‹ Collection de machines, instrumens, ustensiles, constructions, appareils, etc., employés dans l'economie rurale, domestique et industrielleChapitre 2 sur 75 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

ture avec le poteau central, dans le cas où l’on voudrait construire une grange d'un grand diamètre, et éviter une trop grande épaisseur dans les murs. Une couverture en paille a l'avantage d’être plus légère et moins coûteuse. Cette grange pourrait remplacer avec avantage les meules, dont la construction, qui se répète chaque année, est assez dispendieuse. On a représenté la coupe du bâtiment et la moitié de son plan.

PLANCHE IIL.

Fig. 1. Arches pour soutenir les toitures. Ce genre de construction apporte une grande économie lorsqu'il s'agit d'élever de vastes bâtimens, comme des granges, des écuries, des celliers, etc. En faisantles quatre mursdela pièce que l’on veut construire, et en leur donnant la hauteur désirée, on élève de distance en distance des arches en brique sur lesquelles on pose trois soliveaux qui supportent, avec les deux murs latéraux, toute la toiture. On rapproche ou on éloigne ces arches les unes des autres, de 5 à 7 mètres, selon la longueur des pièces de bois dont on fait usage. On établit sur le sommet de la voûte un billot sur lequel repose une solive qui supporte le faîte du toit. On pose ensuite , d’une voûte à l’autre, deux autres solives qui se trouvent à égale distance entre cette première solive et les murs. Ce genre de construction présente de grands avantages; il économise les bois très-dispendieux, mais nécessaires, dans les charges qui offrent une grande portée. Il dispense de donner une aussi grande épaisseur aux murs, qui, sans Ce moyen, auroient un poids considérable de charpente à supporter. Il donne la facilité d'élever des murs de cloison dans les étages supérieurs, sans être obligé d’en établir au rez-de-chaussée. Il est étonnant que nos architectes, qui traversent chaque jour l'Italie, n'aient pas répandu en France ce genre de construction, qui peut trouver tant d'applications heureuses.

Fig.2. Voûte en planches. Cette figure représente la coupe À et le plan B d'une voûte qui mérite l'attention par la simplicité , la solidité et l'économie de sa construction. On peut en faire usage dans un grand nombre de circonstances, soit pour les habitations rurales, soit dans les logemens destinés aux bestiaux et aux fourrages. On peut employer des planches de différentes dimensions, selon l'étendue qu'on veut donner à la voûte.

Après avoir élevé les murs, et avoir prati-

qué dans la partie supérieure un retrait sur lequel s'appuie la voûte, et sur lequel on pose alternativement une planche de champ, et une autre à plat, on parvient à former promptement un plancher solide, sans avoir besoin de poutres ni de solives. Pour construire cette voûte on donne à toutes les planches qui doivent être posées de champ une égale dimension en largeur, et on les coupe à la longueur de la distance comprise entre les deux retraits des murailles. On trace une courbe qui prend naissance aux deux extrémités inférieures de la planche, et qui va aboutir à une distance de 1 ou 2 c. m. du milieu supérieur de cette même planche. On perce au-dessous de cette courbe et dans toute sa longueur des trous qu’on garnit de chevilles, qui servent à soutenir la planche qui doit former le cintre. C’est afin de la tenir dans cette position qu’on pratique, aux deux extrémités de la première planche, quelques trous dans lesquels on fait passer des chevilles. Après avoir ainsi disposé les planches, et avoir donné à celles qui doivent être arquées la longueur du cintre, on les établit les unes après les autres, on les rapproche et on les fixe par le moyen des chevilles. On peut former sur ces voûtes un plancher, soit avec des planches, soitavec des lattes, sur lesquelles on applique un ciment.

