‹ Collection de lettres [ed. by A.C. Quatremère de Quincy]Chapitre 23 sur 28 · Tome II, page · texte numérisé non relu

Tome II, page

On avoit toujours cru que Poussin avoit composé quelques ouvrages sur la peinture , et particulièrement un Traité des lumières et des ombres. Peu de temps avant sa mort, M. de Chantelou écrivit à ce sujet à Jean Dughet, beau-frère de

(i) On peut choisir ici entre Passeri çt Bellori, tous deux contemporains de Poussin, et auteurs de Fies des Peintres, Sculpteurs et Architectes modernes. L'ouvrage du premier ne fut imprimé à Rome qu'en 1772, près de cent ans après la mort de l'auteur; l'ouvrage du second y avoit été publié dès 1Ç7I, sept ans seulement après la mort de Poussin.

Poussin , et comme lui établi à Rome. Voici la traduction de la réponse de Dughet, datée du 2'^ janvier i666 :

« Monsieur , vous m'écrivçz que M. Cerisiers a vous a dit avoir vu un livre fait par M. Pous- « sin » lequel traite des lumières et des om- « bres , des couleurs et des proportions ; il n'y « a rien de vrai dans tout cela. Cependant il « est constant que j'ai entre les mains certains a manuscrits qui traitent des lumières et des om- 'c bres, mais ils ne sont pas de M. Poussin; ce «sont des passages, extraits par moi, d'après «son ordre, d'un ouvrage original que le (^ardi- « nalBarbérini possède dans sa bibliothèque. L'au- « teur de cet ouvrage est le père Matteo , maître « de perspective du Dominiquin; et il y a bien « des années que M. Poussin m'en fit copier « une bonne partie, avant que nous allassions à « Paris; comme il me fit aussi copier quelques rè- « gles de perspective de Vitellione : voilà ce qui « a fait croire à beaucoup de personnes que « M. Poussin en étoit l'auteur. Afin qif'il ne «vous, reste, Monsieur, pas le moindre doute tf sur ce que je vous écris, vous m'obligerez de a faire savoir à M. de Chambray, que s'il désire « voir l'ouvrage en question , il suffira que vous « m'en fassiez la demande, pour que je m'em- « presse de le lui envoyer par le courrier, à la d condition qu'il me le renverra après en avoir « pris connoissance.

« Tous les François sont persuadés que M. Pous- <c sin a laissé des écrits sur la peinture; n'en a croyez rien , Monsieur. Il est bien vrai que je lui a ai entendu dire plusieurs fois qu'il avoit le pro- « jet de composer quelque traité sur cette ma- « tière ; mais , quoique je Taie souvent pressé de ce s'occuper de ce travail, il l'a toujours remis d'un « temps à un autre : enfin la mort est survenue , tf et avec elle se sont évanouis tous les projets qu'il n avait formés »;

On trouve encore deux lettres de Poussin dans deux ouvrages relatifs aux Arts, qui ont été publiés en France, de son vivant, et qui, quoique assez inégaux en mérite, sont aujourd'hui à peu près également oubliés. Le premier est un Dialogue en très-mauvais vers , intitulé La peinture parlante , que l'auteur, Hilaire Padct*, peintre Toulousain et membre de l'Académie, envoya à Poussin, probablement avant de le faire imprimer. Voici la réponse qu'il en reçut (i):

Rome, le 3o janvier i654*

« Monsieur, il y a peu de jouifs que je reçus « un paquet que vous m'avez envoyé de Monaco. «On me l'a rendu assez tard,* d'autant qijie proc( cédant en toutes mes opérations tout doucement

(i) La Peinture Parlante , dédiée aux Peintres de l'Académie Royale, i657, in-4**, page 63.

