuit, cet aliment barbare, lourd, indigeste et souvent dangereux, rien n'ayant encore été trouvé pour remplacer ce pain de conserve.
Nous devons donc signaler une amélioration tentée dans ce sens par un chimiste, )/. Emile Serrant, qui proposait dernièrement au ministre de La guerre de remplacer le biscuit par le bispain, aliment analogue pour la composition chimique et les propriétés physiologiques au bon pain ordinaire, mais préparé d'une façon spéciale, en vue d'obtenir la réduction de volume, la concentration des éléments nutritifs et la parfaite conservation.
Le grand avantage du bispain serait de tremper parfaitement dans les différents liquides et de pouvoir fournir presque instantanément le bon pain frais ordinaire avec les seuls moyens dont peut disposer le soldat en campagne. Voici d'ailleurs qu'elle est son mode de préparation :
On obtient le bispain par la même méthode que celle du pain ordinaire, en ayant soin d'ajouter à la farine de froment 20 pour 100 de farine de blé dur pour augmenter la richesse en gluten, et une petite portion de dextrine pour accentuer la saveur et favoriser la conservation. Le ferment est constitué par la levure naturelle que fournit la pâte. Après la cuisson, qui a lieu dans des moules carrés et donne un pain de 6 à 7 centimètres d'épaisseur, le bispain subit la dessiccation ; puis, après avoir été chauffé en vase clos à
(1) Quelle relation philologique y a-t-il entre ces pharaoun et les pharaons de l'antique Egypte? — Qu'on ne se récrie pas à cette hypothèse. Si l'on considère que cette expression est usitée surtout dans les pays d'origine berbère ; que les limites des champs sont souvent déterminées par une ligne de scilles, et qu'on va jusqu'à désigner parfois, par ce mot de pliaraoun, cette limite elle-même et l'espace qu'elle embrasse, le fonds, l'héritage; si d'autre part on se reporte à l'étymologie donnée de pharaon par M. de Itougé, on sera peut-être moins éloigné d'entrevoir une parenté lointaine entre ces deux mots.
100° pour être ramolli, il est soumis à la compression, passé ensuite à l'étuve ou séchoir, et enfin mis en caisse pour la conservation, laquelle peut durer deux années. En de telles conditions, le bispain est encore plus transportable et de conservation plus facile que la farine.
On mange aisément le bispain sec et naturel; mais si on le fait gonfler dans l'eau et s'hydrater, le chauffant ensuite pendant quelques minutes, on régénère alors facilement et rapidement le pain frais avec ses précieuses qualités de goût et de digestibilité.
Ce bispain, joint aux conserves de viande, aux gautelles ou saucissons de pois, permettrait donc de constituer une soupe de réserve qui ferait partie des vivres qu'on met dans le sac du soldat, et fournirait après dix minutes d'ébullition une véritable soupe, en place de ce mélange innommable auquel on est souvent réduit en campagne, faute de temps ou d'éléments convenables. Le pot-au-feu exige plusieurs heures pour fournir la soupe, comme on sait, et souvent le signal du clairon fait renverser la marmite bien avant que la cuisson ne soit complète.
Mais les conserves de viande ne doivent pas être constituées par des viandes bouillies, qui ne sont souvent que des résidus de fabriques d'extrait de viande. Celles-là, en effet, peuvent contenir jusqu'à b.0 pour 100 de gélatine, qui est sans aucune valeur nutritive. 11 faut que la viande, pour qu'elle conserve toutes ses qualités, soit cuite en subissant une sorte de rôtissage, qui a pour but de coaguler aussitôt le sang et l'albumine des tissus, de développer le goût et l'odeur si agréable de l'osmazôme, de cuire uniformément toutes les parties jusqu'au centre, de rendre les tissus divisibles et tendres, par conséquent faciles à mastiquer et à digérer. Ceci s'obtient en employant une chaudière spéciale, où la cuisson s'opère au bain-marie par de la vapeur surchauffée, avec facilité de régler la température. On a soin de chauffer vigoureusement d'abord, afin de former la couche légère d'osmazùme, et on maintient ensuite à une température uniforme de 100° jusqu'à cuisson complète.