Fig. 3. Voüûte plate en brique. Ce genre de construction, en usage dans la Catalogne, et même dans quelques parties du département des Pyrénées-Orientales, est très-économique et très-expéditif. On forme des cintres à l’ordinaire lorsqu'on veut établir ces voûtes. On pose à plat un rang de briques qu’on lie à mesure avec du plâtre. Après avoir jeté du plâtre sur ce premier rang, on le recouvre d’une autre assise de briques, que l’on place sur les interstices des premières. On obtient ainsi, avec deux assises de briques posées à plat, des voûtes beaucoup plus solides qu’elles sembleroient ne devoir l'être. On jette des plâtras ou de la terre

sur les côtés, et l'on forme un plancher en plätre ou en ciment.

La voûte dont on donne ici le dessin avait une ouverture de 5 mètres, et : mètre de hauteur; c'est-à-dire que la distance du sommet de

la voûte, prise sur une corde tirée aux deux points de sa naissance, se trouvait être de 1 m. Les briques qui servaient à sa construction avaient 29 c. m. de long sur 14 de large, et 2 c. m.: d'épaisseur.

PLANCHE IV

Fig. 1. Fumoir. L'usage des fumoirs, presque inconnu en France, est pratiqué dans la plus grande partie des ménages chez les peuples du nord. C'est un moyen facile de conservér les viandes, qui offre de grands avantages dans l'économie domestique des campagnes.

On peut ainsi préparer les viandes et les poissons, qu'on achète à une époque où ils ont peu de valeur, pour les consommer dans la saison où le prix s’en trouve plus élevé. On peut aussi tuer, pour l'usage d’une ferme, des animaux qu'il faut acheter à grands frais chez le boucher.

Pour se procurer un bon fumoir, il s'agit d'avoir au premier étage une petite chambre dans laquelle on conduit la fumée d'une cheminée B placée dans une pièce au-dessous. On pratique dans le tuyau de la cheminée A une ouverture, au-dessus de laquelle on établit une soupape à coulisse C, de manière à intercepter la fumée, et à la conduire dans le fumoir. Une cheminée de cuisine peut être employée à cet usage. Il sufira d'y entretenir un peu de feu, lorsqu'on aura une provision de viandes à préparer. Ces viandes se suspendent au plafond de la pièce, ainsi qu'on le voit réprésenté dans la figure.

Fig. 2. Régulateur pour construire un four d'une seule pièce. On est souvent embarrassé dans les campagnes, lorsqu'on veut faire des fours, par le manque de brique, ou la distance des lieux où on la fabrique. Il est facile d'en construire d'une manière fort économique, avec une terre argileuse, mélangée avec de la paille ou du foin hachés. J'ai construit un four de ce genre avec un instrument que je nomme régulateur. 1] secompose d'unetige D, percée de trous dans sa partie supérieure, sur

laquelle tourne un quart de cercle E. Après avoir bâti une voûte en pierre, on élablit sur sa surface, à l'épaisseur de 2 d. m., une couche À de terre glaise, pétrie avec de la paille hachée : on fixe au centre la tige du régulateur D. Lorsque cette couche est un peu sèche, après avoir été bien battue, on la recouvre d'un monceau de terre ordinaire B, que l’on bat sur toute sa surface, et auquel on donne, par le moyen du régulateur, la forme que doit avoir le four. On le fait tourner à cet eflet sur sa tige, et l’on ajoute de la terre où l’on frappe avec une batte, jusqu'à ce que cette terre, qui doit former la cavité du four, ait pris une forme régulière : on relève ensuite le quart de cercle du régulateur à la hauteur de 2 d. m., et on le fixe dans cette situation par le moyen d'une cheville qui passe dans la tige. On recouvre toute cette surface avec de l'argile mélangée avec de la paille qu'on bat fortement, et on en régularise l'épaisseur en faisant tourner circulairement le quart de cercle. Il faut employer la pâte d'argile la plus sèche possible, et la battre fortement. On forme l’ouverture qui doit servir d'entrée au four; on retire le régulateur, et l'on vide le four de la terre B, qui avait servi de support pour la construction de sa voûte. On laisse sécher le four, ce qu'on peut hâter en y mettant un peu de braise; et lorsqu'il est bien sec, on le fait chauffer à l'ordinaire. On peut établir au-dessus de ce four des tablettes F F pour faire sécher des fruits ou autres objets.

