Todière, '' Guerre des Deux Roses
JEAN CABQT 619
xecommença la guerre civile sous les noms de duc d.'Yprk d'abord, puis de Warwick. Aux acclamations du peuple Irlandais, qui le prit pour le fils de Clarence, l'imposteur se fit couronner roi de Dublin I Henri VII dut faire de nouveaux sacrifices d'hommes et d'argent pour amener dans des cuisines ce roi éphémère (1487). Comme toujours, les sacrifices furent compensés par d'abondantes confiscations.... Henri voulait étouffer l'esprit de révolte : c'était le calme qu'il prétendait rendre à l'Angleterre. Mais, ô surprise I le malheureux duc d'York, toujours prisonnier à la tour de Londres, subit une nouvelle métamorphose : Warbeck, installé au château desTournelles, près de Charles VIII, fit un appel nouveau aux partisans d'York I.... Nouvel ennui pour Henri VII. C'est en ces conjonctures que Barthélémy Colomb vint faire miroiter à ses yeux les pierres précieuses du Cathay et du Zipangu, et demander les avances nécessaires -à la grande expédition projetée par Christophe Colomb I Le projet était beau... Henri se contenta de faire des promesses tardives, à l'exemple de son voisin, le roi de France. Avec un peu plus de diligence de sa part, le grand voyage de découverte de 1492 aurait été fait au nom de l'Angleterre. Christophe Colomb appareillait dans le port de Palos, au nom de l'Espagne, lorsque Barthélémy lui apporta la réponse du roi d'Angleterre.
Imaginer le dépit de Henri au retour de Colomb, n'est pas facile. — On avait enfin pénétré les mystères de l'Ouest: n'y avait, là peut-être, un monde nouveau ; et pour sûr, on tenait le passage de la Chine et du Zipangu I — Il dut, pour une fois, regretter sa parcimonie I Avec lui, les Juifs, les Maures et les Sarrasins ne s'en seraient pas portés plus mal, en dépit des promesses de Colomb, mais l'Angleterre, c-à-d. Henri, aurait vu son trésor bien rempli et son ambition satisfaite.
Il ne fallut pas de longues réflexions au roi avare pour réaliser la position nouvelle résultant de la découverte de l'Amérique : l'avenir appartenait aux peuples maîtres de la mer ; et poux tenir son rang parmi les nations de l'Europe, il fallait à l'Angleterre une marine puissante et des colonies.
Cela nécessitait un peu de repos. Aussi, s'empressa-t-il de faire sa paix avec Charles VIII, soutien de Warbeck, et d'envoyer à l'échafaud quelques amis du prétendant, pour concentrer toute son énergie contre Jacques TV d'Ecosse.
Dans le plan de Henri, l'Angleterre, Londres surtout, devait revivre et arracher à la péninsule Ibérique le monopole commercial du Levant et du Couchant ; Londres sortirait môme de la position secondaire que lui faisait la Ligue Hanséatique.
Oui, la Hanse, qui tyrannisait^ l'Europe depuis deux sièclcÉr et demi, serait humiliée, vaincue, malgré l'union de ses 85 vîUes^ sœurs en Allemagne, et ses immenses comptoirs dans tous les pays dePEurope.Ils allaient disparaître ces jours où les richesses de r Orient, venues à grands frais du fond de l'Asie jusqu'au bord de la Méditerranée, s'entassaient sur les navires de Venisela-Grande, pour enrichir les marchands de la Lombardie et de la vallée du Rhin, depuis l'Adriatique jusqu'à Brème, Lubeck^ Hambourg. Le monopole devait se déplacer et c'était à l'Angleterre qu'il appartiendrait.
En un jour la Hanse, partant le commerce de l'Allemagne, se vit à son déclin ; mais n'allons pas nous apitoyer sur son malheur. Luther grandit à l'ombre du sanctuaire ; et les biens de l'Eglise iront bientôt combler le déficit.
Tel était l'état de l'Angleterre, en 1495, après deux longues guerres suivies d'agitations sans cesse renaissantes. John Bull se trouvait acculé en son île, et il nous semble voir son regard interroger l'horizon, cherchant d'où lui viendrait le secours.
C'est au moment où tout semblait perdu que le ciel se montra favorable à Henri VII. Un étranger. Cabot, vint lui faire connaître ses projets. Pauvre, il avait besoin de protecteur; méconnu à Venise, à Séville et à Lisbonne, il venait mettre au service de l'Angleterre son expérience dans les voyages, et ses longues études cosmographiques. Grâce à cet étranger, établi à Bristol depuis quelques mois, la marine anglaise, développée par les courses lointaines, allait faire, des villes de l'Angleterre, les entrepôts du Levant, et répandre dans tout le royaume ses richesses légendaires: c'était l'œuvre rêvée par Henri depuis quatre ans.
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Il est probable que Jean Cabot ne tarda pas à aller se fixer à Londres. Sa présence y est signalée le 21 janvier 1496 *.
L'historien Strachey, vers 1612, dit que Jean Cabot fut nattiralisé sujet de Henri VII, et qu'il fixa sa résidence dans la rue^
1. Oriefs de T Angleterre contre la Hanse sous Henri IV. Hakluyt. Voyages^ I, p. 185, seq. — Rapines, trahison, ezertions contre les marchands anglais» Ibidem, p. 193.
