SÉRIE. — REVUE SCIENTIFIQUE. — XXXVIII
du temps écoulé entre le moment des morsures et le début du traitement. Cette uniformité s'imposait, en quelque sorte, dans une première année d'observations. Le traitement était de dix jours : chaque jour, la personne mordue recevait une injection de moelle de lapin; en commençant par la moelle du quatorzième jour et en finissant par la moelle du cinquième jour.
Les 2^90 personnes se classent comme il suit par nationalités :
Angleterre 80
Autriche-Hongrie 52
Allemagne 9
Belgique 57
Espagne 107
Grèce 10
Hollande li
Italie 165
Portugal '.!.'>
Russie 191
Indes anglaises 2
Roumanie 2-J
Turquie 7
Suisse 2
États-Unis 18
Brésil .;
^'a"CC ' 1726
Algérie »
Le nombre total des Français venant de France ou d'Algérie étant considérable, puisqu'il est en ce moment de plus de 1700, nous pouvons nous bornera discuter l'efficacité de la méthode, en ne considérant que les faits relatifs à celte catégorie de mordus.
M. L. PASTEDB.
LA PMOPHYLWIE DE L\ BAGE.
Sur ces 1700 traités, il en est 10 pour lesquels le traitement a été inefficace.
Ce soûl :
Les enfants Lagut,
— Peytel,
— Clédière,
— Moulis,
— Astier, -^ Videau,
La femme Leduc (7(1 ans), Marins Bouvier (30 ans), Clerjot (30 ans), Magneron, Norbert (18 ans).
Je mets à part deux autres personnes, Louise Pelletier et Moermann, dont la mort doit être attribuée à leur arrivée tardive au laboratoire : Louise Pelletier, trente-six jours, et Moermann quarante-trois jours après leurs morsures.
10 morts sur 1700, 1 pour 170, tel est, pour la France et l'Algérie, le résultat de la méthode dans sa première année d'application.
Prise en bloc, celte statistique démontre l'efficacité de la méthode, efticacité démontrée également par les morts relativement très nombreuses des personnes mordues non vaccinées. On peut, certes, affirmer que, parmi les Français mordus pendant cette année 1885- 1886, bien peu ne sont pas venus au laboratoire de l'Ecole normale. Eb bien, sur celle faible minorité, il y a, à ma connaissance, dix-sept cas de mort par rage. Je les indique ci-dessous en note (1).
A tous les faits de notre statistique s'ajoute le document suivant.
Le nombre des personnes qui meurent de la rage, à Paris, est très rigoureusement connu pour les hôpitaux, surtout depuis cinq ans.
Par ordre du préfet de police, tout cas de rage qui se présente dans les hôpitaux de Paris est immédiatement signalé par les directeurs de ces hôpitaux à
(Il 1. M. le maire de Tourcoing m'a Bi'gnalé, le 12 décembre 1885, la mort par rage d'un enfant, nommé Samyn (François), mordu, le môme jour, par le même chien que Mériaux (Jacques-Louis), lequel a été inoculé eu novembre 1883 et se porte Lieu. On avait négligé d'envoyer l'enfant mordu à mou laboratoire.
2. Quatre enfants du couvent de l'Aima, près d'Alger, furent mordus le 31 août 1885. L'un d'eux, non inoculé, esi mort de rage à l'hôpital civil d'Alger j les trois autres furent vaccinés en novembre lss;, et vont bien.
3 et 4. Le mari et le beau-père de Céline Lugaz, de la coin m une de Yovray (Haute-Savoie), non vaccinés, sont morts de rage dans la même semaine. Céline Lugaz a éié vaccinée en novembre 1885.
5. H&rembure, dit Larralde, est mort de rage, non vacciné, le 22 janvier 1880, à AiiuumU-Succos, dans les liasses-ru-, in .
0. Après avoir vu mourir de îage dans sa commune, une femme, non inoculée, mordue en même temps que lui et par le même chien, Malandaio (Ernest), de Daubueul'-Serville (Seine-Inférieure), a été inoculé eu août 1886,
7. Henri Hilliandi, Italien, est mort de la rage à l'hospice lleaujon, en avril dernier. 11 avait eu l'imprudence de jugor qu'une blessure
Al. Dujardin-Beaumetz, membre du Conseil d'hygiène cl de salubrité de la Seine, qui est chargé de faire une enquête suivie d'un rapport au Conseil. On sait ainsi. pertinemment, que, dans les cinq dernière., années, 60 personnes sont mortes de la rage dans les hôpitaux de Paris : en moyenne, 12 par an. Aucune année, d'ailleurs, n'a été exempte de morts plus ou moins nombreuses. L'an dernier, il ; en a eu 21. Or, depuis le I" novembre 1885 que fonctionne la méthode préventive de la rage à mon laboratoire, il n'est mort de l'âge, dans les hôpitaux de Paris, que deux personn s, toutes deux non inoculées (1), et une troisième qui lavait clé, mais non par les traitements intensifs répètes dont je vais parler dans un moment (2).
Si l'on étudie les faits qui précèdent, on voit que le plus grand nombre de ceux qui ont succombe malgré le traitement sont des enfants, et ont été mordus à la face. Ces enfants ont subi le traitement simple. Or j'ai acquis la conviction que ce traitement, surtout pour des morsures de ce genre, risque d'être insuffisant. Malheureusement, cette conviction n'a pu être acquise que tardivement, de longs délais étant nécessaires pour conclure, à cause de la durée exceptionnelle de certaines incubations de la rage.
L'histoire des Russes de Smolensk a été un premier enseignement.
Lorsque nous vîmes mourir à l'Hotel-Dicu trois de ces dix-neuf Russes mordus, par un loup enrage, le premier en plein traitement, les deux autres quelques jours après la fin de leur traitement. M. Grancher et moi nous fûmes très troublés. Les seize autres allaient-ils donc succomber a la rage? La méthode était-elle impuissante devant la rage du loup? Vus souvenant alors que tous les chiens que j'avais vaccinés avec succès avaient reçu, en dernière inoculation préservatrice, une moelle virulente extraite le jour même et que le premier vacciné, Joseph Meister, avait ter-
légère qu'il avait reçue d'un chien enragé, au mois de février, était sans danger, et il ne vint pas se faire inoculer.
8. Après avoir vu mourir de la rage, le 17 juin, une de ses voisines, non inoculée, M1"1' veuve liusson, de Voujaucourt 'vDuu;venue se faire traiter.
9. M. Jamin père, de la Saillie a été pria de r.^e le 7 août, non inoculé, après avoir été mordu le 20 juin, en même temps que son fils Henri Jamin, Alfred Moermann et Marie Touchant. Ces nuis derniers sont venus aux inoculations quarante-trois jours après leurs morsures. Moermann a succombé malgré sou traitement, après cette arrivée si tardive.
Outre ces neuf personnes, il est mort de la rage, à Marseille, la jeune Manon; a l'Hôtol-Dieu de Paris, le sieur Haflin; le gardien de la paix Carpier; Jules L'Iluie: un enfant de Ver vins; M1" Ganet, morte de la rage en wagon, arrivant tardivement au laboratoire pour se faire vacciner.
Les docteurs Tuefferd et Bencler, de Montbéliard, m'ont signalé la mort, par rage, de deux personnes qui ne sout pas venues BUivre le traitement préventif.
Total : 17 personnes, mortes de la rage, toutes non inoculées.
(1) lïailiu (Hôtel-Dieu); Hilliandi (hospice Beaujon).
(2) Clerjot (hôpital Tenon).