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Archives de V Archevêché de Québec

SERMENT d'allégeance 43&

Mais c e qui était plus alarmant que tout le reste, et ce qui faisait croire aux Acadiens aussi bien qu'à leurs prêtres que leur foi était eu danger, c'étaient les tentatives de perversion faites parmi eux dans la persuasion où étaient les gouvernants que c'était le seul moyen d'en faire de boTiS sujets. (Sic.)

" Les Anglais, dit le mémoire déjà cité, ont une application particulière pour les séduire par leurs discours et leurs conversations, par des écrits imprimés ou manuscrits qu'ils répandent parmi eux ou qu'ils leur prêtent à lire, par des objections continuelles qu'ils leur font sur la religion. Les missionnaires eux-mêmes sont quelquefois attaqués par les ministres, soit en disputes verbales ou par des écrits.

" Ce n'est pas tout, ils emploient même contre eux en haine de la religion les vexations et les persécutions." ^

Telle était la situation des Acadiens au point de vue religieux» Et pourtant le libre exercice du culte catholique leur avait été garanti par les traités ; pourtant les gouverneurs avaient engagé leur parole, à maintes reprises, qu'ils respecteraient cette garantie.

Jetons maintenant un coup d'œil en arrière et voyons ce qui ressort des faits que nous venons de raconter.

Il est établi et prouvé, par des témoignages aussi nombreux qu'irrécusables, que le traité d'Utrecht a été ouvertement violé, et qu e la lettre de la reine Anne n'a jamais été exécutée, et cela uniquement par la faute et la mauvaise volonté bien arrêtée des gouverneurs de la Nouvelle-Ecosse.

Il est claireme^jt prouvé que le général Nicholson a empêché, par tous les moyen spossibles, les Acadiens d'évacuer la province, malgré leur volonté bien formelle et leurs protestations écrites et signées par tous les chefs de famille, en présence des représentants de la France ; que le même général Nicholson, dans le but de retenir les Acadiens, les a empêchés de vendre leurs terres et d'emporter leurs effets ; qu'il a fait saisir les embarcations qu'ils avaient construites ; qu'il a interdit l'entrée des ports aux navires français destinés à apporter les agrès demandés par les Acadiens ; que même ce gouverneur a été jusqu'à défendre à ceux-ci d'en faire venir de Boston.

1. Archives de la Maritie et des Colonies. Etat présent des Missions de VAcadie.

Je ne veux pas répéter ici lei autres faits du même genre que j'ai rapportésdans un Pèlerinage au Pays d'Evangéline. Je rappellerai seulement le système inventé par Shirley, gouverneur du Massachusetts, pour pervertir les Aoadien» au moyen d'écoles anglaises, ou de primes en argent ou autres, aocosdées pour chaque apostasie.

436 QUESTION ACADIBNNE

Il est prouvé non moins clairement que les successeurs de Nicholson, Vetch, Caulfield, Doucet, Philipps durant sa première administration, Armstrong, et Philipps durant sa seconde administration, ont également empêché obstinément et sans interruption les Acadiens de quitter la Nouvelle-Ecosse, en leur défendant de vendre leurs terres et d'emporter leurs efiTets.

Il est également prouvé, par les promesses écrites du gouverneur Armstrong, approuvées par son conseil, promesses réitérées par le général Philipps, que les Acadiens n'ont prêté serment de fidélité au roi d'Angleterre qu'à la condition de ne point prendre les armes en cas de guerre.

. Enfin, il est encore prouvé par des témoignages aussi nombreux qu'irrécusables, que les gouverneurs de la Nouvelle-Ecosse ont attenté à la liberté religieuse promise aux Acadiens, et cela par des violations et des outrages capables d'exciter à la révolte les populations les plus douces et les plus paisibles.

Et, en retour de ces outrages et de ces violations, qu'ont fait les Acadiens ? Quelle a été leur conduite après trente ans de ce régime ? Quand la guerre entre la France et l'Angleterre leur fournit une belle occasion de se venger de leurs perfides maîtres (1744-48), n'auraient-ils pas eu le droit de se révolter contre eux et de secouer leur joug ? N'auraient-ils pas dû leur dire : " Depuis que vous avez mis le pied dans notre pays vous nous avez toujours trompés; vous nous tromperez encore. C'est vous-même qui, par vos continuels manques de parole, nous avez déliés de la nôtre"?