Fig. 3. Four de terre. Les habitans du royaume de Valence font généralement usage de cette espèce de four. Ils forment en pisé un mur, ainsi qu'on le voit dans le plan À C, qu'ils élèvent à la hauteur de 1 mètre. Ilsrem-

plissent l'intervalle A avec dusable bienbattu, qu'ils recouvrent en briques. Ils font ensuite la voûte avec un mortier de terre mélangée avec de la paille coupée à la longueur de quelques centimètres. Ils laissent sécher cette couche de mortier, et ils en ajoutent une seconde,

puis une troisième, quatrième et cinquième.

Ils recouvrent le tout d’une couche de mortier à chaux et à sable. Ces fours, situés en plein air, résistent bien aux intempéries de l’atmosphère, et sont très-économiques. B A indiquent la coupe du four.

PLANCHE V

Fig. 1. Citerne pour les fumiers liquides avec un plancher. Ces citernes sont en usage dans plusieurs cantons de Suisse, principalement dans celui de Zurich. On a représenté la coupe et le plan de ces citernes. On leur donne ordinairement 12 à 15 d. m. de profondeur, une longueur de 34 sur une largeur de 26. On y établit un plancher en solive, élevé de 7 à 8 d. m. au-dessus du fond. On pratique sur ce plancher, dans un des angles, une caisse en planche À , ayant 15 d. m. sur 11, dans laquelle on laisse fermenter pendant quelques jours le fumier avec de l'eau, ayant soin de couvrir la caisse avec des planches, ainsi qu’il est représenté à la lettre A. On le retire pour le mettre égoutter sur le plancher, comme on le voit sur le plan. Lorsque les fumiers ont été ainsi dépouillés par l'eau de la partie la plus active, on les met dans des fosses, où une nouvelle fermentation leur redonne leur première vertu. Cest en faisant fermenter les urines, le suc des fumiers et l'eau, que les cultivateurs industrieux de quelques parties de la Suisse sont parvenus à sextupler leurs engrais, sans augmenter le nombre de leurs bestiaux. Ainsi ils apportent autant d’art et de soin dans celte opération, que le brasseur en met à la confection de sa bière. Ils savent le temps et le degré de fermentation qui peuvent donner à une masse d’eau et d'urine une qualité fertilisante égale à celle de l'urine elle-même. On pourrait obtenir une quantité prodigieuse d'engrais en faisant fermenter avec l’eau des matières animales et végétales. Cet art, bien entendu, et généralisé dans un pays, en quintuplerait les produits. Il serait bien à désirer que le gouvernement français fit faire des expériences à

ce sujet par des hommes habiles : mais il faudrait pour cela, et pour tant d’autres choses, une ferme expérimentale.

Fig. 2. Fosse pour recevoir des terres schisteuses. L'observationa appris depuis long-temps aux habitans de la vallée de Chamouni un fait dont la physique ne s’est emparée que dans le dernier siècle. Les paysans du Col-de-Balme pratiquent en terre des fosses construites en pierres sèches, dont nous donnons ici le plan et la coupe. Elles sont destinées à recevoir les terres schisteuses, noirâtres, que les eaux entraînent du haut des montagnes. Leréservoir À a > mètres en tous sens sur 1 et demi de profondeur. C’est là où se rendent les eaux qui entraînent les terres schisteuses. Le canal qui leur sert de conduite est désigné par une fleche. Lorsque la fosse À est remplie, on rejette la ferre dans la fosse B, large de 3 à 4 mètres, où on l’entasse pour en faire usage au besoin. Un mois avant l’époque où arrive naturellement la fonte des neiges, les paysans retirent la terre des fosses, et la répandent sur la neige: cette terre noire, étant frappée des rayons du soleil, s’échauffe, et donne en même temps passage auxrayons, qui la fondent trois semaines avant l’époque ordinaire; de sorte que les plantes qui étaient au-dessous reçoivent les influences de l'atmosphère, et croissent plus promptement, et ont le temps de parvenir à une maturité parfaite.

Fig. 3. Puits construit avec des tonneaux.