Quant aux gautelles, on sait qu'elles sont composées de farine de pois bien cuite, de graisse et de viande, le tout assaisonné et amalgamé, pressé, mis sous forme cylindrique et entouré d'une membrane parcheminée, de façon à en assurer la conservation et à en faciliter la division. Quelques rondelles de ces gautelles (50 à 60 grammes), mises dans l'eau bouillante, fournissent, au bout de dix minutes, un potage épais, savoureux et substantiel.
Ainsi ces trois produits : le bispain, les gautelles et la viande de conserve, peuvent fournir au soldat une excellente ration journalière de campagne. La ration de guerre ordinaire ne représente guère que loi grammes d'albumine assimilable et 19 grammes d'azote, et, avec les rations que propose M. Serrant, on obtiendrait 140 grammes d'albumine et 20 grammes d'azote, d'après les proportions et aux prix de revient suivants :
Nature Poids Albumino Prix
des alimuuts. brut, assimilable. Azote. de revient.
Bispain 500 Si 9,50 0r15
Gautelle 125 20 6,50 0 25
Viande (cuite et désossée). 200 60 10,00 0 25
Totaux 825 140 26,00 0f05
On a donc ainsi une ration supérieure comme valeur nutritive aux rations ordinaires et à un prix de revient de soixante-cinq centimes. En joignant à cela un peu de vin, le thé et le café à la disposition du soldat, et les petits suppléments de hasard, puisque la guerre doit nourrir la guerre, on voit que de pareils éléments constitueraient une ration généreuse, d'un transport facile et d'un emploi aisément disponible.
CHRONIQUE
Si les Anglais disent que le soldat est un capital, nous pouvons dire aussi avec M. Serrant que c'est un citoyen payant le plus lourd des impôts, l'impôt du sang, et qu'à ce titre il a droit à tous les sacrifices et à toutes les sollicitudes. J- H-
Action des bouquets factices des vins et des spiritueux.
Nous avons dernièrement fait connaître aux lecteurs de la Revue (voir le numéro du 5 décembre 1885) l'intéressante communication faite par M. Ch. Girard à la Société de médecine publique sur les falsifications des alcools et eauxde-vie ; la Revue d'hygiène (20 février) publie une lettre adressée par M. Poincaré, professeur d'hygiène à la Faculté de Nancy, à la même société, dans laquelle il expose les résultats d'expériences qu'il a entreprises sur le danger de l'emploi des bouquets factices dans le commerce des boissons alcooliques.
Les expériences de M. Poincaré ont porté sur les bouquets de vins et de spiritueux provenant de deux fabriques des environs de Paris, et ont consisté en injections stomacales et en injections sous-cutanées (de 1/2 à 2 centimètres cubes) pratiquées chez des cobayes.
Parmi les bouquets de vins rouges, les sèves-aromes de Beaune, de Bourgogne et de Médoc n'ont donné lieu absolument à aucun phénomène. La sève-arome du rancio rouge a déterminé un peu d'anhélation et de faiblesse, du train postérieur. Un degré marqué de prostration a été provoqué par la sève-arome du bordeaux.
Les sèves-aromes des vins blancs ordinaires n'ont absolument rien produit ; celle du madère seulement a causé une diminution notable de la sensibilité et de la motilité pendant un quart d'heure.
Parmi les parfums factices des spiritueux, l'arôme de curaçao de Hollande est resté sans effet. Mais il n'en a pas été de même pour les arômes de rhum, de cognac et d'eau-devie de marc.
