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Archives dei affaires étrangères, Paris

408 QUESTION acàdienne

commises par des subalternes qui ne devaient être que trop imités plus tard et devaient finir par consommer la ruine des malheureux Acadiens.

Dès que ceux-ci eurent appris que leur pays avait été cédé définitivement à l'Angleterre, ils avaient résolu unanimement de Tabandonner et d'aller se réfugier soit à l'Ile Royale, soit à l'Ile Saint- Jean. Ils étaient d'autant plus portés à prendre ce parti que, d'une part, le gouvernement français, voulant les attirer à l'Ile Royale, leur offrait des secours pour s'y transporter avec leurs effets et s'y établir ; et que, de l'autre, ils avaient à se plaindre des procédés du général Nicholson. Au reste, la conduite de ce gouverneur n'avait pas soulevé moins de mécontentement parmi les Anglais qu'il commandait à Port- Royal, que parmi les Acadiens. '* Nous espérions, écrivait l'un d'eux, qu'à son arrivée le gouverneur paierait la garnison, et mettraitla place sur un bon pied ; mais au contraire il nous a jetés dans la plus grande confusion. Il a renversé les fortifications, mis dehors les Français, et chassé tousjes Anglais qu'il a pu, de façon que la place est presque déserte. En un mot, si ses ordres avaient été de ruiner le pays, il n'aurait pu agir mieux qu'il n'a fait." ^

De son côté, le colonel Vetch mandait aux Lords du Commerce :

** Je crois de mon devoir d'avertir vos Seigneuries, en vue du bien public, de l'état où se trouve le pays de la Nouvelle- Ecosse Les habitants français sont en quelque sorte forcés

de quitter le pays par suite des traitements qu'ils ont reçus de M. Nicholson." 2

Nicholson s'était flatté que les Acadiens n'abandonneraient pas facilement les fertiles terres qu'ils occupaient ; aussi fut-il surpris autant que déconcerté en apprenant qu'après avoir mûrement délibéré, en assemblées publiques, sur le parti qu'ils avaient à prendre, ils avaient résolu unanimement de partir sans délai. Ils lui avaient signifié leur résolution par leurs députés, et, joignant l'action à la parole, ils s'étaient mis immédiatement à construire des bateaux et des chaloupes pour se transporter avec leurs familles, leurs bestiaux et leurs effets.

1. Extract ofa letterfrom Mr, Adams to Capt. Stede, Jan. 24th 1714-15. — Voir Documents inédits, No XII, page 108. — Piëce omise dans le yolame d'Archives de la Nouvelle-Ecosse publie à Halifax.

2. LeUerfrom Col. Vetch to the Board of Trade, March 9th 1714-16.— Voir Doa INÉDITS, "So XIII, p. 109. — Pièce oxnïa^ dans le vol. d'Archives de la Nouvelle- Ecosse publié à Halifax.

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Les conséquences d'une telle détermination étaient fatales pour la nouvelle province que Nicholson s'enorgueillissait d'avoir conquise pour l'Angleterre. Elle perdait par là l'importance qu'on y attachait. En effet, les Français partis, In Nouvelle- Ecosse n-était plus qu'un désert hanté par des tribus sauvages, ennemis traditionnels et irréconciliables des Anglais. ^ Port Royal, la seule place fortifiée dont la subsistance dépendait dea colons, serait forcément abandonnée. 2

Nicholson ne le comprit que trop, et, pour éviter ce désastre, il ne craignit point de violer le traité de paix et de désobéir ouvertement aux ordres de sa souveraine. Il mit les Acadiens dansl'impossibilité de vendre leurs terres et leurs effets en défendant aux Anglais de rien acheter d'eux. Il interdit l'accès des port» aux navires français qui devaient leur apporter les agrès nécessaires aux embarcations qu'ils avaient construites. Il leur fit