Les jardiniers des environs de Tours, ayant à faire des puits dans un terrain peu profond, mais composé de gravier mobile, creusent un trou au fond duquel ils mettent un tonneau D; puis ils assujettissent dans le même creux, au

QC

\ niveau de terre, un autre tonneau À, qu'ils soutiennent par deux traverses; ainsi qu'on le voit dans la coupe que nous donnons de ce genre de construction. B G indiquent la partie du puits où les terres ne sont pas soutenues. C'est pourquoi une portion de celles-ci, en s'écroulant, forme une cavité circulaire; mais bientôt les terres se soutiennent par ellesinémes. On retire du tonneau inférieur celles qui se sont éboulées, et l'on puise facilement l'eau, qui se trouve environ à la profondeur de 2 à 3 mètres. ;

Fig. 4. Citerne pour les urines. On fait en Suisse, en Toscane, en Flandre, en Espagne, et dans quelques autres pays, des citernes pour

contenir les urines, les égouts des étables et des fumiers. Celle que nous présentons ici a été dessinée dans le canton de Lucerne : nous en donnons la coupe et le plan. Elle était construite en maçonnerie revêtue d’un mastic. Elle avait 16 d. m. ; de large, 6 m. de long, et 12 d. m. de profondeur. Elle était couverte en grandes dalles de grès B, sur lesquelles on avait jeté de la terre, excepté aux deux extrémités, où on laisse une ouverture large de 3 d. m. ; pour mettre ou retirer les urines. On les couvre avec des planches À C. On voûte ces citernes en Toscane, et l’on pratique au sommet de la voûte un trou qu'on ferme avec une pierre.

PLANCHE VL

Fig. 1. Polissour pour unir les carreaux.

C’est une pierre de grès avec une entaille dans sa ‘partie supérieure, lettre À, un peu évasée à sa base, dans laquelle on fait entrer une pièce de bois, qu’on assujettit au moyen d’un coin, ainsi qu'on le voit représenté sous la fig. 1. On ajuste à cette pièce de bois, au moyen de deux chevilles, un manche courbe, qui sert à la conduire et à la promener sur le carreau d'un appartement, afin d'en égaliser et d'en unir la surface. On en fait usage en Italie.

Fig. 2. Batte oblongue. Elle est composée d’une planche épaisse et oblongue, sur laquelle on adapte un manche formant un angle de 45 degrés. On la met en jeu, dans quelques parties de l'Italie, pour consolider les aires à battre le blé, pour les pavés, les terrasses, ou le sol des habitations fait en petits cailloux ou en ciment.

Fig. 3. Mouton soutenu par trois perches.

Il arrive souvent qu'on a besoin d’enfoncer des pilotis dans des lieux marécageux, au bord des rivières, ou dans des terrains mobiles, genre de travail qu'on ne peut exécuter à cause de la dépense qu’entraîne la construction d'un mouton ordinaire. On peut y suppléer aisément en employant la méthode facile et peu

dispendieuse que nous indiquons. Elle consiste à ficher en terre, dans une position inclinée, trois fortes perches qu’on lie avec une corde dans le point de leur intersection. 11 est plus facile et plus prompt de placer l'extrémité de ces perches dans trois pierres creusées et enfoncées en terre. Elles setrouvent retenues par ce moyen, sans pouvoir glisser. Lorsque le terrain est marécageux, on assujettit leur extrémité inférieure dans un trou pratiqué au sommet de trois billots de bois qu’on enfonce dans le sol. On plante en terre et l’on attache au sommet des trois perches deux pièces de bois à rainures, dans lesquelles coulent deux saillies de bois fixées sur les deux côtés du mouton; c’est ainsi qu'après avoir attaché une poulie au sommet de cet appareil, on fait mouvoir par le moyen d’une corde le mouton, qui, en s'élevant et tombant successivement, enfonce en terre les pieux sur lesquels on le dirige. Cette machine peutse placer facilement sur un terrain incliné; on lui donne des dimensions plus ou moins grandes, selon qu'on a besoin d’une plus grande puissance. Elle est en usage en Italie.