A la suite d'une injection d'une seringue de Pravaz d'arôme de rhum, les cobayes sont tombés immédiatement dans une torpeur complète, ne faisant aucun mouvement pour se relever lorsqu'on les avait couchés sur le dos ; la sensibilité et la motilité étaient complètement abolies. Tous furent trouvés morts le lendemain matin, avec les méninges, les reins, le foie et les poumons fortement congestionnés.
L'arôme d'eau-de-vie de marc a aussi donné lieu immédiatement à de la stupeur, qui, toutefois, a été moins intense qu'avec celui de rhum,[ mais qui a néanmoins entraîné la mort, après une grande anxiété respiratoire et avec les mômes lésions anatomiques.
L'arôme de cognac n'a produit qu'une période morbide d'une demi-heure de durée, se traduisant par de l'inertie.
11 résulte de ces expériences que les arômes de rhum et d'eau-de-vie de marc peuvent seuls être considérés comme dangereux. Mais l'auteur pense que, dans la pratique, ce danger n'est pas très sérieux, parce que, d'après les instructions, il en faut une très faible quantité pour communiquer le bouquet a tout un hectolitre d'eau-de-vie.
Le cerveau des vertébrés fossiles.
M. Marsh, dont les recherches paléontologiques sont bien connues de beaucoup de savants français, vient d'arriver à de très intéressants résultats à l'égard d'études qu'il poursuit depuis assez longtemps déjà sur les dimensions du cerveau chez les vertébrés fossiles du jurassique et du tertiaire. Les . mammifères du tertiaire inférieur ont de très petits cer-
veaux, d'une façon générale, et en comparant cet organe chez des mammifères miocènes et pliocènes, on voit qu'il est plus grand chez ces derniers que chez les mammifères miocènes. A mesure que l'on arrive à des animaux plus récents, d'après Marsh, la moyenne des dimensions cérébrales s'accroît, et l'accroissement porte principalement sur les hémisphères cérébraux; les circonvolutions deviennent plus compliquées, et le cervelet et les lobes optiques diminuent. En outre, la survivance des espèces ou des races semble avoir été beaucoup plus considérable chez celles qui étaient douées d'un cerveau volumineux que chez les espèces munies d'un cerveau plus petit, et, du reste, les espèces qui ont disparu peu à peu étaient les moins favorisées au point de vue cérébral. Autrefois comme aujourd'hui, ce sont les gros cerveaux qui l'ont emporté, et dans la lutte pour l'existence, le triomphe appartient à c.eux qui sont le mieux pourvus de ce côté.
— La bactérie de l\ fermentation panaire! — A propos de la note parue dans le dernier numéro de la Revue sur la bactérie de la fermentation panaire, M. G. Chicandard nous prie de rappeler qu'il a communiqué à l'Académie des sciences de Paris, dans sa séance du 28 mai 1883 (voir la Revue scientifique du 9 juin 1883), une note dans laquelle il attribuait la fermentation panaire à un micro-organisme qu'il nommait bacillus glutinis.
Mais, tandis que M. E. Laurent trouve les germes de ce bacille à la surface des grains de froment, c'est au sein même des cellules de cette graine que M. Chicandard assure avoir trouvé le microzyma, qui, plus tard, se développerait en bacille.
En effet, tout en se défendant de croire à la génération spontanée, M. Chicandard ne s'en déclare pas moins partisan de la théorie des microzymas soutenue par M. Béchamp, et déclare que ses expériences ne sont pas compatibles avec les théories généralement admises sur les microbes.
C'eit donc avec raison que nous disions que la fermentation panaire n'avait pas encore été définitivement résolue, car la théorie des microzymas de M. Béchamp n'est qu'une forme de l'hypothèse de la génération spontanée, et M. E. Laurent nous parait avoir tiré de ses observations des conclusions plus conformes aux doctrines bactériologiques aujourd'hui classiques.
