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Archives de la NouveUe-ÉcosaSy pp

428 QUESTION ACADIENXE

Alors le gouverneur, avec l'approbation du Conseil, permit

. qu'elle fût écrite en marge de la traduction française, afin, dit-il

1 dans son rapport, de les gagner graduellement (fiy degrees).

Là-dessus, ils prêtèrent serment et apposèrent leurs signatures

sur la double copie française et anglaise. Il n'est pas besoin de

dire ce que devint la traduction française avec sa note marginale

compromettante. Armstrong avait en mains dans le texte anglais

l'instrument qu'il convoitait depuis si longtemps, et qu'il allait

avoir tant d'orgueil à expédier à Londres, en se vantant d'avoir

• accompli ce que personne n'avait pu auparavant.

Le gouverneur termina cette détestable comédie par une nouvelle exhortation à la soumission et à la fidélité au Roi. Enfin, après avoir bu à la santé de Sa Majesté, de la famille royale, et après avoir porté plusieurs autres santés, le gouverneur les congédia en leur souhaitant une bonne nuit.

On juge de la satisfaction avec laquelle Armstrong dut écrire

peu de temps après à Londres : " Je trouve véritablement que

tout le monde est très satisfait ici, Français et Sauvages, de la

paix qui règne et du serment de fidélité juré au roi George,

résultat qui m'a coûté et qui me coûtera encore beaucoup d'argent

et bien des peines et du travail." ^ Ce résultat n'était cependant

pas aussi considérable qu'Armstrong le faisait entendre ; car,

dans l'assemblée du 25 septembre, le serment n'avait été prêté

en définitive que par les habitants de Port-Royal. Partout

ailleurs, malgré des tentatives réitérées, il n'avait rencqntré que

des refus. Mais son premier succès l'avait grisé, et lui faisait

espérer de tout régler à la prochaine occasion . Cette occasion ne

se fit pas attendre : elle se présenta d'elle-même par la mort du

roi George I et l'avènement au trône de son fils George II, en

faveur duquel il fallut prêter serment d'allégeance.

Le gouverneur se flattait qu'il ne rencontrerait que peu de

\ difficultés à Port-Royal, où il ne s'agissait, pensait-il, que de

I réitérer le serment déjà prêté, mais il n'en était pas de même

j dans les autres établissements, où il venait d'échouer, où sa

I faible autorité se faisait à peine sentir, où il fallait des

I ménagements infinis, où enfin il ne pouvait espérer réussir qu'à

[ force de stratagèmes. La clause contenant l'exemption de prendre

les armes, que ceux de Port-Royal avaient exigée par écrit et

sans laquelle ils n'auraient pas consenti à prêter serment, allait

. y être exigée avec bien plus de rigueur. Il n'y avait pas moyen

I de l'éviter, il fallait y consentir. On y consentirait donc ; c'était

!• Archives de la NouveUe-Ecosse, p. 70.

SEBMENT d'allégeance

entendu à mots couverts, quitte à trouver ensuite un prétexte pour l'éluder. Ce serait une autre note marginale à insérer dans une copie française quelconque, qu'il n'y aurait plus qu'à faire disparaître comme la première. Cela n'avait pas de conséquence parce que le texte anglais était le seul qui fît foi, le seul dont on eût besoin: theEngliah being whaJt Ihad to govem myselfby, ^ C'est ce que dit en toutes lettres dans son rapport l'enseigne Robert Wroth, l'officier envoyé par Armstrong dans les établissements éloignés pour proclamer le nouveau roi et réclamer le serment d'allégeance.

Wroth, au moment de son départ de Port- Royal, avait reçu des instructions écrites, dont la teneur indique l'ardeur extrême que le gouverneur mettait au succès de sa mission. Elles portaient qu'il devait les suivre d'une manière générale et ne devait s'en écarter que ii les drœnstances et les lieux V exigeaient. (^Instructions from which you are not to départ urdess where circumstances and place may so requdre.) * C'était lui donner en quelque sorte carte blanche, et l'exposer, si c'était un homme faible,à tout céder aux Acadiens.