1. *' LeB Sauvages des missions françaises des costes de i'Acadie sont ennemis si irréconciliables de la nation anglaise que toutes nos harangue» les plus pacifiques ne peuvent leur imprimer de ne point troubler son commerce ; ils pillent et ont pillé plusieurs de leurs bâtiments, empêchent (d& pêcher) dans les havres de la dite coste de TAcadie. Un vaisseau de douze à quatorze canons s'étant perdu sur une petite île dans la baye française^ Saint-George, duquel les équipages se sauvèrent à terre avec la plus grande partie de leurs marchandises, les dits sauvages y ont abordé au nombre d& vingt hommes armés et se sont rendus maîtres de tout ce qu'ils ont pu

emporter avec eux, après en avoir chassé les dits équipages anglais,

desquels ils ont même tué un homme et lorsqu'on leur a demandé la raison qui les oblige de tuer des gens qui ne se défendaient point, ils ont répondu que c'était pour faire peur aux autres et, pour autoriser leur violence, ils disent que tous les sauvages de leur nation meurent aux Mines et que c'est par un poison que les Anglais leur ont donné ; le Sieur Gaulin les a menacés de ne plus les confesser s'ils ne restituaient leurs pillages. Cola ne leur a imprimé aucun scrupule de conscience : bien au contraire ils lai ont dit qu'ils ne lui demanderaient jamais plus rien. Je vous ansure. Monseigneur, qu© ce sont là des animaux bien difficiles à conduire. J'ai écrit à leur chef tout ce que je devais sur ce sujet par la voie de M. Gaulin. J'aurai l'honneur d'envoyer la copie de ma lettre à Votre Grandeur pour qu'elle s'aperçoive que je ne néglige rien de ce qui doit calmer la férocité de ces peuples."

**DeCostebelle."

** Au Port Dauphin, le 9me 7bre 1716."

Archives de la Marine et des Colonies, Ile Royale. Correspondance ge'néraùe^ Lettre au Conseil de Marine^ finuées 1712-1716. Vol. I, folio 128, verso. — Ces rapports du Conseil de Marine portent pour signatures :

L A. DE Bourbon

Le Maréchal d'ëstrées

2. '* . . . .In case ye Fronch quit us we shall never be able to niaintain or protect our English families from ye insults of Indians, ye worst of ennemies» which ye French by theirs staying will in a great mensure wend off, for their own sakes. — Nova Scotia Archives. Lt. Gow. Caulfield to Board ofTrade and Plantations, p. 9.

<iéfense d'écrire à Boston, pour en faire venir; il alla jusqu'à faire saisir leurs bateaux et leurs chaloupes. En un mot, il les retint prisonniers chez eux, comme devait le faire plus tard le misérable Lawrence avant de les disperser aux quatre coins du ciel. ^

En même temps il chercha à les séduire par les promesses les plus flatteuses, leur offrant, s'ils voulaient rester, les mêmes droits et privilèges qu'avaient les sujets anglais. ^ Ce fut lui également qui inaugura à l'égard des missionnaires des Acadiens le système de vexations dont ils eurent tous plus ou moins à souffrir dans la suite. Ces prêtres étaient les seuls hommes instruits qu'il y eût parmi eux, et par conséquent les mieux en état de les éclairer. Nicholson leur fit défense de se mêler en rien de leurs affaires et de leur donner des conseils, comme si ^* leur qualité de prêtres leur enlevait les titres de citoyens et de français, et les privait du droit de donner à des compatriotes placés dans les circonstances les plus difficiles, des avis que -*" ceux-ci leur demandaient. Le but de ces défenses était évident : c'était de mieux profiter de l'ignorance des Acadiens laissés à eux-mêmes, et de surprendre plus facilement leur bonne foi.

Les missionnaires durent se soumettre, du moins extérieurement, à ces prescriptions iniques, de crainte d'être bannis et de voir leurs ouailles privées de secours spirituels. Les Acadiens eurent alors recours au gouverneur du Cap-Breton, M. de >\ Costebelle, et le prièrent d'envoyer quelqu'un de ses officiers à Port- Royal pour plaider leur cause et faire exécuter le traité. M. de Costebelle, à qui la Cour de France avait recommandé de favoriser l'exode des Acadiens, dépêcha immédiatement de

1. Lettre de M, de Saint-Ovide de Brouillan à M. John Dotircet^ gouverneur ^ de la Nouvelle- Ecosme. Louisbourg, 21 juillet 1718.— Voir Doc. inédits,

' No XXIV,- p 119. — Pièce omise dans le volume d' Archivent de la Nouvelle- Ecosse publie à Halifax. «

*' They had builtabuiidance of small vesaels to carry thennelves and

V effects to Cape Britton. P%tb. Record Office, Letterfrom Sam, Vetch to Board ofTrade. Sept. 2nd 1715.— Voir Doc. inédits, No XVIII, p. 115.— Pièce omise dans le volume d'Archives publié à Halifax.