Fig. 4. Pinces pour enlever les pierres. Ces pinces, en forme de tenailles, portent deux petites dents à leur extrémité, afin de faciliter

la prise des pierres. Il suflit, lorsqu'on veut les enlever, de tirer la corde, qui, étant fixée à l’une des branches de la pince, passe dans un anneau qui se trouve à l’autre branche, On en fait usage en Hollande pour enlever les gros blocs de pierre qui servent à la construction des digues. Les Romains employaient ce même instrument pour les pierres de taille avec lesquelles ils bâtissaient les édifices. On retrouve dans la plupart de ces pierres deux petits trous creusés dans deux côtés opposés. Je ne vois pas par quelle raison nos architectes ne font pas usage de ces pinces. On leur donne une force et une dimension proportionnées à la grosseur et au poids des pierres.

Fig. 5. Demoiselle à deux manches. Les paveurs du nord de l'Italie s'en servent pour enfoncer les pavés. Elle est composée d’un billot de bois carré de 1 + à 2 d. m., sur les

deux côtés duquel on cloue deux manches,

longs de 1 mètre, larges à leur extrémité inférieure, et arrondis à la partie supérieure. On consolide quelquefois ce billot par une traverse supérieure; mais cette précaution est inutile.

Fig. 6. Batte à écraser l'argile, etc. C'est un billot de bois cerclé dans sa partie inférieure avec une bande de fer, et garni à son sommet d'un manche incliné. On l’emploie pour écraser le plâtre, l'argile destinés à corroyer les bassins, etc.

Fig. 7. Demoiselle dont on se sert pour enfoncer les pavés. C’est un billot de bois cerclé, et garni d'un manche vertical avec une poignée à sa partie supérieure.

Fig. 8. Gdchoire pour le mortier. On emploie à Rome cet instrument pour faire dissoudre la chaux, et pour la mélanger avec le sable. Sa lame très-recourbée est garnie d’une douille, à laquelle on adapte un long manche.

PLANCHE VII

Fig. 1. Manière de puiser l'eau dans un puits sans descendre d'un étage élevé. Cette manière de procéder, usitée à Rome, à Nice, etc., est extrèmement commode, et dispense de descendre d'un étage élevé pour puiser l’eau d’un puits situé à quelque distance de l’habitation. Pour parvenir à ce but, on attache, audessus de la croisée par laquelle on veut puiser l'eau , un gros fil de fer A, par un de ses bouts; et de l’autre extrémité, on le fixe à une muraille contre laquelle le puits serait situé. Dans le cas où il se trouverait trop distant d’une muraille, on établit tout contre un poteau auquel on attache le fil d’archal, à la hauteur de 6 ou 7 pieds. On à eu soin auparavant de faire passer le fil de fer dans le porte-poulie B. On y fait également passer la corde à laquelle est attaché le seau. Celle-ci va aboutir à une autre poulie fixée au-dessus de la croisée; de manière que le seau monte à la croisée avec le porte-poulie, lorsqu'on tire la corde, ou qu'il descend jusqu’au fond du puits lorsqu'on la lâche.

Fig. 2. Construction en pisé. Les appareils qu'on emploie généralement pour construire en pisé diffèrent de ceux que nous présentons ici. Nous avons cru qu'il serait d'autant plus intéressant de décrire ces derniers, qu'ils ne sont pas connus, et qu’ils sont plus simples et moins dispendieux que les autres. Nous les avons vus employés dans le département de l'Isère. On plante en terre trois longues perches sur la même ligne, et puis trois autres vis-à-vis des premières, à une distance égale à celle qu’on veut donner à la muraille en pisé. On attache ces perches, par le sommet, pour empêcher leur écartement. Pour commencer à former le mur, on pose sur le sol, contre les perches et dans la partie intérieure, deux tables en planches, pareilles à celles qu'on a représentées. On jette dans l’espace qu'elles laissent entre elles, de la terre que l’on bat à la manière ordinaire. Lorsqu'on a porté le mur à la hauteur et à la largeur des tables, on élève celles-ci au-dessus de ce mur, on les remplit de terre, etc., et ainsi successivement. Mais

afin qu’elles ne puissent tomber par terre, on les soutient avec deux perches dont la pointe s'appuie sur les crans des deux traverses attachées contre la table dans une position inclinée.

