‹ Collection de manuscrits contenant lettres, mémoires, et autres documents historiques relatifs à la Nouvelle-France [microforme]Chapitre 142 sur 206 · VUY LETTRE DE MONSIEUR DE BEAUHARNOIS A MONSIEUR SHIRLEY · texte numérisé non relu

VUY LETTRE DE MONSIEUR DE BEAUHARNOIS A MONSIEUR SHIRLEY

Québec, le 26 juillet, 1747.

Monsieur,

J’ay reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 18 mars dernier et qui m'a esté remise par le Sieur Lagroix, cy devant prisonnier de guerre à Baston que vous avez relaché.

Je vous avoueray franchement, monsieur, que je m'éttois attendu à recevoir du moins au printems de l’année dernière une réponse de votre part aux propositions que je vous avois faites pour l'échange des prisonniers anglois que j'avois pour lors à Québec auprès de moy pour autant de prisonniers françois que je présumois être auprès de vous à Baston.

J’ay jugé dans la suite que le retardement que vous y avez apporté ne pouvoit venir que des circonstances d'alors, c'est ce que vousavez agréablement expliqué, et je ressens, monsieur, comme je le dois, tout ce que vous me dites d’obligeant à cette occasion et qui m'est personnel.

Le Sieur Lagroix, par ses services et ses bonnes qualités, a mérité que j'eusses pour luy des distinctions, mais je ne peux que le désaprouver d'avoir manqué à sa parole, ainsy que vous m'en assurez, il n’a dû s'en prendre qu'à luy même d'avoir été plus étroitement resserré, je ne vous suis pas moins obligé de toutes les bontés que vous avez eu pour luy à ma considération, ce particulier ne me les a point laissé ignorer.

Ce n'est que par vous que j'ay appris la pluspart des faits qui regardent les prisonniers françois amenés à Baston depuis la guerre et le renvoy que vous en avez fait, soit en France soit à Louisbourg, avant la prise de cette place, je dois croire que sur l'avis que vous en avez donné, les François auront servi d'échange pour autant d'Anglois et qu'il se sera fait une juste compensation entre les deux nations, vous n'en aurez pas été moins généreux et si j'eusse eu occasion de vous faire connoître mes sentimens, j'ose assurer que vous ne m'auriez pas surpassé.

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Avant lu reception de votre dernière lettre je m'étois proposé de renvoyer en France tous les prisonniers appartenant tant à l'Ancienne Angleterre qu'à la Nouvelle, et qui sont icy à ma disposition, ne voyant aucun jour ni ne se présentant aucune autre voye pour les rendre à leur patrie et à leurs familles, je vous observeray cependant que dès l'automne de 1745 j'en envoyai en France sur leur demande environ 8 ou 10, dans l'espérance que j'étois alors que vous renverriez à Québec au printemps suivant les Canadiens prisonniers.

J'écrivis en France en conséquence qu’on pourroit renvoyer en Angleterre les prisonniers en question sans rançon, j'en renvoyay encore l'année dernière pareille nombre qui ont dit passer de la Martinique aux colonies angloises et delà chez eux, j'ay appris ce printems que plusieurs effectivement s'étoient rendus à leurs familles.

Vous jugerez aisément par ce détail qu'il n’a pas dépendu de moy que ces pauvres malheureux que je renvoye aujourd’hui n'aient été plustôt relachés.

Des raisons particulières et relatives au service du Roy mon maître ne m'ont pas permis de leur laisser pendant le séjour qu'ils ont fait icy la liberté de vaguer dans le pais, à cela près j'en ay fait prendre un soin particulier ; la maison qu'ils ont occupée est un grand corps de logis, servant autrefois de cazernes, fermé par une grande cour, où ils pouvoient se donner autant d'exercices qu'ils le jugeroient à propos.

Ce bâtiment fut consumé par le feu le 7 may dernier non sans quelque soupçon qu'il y avoit été mis à dessein par quelques uns des prisonniers, ce qu'il y a de certain c'est que les circonstances de cet accident pouvoient faire juger que tous n’étoient pas inocents du crime qu'on leur imputoit.