2. Dr fie Puebla. Lettre à Ferdinand et à Isabelle rois d'Espagne, 21 janvier 1496.
* Winsor, Nar. and Crit Hitt., IH, 52.
des Blackfriars: " was ideniaed his subject and dwelling into Blackfriars " K
Le fait du séjour de Jean Cabot à Londres en 1496 ne nous surprend pas : il y était plus à môme de faire valoir les motifs qui devaient amener l'acceptation de ses propositions par Henri VII. Mais je ne crois pas que Jean ait été naturalisé citoyen anglais. On rappelle toujours '^ le Vénitien Cabot " *, soit dans les actes officiels, soit dans les actes privés.
Il fut cordialement accueilli par le roi d'Angleterre. Jean Cabot était en effet l'homme dont Henri VII avait besoin.
Ses offres de services furent promptement acceptées et le 5 mars 1495, Vieux Style 3, c'-à-d. le 5 mars 1496, Style Nouveau, le roi accorda des Lettres patentes à Jean Cabot et à ses trois ôls, Louis, Sébastien et Sancius,
Voici la Commission donnée à Jean Cabot parle roi Henri VII *.
'' Henri, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre et de France, *' et seigneur d'Irlande : à tous ceux qui ces présentes Lettres " verront, Salut.
*' Sçavoir faisons que nous avons donné et accordé, et par ces ** présentes donnons et accordons, pour nous et nos successeurs, '* à notre bien-aimé Jean Cabot, citoyen de Venise, à Louis, " Sébastien et Santius, fils dudit Jean, et à leurs héritiers et *' associés, et à chacun d'eux, pleine et libre autorité, permission ** et puissance de naviger dans tous les pays, contrées et mers " d'orient, d'occident et du nord, sous nos bannières et drapeaux, " avec cinq vaisseaux de quelque charge et grandeur qu'ils '^ puissent être, et de prendre dans les dits vaisseaux autant '^ d'hommes et de matelots qu'ils jugeront à propos, à leurs " propres frais et dépens ; de chercher, découvrir et trouver " quelques isles, contrées, régions ou provinces que ce puisse
1. Strachey, Historié of Travaïle into Virginia, 1612-1619, p. 6. Winwr, Nar. and Orit. H,, III, 53.
2. Voir la charte du 6 mars 1496, et Tordonnance royale du 3 fév. 1498. Hakluyt, Voyages, Navigations, . . . III, p. 30.
Clément Adams, Légende de la carte attribuée à Sëb. Cabot, citée par Hakluyt, Voyages, Navigation^ III, p. 31, etc.
3. L'Angleterre faisait alors commencer l'année le 25 mars ; elle suivait le calendrier jidien. — En 1752, elle accepta le calendrier grégorien.
D'après notre manière de compter, le 5 mars 1496, était le 5 mars 1495 du cal. julien. La réforme grégorienne avait eu lieu le 5 oot. 1482, sous le pontificat de Gré^ >ire XIII, par la suppression de 10 jours : le 5 octobre fut compté comme le 15. .. En 1752, en Angleterre, le 2 sept, fut suivi du 14, par la suppression de 11 jour».
La Russie et la Grèce suivent encore le calendrier julien et ont 12 jours en retard sur nous.
4. Traduction prise dans VHisioire navale d* Angleterrey Lyon, 1751.
'* être, appartenautes aux Païens ou Infidèles, et dans quelque *' partie du monde que ce soit, jusqu'à présent inconnue à tous " les Chrétiens : Nous leur avons permis à eux, leurs héritiers ** et associés, et à chacun d'eux, et leur avons donné pouvoir " d'arborer nos drapeaux et pavillons dans tous les villages, ** villes, châteaux, isles ou terre ferme qu'ils auront nouvelle- " ment découverts; et voulons que ledit Jean et ses fils, ou leurs ** héritiers et associés, soumettent, occupent et possèdent toutes " les dites villes, cités, châteaux et isles par eux décou- *' vertes, comme nos vassaux et lieutenans, nous réservant '' le domaine, la souverainneté et la juridiction des mêmes "villages, villes, châteaux et terre ferme ainsi découverte; " à condition cependant que ledit Jean et ses fils et héri- ** tiers et leurs députés seront tenus et obligés de nous payer '* en argent ou en marchandises, la cinquième partie du "profit entier de tous les fruits, profits, gains et marchan- " dises qui proviendront de cette navigation pour chacun " de leurs voyages, toutes les fois qu'ils arriveront dans notre " port de Bristol (où ils seront obligés de débarquer et non ail- " leurs), déduction préalablement faite de toutes les dépenses ; " leur accordons à eux et à leurs héritiers et associés que toutes " terres fermes, isles, villages, villes, châteaux et places quelles " qu'elles puissent être, qu'ils auront le bonheur de découvrir, ne " pourront être fréquentées et visitées par aucuns de nos sujets " sans la volonté dudit Jean et de ses fils et leurs associés, sous " peine de confiscation tant des vaisseaux que de toutes et cha- " cunes des marchandises de tous ceux qui auront la témérité de " naviger dans tous les lieux ainsi découverts ; voulant et enjoi- " gnant très expressément à tous et chacun de nos sujets, tant " par mer que par terre, de prêter assistance audit Jean et à " ses fils et à leurs associés, et de leur donner aide et secours " tant pour équiper et fournir leurs vaisseaux, que pour que les " provisions de nourriture et de vivres nécessaires pour la dite " navigation, leur soient fournies en payant.
" En témoignage de quoi nous leur avons délivré les présen- *^ tes, sous notre propre sceau, à Westminster, le 5 mars de la " onzième année de notre règne."
Hakluyt ^ nous a conservé le texte latin et met en marge " A. D. 1495 ", ce qui est vrai en vieux style ; mais le Rymer's Fœdera, en reproduisant la même commission, lui donne la date du 5 mars 1496, ce qui est conformé au nouveau style. Dans