^* Le Sieur de Capon lui ayant dit (à M. de Costebelle) qu'ils n'ëtoient

^ arrivés aucuns nouveaux ordres de la Cour d'Angleterre pour lever les difficultés que le général Nicholson fit en 1714." Conseil de Manne^ 28 mars 1716.

2. M. Nicholson leur a fait dire que ceux qui voudroient rester sur leurs terres jouiront des mêmes privilèges que les sujets de la Reine et que si leurs prêtres ne vouloient pas rester que la Reine leur en enverroit d'Irlaudo ; ce •qui est sûr, c'est qu'on ne doit nen épargner pour que ces habitants sortent, il est très sûr que s'ils sortent, les Anglois ne peuvent garder l'Acadie ; la permission de la Reine ne sert de rien ; il est défendu aux Anglois de rien Acheter. — Lettre du major UHermite au CoiimH de Marine. 29 août, 1714.

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Louisbourg deux hommes de confiance, les capitaines De la Bonde et Pinsens, qui furent munis d'instructions, dont il importe de connaître le texte.

'' Il (M. de la Ronde) s'embarquera dans le bateau du roy le St. Louis pour aller au Port-Royal.

" Il mettra en passant les habitans des Mines à terre a Chibouctou qui s'en iront au travers les terres, ensuite il continuera sa route.

'* Etant arrivé au Port-Royal si M. Nicholson n'étoit point arrivé, il l'attendra ; il luy remettra ma lettre et l'informera du sujet de son voyage, — conformément a la lettre que je luy écris dont je luy en donne copie.

'' Il s'embouchera avec le père Bonaventure et les autres missionnaires, prendra langue d'eux de ce qui se passe et agira de concert avec eux tant pour l'évacuation des habitans que pour qu'il soit permis à ceux qui ne pourront pas évacuer cette année de rester jusqu'à l'année prochaine, vu qu'ils ont un an à se retirer et qu'on les en a empêchés jusqu'à présent, par conséquent l'année ne doit commencer que du jour que la permission leur en sera donnée; en cas qu'on luy fasse des objections sur ces articles il a les ordonnances de la reine sur lesquelles il se doit régler et demander a M^ Nicholson de les faire exécuter, il doit prendre garde de ne se point relâcher sur aucun article.

'' Il sait que par l'article 14 du traité de paix qu'il est permis a ces habitans de sortir avec leurs effets mobiliers qu'ils pourront emporter, par conséquent les bateaux; chaloupes et bestiaux y sont compris.

" Par le dernier traité il leur est permis de vendre les autres biens immobiles, ainsy ils ne peuvent les empêcher de se retirer sans vouloir aller contre les volontés de la reine ; il fera agir les missionnaires pour représenter à ces habitans les périls où ils se trouvent en demeurant avec les Anglois qui dans la suite les regarderont comme leurs esclaves quand même ils changeroient de'religion. ^ Il donnera avis de son arrivée au père Bonaven-

1. Le gouverneur de Louisbourg no parlait ainsi que parce qu'il savait ce qui se passait alors dans les colonies anglaises. La haine contre les Français y était encore plus forte que le fanatisme religieux. En 1700 le village de Frenchtown, dans le Rhode-Island, composé de huguenots français qui s'y étaient réfugiés après la révocation de l'édit de Nantes, fut assailli par la population du voisinage, les maisons furent envahies, leurs habitants horriblement maltraités et obligés de fuir uniquement parce qu'ils étaient coupables d'être français. Vers le même temps et pour le même motif, les huguenots français établis dans les Etats du sud, s'y étaient vus molestés au point qu'ils avaient résolu d'abandonner le pays. Ils avaient même fait dM démarches pour aller se fixer en Louisiane.

ture et au père Félix par le moyen des habitang des Mines ou autres s'il s'en trouvent au Port-Royal ; il ne s'absentera point du Port- Royal à moins que pour des raisons fortes.

'^ Il fera agir les missionnaires à l'égard des babitans sans qu'il paroisse d'affectation de son costé, il fera seulement connoistre qu'il n'est là que pour soutenir le droit des babitans et le privilège qu'il a plû au roy leur procurer de la reine d'Angleterre et pour leur faciliter une retraite sous l'obéirsance de leur roy.