Les choses n’ont pas été poussées plus loin, mais pour éviter par la suite de pareils contretems, et y étant d’ailleurs engagé par la belle saison, j'ordonnay qu'on leur fit un campement commode et suffisamment étendu qu'ils ont depuis occupé ; j'ajoute que la maladie épidemique qui a regné parmi eux et qu'ils ont apporté de Louisbourg et qui a fait même quelque progrès dans la coloni' auroit fait d'autres ravages sans les secours de toutes espèces qui ont été fournis abondamment aux prisonniers, dans l'hôpital que je fis établir exprès aussitôt que je fus informé qu'elle commençoit à

s'étendre, il n'a rien té épargné pour leur ramener la santé à tous, heureu- 3400 sement la maladie paroiïit avoir entièrement cessé. à]

Vous me permettrez de ne pas discuter les motifs que vous posez pour fondement de cartel à établir entre nous pour l'échange géntral des prisonpiers apartenant à votre gouvernement et à celuy cy. J'y souscris et je m'y engage avec plaisir, je parle seulement des prisonniers apartenant à votre A gouvernement, ne sachant point si Mrs les gouverneurs des autres provin- “ri ces auxquels vous deviez écrire incessamment seront dans les mêmes senti- | mens que vous.

Cependant sur ce que vous avez agréable d2 me marquer que vous ne R. doutez pas qu'ils soient tels, je compte vous envoyer par le même paquebot la plus grande partie des prisonniers des provinces de New Yorck, Pensilvanie et autres, qui sont icy à ma disposition, sauf à prendre par la suite : RAUAS

avec les gouverneurs de ces provinces, les avantages les plus convenables L pour l'avantage de l’une et de l’autre nation. FR

Je joindray à cette dépesche la liste des prisonniers qui doivent être

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embarqués au premier jour sur le navire la Viege de Grare que je fais armer ‘7 en paquebot, ey joint la copie du marché qui a été fait avec le capitaine pour W} leur passage jusques à Baston, et ils seront remis à vos ordres ; je vois, :. 860 monsieur, que vous consentez de faire payer la dépense de ce transport pour j Fe: ceux seulement qui appartiemitent à votre gouvernement, ce qui est juste, # comme de mon côté je feray également payer le transport des François ‘AE prisonniers de Baston icy, et que je compte que vous me renverrez par le

, même paquebot si vous en avez. T0)

Messieurs les gouverneurs des autres colonies angloiscs n'auront pas manqué de répondre aux lettres que vous avez dù leur écrire ; je compte que vous voudrez bien me faire part d: leur réponse par le retour du paquebot. Ces messieurs doivent d'autant mieux juger de mes bonnes intentions que je commence par renvoyer les prisonniers apartenant à leurs gouvernemens respectifs, dans la conflance où je suis néanmoins que sur ce

; que vous leur avez fait ils vous auront renvoyé les prisonniers canadiens au nombre de 35 à 40 quiont été enlevées des differens quartiers de Montréal "40 depuis un an par des partis de guerre mêlés d'Anglois ou de Flamands et js de Sauvages. + 148

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Monsieur de la Boularderie m'a informé de toutes les bontés que vous avez eu pour luy, et que vous l’aviez relaché sans condition, malheureusement pour cet officier il ne s'étoit pas muni d'un certificat de votre part qui devoit constater qu'il étoit libre, j'auray l'honneur de vous dire en passant que ce manque de précaution a fait que Monsieur le Comte de Maurepas ne l’a regardé que comme ayant été relathé sur la parole d'honneur, et quelqu'assurance qu'il ayt pu donner qu'il pouvoit reprendre le service, on le luy a refusé jusques au printems dernier qu'il a eu la permission de revenir en ce pays cy où il est employé en qualité de Capitaine dans les troupes de Sa Majesté.