Est-ce là ce que firent les Acadiens ? Je laisse répondre pour eux leur propre gouverneur : " C'est au refus des habitants français de prendre les armes contre nous, écrivait Mascarène, que nous devons la conservation de la Nouvelle-Ecosse." ^

Il resterait maintenant à montrer comment les Acadiens en furent récompensés. Mais cela m'entraînerait au-delà des limites d'un article de revue. Je me contenterai de révéler deux actes de tromperie, dignes pendants de ceux que je viens de raconter, qui eurent lieu peu de temps avant la déportation des Acadiens et qui en furent les préparatifs. Je m'abstiendrai de qualifier ces actes, qu'on est parvenu à cacher sous le voile de l'oubli. Je les

1. *' To. . . .the French inhabitants refusinff to take up arma affainst ub, ire owe our safety." — Archives de la Nauveile^a^sse, Lettre de mascarènet décembre 1744, pp. 147, 148.

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laisserai stigmatiser par un écrivain anglais et protestant, le Dr Andrew Brown, qui a vécu dans la Nouvelle- Ecosse à la fin du siècle dernier, où il a été en relations directes avec plusieurs des auteurs et des victimes de la déportation, qu'il a interrogés spécialement pour écrire son Histoire de la NouveUe-Ecoase, restée manuscrite.

Le premier de ces actes fut un guet-apens tendu aux Àcadiens pour leur arracher toutes leurs armes et leurs munitions. Cet attentat eut lieu au mois de juin 1755, c'est-à-dire sept ans seulement après la guerre durant laquelle les Acadiens s'étaient montrés si loyaux, et avaient empêché, par leur neutralité, les Français de reconquérir la Nouvelle- Ecosse. Dans l'intervalle la physionomie de cette province avait changé. Les grififes du lion britannique s'étaient singulièrement allongées. Le temps était passé où les petits gouverneurs de Port- Royal, avec une poignée de soldats, se lamentaient, derrière ses murs éboulés, de ne pouvoir réduire les Acadiens. La ville d'Halifax avait ^té fondée et fortifiée; des forts avaient été élevés en différents endroits de la péninsule, principalement le fort Lawrence sur l'isthme, en face de Beauséjour,' et le fort Edouard à Pigiquit. Toutes ces nouvelles places étaient bien munies de soldats.

Dès ce moment, les Acadiens avaient senti leurs chaînes se resserrer et s'appesantir. Malgré les promesses solennelles d'Armstrong et de Philipps, le gouverneur Cornwallis avait voulu exiger des habitants français unsermeni sans réserve, c'està-dire qui les obligeait à prendre les armes contre leurs propres compatriotes. Qu'on se rappelle les paroles d'Armstrong : " Mes amis, vous n'avez aucune raison de craindre qu'on vous force à prendre les armes ; car les lois delà Grande-Bretagne interdisent à tous catholiques romains de servir dans les armées anglaises. D'ailleurs, le roi d'Angleterre a tant de sujets protestants à pourvoir de cet honneur, que tout ce qu'il demande de vous, c'est que vous soyez de fidèles sujets."

La volte-face ne pouvait être plus évidente ; mais qu'importaient les contradictions ? On se sentait assez fort pour changer de discours.

Malgré que la guerre ne fût pas encore déclarée entre la France et l'Angleterre, le fort français de Beauséjour était assiégé par Monckton. Un bon nombre d'Acadiens avaient commis le grand crime de fuir devant l'orage qui allait fondre sur leurs têtes ; ce fut dans ces circonstances que le second successeur de Cornwallis, Charles Lawrence, de triste mémoire, inventa la ténébreuse combinaison qu'on va voir, dans le but d'enlever

toute espèce d'armes et de munitions aux Âcadiens restés sous^ sa main.