** Après que toutes choses seront réglées, il fera un état général de ceux qui auront des bateaux ou qui en feront, s'ils restent cet hiver ; et de ce qu'ils auront besoin pour les faire naviguer et dans quel temps ils en auront besoin. Il en fera pareillement un, du nombre des familles qui n'auront point de voiture et de ce qu'ils peuvent avoir à apporter, il observera de marquer le temps qu'ils pourront sortir

'' En cas qu'il se trouve d'autres obstacles je lui laisse à sa prudence ; il fera part de tout ce que je lui dis au père Justinien qui pourroit l'éclaircir sur d'autres sujets qui ne sont point à mes connaissances. " ^

MM. de la Ronde et Pinsens arrivèrent à Port- Royal au cours de l'été de 1714. M. Nich oison leur fit bon accueil, leur permit de faire des assemblées et de s'aboucher avec les Acadiens, qui tous unanimement réitérèrent leur ferme détermination d'évacuer le pays. Nicholson parut convenir de tout, mais finit par tout refuser en donnant pour prétexte qu'il fallait recourir à la reine d'Angleterre pour obtenir une nouvelle décision. On se refuserait à croire à de pareils subterfuges, si l'on n'avait sous les yeux les pièces officielles qui le prouvent. 2

1. Fait au havre Louisbouig, le 11 juillet 1714. L'Hermite.— J&xtrat* des Archives du Conseil de Marine.

2. ** En 1714, les Sieurs de la Ronde et Pinsens Capitaines furent envoyés à TAcadie pour obtenir de M. de Nicholson une liberté pour les François de TAcadie de se retirer avec leurs bestiaux et leurs crains a l'Ile Royale.

*' M. de Nicholson permit à ces officiers de faire assembler les habitants pour savoir leurs intentions. Ils déclarèrent tous qu'ils vouloient retournera leur légitime souverain. Il fut demandé à M. Nicholson que conformément à l'article quatorze du traité de paix, ces habitants eussent l'espace d'une année pour rester sur leurs biens sans empêchement.

** Qu'il leur fut permis pendant ce temps de transporter leurs grains et leurs bestiaux, de construire des bâtiments pour le transport de leurs effets et de recevoir de France les agrès et les apparaux pour ceux qui seroient bâtis au Port-Royal ou ailleurs.

** Ces deux articles furent renvoyés à la décision de la Reine, On demanda

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L'hiver, durant lequel les Acadiens ne pouvaient émigrer, serait venu avant le retour de la prétendue réponse qui, du reste, n'arriva jamais : c'était tout ce que cherchait Nicholson.

L'année suivante Nicholson était parti. La Nouvelle-Ecosse avait pour lieutenant-gouverneur le colonel Vetch. Cet officier, qui n'avait pas eu de termes assez violents pour censurer la conduite de son prédécesseur, ne respecta pas plus que lui la fo| des traités, et mit les mêmes obstacles au départ des habitants. ^

encore qu'il leur fut penma de vendre leurs habitations ou de laisser procuration.

'* H fut répondu à cet article remis à la Beiney de plus renvoyé à sa lettre qui en doit être un sûr garant.

'* M. de Nicholson promit en outre une prompte expédition de tous cea articles . . ; mais dbpxtis ce temps on n'a su aucxtne sâpoKSB sur ce sujet. " — Conseil de MaHiie, 28 mars, 1716.

** . . . .n n'avoit pas tenu à eux (les Acadiens) qu'ils ne se fussent retirés en 1714, mais la porte leur avoit été fermée par le refas du général Nicholson." — CkmseU de Marine, 23 mai 1719. Rapport du Père Dominique de la Marche.

Le rapport suivant adressé au Conseil de Marine à Paris, fait voir que M. de Costebelle prévoyait les difficultés que ferait le général Nicholson au départ des Acadiens :

'' Le 13 juillet je fis partir M. de la Ronde Denis pour le Port-Royal, dans un bateau de l'Acadie que j'avois frôté. J'envois à Votre Grandeur la copie de la lettre que j'ai écrite à M. de Nicholson, et des instructions que j'ai données à M. de la Ronde. Je lui ay remis les ordres de la Reine en anglois et en françois. M. Gaulin s'embarqua avec luy et plusieurs Acadiens cpii étoient ici. J'ai cru, Monseigneur, de ne pas rendre un plus grand service au Roy que d'aider à ces habitans à sortir d'un abîme où ils vont tomber.