— Concours. — Le comité du Concours universel de l'enfance, sur la proposition de 6es membres de patronage, ouvre un concours entre tous les médecins français pour la rédaction d'un ouvragé illustré destiné aux femmes de France et portant pour titre : le Livre des mères.
Ce livre ne devra pas excéder cinquante pages in-8° de texte imprimé. Il devra être rédigé dans un style clair, simple, et sera illustré, selon les indications de l'auteur, de vignettes explicatives.
Le livre des mères devra être divisé en trois parties :
La première partie, sous une forme anecdotique, narrera les préjugés populaires concernant l'élevage des enfants en bas âge et les combattra en exposant les préceptes d'hygiène naturels et scientifiques.
Dans la seconde partie, l'auteur exposera le régime à suivre pendant la grossesse; il décrira l'alimentation la plus rationnelle, les soins à donner aux nouveau-nés, puis aux enfants du premier âge, les moyens de les préserver des épidémies infantiles, du muguet, du carreau, des coliques, de la diphtérie, etc., et de les soigner en cas de maladie avant l'arrivée du médecin. Il indiquera la manier.' de substituer l'allaitement mixte à l'allaitement maternel, lorsque ce dernier est insuffisant. Il traitera des soins de propreté personnelle n i lires aux petits enfants, tels que bains, rechange de \ déments, promenades, etc.
Enfin la troisième partie indiquera scientifiquement l'usage, les qualités requises et le temps d'emploi des objets et des alimenta indispensables aux enfants eu bas âge.
Sous aucun prétexte, l'auteur ne recommandera des articles commercialement connus. Il se bornera à exposer dans son travail les qualités qui doivent les recommander aux parents.
Los manuscrits, signés d'une devise qui sera reproduite à l'intérieur d'un pli cacheté, contenant le nom et l'adresse de l'auteur, devront être envoyés au bureau du Concours universel de l'enfance, 33, rue de Pontoise, à Paris, jusqu'au 30 avril 1880 inclusivement.
INVENTIONS NOUVELLES
— L'étendue de la surface RESrinAToiRE. — D'après une communication faite par M. Marc Sée à l'Académie de médecine, dans sa séance du 23 février, la capacité des voies respiratoires, mesurées avec précaution, indique 125 centimètres cubes, et celle du poumon est de 3 litres et demi : la capacité des vésicules pulmonaires est donc 335(1 centimètres cubes.
Le diamètre moyen d'une vésicule pulmonaire étant de 2 dixièmes de millimètre, son volume sera, dès lors, de 3 millièmes de millimètre cube. D'après ce volume, on peut estimer que le nombre total des vésicules pulmonaires est de 1100 millions.
La surface totale d'une vésicule pulmonaire est de 125 millièmes de millimètre carré, soit environ 1/10 de millimètre carré, qui, multiplié par 1100 millions, donne 133 mètres carrés, soit 90 fois la surface du corps.
— Le suicide en Angleterre. — M. Ogle, le registrar gênerai, a communiqué dernièrement à la Société de statistique de Londres le résultat de ses recherches basées sur les 42 630 suicides enregistrés en Angleterre et dans le pays de Galles pendant les années 1858 à 1883.
Ce chiffre est probablement de beaucoup inférieur à la réalité, car il ne comprend pas les cas de personnes trouvées mortes ou enregistrées comme telles, sans qu'il soit possible d'indiquer exactement la cause du décès.
Le suicide est rare avant quinze ans, mais on trouve dans les tables de M. Ogle deux cas observés chez des enfants âgés de moins de dix ans. La fréquence augmente avec l'âge jusqu'à la période de cinquante-cinq â soixante-cinq ans, où se place le maximum; pour l'aliénation mentale, on observe une courbe analogue; seulement le maximum est atteint plus tôt et la décroissance est moins régulière.