La première précaution prise fut de feindre un grand parti deplaisir, une excursion de pèche (a fishing frolic), afin de ne pas éveiller les soupçons des habitants. Un détachement d'unecinquantaine d'hommes envoyés d'Halifax était venu prêter main-forte à la garnison du fort Edouard. An jour fixé, des piquets de soldats furent postés à la tête des chemins par où les Âcadiens auraient pu s'échapper. Les troupes furent divisées par escouades et mises en marche vers chaque village, de manière à n'y arriver qu'à la chute du jour. Au lieu de faire camper les soldats dans les granges, comme cela se faisait ordi* nairement, les officiers avaient ordre de les distribuer deux par deux dans les maisons. De même qu'à la fameuse tragédie de Glencoe, les soldats, mis dans les secrets de la conspiration, devaient s'amuser, boire et manger en amis avec la famille durant la soirée, et se coucher ensuite tranquillement. Mais au coup de minuit {at the hour qf twelve in the dead of night)^ ils devaient se lever en sursaut et s^emparer de toutes les armes et munitions qu'ils pourraient saisir.

Le coup réussit à merveille, comme on devait s'y attendre avec un monde aussi honnête et aussi peu défiant qu'étaient les Acadiens. Deux jours après, quatre cents fusils, une grande quantité de cornes à poudre et de munitions, étaient réunis et entassés dans une goélette ancrée à ce dessein dans la rivière Pigiquit, et remontés de là au fort Edouard où ils furent mis en sûreté.

Il ne manquait à cet exploit qu'un dernier outrage (a new <mtrage)j dit le Dr Brown. Lawrence ne faillit pas à la tâche. ^ Il lança une proclamation ordonnant à tous ceux qui possédaient

1. C'est sur Lawrence, avant tout autre, que pèse la responsabilité de la

déportation des Acadiens. On a un portrait de son caractère, fait de première

main par ses propres compatriotes les colons d'Halifax. C'est une de ces^

V pièces qu'on ne s'est pas empressé de livrer au grand jour. Elle va nou»

^ apprendre comment cet individu de bas étage, d'abord simple apprenti

peintre en bâtiment, était parvenu jusqu'au grade de gouverneur de la Nou-

I velle-Ecosse ; comment, dans ce haut poste, il avait gardé son caractère de

; parvenu ; quelle espèce de tyrannie il faisait peser sur ses concitoyens ; à

quel fçenre de corruption il se livrait ; par quelles fraudes il avait accaparé à

, son propre profit, et au profit de ses favoris, les dépouilles des malheureux

Acadiens, entre autres plus de quatre mille cinq cents têtes de bétail, dana

la seule i>arois8e de Pigiquit. Ce fait n'a rien de surprenant pour ceux qui

savent que'le jour même où ce gouvenieur faisait annoncer aux Acadiens que

leurs biens étaient conf squés par la couronne, il faisait saisir et emmener à

Halifax leurs plus beaux chevaux pour servir â son propre usaoe.

Voir Lawrence'a character : Documents inédits, No XXXIv, p. 142.

SERMENT d'allégeance 439

encore des armes de venir les apporter sans délai au fort Edouard, sous peine d'être traités comme félons et rebelles, s'ils étaient découyerts.

Les Âcadiens n'auraient-ils pas été des lâches, indignes de sympathie et de commisération, s'ils n'avaient pas ressenti de tels affronts ? Ils en furent révoltés, et protestèrent en hommes de cœur, forts de leur innocence et de leurs droits. Croira-t-on qu'à Halifax on trouva le moyen de tourner en accusation contre eux l'expression de leur noble et juste indignation ? Cela devait être, au reste ; ceux qui avaient conçu et exécuté le coup étaient incapables de sentiments élevés. Je laisse parler un des auteurs de ce honteux méfait, qui s'en est fait l'apologiste.

" Les Français-Neutres, se croyant fort lésés, écrivirent une très impudente lettre au Gouverneur et au Conseil, prétendant que, puisque le gouvernement continuait à leur accorder les privilèges de sujets anglais, personne n'avait le droit ni le pouvoir de les en priver; qu'ils se comporteraient comme de fidèles sujets neutres de Sa Majesté. Cette lettre était signée par tous les députés de cette partie de la province et par la plupart des habitants, en particulier par tous les principaux chefg^ et l'on vit paraître, dans la contenance de chacun des Français-Neutres, un air de ressentiment accompagné de menaces qui indiquaient leur esprit de rébellion." *