Fig. 3. Vase oblong pour porter le mortier.

Ilest formé avec une pièce de bois ronde et creusée longitudinalement, excepté à l’une de ses extrémités, où l’on fixe une poignée afin de la manier plus facilement. Cetustensile, nommé giornello dans l'Italie, où il est en usage pour porter le mortier, a une longueur de 8 d. m.

sur 2 de large intérieurement. On le pose facilement sur une épaule lorsqu'on veut le porter.

Fig. 4. Coin avec sa poignée. Lorsqu'on a des pierres, des souches d'arbres ou autre corps difiicile à fendre, on soutient les coins qui servent à cette opération, au moyen d'un bâton dont la fente est arrêtée avec deux liens.

Fig. 5. Brancard à porter le mortier. On en fait usage à Florence, où on le désigne sous le nom de zagorra. Les deux bâtons qui soutiennent le plancher du brancard ont 17 d. m. de long. Celui-ci en a 7 en carré. Il est surmonté de deux traverses formant rebord, entre lesquelles on jette le mortier. Elles sont distantes

de 7 d. m. d'un côté du plancher, et de 3 de l'autre. On fait couler le mortier par ce dernier endroit, en levant le brancard du côté opposé; c’est une bonne manière de le transporter, lorsqu'il ne s’agit pas de monter à une échelle.

Fig. 6. Potence à échafaudage. Cet instrument mérite d'être employé dans les constructions, et surtout dans les opérations faites à l'extérieur des édifices. Il évite les échafaudages ordinaires, toujours difficiles à élever ettrèsdispendieux. Il est étonnant que nos architectes négligent un moyen si facile : serait-il trop simple pour eux? On en fait usage dans le département de Loir-et-Cher, et dans un petit nombre d’autres endroits. Il se compose d’une potence sur le montant de laquelle on applique deux planches qui portent sur les murailles.

Pour la suspendre on l’attache au sommet de son angle avec une corde, que l’on fixe dans le grenier ou dans une pièce de la maison. Après avoir placé, à hauteur égale, deux, trois, quatre ou un plus grand nombre de ces potences, selon le besoin, on y forme un plancher, sur lequel les ouvriers s’établissent pour faire leur ouvrage.

PLANCHE VIIL.

Fig. 1. /nclinaison des toits en Italie. Les toits exigent, dans leur construction, une quantité moins considérable de matériaux en raison de leur moindre inclinaison; ils ont d’ailleurs l'avantage de pousser moins fortement les murs en dehors. Aussi les préfère--on en Italie; d’ailleurs les maisons présentent un aspect bien plus agréable à la vue. Les neiges des Apennins n’empêchent pas qu’on ne donne très-peu d’inclinaison aux toits; et les pluies, quoique moins durables dans ces climats qu’en France, tombent cependant avec une grande abondance. On détermine l’inclinaison des toits en tirant une ligne horizontale qui part du sommet de la muraille et va aboutir au milieu du bâtiment. Après avoir divisé cette ligne en

6 parties, on élève une ligne perpendiculaire à son extrémité, c’est-à-dire, au point qui correspond au faite du toit. Cette ligne, divisée en deux parties, dont chacune est égale à celles de la première ligne, donne l'élévation du toit, et par conséquent sa pente. Ainsi, en divisant en 6 parties la longueur qu’on veut couvrir, et prenant deux de ces parties pour hauteur du faîte, on aura l’inclinaison du toit. Lorsqu'on veut couvrir un bâtiment qui a peu de largeur, on divise, ainsi qu’on vient de le dire, la ligne horizontale en 7 parties, dont deux forment la hauteur de la perpendiculaire. Mais dans ces deux cas, la couverture doit être disposée avec soin, afin d'éviter la filtration des eaux. On établit une proportion de 5 à 2 dans

les constructions où les murailles présentent une grande distance. Enfin, la pente la plus rapide qu'on donne aux toits en Italie est réglée sur une proportion de 4 à 2, ainsi qu'on le voit à la figure 2.