Ceux-ci, prévenus à temps, s'étaient concertés et avaient résolu de faire un dernier effort pour obtenir la justice qu'on leur avait toujours déniée, c'est-à-dire l'exécution du traité d'Utrecht et des ordres de la reine Anne. A Beau-Bassin comme à Cobequid, à Pîgiquit comme à La Grand'Prée, Wroth rencontra la même fermeté. On le reçut avec beaucoup d'égards, on fêta par des salves de mousqueterie l'avènement du Roi ; mais avant de prêter serment, on lui fit signer les articles suivants :

'* Je, Robert Wroth, Enseigne et Adjudant des Troupes de Sa Majesté le roi George le Second, promets et accorde, au nom du roi mon maître, et de l'Honorable Lawrence Armstrong, Ecuier,

son Lieutenant-Couverneur, etc , Commandant en chef de

cette Province, aux habitants des Mines, de Pisiquid et dépendances, qui auront fait et signé le serment de fidélité au roi George le Second, les articles ci-dessous qu'ils m'ont demandés (savoir) :

" 1^ Qu'ils auront le libre exercice de leur religion et pourront avoir des missionnaires, dans les lieux nécessaires, pour les instruire, catholiques, apostoliques et romains.

1. Pvhlic Record Office, America and West Iiidies, Vol. 29. — JEnsign Wroth*s Proceedings up the Bay, 12 novembre 1727. Piëce omise dans le volume d* Archives de la NouveUe-Ecosse publié à Halifax.

2. Piiblic Record Office, Am. db W, Indies, Vol. 29. Armstrong* s Instructions to Ensiqn Wroth, 28 sept. 1727. — Pièce omise dans le volume d'Archivesde la Nouvelle-Ecosse publié à H^ifax.

^' 2^ Qu'ils ne seront nullement obligés à prendre les armes contre qui que ce soit, et de nulle obligation de ce qui regarde la guerre.

^' 3^ Qu'ils demeureront en une véritable possession de leurs biens qui leur seront accordés à eux et leurs hoirs dans la môme •étendue qu'ils en ont joui ci-devant et en payant les mêmes droits accoutumés du pays.

" 4^ Qu'ils seront libres de se retirer quand il leur semblera, et de pouvoir vendre leurs biens et de transporter le provenu avec eux sans aucun troUble, moyennant toutefois que la vente sera faite à des sujets naturels delà Grande-Bretagne, et lorsqu'ils fieront hors du terrain de Sa Majesté ils seront déchargés entièrement de leur signature de serment."

** Robert Wroth." ^

Une fois maîtres de cette pièce, qui rétablissait leurs droits incontestables, les Acadiens n'hésitèrent plus à prêter serment selon la formule suivante :

** Je promets et jure de bonne foi que je serai sincère et fidèle à Sa Majesté le roi George le Second."

De leur côté, les habitants de Port- Royal avaient exigé les mêmes conditions du gouverneur lui-même, mais avec un résultat bien différent. Armstrong ne s'était plus possédé de colère en recevant la requête qui lui avait été présentée et qu'il avait qualifiée d'insolente rébellion contre Sa Majesté et son gouvernement. Il avait fait jeter en prison et mettre dans les fers les trois députés, Charles Landry, Guillaume Bourgeois et François Richard, qui avaient osé lui remettre cette requête. ^

C'est dans cette disposition d'esprit qu' Armstrong reçut l'enseigne Wroth à son retour à Port-Royal. On s'imagine le désappointement et l'indignation avec lesquels il accueillit son rapport. Il le fit comparaître devant le Conseil, qui censura avec lui sa conduite et désavoua les articles en déclarant toutefois, par une étrange contradiction, les Acadiens liés par le serment qu'ils avaient prêté. ' C'était une indignité de plus à ajouter à tant d'autres ; et ce ne devait pas être la dernière.

Armstrong enleva en même temps aux prétendus rebelles le droit de commercer avec les trafiquants anglais et de pêcher sur

1. Public Record Office, Am. ds W. Indies. Vol. 29. Original des AHicles cy dessous que fay accordé aux habitaiis des Mines^ Pigiquvt^ et dépendances. Pièce omise dans le volume d'Archives de la Nou/oelle-Écosse publié à Halifax.

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