Le second acte qui me reste à raconter est encore plus ignoble que le premier. La pièce importante qui le révèle a été trouvée par le Dr Brown lui-même dans les papiers du Conseil d'Halifax. Ce dernier fait nous met en présence du dilemme suivant ; Ou bien cette pièce a été enlevée de ^es archives, ou elle y est encore. Si elle a disparu, Haliburton a raison. Si, au contraire, elle s'y trouve, elle a été bien cachée, et la honte a dû y être pour quelque chose, car le contenu de cette pièce dépasse les limites de l'odieux, et indique, dans la société où elle a été conçue, une absence de sens moral qui renverse l'imagination. On y apprend, dans les plus minitieux détails, toutes les secrètes machinations, tous les plans divers, ourdis par les plus hauts personnages d'Halifax, dans le but d'arriver à tromper et à surprendre les Acadiens en masse, de leur mettre la main dessus, afin de les déporter, comme en définitive on n'y a que trop bien réussi. Que la responsabilité de tout cela retombe sur les membres du Conseil

1. Mus, Brit Dr. A. Brown* è M88, Fapers relating to Nova Scotia^ 1749- 1790. Add, MS8, No 19073, fd, UU Cette pièce est reproduite dana les Documents inédits, p. 138.

à la tête duquel était le gouverneur, le fait que cette pièce a eu sa place dans leurs archives en est la preuve. Et n'allons pas croire que la méditation et l'élucubration de cette salle besogne aient étié livrées à quelque individu taré : non, elle a été confiée I par le Conseil même à un juge, au juge Morris d'Halifax, lequel, par parenthèse, était natif de la Nouvelle- Angleterre. Ce malheureux était loin de soupçonner, quand il se livrait à cette tâche dans le secret de son cabinet, qu'il se clouait lui-même, avec ses complices, au pilori de l'histoire. Il y est aujourd'hui et il y restera. L'histoire a de ces tardives vengeances.

Du moment que la prise du fort de Beauséjour, seul point d'appui des Français sur cette frontière, eut rendu possible l'expulsion des Acadiens et que leur désarmement en eut enlevé un des plus grands obstacles, le gouvernement de la Nouvelle- Ecosse s'occupa activement de mettre ce projet à exécution. Le juge Morris étant considéré comme une des personnes les plus au fait du pays acadien et de ses habitants, ce fut sur lui que le Conseil jeta les yeux pour en obtenir d'exactes informations et l'exposé des divers plans à suivre. Celui-ci s'acquitta de sa tâche avec une ponctualité et une précision dignes d'une meilleure cause.

Il faut lire attentivement tout son rapport pour avoir une juste idée de l'œuvre et de l'homme, pour être en mesure de les apprécier, je veux dire de les mépriser Tun et l'autre autant qu'ils le méritent.

Morris commence son travail par une étude géographique des plus minutieuses. ^ Il décrit chaque paroisse, et, dans chaque paroisse, chaque village et même chaque petit groupe de maisons, qu'il compte une à une. Il marque leurs positions, soit au bord de la mer, soit près des rivières, ou dans l'intérieur des terres. Il signale toutes les voies de communication, tant par eau que par terre, que peuvent suivre les Acadiens poux s'évader, et les moyens de les arrêter. Il n'omet ni une patrouille pour garder une route, ni un vaisseau pour fermer une passe. Tout cela avec une sagacité féline qui rappelle absolument le chat guettant la souris. Mais où le bon juge se surpasse lui-même, c'est dans

1. Cette description a étë publiée dans un des rapports de la Société Historique de la Nouvelle-Ecosse, d'après les manuscrits du Dr Brown, (Collections of Nova Scotia Historical Society y vol. Il, p. 158) ; mais cette Société a agi, relativement à cette pièce, absolument comme le compilateur des Archives de la NouveUe-EcossCj c'est-à-dire qu'elle J'a tronquée et qu'elle a laissé dans l'ombre tout ce qu'il y a de compromettant. On la trouvera reproduite en entier dans les Documents inédits du Canada-Français, p. 190, No XXXII.

