‹ Collection de lettres de Nicolas PoussinChapitre 3 sur 24 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Roi , à ses frères , et à un très-petit nombre d'autres personnes, sur divers sujets, mais ordinairement sur les ouvrages qu'il exécutoit, ou qu'il devoit exécuter.

Les Jettres originales de ce dernier recueil avoient ete soigneusement conservées aans la famille Chantelou, jusqu'en lyS^ou 1755, qu'elles furent communiquées pour en tirer copie, par M. Favri de Chantelou, petit-neveu de celui à qui elles avoient été pour la plupart écrites, c'est-à-dire celui qu'on vient de désigner, lequel avoit possédé plusieurs tableaux par lui commandés à Nicolas Poussin , et parmi lesquels se trouvoient le portrait de ce peintre, la Manne, la seconde suite des Sept-Sacrements , et le Ravissement de saint Paul.

On croit que les lettres autographes auront été ou vendues ou perdues en 1 796 , après la mort de M. Favri de Chantelou, et l'on ne sauroit dire ce qu'elles sont devenues.

Quelques lettres originales citées par Félibien , intimement lié avec les frères Chantelou , et dont on rapportera les fragments dans ^appendice de cet ouvrage , auront probablement été détachées très-anciennement de la

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collection , et elles ne s'y trouvoient plus lorsque le reste fut fidèlement copié sous les yeux de M. Duchesne, Prévôt des Bâtiments du Roi et ami de M. Favri de Chantelou. Le petit-fils de M. Duchesne , aujourd'hui premier Employé à la Bibliothèque du Roi, se défit de cette copie , il y a plus de vingt ans , en faveur de M. Dufourny, Architecte de l'Académie noyale des Beaux- Arts de l'Institut.

La copie dont il s'agit, et une nouvelle trai^scription faite sur la première , furent annoncées l'année dernière, comme devant être vendues , avec les livres , estampes , et autres objets d'art du cabinet de feu M. Dufourny.

L'Académie royale des Bleaux-Arts en eut connaissance; elle fit part à Son Excellence M. le Comte de Corbière , Ministre et Secrétaire-d'État de l'Intérieur, du désir qu'elle auroit que le gouvernement acquit cette collection inédite et en ordonnât l'impression.

Son Excellaice agréa cette proposition , et chargea l'Académie de faire l'acquisition du manuscrit, d'en soigner l'impression et d'en surveiller l'édition.

C'est de cette édition qu'il faut rendre compte au gouvernement et au public.

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Pour parler d'abord des lettres écrites en italien, qui s'étoient conservées dans la bibliothèque de la maison Albani, à laquelle fut réunie celle du Commandeur Cassiano del Pozzo, on les a reprises dans le recueil de Bottari, déjà cité ; on n'a eu d'autre soin que de les traduire avec autant d'exactitude que de simplicité ; on les a intercalées avec celles de la collection nouvelle, dans l'ordre de leurs dates; et l'on a indiqué, par une note en tête de chacune, qu'elles sont des traductions, et qu'elles font partie du recueil de Bottari.

La première de ces lettres, qui l'est aussi de cette édition, manque de date; mais elle a paru être néceasairement très- antérieure à toutes les autres. Cette lettre nous montre Poussin encore dans la gêne , quoique sorti de l'état de détresse où il fut assez long-temps. Il avoit en effet déjà trouvé dans le Commandeur del Pozzo un amateur éclairé, juste appréciateur de son talent. La lettre exprime d'ailleurs qu'il en avoit reçu ^ ainsi que de sa famille, plus d'un bienfait, c'est-à-dire trèsprobablement plus d'une commande d'ouvrages. Cependant il est à croire qu'il étoit alors encore assez loin de l'époque, où ses

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tableaux, déjà répandus hors de Rome, et multipliés en France, y avoient porté sa réputation, au point de Fy faire appeler par Louis XIII.

On sait que les commencements de Poussin et ses premiers pas, dans la carrière de Fart qu'il a illustré, furent très- pénibles. Après deux tentatives de voyage à Rome , il y arriva enfin vers l'âge de 3o ans , s'y aidant pour vivre de toutes les ressources . que lui offroit un talent non encore déterminé dans son but.

C'est-à-dire qu'avant d'avoir rencontré les circonstances qui dévoient décider de sa vocation, il s'adonnoit à plus d'un genre de travaux. Peut-être est-ce à cela qu'il dut de joindre au génie de la peinture historique , celui du paysage analogue à ce genre, Tétude de l'architecture et de l'ornement, etc. Mais il ne s'agit point ici de faire l'histoire de Poussin.