" Votre Grandeur me dit qu'elle envoyt pour eux les agrès que j'avois demandés ; mais ils viendront tard ; avant qu'on les leur ait fait tenir la saison sera bien avancée. Ils avoient écrit à Boston po^ir en avoir ; M. de Nicholson Va défendu, même a fait arrêter leurs bateaux et chaloupes qu*ils avoient hdtis. Ils m'ont paru être dans le sentiment de ne pas sortir qu'ils n'aient vu la décision de M. de Nicholson. Il est cœistayit qu'il fera to^it ce qu'il pov/rra pour les retenir ; Us ont même tenu déjà deux fois conseil pour qiiitter le Port- Royal ;. . . .c'est en partie ce qui m'a déterminé à y envoyer, sautant ph^s qM^ les Anglois les ont mis hors d'état de pouvoir subsister, s'ils ne recueillent pas leurs récoltes en achetant leur blé," — Lettre du Major L'Hermite, 29 août, 1714.

1. ** Ayant appris Monsieur, par plusieurs habitants du Port-Royal, des Mines et de Beaubassin que celui qui commande à votre absence au Port- Royal (le colonel Vetch), leur a fait défense de sortir, et même en a refusé la permission à ceux qui lui ont démandés, ce qui fait que les habitants qui seraient maintenant établis sur les terres du roi, se trouvent la plupart hors d'état de se retirer cette année

** C'est ce qui m'a déterminé, Monsieur, suivant Tordre que le roi m'en donne, d'y envoyer M. De la Ronde Denis, capitaine d'une compagnie détachée de la Marine, a qui j'ai remis en main les ordres de la Reine, et conférera avec vous des raisons pour lesquelles ils sont détenus. J'espëre, Monsieur, que vous rendrez toute la justice due, et que vous n'aurez d'autre vue que de suivre les volontés de la reine." — Archives de la Marine et des Colonies. Lettre de M. L'Hermite à M. Nicholson. Louisbourgle 11 juillet 1714.

*' Celuy qui commande au Port-Royal a fait défense de sortir du pays

Les naïfs Acadiens, si honteusement bernés par Nicholson, s'attendaient si bien à partir dans le cours de 1715, qu'ils n'ensemencèrent pas leurs terres au printemps de cette année, ayant en prévision amassé des vivres pour deux ans. ^ Vetch savait si bien qu'il n'avait aucun droit sur les Acadiens et qu'il commettait une criante injustice en les retenant malgré eux, qu'il se hâta d'écrire aux Lords du Commerce dès le 9 mars de

avant rarrivée do M. de NicholsoD ; de sorte que tous ceux qui sont venus ici s'étoient échappés. Ils m'ont représenté, ainsi que M. Oaulin et les Pères \ de l'Acadie qui m'ont tous envoyé des espress, qu'il étoit nécessaire d'y ' envoyer un officier pour soutenir leurs droits, les Anglois ayant défendu aux missionnaires de se mêler des affaires de ces hMt&ntA." — Archives de la Marine et dês Colonies. Lettre dxi major UHermite wa Conseil de Marine^ datée de Louisbourg, 29 août 1714.

** Par sa lettre du 6 novembre 1715, il marque (M. de Costebelle) qu'il a parlé au Sieur Capon, envoyé du gouverneur de Port -Royal, de la manière dure et injuste avec laquelle le général Nicholson avoit traité les habitans françois de l'Acadie, contraire en tout aux ordres qu'il avoit reçus de la feue reine d'Angleterre, et à la parole qu'il avoit donnée aux Sieurs de la Ronde et Pinsens.

'* Cet envoyé a convenu que la conduite de ce général n'avoit été approuvée d'aucun officier de sa nation ; mais que le gouverneur particulier ne pouvoit rien changer sans de nouveaux ordres du roy d'Angleterre ; ainsi tous les autres différents mouvements sont suspendus pour la libre évacuation des habitants jusqu'à une plus ample décision des deux couronnes." — Conseil de Mariney 27 mars 1716.