Vons observerez, monsieur, que dans le marché qui a esté passé avec le propriétaire du navire la Vierge de Grace, art. 6 et 7, il ne luy a été accordé que 15 jours de planche à Baston, je vous prie de ne le pas retenir plus longtemps quand bien même il resteroit encore quelques François prisonniers répandus dans votre Province qui n'auroient pu se rendre auprès de vous, autrement on exposeroit le Capitaine Larreguy à ne pouvoir revenir cette année à Québec, où il est assuré d’un fret pour lequel il est stipulé un dédomagement de 29 m. 1. en cas que par furce majeure le fret n'ayt pas lieu.

J'ay reçu le 16 de ce mois une lettre de Monsieur Knowles dattée à Annapolis Royalle le 27 may VS, par laquelle il me propose de luy envoyer par un paquebot, non seulemeut plusieurs Soldats faits prisonniers à l'isle Nt Jean, mais encore tel autre nombre d’autres que je jugeray à propos, à la charge d'une rançon ou bien d'établir un cartel pour un échange réciproque des prisonniers ; en conséquence je fais équiper un autre paquebot pour luy faire faire la remise des dits soldats et quelques équipages qui furent pris l’année dernière par nos vaisseaux au nombre d'environ 80.

La distribution de tous ces prisonniers sera faite dans les deux paquebots de manière que j'ay cru la plus convenable tant à vous, Monsieur, et à Monsieur Knowles qu'aux prisonniers mesmes.

Il m'est revenu depuis peu qu'on à voulu insinuer aux peuples de Baston que les prisonniers avoient été assez maltraités icy, je puis vous assurer qu'au cazernement près il ne leur a rien manqué du nécessaire, on a eu des attentions particulières pour ceux qui ont quelque grade d'oflicier

mais dans le nombre des uns et des autres il s'en est trouvé plusieurs d'un caractère inquiet et remuant que les traitemens les plus favorables n’auroient jamais pu rendre contents.

Je voudrois pouvoir déraciner entièrement du cœur des Sauvages la barbarie qui semble née chez la pluspart d'entre eux, et c'est pour y parvenir que lorsqu'ils sont venus me demander pour aller en guerre, je leur ay donné autant que j'ay pu quelques ofliciers Canadiens à qui j'ai donné ordre de protéger les prisonniers contre toutes sortes d'insultes. J’ay fait plus, touché du malheureux sort de ceux qui sont tomb's entre les mains des Sauvages, j'en ay rachepté au dépens du Roy, autant que j'ay pu leur en arracher, mais je n'ai pu vaincre l’obstination que quelques uns cent eu de garder les prisonniers.

Vous connoissez l'avidité qu'ils ont d'avoir des hommes soit pour en faire des esclaves ou pour grossir leurs familles dans lesquelles ils les adoptent ; lorsque la paix sera faite (ce que nous devons tous désirer) il ne dependra pas de moy de faciliter les négociations qui pourront se faire pour engager ces Sauvages à les rendre tous, la connoissance que vous avez la dessus de tout ce qui s’est passé jusques à présent dans cellecy, et je compte sur la justice que vous me rendrez d'avoir au moins fait diminuer considérablement ces actes d'inhumanité, si je n'ay pu encore parvenir à les détruire entièrement.

Mais je ne puis vous cacher que les prix fixés dans plusieurs gouvernemens de la Nouvelle Angleterre de 5 1. par chevelure, 20 livres par prisonniers, etc., ainsi que je l’ai vu dans des lettres angloises qui me sont tombées entre les mains, sont des preuves évidentes que tout le monde ne perse pas aparemment aussy chrétiennement que vous là dessus et j'espère que votre avis prévaudra pour abolir dans ces gouvernemens de telles dispositions que tous les princes chrétiens et leurs sujets devroient, comme vous dites, avoir en horreur.