« et à l'aise , je suis peu connu du Maître de Poste. «Après en avoir, fait l'ouverture*, et avoir lu les « vers de votre Peinture parlante , je me suis trouvé « obligé envers vous en diverses façons. Je dois « vou? remercier d'abord dé la mémoire que vous « avez eue de moi en divers ten>ps et lieux, où il « vous a plu de m'écrire des lettres qui ne m'ont « pas été rendues, car je n'aurois pas manqué d'y « répondre à l'heure même ; puis encore de l'hon- « neur que vous m'avez fait d'insérer mon nom dans « votre ouvrage de poésie, quoique vous m'eus- (c siez obligé davantage de parler de moi moins ma- « gnifiquement, et selon mon peu de mérite. Je « regarde cela comme un effet de la bonne volonté «que vous avez pour moi , et je vous en suis infi- « niment redevable. Il ne faut pas que vous vous (c incommodiez pour m'envoyer les autres parties « de votre Poésie; on juge bien du lion par l'on- « gle. Je n'ai pas encore fait voir la pièce que vous u m'avez envoyée; je la réserve pour quelqu'un^ « qui en saura goûter la beauté. Ce n'est pas le gi- « bier de peintres médiocres : ce seroit semer des « perles devant les porcs , que de leur présenter tf votre livre pour le lire.

tf Au demeurant, je suis bien marri de ne vous « pouvoir envoyer réciproquement quelque chose « du mien, comme vous le désirez; on n'a rien « gravé de mes ouvrages, ce dont je ne suis pas K beaucoup fâché. Regardez cependant si je puis « vous servir en quelque autre chose, et com-

36o LETTRES

« mandez à celui qui est de tout son cœur, Mon- <( sieur, votre , etc.

« Poussirr. »

Le second ouvrage où l'on trouve une lettre de Poussin, est d'Abraham Bosse ^ graveur assez distingué et auteur non moins fécond, qui fut pendant quelque temps professeur de perspective à l'Académie Royale. Après la publication, en i65ï, du Traité de Léonard de Vinci, sur la peinture, traduit par M. de Chambray, Bosse, qui était loin de penser que ce Traité dût être dorénai^ant la règle de Vart^ comme le dit Tépître ' dédicatoire adressée à Poussin , écrivit à celui-ci pour savoir la part qu'il avojt prise à l'ouvrage, et le jugement qu'il en portoit. Voici la réponse qu'il reçut de Poussin (i) :

* « J'ai eu quelquefois du plaisir, et enmémetemps <( j'ai tiré du profit des divers jugements que l'on a « faits de moi, ainsi à la hâte, comme ont accoua tumé de faire nos François, qui en cela se trom- « peut trop souvent. Je vous suis redevable d'en a avoir jugé favorablement. Si vous me régalez « de vos derniers ouvrages, j'en ferai la même es- « time que des autres que j'ai de vous, et que je c( tiens pour très-chers.

(i) Traité des Pratiques Géométrales et Perspectives , enseignées dans l'Académie Royale de Peinture. Paris, i665, in-8**, page 128.

DE poussiK. 36r

« Pour ce qui concerne le livre de Léonard de « Vinci, il est vrai que j'ai dessiné les figures hutf maines qui sont dans celui qui appartient à c< M. le Chevalier del Pozzo ; mais toutes les au- « très, soit géomé traies ou autrement, sont d'un « certain Degli Alberti , celui-là même quia tracé a les plans qui sont au livre de là Rome Souter- « raine. Les Goffi^ (mauvais) paysages qui sont « derrière les figurines humaines de la copie que ce M. de Chambray a fait imprimer, y ont été ce ajoutés par le Sieur Errard , sans que j'en aie cï rien su.

<c Tout ce qu'il y a de bon dans ce livre se « peut écrire sur une feuille de papier, en grosses ce lettres; et ceux qui croient que j'approuve tout ce ce qui y est, ne me connoissent pas, moi qui ce professe de ne donner jamais le lieu de franec chise aux choses de ma profession que je couce nois être mal faites.

ce Au demeurant, il n'est pas besoin de vous <e rien écrire touchant les leçons que vous douce nez à l'Académie ; vous êtes trop bien fondé. »

36îl LETTRES

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