‹ Collection de documents inédits sur le Canada et l'AmériqueChapitre 45 sur 292 · Maxime du Camp · texte numérisé non relu

Maxime du Camp

*' Les Sœurs ont à pourvoir au vêtement, à la nourriture des vieillards, à les soigner dans leur maladie. A cet effet, elles n'ont pas de revenus, elles ne reçoivent pas de pensionnaires, mais vivent entièrement de charité. En conséquence, elles vont ellesmêmes quêter dans les maisons, les hôtels, les marchés, etc.

^* Toute sorte de don en argent, vieux vêtements, restes de table, légumes, viande, est reçue avec reconnaissance et utilisée au profit des habitants de T asile."

Nulle autre réclame. C'est simple et touchant comme une de ces pages d'évangile qui racontent les miracles du Christ. Eh quoi ! n'est-ce pas de miracles que ce court règlement nous parle ? et ])ourquoi n'en sommes-nous pas étonnés, pi ce n'est parce qu'ils sont continuellement sous nos yeux? Le but et les ressources de l'hospice sont clairement indiqués. A quoi bon de longues phrases pour dire aux pauvres qu'on les aime et qu'on en veut prendre soin? Le mieux est de parler comme le Maître : '' Venez à moi, vous qui souffrez, vous que des fardeaux accablent, et je vous soulagerai." ^

Mon Dieu ! peut-on s'empêcher de le dire ? que nous sommes loin des mœurs et des coutumes de la société païenne ! Rappelons-nous que les peuples du vieux Latium précipitaient les vieillards infirmes du haut d'un pont pour s'en débarrasser et les débarrasser eux-mêmes du fardeau de la vie ; que les Cantabres les écrasaient contre un rocher, et que les Massagètes, les vainqueurs de Cyrup, ne rougissaient pas de se nourrir de leur chair, après les avoir tués par compassion et par honneur. C'est en toutes lettres dans Hérodote et dans Strabon.

'^ Les Massagètes, dit le premier, ne prescrivent aucune borne à la vie ; mais quelqu'un est-il arrivé à une extrême caducité, les parents s'assemblent et l'immolent avec quelques animaux dont ils font ensemble un festin, après en avoir fait cuire la chair."

"' La plus belle mort, selon eux, dit Strabon, c'est, lorsqu'une fois ils touchent à la vieillesse, d'être coupés en morceaux et mangés avec des viandes de boucherie. ''^ Voilà où en était rendue l'humanité. Après cela, les philosophes et les poètes pouvaient écrire d'éloquentes choses à l'honneur des cheveux blancs. Qu'importent les beaux discours au malheureux que l'on méprise et qu'on laisse mourir de faim ? Cicéron a parlé dans des pages harmonieuses et touchantes de l'auréole qui couronne la vieil-

Page 1