Un récent biographe qualifie Vetch de premier gouverneur anglais de la Nouvelle- Ecosse. Les pièces citées' dans le présent article démontrent surabondamment le contraire. — Collections qf the Nova-Scotia Historical Society, vol, IV. Biographical sketch of Hon. Samuel Vetch, by the Rev. G. Patterson.

1. M. de Costebelle, par sa lettre du 9 septembre, marque ** au'on

l'a assuré que les habitants françois des Mines n'ont point ensemencé leurs terres en 1715, qu'ils avoient des grains pour vivre deux ans et qu'ils restoient yN disposés à une entière évacuation lorsqu'ils auroient des bâtiments pour les transporter à l'Isle Royale avec leurs familles et leurs effets." — Conseil de Marine, 28 mars, 1716.

** Le Père Doaiinique à son retour lui a présenté (à M. do Costebelle) un mémoire par lequel il paroît que les peuples de l'Acadie étoient déterminés à tout abandonner pour sortir de la domination des Anglois ; que la plupart même n'avoient pas voulu ensemencer leurs terres dans l'espérance qu'on les retiroroit au printemps. Que plusieurs avoient construit des bateaux pour le transport de leurs familles et de leurs effets ; qu'il y en avoit dix prêts à naviguer dès qu'on leur auroit envoyé les agrès .... " — Conseil de Mrine, 28 mars,

M. Begon, par sa lettre du 25 septembre 1715, marque *' que le Père Jus-

\ tinien, missionnaire récollet au Port-Royal, lui a maroué que tous les habi-

^ tants françois de l'Acadie ont pris la résolution d'aller s'établir à l'Isle

.^ Royale à quoi une Lettre Pastorale de M. TEvêque de Québec a beaucoup

contribué."

" Les Anglois font tout ce qu'ils peuvent pour retenir les François,

non-seulement en les ménageant, mais aussi en leur refusant les choses nécessaires pour leur passaffo et leur faisant entendre qu'ils ne leur peruiettront pas de disposer de leurs immeubles ni de leurs bestiaux, qu'on leur donnera seulement quelques vivres." — Conseil de MaHne, 28 mara, 1716.

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cette année : " Comme la saison avance, à moins que des ordres prompts ne soient expédiés, les habitants vont éniigrer avec leurs troupeaux et leurs effets au Cap-Breton, ce qui va dépouiller et ruiner entièrement la Nouvelle-Ecosse et en même temps faire du Cap-Breton une colonie populeuse et bien pourvue, entreprise que plusieurs années et de grandes dépenses n'accompliraient pas, si on la faisait directement de France." ^

On jugera de l'importance qu'attachait le gouverneur Vetch aux établissements français par le passage suivant d'une lettre qu'il adressait peu de mois auparavant aux mêmes Lords du Commerce : '' Les Français forment une population d'environ

deux mille cinq cents âmes Ils sont, avec les sauvages, les

seuls habitants de ce pays ] et comme ils ont contracté des mariages avec les sauvages, qui sont de même religion, ils ont sur eux une puissante influence. Cent Français, nés dans le pays, parfaitement accoutumés comme ils le sont aux forêts, habiles à marcher en raquettes et à conduire des canots d'écorce, sont de plus grande valeur et d'un plus grand service que cinq cents hommes nouvellement arrivés d'Europe. Il faut en dire autant de leur habileté à la pêche et à la culture du sol. " 2

On n'avait pas à la Cour de France une moindre opinion de ces Français d'outre-mer. Le Conseil de Marine, qui siégeait au Louvre, disait d'eux vers le même temps :

*' Ces Français -Acadiens sont naturellement industrieux. 3 Ils naissent forgerons, menuisiers, tonneliers, charpentiers, constructeurs ; ils font eux-mêmes les toiles et les étoffes dont ils s'habillent ; c'est pourquoi, outre le défrichement des terres de l'Ile Royale, ils fourniraient à cette colonie un nombre considérable de bons ouvriers qui contribueraient bien mieux à son établissement que des personnes qu'on y enverrait de France et qui ne seraient faites ni au climat, ni aux usages du pays. " *

1. Letterfrom Col Vetch to the Board of Trade. March 9th, 1714-15. Voir Doc. INÉDITS, No XJIl, p. 109. Pièce omise dans le volume d* Archives de la Nouvelle-Ecosse publié à Halifax.

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