Fig. ». Charpente propre à couvrir les bâtimens dont les muraiïlles ont une grande portée. L'inspection de cette charpente fait voir que toutes ses parties se soutiennent mutuellement et sont liées avec les poutres de manière que cet ensemble présente une résistance etune solidité qu’on peut comparer à celles d’une voûte.

Cette construction, dont on fait usage en Italie, peut trouver son application dans les granges qui ont une certaine étendue.

Fig. 3. Tuiles en forme de S. On s'en sert pour couvrir les murs et les toits, en les disposant ainsi qu'il est figuré sous la fig. 13. On en fait usage à Paris depuis quelques années.

Fig. 4. Planchettes à couvrir les maisons.

Elles sont employées dans une grande partie de la Suisse à couvrir les maisons, et peuvent l'être avec avantage dans les pays où le bon bois est commun. Elles ont 12 à 15 c. m. de long.

Fig. 5 et 6. Tuiles concaves à recouvrement.

Elles se recouvrent les unes les autres par leurs extrémités, et elles garantissent bien de la pluie et de l’infiltration des eaux les murailles qui en sont couvertes.

Fig. 7. T'uile plate et unie, pour étre mise d'un chevron à l'autre. Elle a 32 c. m. de long sur 16 de large, et 2 c. m. d'épaisseur.

Fig. 8. Tuile courbe. Elle a 46 c. m. de long sur 20 de large.

Fig. 9 et 10. Tuile à rebord. Elle a49 c. m.

de long sur 38 à son extrémité la plus large, et 31 à la plus étroite. Les rebords ont 2 c. m. d'élévation et son épaisseur est de 2 c. m. On leur donne quelquefois une longueur de 52 à 53 c. m. Les maisons de Rome sont couvertes avec cette espèce de tuile. Les anciens les fai-

saient sur de plus grandes dimensions. J'en ai vu plusieurs en Italie qui avaient 60 c. m. de long, 51 de large et 6 c. m. : d'épaisseur, avec des rebords de 2 + c. m.

Fig. 11. Manière de couvrir les maisons en Toscane. On a deux manières de garnir les chevrons qui doivent soutenir les tuiles. Tantôt c'est avec des planches, et dans ce cas les chevrons sont écartés les uns des autres; tantôt on emploie de grandes tuiles plates, qui portent d’un chevron à l’autre, ainsi qu'il est représenté sous la figure 7. Ces tuiles sont liées les unes aux autresavec du mortier, de manière qu'on se trouve abrité contre les vents et les autres intempéries de l’air : aussi les gens de la campagne habitent-ils immédiatement audessous. On recouvre ces tuiles avec une autre espèce de tuiles à rebord, figure 9 et 10, plus étroites à la partie inférieure qu’àla partie supérieure, de manière qu’elles s’emboîtent facilement les unes sur les autres. Leurs rebords, posés les uns contre les autres, sont recouverts avec des tuiles courbes, fig. 8. Cette méthode, usitée à Rome, à Florence et dans plusieurs autres lieux d'Italie, est celle qui était pratiquée par les anciens Romains. Elle à été imitée à Paris dans ces derniers temps. Elle permet de donner moins de pente aux toits; elle empêche plus facilement l'infiltration des eaux et est moins dispendieuse.

Fig. 12. Briques à emboïtement pour couvrir les murailles. On leur donne la largeur des murailles au sommet desquelles on les place. Comme elles sont emboîitées les unes dans les autres, elles se fixent avec plus de solidité. En usage en Toscane.

Fig. 13. Manière dont s’ajustent les tuiles de la fig. 3.

Fig. 14. Lucarne en terre cuite. On en fait usage en Italie pour donner du jour aux greniers, et les mettre à l'abri des pluies. Elle est figurée vue de côté sous la lettre A.

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