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la variété des pièges et des mensonges qu'il invente pour surprendre et saisir les pauvres Acadiens. Il faudrait, par exemple, tâcher de répandre d'avance parmi eux le bruit qu'on veut les transporter, non pas en exil, mais au Canada. Une fois sous cette fausse impression, ils se rendront plus volontiers. Si on pouvait les persuader de se livrer d'eux-mêmes, mais cela n'est guère praticable. Il y a bien les dimanches durant lesquels ils se réunissent tous à l'église, où on pourrait peut-être les cerner et les arrêter. Il y a aussi la nuit qui a si bien servi pour les. désarmer : si on les surprenait dans leurs lits ; mais ils sont tellement éparpillés qu'on y réussirait difficilement. Enfin le juge a touché du doigt le vrai moyen, celui qui a été adopté en dernier ressort : c'est d'envoyer aux Mines un fort détachement qui les fasse prisonniers après les avoir convoqués en assemblée. On connaît le bostonnais qui commanda ce détachement : ce fut Winslow, lequel continua à son tour à mentir, mais cette fois ouvertement. ^ Dès son arrivée, il commença à répandre le

1. On voit que Tinvention et Texëcution du plan destiné à tromper et à. saisir les Acadiens pour les déporter, sont dues particuliërement à deux Anglo-Américaiiis, Morris et Winslow. Ce flit leur concoure efficace et celui des soldats de la Nouvelle- Angleterre qui permirent au gouvernement d'Halifax de satisfaire la convoitise de leurs compatriotes à l'égard des terres des Acadiens. Cette convoitise datait d'un demi-siëcle ; elle avait été Tun des motifs oui avaient engagé, en 1710, les provinciaux de la Nouvelle- Angleterre à s'enrôler dans l'expédition de Nicholson. — Collections of Nova Sœtia HUtorical' Society, vol. IV, p. 22.

On a voulu nier cejbte convoitise ; mais en voici des preuves qu'on aura peine à révoquer eu doute. Elles sont officielles, et émanent du gouverneur Lawrence lui-même. Dans une proclamation datée du 11 janvier 1759, il dit :

" Whereas since ye issuing of ye proclamât!^ dated ye 12th of Octr 1758, relative to ye settlemt of ye vacated lands in th» prov^ . I hâve beon informed by Thos Hancock Esq^-, Agent for ye aflfairs of Nova Scotia at Boston, that s^mdry applicat^* hâve been made to him in conseq® thereof, by

persons désirons of settling on ye sd lands " — Britùk Mxiseum. —

I^apers of Dr Andrew Brown desiyned for a History of Nova Scotia, Add, MSS, 19,076, foL 287.

Dans un autre acte officiel, le même Lawrence ajoute : *' Whereas,

since the removal of the said French inbabitants, His Excellency the governor, in order to make an effectuai settlement in the province, and to strengtheu the same, has been pleaaed to make grauts of townships to many subs- • tantial and industrious farmers, Protestants, His Majesty s subjets of the '^

neighbouring colonies daily applying for grants of Townships '*

—British Mus&am.—Add, MSS., 19,073, fol. 64, v,

La compagnie Hancock, de Boston, avait été celle qui, à la demande de Lawrence, avait fourni les navires sur lesquels avaient été déportés les exilés acadiens. C'était cette même compagnie à laquelle les New Etigîanders faisaient des demandes frér^entea (sundry applications), afin d'obtenir d'être mis en possession par le gouverneur Lawrence des terres laissées vacant-es par les Acadiens. D'autres neiqhbouHng colorliats faisaient directement, dans

faux bruit qu'il venait simplement passer l'hiver à la Grand'- Prée. C'est aussi à lui qu'est due la fameuse proclamation aux Acadiens qu'il osa attribuer faussement, comme toujours, au roi d'Angleterre, infligeant ainsi à ce monarque la responsabilité d'un crime auquel, grâce à Dieu, il n'avait pas songé. ^

Il est à noter qu'au milieu de toutes les infernales combinaisons du juge Morris, il n'est pas fait la moindre allusion au serment sans réserve dont on faisait tant de bruit en ce momentlà même. Peu importait évidemment que les Acadiens prêtassent oui ou non ce serment : ils étaient voués quand même à la déportation, They are ai ail adverUurea to be rooted out. Ce sont les propres paroles du juge Morris.

Le serment n'était qu'une raison apparente destinée à servir de prétexte pour colorer la condamnation qu'on était décidé à prononcer.

le même but, des demandes quotidiennes (daily) à Lawrence lui-même. Que veut-on de plus ?

