RÉPONSE DE SON EMINENCE
Archevêché de Québec, 3 janvier 1888.
Mgr Th.-E. Hamel, Prot. Ap., V. G.,
Gérant du Canada-Français, Québec.
Monseigneur,
Je vois avec une bien vive satisfaction qu'une Revue catholique, et d'une nature sérieuse, est sur le point d'être publiée sous la direction d'un comité de professeurs de l'Université Laval, sans aucun but de spéculation, mais par pur patriotisme, et par amour de la religion. Vous faites là, j'aime à le dire hautement, une grande et belle œuvre.
ET l'autorité ECCLESIASTIQUE 179
Depuis son avènement au trône pontifical, Notre-Très-Saint Père le Pape Léon XIII n'a cessé d'exhorter les catholiques désireux de servir la cause de la religion, à cultiver les hautes études de théologie, de philosophie, d'histoire et de littérature : ses encycliques, ses brefs et autres documents d'une importance capitale sont là pour mettre sa pensée en lumière. Jamais Pape n'a déployé plus d'énergie et de persévérance que Léon XIII pour assurer à l'Eglise sa suprématie dans la sphère des sciences divines et humaines.
Votre Revue, j'en ai la pleine confiance, contribuera à donner une direction plus élevée, plus sereine et plus calme, au courant d'idées de notre société canadienne ; elle servira à rehausser le niveau de l'esprit public ; elle fera glorifier la Patrie et l'Eglise ; elle sera une réponse aux vœux les plus ardents du chef suprême de la catholicité en faisant explorer avec plus de soin, au Canada, le vaste domaine du beau, du vrai et du bien dans l'ordre naturel et surnaturel ; enfin elle répondra, sinon absolument, puisque le Canada-Français ne sera pas une publication officielle de l'Université Laval, au moins approxim^-tivement, à un désir souvent exprimé à Rome, que l'Université Laval eût une revue pour compléter son œuvre.
Je suis pleinement satisfait de l'énoncé de principes que renferme votre prospectus : " Au point de vue des doctrines, dites-vous, nous nous attacherons à l'immuable vérité parlant par ses organes autorisés et infaillibles, les Souverains Pontifes.
" Notre règle de conduite dans toutes les questions qui touchent au domaine religieux, nous la recevrons donc de l'Eglise, c'est-à-dire de ses représentants légitimes auprès de nous, les Evêques, chargés par l'Esprit-Saint de diriger l'Eglise de Dieu."
Ce programme ne laisse rien à désirer et sera favorablement accueilli de tous les catholiques, à Rome comme au Canada.
Les hommes distingués qui composent votre comité de révision sont déjà fort bien connus du public; leur savoir n'est égalé que par leur esprit sincèrement catholique ; leur attachement inviolable aux enseignements de l'Eglise dans le passé me remplit de confiance, et m'est un sûr garant du soin jaloux qu'ils mettront toujours à ne jamais s'écarter des sentiers de la plus rigoureuse orthodoxie.
180 LE CAN.-FR. ET l'AUTORITÉ ECCL.
C'est donc avec bonheur que je demande au ciel de bénir vôtreentreprise, de la faire grandir et prospérer de plus en plus pour la plus grande gloire de Dieu, pour l'honneur de la sainte Eglise» et le plus grand bien de notre chère patrie.
Veuillez agréer,
Monseigneur, l'assurance de mon entier dévouement.
£• A. Card. Taschereau, Arch. de Québec.
Nous avons dû préparer avec une certaine hâte, et au milieiï de difficultés de tous genres, cette première livraison du Canada- Français. Il a pu s'y glisser en conséquence pl.isieurs imperfections, pour lesquelles nous sollicitons l'indulgence de nos lecteurs.
Comm^ compensation, nous leur donnons 230 pages environ, au lieu de 200 qu'annonçait notre numéro-prospectus.
De tous côtés il nous vient les offres les plus sympathiques de collaboration. Cela prouve que notre œuvre est parfaitement comprise, et qu'elle ne peut manquer de réussir.
Nous voudrions, dès la seconde année, que le Canada-Français parût plus s<^uvent. Les écrits, d'après les apparences, ne feront pas défaut. Tout dépendra du nombre des abonnés. Nous avons déjà une liste de souscripteurs très satisfaisante pour les conditions actuelles de notre Kevue ; mais cette liste a besoin d'augmenter considérablement pour nous permettre de donner au Canada-Français tout le développement désirable.
Nous avons reçu des centaines de lettres de félicitations et d'encouragement au sujet de la fondation de notre Revue. Si par hasard nous avons oublié de répondre à quelqu'une de ces lettres, on voudra bien attribuer cet oubli à l'excès de travail que nous a valu l'organisation de notre œuvre. Nous remercions bien vivement tous ceux qui ont pris la peine de nous faire parvenir l'expression de leur sympathie et de leurs bons souhaits. Nous espérons que le Canada-Français saura se montrer digne d'un accueil aussi bienveillant.
Nos prochaines livraisons renfermeront des écrits importants fournis par plusieurs de nos meilleures plumes canadiennes. Signalons, entre autres, la première partie de toute une étude sur nos institutions de chanté, des travaux de la plus grande actualité sur les questions sociales du jour* en rapport avec le Canada, une description des fêtes jubilaires de Léon XIII par M. 'le juge Routhier qui est actuellement à Rome, etc.
Nous avons aussi l'espoir de pouvoir commencer prochainement la publication d'un roman historique canadien, écrit par une plume très sympathique, bien connue et aimée du public.
Nous avons déjà reçu quelques ouvrages qui méritent l'attention de notre Revue. Mais l'heure avancée à laquelle ces ouvrages nous sont parvenus, nous force d'attendre à la prochaine livraison pour en faire une mention convenable.
En outre de la plupart des journaux français de la de Québec, un bon nombre de journaux canadiens- français des Etats-Unis et des Provinces Maritimes se sont empressés de noua offrir d'échanger avec eux. Nous le faisons avec le plus grand plaisir. Le Canada-Français s'intéresse tout particulièrement à ceux de nos compatriotes que diverses circonstance? tiennent éloignés de la patrie.
Le Canaùa-Françaïs donne â ses lecteurs la valeur d'environ 70 pages par moîb pour la modique somme de deux piastres par année.
La fin que se propose le Canada-Français, et le bon marché de la souscription qui le met à la portée des ressources les plus modestes, donnent à espérer que l'on voudra bien faire une active propagande en sa faveur. Comme tous les bénéfices sont au profit des abonnés, plus il y aura de ceux-ci, plus ils recevront en compensation du modique montant de la souscription annuelle. L'Administration entrevoit même la possibilité de donner une assez forte prime, dès la première année, si le nombre des abonnés dépasse un certain chiifre qui est loin d'ôtre extravagant.