L'influence du sexe est très marquée, et si l'on représente par 100 le nombre des suicides chez les femmes, le chiffre est de 267 pour les hommes. De quinze à vingt ans, le suicide est plus fréquent chez la femme que chez l'homme, et de quarante-cinq à cinquante-cinq ans, l'excès des suicides chez l'homme est moins marqué que dans les périodes qui suivent et précèdent. M. Ogle est d'avis que ces faits s'expliquent par les perturbations dues à la puberté et à la ménopause.
Une des parties les plus intéressantes du travail de M. Ogle est celle qui se rapporte à l'influence de l'occupation ou de la profession sur le suicide. 11 a eu soin d'éliminer dans son calcul certaines erreurs qui peuvent provenir de l'âge inégal des gens appartenant à différents métiers. Correction faite, on trouve que le nombre des suicides s'est élevé, dans la population mâle âgée de vingt-cinq à soixante-cinq ans, à 222 par million pendant les six années 187S à 1883.
Voici maintenant les chiffres qui représentent la fréquence du suicide pour les différentes professions : soldats, 1149; garçons et domestiques d'hôtels, 650; maîtres d'hôtels et cabaretiers, 474; médecins, 472; pharmaciens, 444; avocats, 408; bouchers et marchands de poissons, .07; ecclésiastiques, 139; constructeurs de vaisseaux, 96; mineurs, 74.
D'une manière générale, on peut dire que le suicide est surtout fréquent dans les classes instruites, et M. Ogle a pu s'assurer que l'augmentation de fréquence observée pendant ces dernières années présente un parallélisme frappant avec l'augmentation du nombre des personnes qui sont en état d'apposer leur signature aux registres de mariage.
On croit, en général, que le suicide est surtout fréquent en novembre et dans les mois sombres et froids de l'année ; la statistique démontre, au contraire, que le minimum tombe en décembre et le maximum en juin.
C'est le plus souvent à la pendaison qu'ont recours ceux qui veulent en finir avec l'existence ; cependant beaucoup de soldats emploient une arme à feu, et 85 pour 100 des photographes qui se suicident 8'empoisonnent au moyen du cyanure de potassium. On se noie beaucoup plus fréquemment en été qu'en hiver. (Semaine médicale.)
— Le nouveau steamer « la Gascogne ». — La Compagnie transatlantique vient de lancer à Toulon un nouveau steamer : la Gascogne. Il mesure 150 mètres de long sur 15'", 90 do large et a quatre ponts. Les mâts et les vergues sont en acier et le pont supérieur a été consolidé d'une façon spéciale pour recevoir éventuellement sept canons de li centimètres. Son hélice pèse 26 659 kilogrammes. Les soutes à charbon cubent 1S50 mètres. Sauf l'étrave et l'étambot, toute la partie métallique des coques est en acier.
Les machines et la chaudière ont été fabriquées aux ateliers Meu-
penti, à Marseille. La force de la machine est de 8000 chevaux, et elle pourra en développer 8500 en marche. Les plaques de fondation, au nombre de trois, pèsent ensemble 84 035 kilogrammes; les six bâtis atteignent le poids de 60 067 kilogrammes. Les trois condenseurs pèsent réunis 65 201 kilogrammes, les trois grands cylindres 69 570 kilogrammes; l'arbre porte-hélice 27 110 kilogrammes;' l'hélice à quatre ailes 26 659; les trois arbres coudés 61221. Les quatre groupes de trois chaudières, représentant douze appareils évaporatoires, pèsent ensemble 456 760 kilogrammes. Les cheminées ont un poids total de 21551 kilogrammes. Il n'y a pas moins de 3100 barreaux aux grilles des grandes chaudières.
Ce steamer, construit pour recevoir 232 passagers de première classe et 92 de seconde classe, a un ameublement luxueux. Il sera éclairé à la lumière électrique et chauffé à la vapeur. Avec ses 22 embarcations, dont 10 de sauvetage, il coûtera net 8 millions.
[Moniteur industriel.