Pour se borner à celle de ses lettres , il paroît donc que la première qu'on possède , et qui provient du recueil de Bottari , doit avoir été écrite de i63o à i638. Poussin auroit été déjà à Rome depuis 8 à lo'ans. La lettre qui suit, et qui est de janvier 1689, nous

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appcend qu'il y résidoit alors "depuis 1 5 ans. Mais la même lettre nous le fait voir se disposant à partir pour la France, où il n'arriva que deux ans après. Or, à cette époque, il avoit déjà fait sa première suite des Sept Sacrements pour le Commandeur del Pozzo ; son nom étoit déjà célèbre à Paris. Tout prouve que la première lettre du recueil de Bottari a précédé de plusieurs années celle qui la ^uit . iounédiatement dans cette édition.

. Celle-ci est écrite à M. de Cbantelou , au-' quel a continué de s'adresser presque toute la nouvelle correspondance de Poussin, soit avant son départ pour la France, soit lorsqu'il y fut arrivé, et pendant tout le temps qu'il y resta ; soit lorsque , de retour à Rome à la fin de i64iî, il y entretint, pendant aS ans jusqu'à sa mort, avec lui ou avec ses frères , un commerce régulier de lettres.

Les sujets les plus ordinaires de cette correspcmdance , sont la compoisition et l'envoi des tableaux, qu'il faisoit pour cet amateur, ou pour quelqu'un de ses amis; l'acquialtion d'objets d'art et d'antiquité pour son cabinet; des détails sur les copies qu'il faisoit exécuter d'après des tableaux célèbres , et sur les artistes

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chargés de leur exécution ; des réflexionscritiques sur la peinture; quelqitôs nouvelles politiques^ et les comptes d'argent que ces petites affaires exigeoient. *

Cette correspondance fut sull^ie par Poussin, pendant plus de ao ans, avec une exactitude et une régularité , d'où l'on infère qu'il écrivoit volontiers, et qu'il étoit un homme de beaucoup d'ordre. Il ne paroît pas douteux qu'il dût en user de même ava^ plusieurs autres amateurs qiii employèrent aussi son pinceau, mais qui auront été moins soigneux de garder ses lettres.

M. de Chantetou conservoit religieusement toutes celles qu'il recevoit de Poussin , et que celtÛHîi écrivoit sans aucune prétention , ne se doutant point du cas qu'on en faisoit alors' , encore moins du prix qu'on y mcttroit dans la suite.

Poussin n'avoit pu recevoir qu'une éducation fort négligée ; il ne fut redevable qu'à lui de l'instruction qu'il acquit; mais cette instruction, il se rétoit procurée uniq[uement dans la vue de son aft. Ses tableaux, en effet, font preuve d'une érudition pittoresque peu commune. Ils annoncent en lui im fonds dé

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lecture assez étendue des ouvrages anciens, mais surtout Fart d'y découvrir de^ sujets qui ne pouvoient y être aperçus , que par lui homme fort ilfetruit de tout ce qui regarde la religion et4es mœurs des peuples anciens , et ces habitudes locales , d'où résulte la connoissance du costume moral des personnages qu'on met en scène.

Les lettres de Poussin le présentent comme doué d'un sens droit, d'un jugement sûr, d'un esprit sérieux. Ses raisonnements sur la peinture sont pleins de solidité. Mais Poussin étoit trop occupé de son objet dans les études littéraires qu'il rapportoit exclusivement à son art, pour avoir jamais songé à paroître un homme instruit et lettré en écrivant. On sait qu'il dissertoit à merveille, qu'il parloit ' avec aisance et très volontiers sur la théorie comme sur la pratique de la peinture ; mais il est certain qu'il n'a jamais fait d'écrit sur ces objets. La manie d'écrire pour être imprimé n'étoit point celle de son siècle. Plusieurs alors furent d'habiles écrivains sans s'en douter.

Un grand nombre de bons ouvrages de ce temps restèrent en portefeuille, et ne virent le jour qu'après la mort de leurs auteurs.

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Ces considérations ne sont peut-être pas inutiles à placer en tête des lettres de Poussin , pour les faire juger comme elles doivent letre , et pour désabuser ceux qui s'imagineroient , qu'un grand peintre doit écrire d'aussi belles choses avec la plume, qu'avec le pinceau.

Ceci conduit naturellement à dire deux mots sur le texte et sur le style des lettres qu'on publie, et sur les légères modifications que l'impression a dû leur faire subir.

Quant au texte, il est convenu que ce n'est . point sur les autographes , mais sur une copie très-authentique faite d'après eux , qu'on a dû imprimer.

A supposer qu'on eût possédé le texte original , il n'y a encore aucun doute qu'on auroit été tenu d'y faire un assez grand nombre de petites corrections, tout au moins du genre de celles qu'exige la netteté typographique. Mais qui ne sait qu'à l'époque de Poussin, l'instruction élémentaire, celle qui dans le jeune âge s'applique soit au maniement de la plume, soit à l'enseignement de l'orthographe , étoit bien moins générale qu'elle l'est devenue depuis.^ On a des autographes et des manuscrits des

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