Il ne me paroit pas juste que le Roy supportât les dépenses qui ont été faites par Sa Majesté, tant à Québec qu'à Montréal et ailleurs pour le rachapt des prisonniers qui sont tombés entre les mains des Sauvages, je n'ay encore pu rassembler toutes ces dépenses, je le feray incessamment, ayiez agréable de me faire sçavoir vos intentions là dessus et si vous entendez

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que le gouvernement de la Nouvelle Angleterre y entrera ; je le trouverois également nécessaire pour le bien des sujets des deux couronnes, il seroit important que je fusse informé de vos sentimens et de ceux des autres provinces sur cet article, afin que sachant sur quoy je puis compter, je puisse aussy règler ma conduite en constquence.

Le Sieur Boydell que vous me recommandez sera renvoyé, je lui ay procuré toutes les douceurs qu’il pouvait désirer dans sa situation, et Monsieur Hocquart à qui il s'est adressé pour emprunter quelqu'argent, luy a fait compter une trentaine de pistoles sur son billet.

Le Nieur Pole a préféré d'aller à Louisbourg plustôt qu'à Baston, à l'égard du Sieur Joseph Lawrence enseigne dans votre régiment il n'a point paru icy, j'en ay fait faire la perquisition, aucun des prisonniers ne le connoît, je juge qu'il aura passé en Europe sur une des frégattes du Roy qui auront parti de Chibouctou l’année dernière.

J'ai l'honneur de vous prévenir, Monsieur, que j'ay defendu au Kieur Laneguy d'aller directement à Baston et de mettre à terre sur aucune côte de la domination angloise (sic) à moins d’une nécessité absolue, il luy est enjoint d'aller mouiller dans la grande rade de Baston, d'où il sera aisé de vous faire tenir cette dépêche pour recevoir ensuite vos ordres.

Je prends cette précaution afin que si ‘de votre côté vous ayez occasion de m'envoyer des paquebots, vous ne soyez pas surpris des ordres que j'ay donnés de ne les laisser monter dans le fleuve St Laurent que jusqu'à l’isle St Barnabé, d'où une chaloupe se rendroit à bord avec un oflicier auq. *! le capitaine remettroit vos dépesches qui me seront envoyées par la poste ; à la réception de vos lettres je feray partir aussitôt les prisonniers qui pourront se trouver icy et l'échange se fera à Ste Barnahëé.

Je vous remets la liste des prisonniers embarqués sur la Vierge de Grâce.

Le Sieur Guillemin Conseiller du Conseil Supérieur en ce paiïs m'a présenté le placet cy joint ; il est extrêmement inquiet d’un de ses frères qui fit naufrage l'année dernière, commandant le vaisseau La Légère, je vous seray obligé, Monsieur, de me marquer ce que vous aurez pu apprendre de ce particulier, et s’il est à Baston, de le renvoyer.

Le Sieur Amiot, négociant à Québec et correspondant du Sieur Sombrun négociant à la Rochelle, propriétaire du navire la Vierge de Grâce a donné pouvoir au Sieur Laneguy de tirer sur ledit Sombrun toutes les sommes dont il pourra avoir besoin pour les nécessités dudit navire qui peut être

exposé dans sa traversée et son séjour à Baston à des avaries auxquelles il faudroit remedier.

Je vous prie, Monsieur, de faire donner en conséquence audit Sieur Laneguy les facilités et la protection dont il aura besoin, ce capitaine tirera, en cas qu'il y soit obligé, des lettres de change sur ledit Sombrun payables à vue au premier janvier prochain, elles seront acquitées à leur échéance.

Le Sieur Newton, enseigne dans les troupes du feu Colonel Noble fut renvoyé après l’action des Mines sur sa parole à la charge de se représenter au bout de six mois et de venir se constituer prisonnier, ce terme étant près d’expirer, cet officier écrivit du Port Royal à Monsieur de Ramezay qu'il étoit sur le point de remplir son obligation ; il lui demandoit seulement un délai ; je ne sais si Monsieur de Ramezay a été à portée de faire réponse au Sieur Newton, quoyqu'il en soit, je tiens cet officier dégagé de sa parole, je vous prie même de le luy faire sçavoir.

Je suis, etc.

BEAUHARNOIS

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