— Une dent de sagesse peu précoce. — La dent de sagesse, qu'on voit paraître ordinairement de 18 à 25 ans, pousse souvent, plus tard, et quelquefois même à un âge avancé. M. Toirac a vu la tête d'une' femme morte à 103 ans, dont la bouche avait perdu ses dents longtemps avant la mort, ce que l'on reconnaissait à l'oblitération totaîe des alvéoles. Chose curieuse : sur un des côtés de la mâchoire inférieure, on apercevait une dent de sagesse qui n'aurait pas tardé à paraître. Ce sont sans doute des faits analogues qui ont pu porter quelques anatomistes à parler d'une troisième dentition.
(L'Art dentaire.)
— Un préservatif de la rouille. — Pour préserver de la rouille les objets eu fer ou en acier poli, tels que les instruments de chirurgie, il suffit de les graisser légèrement avec de l'onguent mercuriel.
INVENTIONS NOUVELLES
— L'éleCtrogen. — VElectrogen est le nom d'un appareil inventé par M. J.-B. Ilannay, de Glascow, pour détruire et pour empêcher l'incrustation des chaudières à vapeur.
Il se compose, suivant les dimensions de la chaudière, d'une ou deux boules métalliques dont l'aspect, extérieur rappelle absolument celui du zinc, reliées à la paroi de la chaudière par des conducteurs en cuivre soudés.
L'eau de la chaudière ayant été additionnée de 4 grammes de sel marin par litre d'eau (ce qui ne saurait amener aucune détérioration) le métal des boules, facilement attaquable, forme avec le chaudière un couple voltaîque dans lequel l'oxygène se porte sur le métal introduit, tandis que l'hydrogène, se dégageant lentement sur la paroi de fer, empêche le tartre d'adhérer ou déplace le dépôt.
Des lu: omotives dont les chaudières portaient une couche de tartre énorme ont pu être absolument nettoyées et remise* à neuf, pour ainsi dire, après deux mois du traitement précédent. Il suffisait, au bout de ce temps, de vider la chaudière et d'3 faire passer un jet d'eau puissant pour voir do gros morceaux de tartre e par le
liquide. La chaudière une fois licite é en place
empêche les incrustations futures.
La boule métallique n'a besoin d'être renouvelée que mus les ans. Le sel est remplacé quand la chaudière a été \idée.
Lorsqu'il s'agit de chaudières mannes, l'eau de mer est naturellement assez acide pour rendre toute addition de sel inutile.
L'auteur n'a pas mis moins de cinq ans pour tiou\. position
de l'alliage auquel il s'est arrêté définitivement, composition qu'il tient secrète.
L'appareil de M. llanna\ a été appliqué avec succès en Angleterre sur un grand nombre de bâtiments. En Frano . ,!e la
marine a commandé un certain nombre d'essais sur les bâtiments de l'État et dans l'arsenal de Toulon.
Si les expériences continuent â être favorables, cette nouvelle application de l'électricité ne sera pas une des moins utili -.
— Perfectionnement dans la fabrication dis lampes \ incandescence. — MM. Siemens frères et C"', de Cbarlottenbourg, près de Berlin, ont pris un brevet allemand peur une lampe a incandescence dont le globe est rempli d'hydrogène. D'après les inventeurs, la grande vitesse mol culaire de ce gaz aurait pour efl'et de nettoyer le globe de verre et de prévenir l'usure du Manient.
JîIBLIOGHVPIIIE
MM. Siemens avaient remarqué que des globes noircis par un long usage pouvaient être rendus brillants lorsqu'on avait soin de les remplir d'hydrogène; ils eurent l'idée d'employer ce gaz comme moyen préventif et d'un remplir les globes des lampes ordinaires avant d'y l'aire le vide.
Le filament des lampes à incandescence fabriquées d'après ce procédé peut supporter un courant deux fois plus intense et une température beaucoup plus élevée que celui des lampes ordinaires.