Et de qui descendent ceux qui possèdent aujourd'hui les anciennes paroisses acadiennes ? A peine quelques mois s'étaient-ils écoulés depuis la prise de Québec, qu'une flotte composée de vingt-d«eux navires chargés de New- Englaitdersj convoyée par un Sloop armé de seize canons, aboroa aux rivages acadiens et vint en prendre possession.

1. Ce fait ressort clairement de la dépêche du Secrétaire d'Etat, sir Thomas Robinson, au gouverneur Lawrence, en date du 13 août 1755. Loin de consentir à la déportation des Acadiens, que lui insinuait vaguement Lawrence, ^ Sir Thomas lui ordonna absolument le contraire. Aussi, après avoir transcrit cette dépêche, le Dr Brown ajoute-t-il : This important: Government atlexut innocent

Et un peu plus loin :

I '< The Board of Trade extremely guarded — no blâme imputable to them on the subject.

'' The Board of Trade and Plantations in their dispatch, in answer to govemor Lawrence, take no notice of his proposai of removing the French inhabitants. They industriously avoid it. — British Muaeum. Brotofis MS&-^ Add. 19,073, fol. 42 et 43.

Voir la dépêche de Sir Thomas Bobinson, citée et commentée au long dans Un Pèlerincuje au pays d'Evangélmey pages 92 et suivantes.

Pourquoi le Dr Brown attachait-il tant d'importance à disculper le gouvernement anp[lais de toute participation à Texil des Acadiens ? C est qiril connaissait toute l'étendue de ce crime et les circonstances odieuses qui l'avaient accompagné.

'' 1 can take upon me, dit-il, from a painful examination of the whole matter, to assert that Raynal neither knew nor suspected the t«nth part of the distress of the Acadians— and that, excepting the massacre of St JE^rtholomew, I know of no act equally reprehensible as the Acadian removal that can be laid to the charge of the French nation. In their Colonies nothing was ever done, that at ail approaches to it in cruelty and atrociousnesi. "

" Saturday Aug. 13th, 1791."

SERMENT d'allégeance 443

Je laisse maintenant le Dr Brown flétrir lui-même la hideuse pièce que je viens d'analyser, et juger le juge Morris :

" Il a écrit, dit-il, pe rapport, en conséquence, paraît-il, de la demande du Conseil. Il est peu honorable à son cœur, car il est rempli de stratagèmes injustifiables, de cruels avis et de conseils

barbares. " {Hewrote this report lUUe honourdble to his heart, as

it 18 replète mth unjustifiahle stratagem, cruel advice, and barbarous counciL) 1

J'aime à croire que les historiens qui ont cherché à justifier la déportation des Acadiens n'avaient pas en mains toutes les pièces du procès que nous possédons aujourd'hui ; mais je dois dire, à mon grand regret, que celui qui en a fait le récit le plus retentissant, en avait sous les yeux la copie complète, pendant qu'il écrivait. 2 Comment en douter, puisque lui-même l'a proclamé? Il n'y a qu'une triste réflexion à faire: c'est que des livres composés dans un pareil esprit sont fatalement condamnés à disparaître avec les préjugés qui les ont inspirés.

L'historien américain a voulu laver à tout prix ses compatriotes de la tache que l'Histoire leur avait infligée ; mais il n'a réussi qu'à l'agrandir. Il n'est pas de pire faute que celle de vouloir excuser ce qui n'est pas excusable.

L'abbé H.-R. Casqrain.

1. Dr Brovm's MS8. Add. MSS.^ 19,072 fol. 30.— Voir Doc. inédits, p. 137. Note 6.

2. Parkman, Montccdm and Wolfe, Avec la masse de preuves, de pièces authentiques que Ton connaît, comment M. Parkman a-t-il pu se fermer les yeux au point d'écrire ceci, par exemple :

*' Very few (of ihe Acadians) avaÛed themsélves of this right (of removing with iheir effects). Un trhs petit nombre d' Acadiens se prévalurent du droit d*émigrer avec leurs effets. Comme si NichoUon, Yetch, Gaulfield, Douoet, Philipps, Armstrong, avaient laissé un seul jour ces malheureux libres de se prévaloir de leur droit I

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